‹ Lecons d'anatomie comparéeChapitre 155 sur 191 · I. Du larynx inférieur · texte numérisé non relu

I. Du larynx inférieur

Le seul oiseau dans lequel j'aie trouvé qu'il n'y a pas de larynx inférieur, sur plus décent cinquante espèces que j'ai disséquées, est le roi des vautours (vidtur

papa); ses bronches sont garnies dans leur partie supérieure d'anneaux presque complets, et communiquent avec la trachée, sans qu'on aperçoive à leur réunion aucun rétrécissement, ni aucune glotte saillante. Je ne puis dire si nos vautours d'Europe ont la même organisation, car ils sont plus rares, dans les collections et dans les ménageries, que les vautours d'Amérique; et je n'en ai jamais disséqué (1).

En général, le larynx inférieur des oiseaux est produit par une membrane qui fait saillie de chaque côté de l'orifice inférieur de la trachée-artère; cet orifice est partagé en deux ouvertures , tantôt par une traverse osseuse qui va d'avant en arrière, et tantôt seulement par l'angle de réunion des deux bronches.

Les bronches ne sont point composées, comme la trachée, d'anneaux complets, mais seulement d'arcs osseux ou cartilagineux , d'un nombre de degrés plus ou moins grand qui ont chacun leur courbure propre dans l'état de repos, et dont la courbure peut varier jusqu'à un certain point par l'action des muscles volontaires.

La partie par laquelle les deux bronches se regardent est donc simplement membraneuse, dans un espace plus ou moins long; c'est cette membrane ordinairement large et tendue que je nomme membrane tympaniforme.

Le premier de ces arcs, c'est-à-dire le plus voisin de la trachée, a ordinairement la même courbure qu'elle; mais le second et le troisième appartiennent à

(i) Le fauteur brun a un larynx inférieur avec une paire de muscles, ainsi que nousîe dirons en décrivant les larynx de cette cate'gorie.

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des cercles pins grands, et sont moins convexes que lui en dehors, ce qui les fait saillir en dedans.

La membrane qui double l'intérieur de la trachée forme un repli sur cette partie saillante, et c'est ce repli qui, fermant à moitié chacune des ouvertures de l'orifice inférieur de ]a trachée, présente à l'air une lame susceptible de vibrer et de produire un son.

Ce sont les divers mouvements de cette lame qui rendent le larynx inférieur capable de varier le son.

[Examinons à présent les puissances qui peuvent produire ces mouvements. Elles les déterminent indirectement en agissant sur la trachée-artère, ou directement en faisant mouvoir les leviers mobiles ou les cartilages du larynx inférieur.

D après cette considération], les larynx inférieurs se divisent en deux classes : ceux qui n'ont point de muscles propres, et ceux qui en sont pourvus.

Dans ceux qui n'ont point de muscles propres., il n'y a que les muscles qui abaissent et qui élèvent la trachée qui puissent faire varier l'état de la glotte.

îl y a deux paires de muscles abaisseurs de la trachée. 1° Les sterno-tracliéens . Leur attache fixe est un sternum , à la face interne de ses angles latéraux supérieurs, lis se portent obliquement en arrière, en dedans et en haut, et s'insèrent à la trachée, à des points différents selon les espèces; leurs fibres se prolongent, plus ou moins, le long du corps de ce tube, et vont quelquefois jusqu'au larynx supérieur.

2° Les ypsilo-traehèem. Leur attache fixe est à los en forme d'ypsilon grec (î), ou de fourchette, qui est

(j) Ce sont des cléido-tiachcenS) l'os en question ayant été détermine

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propre aux oiseaux, et qui sert à tenir leurs os coracoïdiens écartés dans le vol. Ils s'attachent immédiatement à la trachée, dont ils suivent toute la longueur parallèlement aux précédents. Plusieurs oiseaux manquent de cette seconde paire.

La trachée n'a point de muscles propres pour l'élever ; ce mouvement est produit parle mylo-hyoïdien , au moyen de ligaments qui attachent l'os hyoïde au larynx supérieur.

L'action simultanée de ces antagonistes n'abaisse ni n'élève la trachée, mais rallonge; leur repos simultané la raccourcit en l'abandonnant à son élasticité naturelle.

