SECT. II. DES OJAGANES DE LV VOIX
La voix se forme donc de l'air contenu dans le poumon , qui en est chassé par les muscles de l'expiration, qui traverse les bronches et quelquefois la trachée-artère, pour arriver à un rétrécissement bordé de deux lames minces et tendues , nommé glotte , où se produit vraiment le son; celui-ci traverse un second tube, soit la trachée-artère et la bouche, soit la bouche seulement, où il reçoit ses dernières modifications, de la longueur, de la forme et des diverses complications de ces cavités; enfin , il sort au travers des lèvres plus ou moins ouvertes ou différemment configurées. Du volume proportionnel des poumons et des sacs aériens dépend l'intensité possible de la voix : de laie volume énorme de celle des oiseaux. De la mobilité des muscles qui contractent le poumon dépend la facilité de moduler le chant. La portion de trachée ou de bronche placée avant toute glotte, n'influe sur la qualité du son qu'autant que la proportion de son diamètre à celui de la glotte influe sur la vitesse possible de la sortie de l'air. La glotte elle-même influe sur le son, comme l'anche d'un instrument à vent, et la portion de canal située au-delà, comme le tube de cet instrument; c'est-à-dire que cette portion, par ses diverses longueurs, détermine les divers tons fondamentaux que l'animal peut prendre; et la glotte, par sa tension et son ouverture, les divers tons harmoniques du ton fondamental de chaque longueur. Enfin, la dernière issue extérieure peut être comparée à la fermeture plus ou moins complète de l'extrémité du tube. De la facilité avec laquelle l'animal peut faire varier ces trois choses dépendent l'étendue et la flexibilité de sa voix.
Les modifications exprimables par les lettres de l'alphabet ont lien dans la bouche , et dépendent du plus ou moins de mobilité de la langue et surtout des lèvres; de là la perfection du langage de l'homme. Quelques animaux, qui sembleraient d'ailleurs avoir assez de facilité dans leu^s organes , ont des parties accessoires qui empêchent le bon eifet des autres , comme certains sacs dans lesquels l'air est obligé de se détourner avant de passer par la glotte, etc.
ARTICLE I
Nous commençons par cette classe , parce que la théorie de sa voix est plus simple, et nous paraît à peu près complète , ainsi qu'on va pouvoir en juger.
A. Du lieu oit se forme la voix des Oiseaux.
Il ne suffit pas de souffler dans un tube pour y produire un son; quelque forme qu'il ait, on ne produira jamais de son si l'on y souffle à pleine ouverture; on ne produira qu'un transport de l'air en masse, qui ne se fera pas plus entendre que le vent en pleine campagne, lorsqu'il ne rencontre aucun corps [qui puisse le mettre en vibration ou] qu'il puisse mettre en vibration; car il paraît que le vent par lui-même ne produirait point de son, s'il ne rencontrait point de corps susceptible d'être mis en vibration, parles ébranlements qu'il lui communique [ou d'exciter ses propres vibrations par la résistance qu'il lui oppose].
Il est d'ailleurs bien reconnu que les parois mêmes de l'instrument à vent ne sont point les parties vibrantes; car la matière dont elles sont composées, et
la manière dont on les serre ou les empoigne, ne changent rien au ton, [et à peine modifient-elles le timbre.]
En examinant les embouchures des divers instruments à vent, il paraît que les vibrations s'excitent dans l'air contenu dans l'intérieur d'un tube, tout comme dans l'air extérieur, c'est-à-dire qu'il y faut l'intervention d'un corps élastique, que le souffle du joueur ébranle, et dont les vibrations se communiquent à l'air de l'intérieur du tube ; ou du moins un corps anguleux quelconque , contre lequel l'air se brise en y passant avec violence, et se mette lui-même en état de vibration.
Dans la flûte à bec, on fait pénétrer une lame d'air, qui va frapper et se fendre contre le bord tranchant d'une lame de bois , qui est ménagée dans la première ouverture nommée la coche.
Dans l'espèce de tuyaux d'orgue nommée tuyaux à bouche ou à flûte, on voit la même chose; mais il y a de plus, dans l'intérieur, une lame transversale, à bord tranchant nommé biseau, contre laquelle l'air frappe perpendiculairement avant de se fendre contre la lame de la coche.
Dans l'espèce de tuyaux d'orgues nommée jeux d'anche, l'air n'entre dans le tube qu'en déplaçant une lame élastique de métal, qui prend aussitôt un mouvement alternatif propre à donner un son.
Dans le hautbois et les instruments analogues, l'anche est formée de deux laines . entre lesquelles l'air est chassé avec force comme un coin , et dont il ébranle le bord tranchant qui est fixé dans le bord de l'instrument.
Dans les trompettes et les cors de chasse, les lèvres,
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qu'on est obligé de serrer l'une contre l'antre et de roidir, semblent remplir l'office des anches des instruments précédents; c'est même par leur prolongation ou par leur raccourcissement qu'on rend les sons graves et aigus.
Le tuyau ne paraît donc point produire de son luimême; et il ne fait que modifier, diriger ou augmenter celui qui est produit à son embouchure par le corps sonore qui v brise l'air, et qui communique ses vibrations à l'air contenu dans le tuyau, comme il le ferait à l'air extérieur.
Mais il y a cette différence que l'air libre transmet des vibrations de toutes les vitesses , et par conséquent des sons de toutes les hauteurs; tandis qu'un tuyau d'une longueur donnée ne peut transmettre qu'une certaine suite de sons, qui sont au pins grave d'entre eux comme les nombres naturels 2, 3, 4> 5, etc. sont alunite , et qu'on nomme les sons harmoniques de ce son le plus grave, lequel s'appelle le son fondamental. Gela pourrait venir de ce que l'air libre peut être considéré comme un assemblage de tuyaux extrêmement graves, et tels, que tous ceux que nous pouvons apprécier et distinguer sont les multiples.
Ce principe posé, si nous comparons l'organe vocal des Mammifères avec celui des oiseaux, nous apercevrons bientôt la différence de leur nature.
La trachée-artère des Mammifères est un tube continu, sans aucun rétrécissement, ni sans aucune lame susceptible de vibrer, excepté à son extrémité supérieure, où est la glotte. Le son ne se formant qu'à l'issue de la trachée, ce tuyau ne peut servir à le modifier : il ne peut être comparé qu'au tuyau du soufflet de l'orgue
on à tel autre canal qui. amènerait l'air à l'embouchure de l'instrument; et la seule partie de l'organe vocal des Mammifères que nous puissions comparer au tube d'un de nos instumentsà vent, c'est celle placée au-devant de la glotte, je veux dire la bouche et la cavité nasale. Or, en considérant non seulement 3a dissimilitude de ces deux cavités avec tous les instruments qui nous sont connus, mais encore les moyens presque infinis que nous avons d'en changer la longueur, le diamètre, la figure et les issues, moyens qu'il est presque impossible de déterminer assez exactement pour en tirer des conséquences physiques, on ne s'étonnera pas des difficultés que présente la théorie de notre organe vocal.
Dans les Oiseaux, il y a an bas delà trachée, à l'endroit où elle se partage en deux pour pénétrer dans les poumons . un rétrécissement dont les bords sont garnis de membranes susceptibles de tensions et de vibrations variées; en un mot, il y a là une vraie glotte, pourvue de tout ce qui est nécessaire pour former un son. Et ce n'est pas seulement par l'inspection des parties que je me suis assuré de ce fait; l'expérience me l'a confirmé.
J'ai coupé la trachée-artère d'un merle vivant, à peu près au milieu de sa longueur; et j'ai secoué l'oiseau d'une manière que je savais devoir le faire crier dans son état naturel. Ses cris ont été très sensibles, quoique beaucoup plus faibles qu'auparavant.
J'ai fait la même opération sur une pie ; elle na pas cessé de crier, et ses cris n'ont été ni moins forts ni moins aigres qu'auparavant. On a écarté et bouché ce qui restait de la trachée supérieure , et cela n'a rien
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changé aux sons , qui ont continué pendant dix minutes jusqua ce qu'un caillot de sang, qui avait bouché l'o rifice fait par la section , eût étouffé l'animal.
On a fait la même opération à une cane; elle a crié avec autant de force et avec le même timbre qu'à l'ordinaire.
On lui a bouché la portion supérieure de la trachée, et on lui a lié fortement ie bec, afin doter tout soupçon de communication avec la partie inférieure ; les cris n'ont diminué ni en force ni en nombre.
Enfin , pour rendre l'expérience complète , on lui a coupé tout- à- fait le cou; elle a marché quelques pas, et lorsqu'on lui a donné des coups, elle a jeté plusieurs cris qui , quoique plus faibles que ceux qu'elle rendait lorsqu'elle avait sa tête, étaient néanmoins très sensibles. Ces expériences prouvent bien clairement ce que Tanatomie faisait présumer, que la voix des oiseaux se forme au bas de leur trachée-artère. Il résulte de là que cette trachée-artère n'est pas un simple tube conducteur de l'air, mais bien un véritable tube d'instrument, et conducteur du son.