On conçoit aisément, d'après cette description, que, lorsque la trachée s'élève, les bronches sont tiraillées, que le second et le troisième anneau s éloignent du premier, et que la saillie de la glotte diminue de longueur , en même temps quelle augmente de tension.

Lorsqu'au contraire la trachée est abaissée, les bronches sont relâchées , les anneaux se rapprochent. Le second et le troisième glissent même sous le premier, et la glotte se trouve allongée et détendue.

Ces mouvements de la trachée peuvent donc suppléer, jusqu'à un certain point, au défaut de muscles propres du larynx inférieur : aussi les oiseaux qui sont privés de ces derniers muscles ont-ils ceux qui meuvent la trachée incomparablement plus grands que les autres oiseaux.

plus tard par M. Cuvier comme la clavicule des oiseaux , et celui qu'il regardait comme la clavicule étant considéré comme un développement de l'apophyse coracoïde des mammifères ; c'est l'o? coracoïdien,. Voir le t. I, p. 356 de cet ouvrage.

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i. Des larynx inférieurs sans muscles propres.

Ces larynx inférieurs sans muscles propres doivent encore être subdivisés en deux genres; ceux auxquels tiennent; des cavités latérales ont des dilatations pins ou moins étendues, et ceux qui n ont rien de semblable.

a. Des larynx inférieurs sans muscles propres avec des dilatations osseuses, cartilagineuses ou membraneuses.

Jusqu'à présent je n'ai observé de ces dilatations que dans les espèces de deux genres, les canards et les harles. Encore plusieurs espèces que l'on rapporte d'ordinaire au genre des canards, telles que les cygnes et Voie , la bernache, Yeider. etc. , en sont-elles dépourvues.

Ces cavités ne se trouvent jamais symétriques, c'està-dire égales des deux côtés; celle du côte gauche est toujours beaucoup plus considérable; labronche de ce côté-là y donne immédiatement, et ce n'est qu'après l'avoir remplie que l'air peut regagner la trachée par un canal plus ou moins tortueux.

La cavité du côté droit est plus petite, et ne paraît qu'une légère dilatation de la bronche elle-même.

On trouve aussi, dans les femelles, une légère trace de ce défaut de symétrie; le bord inférieur de la trachée se prolonge plus bas du côté gauche que du droit.

Ges sortes de cavités diffèrent, indépendamment de la grandeur et de la figure, en ce que, dans certaines espèces, elles sont entièrement osseuses, tandis que dans d'autres il n'y a que des branches de cette der-

nière substance qui soutiennent des membranes qui en forment la plus grande partie.

Ces membranes, résistant beaucoup moins à l'air qui s'accumule dans la cavité par la force de l'expiration, doivent agir différemment de parois osseuses et inflexibles.

Le harie vulgaire (mergus merganser) et la pie f te (mergus albelius) sont dans ce cas. La dilatation du premier représente une grande pyramide à trois pans dont les arêtes seulement sont osseuses. Celle du second n'a que deux faces inclinées, dont la rencontre se fait par une ligne presque circulaire et osseuse; une des faces est antérieure et l'autre postérieure.

Je ne connais dans le genre des canards que le morillon (anas fuligula) et le millouinan (anas marila) dont les dilatations soient en partie membraneuses. Leur forme est à peu près comme dans la piette; mais les faces regardent à droite et à gauche, et non pas d'avant en arrière. Les membranes en sont soutenues par plusieurs ramifications osseuses.

Quant aux dilatations entièrement osseuses, leur forme ordinaire approche d'un sphéroïde plus ou moins irrégulier : on en trouve de telles dans le canard ordinaire (anas boschas); Voie armée du Cap (anas montana) ; le canard si ffleur (anas penelope ); les sarcelles (anas querceduîa et anas crecca) ; et le canard de la Caroline (anas sponsa). Le tadorne (anas tadorna) a ses deux renflements à peu près globuleux et presque égaux ; c'est celui de tous dans lequel la dilatation droite approche le plus de la gauche pour le volume.

Dans la sarcelle d'été (anas crecca ), les deux renfle»

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ments, diffèrent aussi fort peu; ils ne sont pas grenus , et leur ensemble présente la figure d'une poire.