Aussi a-t-elle été beaucoup plus soignée, par la nature, dans les oiseaux que dans les quadrupèdes; elle y est composée d'anneaux entiers; elle peut s'allonger et se raccourcir davantage ; et surtout d'un oiseau à l'autre, elle éprouve de grandes différences dans sa longueur respective, dans ses circonvolutions, dans sa mobilité, dans la consistance de ses anneaux, dans sa figure, etc. ; et chacune de ces circonstances influe sur la voix.
Dans les Mammifères, au contraire, où la structure de la trachée ne peut rien changer à la voix , elle est
d'une structure très uniforme. En revanche , le larynx supérieur des Oiseaux est beaucoup plus simple que celui des Mammifères , dans lequel réside la principale fonction , celle de faire naître le son.
B. Idée générale des divers moyens par lesquels les Oiseaux font varier le son.
D'après ce qui vient d'être dit, l'instrument vocal des Oiseaux est un tube à l'embouchure duquel est une anche membraneuse; ou, pour parler plus exactement encore, deux lèvres qui représentent celle du joueur de corde chasse.
Cette anche, que je décrirai plus en détail par la suite, est un repli de la peau intérieure de la bronche, dont le bord libre élastique est dirigé vers le haut , et les oiseaux ont , pour l'ordinaire, un nombre plus ou moins grand de muscles qui peuvent raccourcir cette membrane , ou l'allonger dans le sens de sa hauteur, et la tendre ou la relâcher dans le sens transversal. Certains oiseaux ont jusqu'à douze muscles destinés à cela; d'autres n'en ont que deux ; il y en a de presque tous les nombres intermédiaires.
Cet allongement et ce relâchement rendent le son plus grave; le raccourcissement et la tension le rendent plus aigu. A ces deux sources de modifications se joignent les changements de largeur de l'ouverture et les différentes vitesses de l'air qui en résultent : mais tant qu'il n'y a que l'anche de changée, et que la longueur de la trachée et son orifice supérieur restent les mêmes , les variations des sons seront bornées aux harmoniques du son le plus grave.
Ainsi, en appelant ut ce son le plus grave, produit
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par le plus grand allongement et relâchement possible de Tanche , l'oiseau ne pourra donner, en la raccourcissant, que l'octave où Y ut en dessus, la quinte, ou le sol, de cette octave, la double octave, sa tierce ou mî, et sa quinte sol, la triple octave , et ainsi de suite; en prenant toujours les sons dont le premier sera une aliquote , et cela aussi haut que la voix de l'oiseau pourra monter.
Il ne pourrait donc donner que très peu de notes dans les octaves basses; et ce ne serait que dans celles qui sont très élevées qu'il pourrait en donner beaucoup.
Mais il a reçu de la nature deux moyens pour suppléer à celui-là.
Le premier, c'est le raccourcissement de sa trachéeartère. Gomme les sons fondamentaux sont en raison inverse de la longueur des tuyaux, en raccourcissant sa trachée-artère d'un neuvième , et en laissant l'anche dans son plus grand prolongement, il produira la seconde majeure du premier son , ou le ré de la plus basse octave. Alors il produira, sans changer la trachée de longueur, et en raccourcissant seulement l'anche, tous les sons harmoniques de ce ré, c'est-à-dire le ré et le la de l'octave au-dessus: le ré, le fa et le la de l'octave suivante, avec quelques tempéraments , et ainsi de suite.
En sorte qu'en variant d'un neuvième seulement la longueur de sa trachée, et en combinant ce mouvement avec celui de l'anche, l'oiseau pourrait chanter quatre notes dans la seconde octave, et cinq dans la troisième, dont il ne lui manquerait que le mi elle si. En raccourcissant sa trachée encore d'un neuvième,
il produira le mi de la première octave , le mi et le si de la seconde; le mi, le sol un peu augmenté , et le si de la troisième, etc.
En sorte qu'en raccourcissant sa trachée de deux neuvièmes seulement , ce qui est possible à tous les oiseaux chanteurs , il aurait cinq notes clans la seconde octave et toutes celles de la troisième , sans parler des octaves supérieures, où il obtiendrait une bien plus grande variété, s'il pouvait y atteindre , parce que les harmoniques s'y multiplient toujours.
Mais comme la première octave ne contient aucun son harmonique d'ut, ni d'aucune autre des notes de cette octave, il est évident que les changements quelconques de l'anche ne produiraient seuls aucune des notes de cette octave-là, et qu'il n'y aurait que le raccourcissement de la trachée qui le pourrait. Or, pour monter par ce moyen de Y ut en si, il faudrait que la trachée se raccourcît de près de moitié, ce qui est difficile même aux oiseaux qui chantent le mieux; non quelle ne puisse absolu ment l'être à ce point en en rapprochant les anneaux , car ayant essayé de les comprimer dans divers oiseaux, j'ai vu qu'ils ne faisaient pas pour l'ordinaire plus de moitié de sa longueur, et que le reste est occupé par la partie membraneuse et compressible; mais il faudrait un raccourcissement trop considérable du cou, et une trop grande contraction démuselés, pour rapprocher les anneaux autant qu'ils peuvent l'être , absolument parlant.
Pour expliquer, par les deux seuls moyens dont j'ai
parlé, la voix des oiseaux qui chantent très bien, et qui
rendent exactement toutes les notes, il faudrait donc
supposer qu'ils restent dans les octaves où ces deux
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moyens suffisent, et qu'ils ne font pas d'ordinaire descendre leur voix autant qu'elle en serait susceptible. C'est ce qui n'est pas probable du tout, lorsqu'on considère la brièveté de la trachée de ces oiseaux, et qu'on la compare aux instruments que nous employons. Il est même étonnant qu'ils puissent produire des sons aussi graves que ceux qu'ils nous font entendre, avec des instruments si courts.
Ils ont donc un troisième moyen de varier le son de leur voix, et c'est, selon moi, la principale fonction de leur larynx supérieur.
On sait par l'expérience , et on prouve par la géométrie , qu'un tuyau fermé par le bout opposé à l'embouchure rend un son plus bas d'une octave qu'un tuyau de même longueur ouvert , et qu'il faut qu'il soit de moitié plus court que ce dernier pour produire le même son que lui. On sait aussi que des tuyaux terminés par une portion plus étroite que le reste, et qu'on nomme tuyaux à cheminée ou à fuseau, doivent être plus courts que les tuyaux cylindriques qu'on veut mettre à leur unisson. Mais je ne sache pas qu'on ait traité en particulier du cas d'un tuyau cylindrique, qui n'aurait qu'un trou plus ou moins grand à son extrémité opposée à l'embouchure ; ce qui est le cas des oiseaux.
On ne peut pas employer ici, sans restriction, les faits connus sur les trous latéraux de certains instruments, tels que la flûte et le hautbois , car le son ne monte pas à proportion qu'on ouvre un plus grandnombre de ces trous; il paraît qu'on doit les considérer, dans le plus grand nombre des cas, comme des moyens de raccourcir le tube de l'instrument. J'ai fait faire un
SEGT. IT. AKT. T. ORGANES DE LA VOTX DES OTSEAUX. 739
instrument en forme de flûte à bec, ou un sifflet , dont le tube était cylindrique et sans trous latéraux, et à l'extrémité duquel pouvaient s'adapter des rouelles de bois dont Tune était pleine, et le fermait complètement, et dont les autres avaient chacune dans leur milieu un trou d'une grandeur déterminée. Lorsque le bouchon plein était placé, le son baissait d'une octavemais, lorsqu'on y mettait les bouchons percés, il montait ou il descendait entre l'octave fondamentale et l'octave au-dessous, selon que l'ouverture était plus grande ou plus étroite, en sorte qu'en ajustant bien les ouvertures, on aurait pu produire les notes de cette octave-là par ce seul moyen.
La pratique des joueurs de cor nous apprend la même chose , car ils font un peu baisser leur instrument en enfonçant la main dans le pavillon ; mais cet abaissement est borné , dans le cor, à un ton , ou à peu près, sans doute parce que sa forme fait qu'on ne peut en fermer l'ouverture qu'en enfonçant la main assez avant, et par conséquent en raccourcissant l'instrument, ce qui diminue l'effet de la fermeture en produisant un effet contraire.
Le larynx supérieur des oiseaux , ainsi qu'on le verra par la description que j'en donnerai, a une ouverture qui peut s'élargir ou se rétrécir ; mais il n'y a point de partie qui puisse vibrer, encore moins qui puisse s'allonger ou se raccourcir, se tendre ou se relâcher de manière à produire et varier un son; je crois donc que son usage est de fermer ou d'ouvrir plus ou moins l'orifice supérieur de la trachée. Or, vous voyez , par les expériences précédentes, que ces diverses ouvertures peuvent faire parcourir au son toutes les notes d'une
octave quelconque, pour laquelle la trachée et ses anches seraient disposées.