Il me paraît que c'est à ces dilatations que tient la différence considérable qu'on remarque entre la voix des mâles et celle des femelles , dans toutes ces espèces. Ces dernières ont la voix aigre et fort aiguë, tandis que les mâles l'ont grosse, creuse et sourde. Les calculs des géomètres n'ayant pas encore atteint la théorie du son produit dans des tubes irrégulièrement inégaux, dans les diamètres de leurs diverses parties, j'ai eu recours à l'expérience; j'ai fait faire à mon instrument un corps de rechange renflé en forme d'ellipsoïde, qui ne changeait rien à la longueur du tube. Tout le reste étant demeuré comme auparavant, le son fondamental est devenu beaucoup plus grave et si sourd, qu'on avait peine à l'entendre, .l'ai donc été parfaitement confirmé dans ma conjecture. Cette voix est singulièrement désagréable dans les uns et dans les autres; ce qui vient peut-être de ce que les deux glottes, étant toujours inégales, produisent deux voix discordantes.

Mais une chose plus difficile à expliquer, c'est la différence spécifique des voix de ces espèces, différence qui va très loin; celui qui s'écarte le plus par sa voix du croassement de notre canard ordinaire, le canard sijf/eur, est précisément celui qui lui ressemble le plus par son larynx inférieur.

b. Larynx inférieurs sans muscles propres et sans dilatations latérales.

Le second genre de larynx inférieur sans muscles propres est celui qui n'a point de cavités latérales ni de dilatation. Les oiseaux qui eu sont pourvus sont

beaucoup plus nombreux. Tout l'ordre des Gallinacés est dans ce cas, sans que j'y connaisse d'exception. Elle comprend les dindons, les pintades, les paons, les coqs , les faisans , les perdrix , les cailles , les coqs de bruyère.

Je vais d'abord décrire la conformation du dindon {meleagris gallo-pavo). Les anneaux de ]a partie inférieure de sa trachée sont très séparés les uns des autres par des intervalles membraneux.

Les trois derniers sont fixés ensemble par deux arêtes osseuses longitudinales , une antérieure, l'autre postérieure; le dernier a son vide partagé en deux ouvertures, par une autre arête osseuse qui le traverse d'avant en arrière. C'est de ces deux ouvertures que pendent lesbronclies. Les deux premiers demi-anneaux de chaque bronche sont réunis à leurs deux bouts par un petit cartilage longitudinal qui s'articule avec la trachée, et qui fait qu'ils ne peuvent se mouvoir qu'ensemble et lorsque la trachée est abaissée; le plan commun de ces deux demi-anneaux formant avec là trachée un angle moins ouvert , le repli de la glotte s'allonge en dedans et se détend.

Dans le coq, la traverse du bas de la trachée, au lieu d'être soudée dans le milieu du dernier anneau, est suspendue à deux pièces triangulaires attachées sous la partie antérieure et postérieure de cet anneau ; les deux premiers demi-anneaux des bronches tiennent au bas cle ces deux pièces triangulaires, et il y a ainsi entre la trachée et ces deux demi-anneaux de chaque côté un espace membraneux presque demi-circulaire qui forme la glotte en se ployant. La trachée étant comprimée latéralement par sa partie inférieure, cette

glotte se trouve être fort étroite, et c'est sans doute à cela que tient le son si aigu de la voix du coq.

Le faisan ne paraît guère différer du coq, si ce n'est que sa trachée est plus arrondie et que l'espace membraneux extérieur est plus court.

Dans \& perdrix , la traciiéo>est comprimée d'arrière en avant; le dernier anneau produit en avant une espèce de bec descendant, auquel la traverse est attachée.

ïl paraît donc que le caractère général du larynx inférieur, parmi les oiseaux sans muscles propres, c'est d'avoir la traverse du bas de la trachée située plus bas que le dernier anneau auquel elle tient; de façon que les membranes qui constituent la glotte se répondent l'une à l'autre et n'interceptent qu'une seule ouverture; tandis que , dans les autres oiseaux, la traverse étant au même niveau que les membranes saillantes, il y a proprement deux ouvertures.

Le caractère constant d'aigu ou de grave de la voix de chaque espèce paraît tenir à la compression latérale du bas de la trachée et au rétrécissement de la glotte qui en résulte.

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