Il nen faut donc pas davantage pour donner à la voix des oiseaux toute la perfection imaginable , puisque, dans toute l'étendue de leur voix, il ne sera pas une seule note par laquelle ils ne puissent passer.
Si l'oiseau veut chanter texide sa première octave, par exemple, qui! ne pourrait produire que très difficilement par le raccourcissement de sa trachée, il disposera sou embouchure de manière à chanter Vue audessus; ce qu'il fera facilement, cet ut étant loctave, et par conséquent harmonique du son fondamental. Alors il fermera un peu son larynx supérieur, et en baissant ainsi d'un semi-ton majeur, il donnera le si demandé.
S'il laisse à sa trachée toute sa longueur, et à sou embouchure sa disposition pour le ton le plus bas qui corresponde à cette longueur-là, l'oiseau pourra encore baisser presque d'une octave, en fermant ainsi plus ou moins exactement son larvnx supérieur, et c'est là la mesure de i étendue de sa voix daus le bas. Je pense que cette explication suffit pour rendre raison des sons les plus graves, rendus par des oiseaux à trachée cylindrique; car je nen connais pas qui donne aussi bas que le double de la longueur de sa trachée. Quant à ceux qui y ont des dilatations , nous en traiterons plus loin.
11 résulte de ce que je viens d exposer que le son est produit daus l'instrument vocal des oiseaux de la même manière que dans les instruments à vent de la classe des cors et des trompettes, ou dans l'espèce de tuyaux d'orgues nommés jeux d'anches; qu'il est modi-
fié, quant à son ton, par les trois mêmes moyens que nous employons dans ces instruments, c'est-à-dire :
i° Par les variations de la glotte, qui correspondent à celles des lèvres du joueur, ou à celles de la lame de cuivre des jeux d'anches.
2° Par les variations delà longueur de la trachée, qui correspondent aux cors de rechange, ou aux différentes longueurs des tuyaux d'orgues.
3° Par le rétrécissement ou l'élargissement de la glotte supérieure, qui correspond à la main du joueur décor, et à la fermeture ou aux cheminées des tuyaux d'orgues.
La pratique étant reconnue exacte dans ces quatre points, qui déterminent évidemment l'essence d'un instrument, il ne sera pas possible aux physiciens de ne pas reconnaître, dans l'organe vocal des oiseaux, un instrument à vent pur et simple , et on n'y cherchera plus de cordes, à moins qu'on ne veuille dire qu'un cor de chasse est aussi un instrument à vent et à cordes en même temps.
Mais l'analogie va encore beaucoup ^plus loin, et nous verrons, en traitant des trachées-artères en particulier , que leur forme influe sur la quantité du son, tout comme celle des instruments que nous connaissons.
Ainsi, les oiseaux qui ont la voix flûtée ont tous la trachée-artère cylindrique comme les flûtes, les fifres, les sifflets, les flageolets et les tuyaux d'orgues, nommés, à cause de leur son, jeux de flûtes; ceux qui ont la trachée-artère en forme de cône, plus étroite vers le bas ou vers l'embouchure que vers le haut, ont ce même caractère éclatant que l'on observe dans les jeux d'orgues qui ont cette forme, et qui portent les noms
de trompettes , clairons , cymbales et bombardes, et que l'on retrouve en générai dans tous nos instruments à pavillon.
Mais c'est surtout dans l'examen détaillé qu,e nous allons faire des structures propres à chaque oiseau que la vérité de cette théorie se montrera dans tout son jour.
Car, si les fonctions que j'ai assignées à chaque partie sont réelles, on sent que la voix dun oiseau doit être d'autant plus facilement variable qu'il aura plus de moyens de changer letat de son larynx inférieur, d'allonger ou de raccourcir sa trachée, et de dilater ou de raccourcir son larynx supérieur ; mais on sent de plus aisément que la grandeur, le diamètre des diverses parties de la trachée, ses inflexions, la texture de ses parois, celle des cartilages des deux larynx, des cavités qui peuvent communiquer avec eux ; et en un mot , toutes les propriétés constantes de cet appareil , doivent déterminer le caractère fixe de la voix de chaque ciseau et la nature qu'elle conserve dans toutes ses modifications.
G est sous ce double rapport que nous allons considérer, dans les articles suivants, les organes de la voix des Oiseaux , et en décrire d'abord les circonstances générales , et ensuite les particularités distinctives. Et nous trouverons partout la confirmation de ce que nous venons d'établir a priori.