II. De la tracliée-artère
Les trachées-artères des divers oiseaux peuvent différer entre elles par leur longueur absolue, par la facilité qu'elles ont à s'allonger ou à se raccourcir, par la consistance de leurs parois; et enfin, par leur forme, laquelle dépend surtout de la différence du diamètre de leurs diverses portions.
(i) Sur les types encore inconnus des différents larynx de l'ordre des Passereaux, par J. Millier. Mémoire communiqué à l'Académie des se. de Berlin ,1e 26 juin i8A5. Ce mémoire renferme beaucoup de faits nouveaux sur l'organisation du larynx inférieur des Passereaux étrangers a l'Europe, tels que les Procnias^ les Fourniers, les Çolious, les Colibris, etc.
Nous allons les considérer sous ces quatre points de vue, après avoir indiqué ce qu'elles ont toutes de commun.
Les trachées des oiseaux sont constamment formées d anneaux cartilagineux ou osseux entiers , ce qui en fait des tubes complets, dont le diamètre ne varie point et dont toutes les parties sont solides. Cela était nécessaire pour la fonction qu'elles remplissent dans la formation de la voix ; tandis que dans les mammifères, où elles ne servent que de porte-vent, chaque anneau a toujours en arrière un segment qui manque, et la trachée a ainsi un espace longitudinal membraneux.
Les anneaux sont le plus souvent d'une égale largeur dans tout leur contour ; mais dans les espèces qui ont la trachée peu ductile, et où ils sont très rapprochés, ils sont ordinairement plus larges d'un côté que de l'autre, et cela alternativement, de manière que si l'un diminue à gauche, le suivant y sera plus large et diminuera à droite , et ainsi de suite.
La longueur absolue de la trachée-artère , et par conséquent son ton fondamental , dépend principalement de la longueur du cou de chaque oiseau; et nous voyons que l'expérience à l'égard du ton est conforme à ce principe : les petits oiseaux chantent le plus haut, et ceux qui ont le cou long ont en général la voix la plus basse; mais la nature a allongé certaines tra chées, plus qu'on ne pourrait le juger d'après la mesure du cou lui-même; ce sont celles qui se replient et se contournent sur elles-mêmes de différentes façons.
On en observe de telles parmi les Gallinacés, dans
le coq de bruyère, du genre des tétras , et dans plusieurs hoccos et pènèlopes ; parmi les Oiseaux de Rivage, dans presque tous les mâles du genre ardea, comme hérons, butors, cigognes et grues ; et parmi les Oiseaux Nageurs, dans l'espèce du cygne. Mais les contours ne se trouvent presque jamais que dans les mâles, comme les renflements que nous avons vus au larynx inférieur des canards et des liarles, et les femelles en sont presque toujours dépourvues ; aussi leurs voix sont-elles constamment plus aiguës que celles des mâles dans toutes ces espèces.
La facilité que les trachées ont à s'allonger ou à se raccourcir ne tient [pas seulement] à leurs muscles, mais à leur texture : celles qui ont les anneaux plus minces, et séparés par des intervalles membraneux plus grands, sont plus variables que celles dont les anneaux sont larges et se touchent presque. Aussi tous les Oiseaux que j'ai appelés chanteurs ont-ils leurs anneaux aussi minces que des fils, et les membranes qui les unissent minces et flexibles, au point qu'on peut, eu comprimant leur trachée dans le sens de sa longueur, la réduire de beaucoup plus de inoitié.
Les Oiseaux de rivage et les Oiseaux palmipèdes ont3 au contraire, en grande partie les anneaux larges, presque contigus , et comme recouverts les uns par les autres, à cause des rétrécissements alternatifs dont j'ai parlé plus haut.
Dans la plupart des autres, la partie inférieure de la trachée est formée d'anneaux rapprochés ou même soudés ensemble.
Quant à la forme, comme j'ai déjà parlé des trachées repliées et contournées sur elles-mêmes, il ne me reste
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plus qu'à les diviser en quatre ordres : i° les trachées cylindriques; 2° les trachées coniques; 3° les trachées qui ont des renflements subits; 4° celles qui se renflent et se rétrécissent par degrés insensibles.
Les trachées cylindriques forment le plus grand nombre; on en trouve de telles dans tous les oiseaux chanteurs, dans tous les oiseaux de rivage qui ont la voix grêle ou flûtée , dans les femelles des oiseaux nageurs, et dans beaucoup d'oiseaux de proie et de gallinacés; mais leur base n'est pas toujours un cercle; elles sont très souvent aplaties d'avant en arrière, et vers le bas elles le sont toujours un peu par les côtés. Les trachées coniques sont en cônes très allongés , dont la partie plus large est du côté de la bouche.
J'en ai observé de telles dans le dindon, le héron, le butor, Y oiseau royal , le cormoran et le fou, qui sont tous des oiseaux à voix éclatante.
Les trachées subitement renflées sont les plus rares. Je n'en connais que deux exemples : le garrot (anas clangula), et la double macreuse (anas fusca); mais les renflements , quoique placés, dans l'un et dans l'autre, à peu près au milieu de la trachée, sont cependant très différents : celui du garrot est formé par des anneaux plus larges que les autres, et sa forme est presque sphérique; celui de la double macreuse est en forme de disque circulaire ou de lentille , plat en arrière, légèrement convexe en avant, et à parois entièrement solides. On voit cependant à l'intérieur des stries transversales , qui sont des traces des anneaux dont l'ensemble compose ce disque.
Dans l'un et dans l'autre oiseau, les muscles sternotrachéens s insèrent précisément à cette dilatation; en
sorte qu'ils peuvent faire varier sa situation relativement aux extrémités delà trachée, en faisant raccourcir alternativement la portion de ce tube qui est audessus de ce renflement, ou celle qui est au-dessous; et mes expériences sur les instruments me font croire que cela doit faire varier le ton.
M. de Humboldt a trouvé dans le Kamichi (paîamedea bispinosa) un renflement assez semblable à celui du garrot. C'est surtout dans le genre des Jiarles qu'on voit des trachées qui ont des renflements adoucis ; dans le petit harle , il n'y en a qu'un , sa trachée-artère pouvant être comparée à une ellipsoïde très allongée; mais il y en a deux dans le grand harle, qui sont séparés par un rétrécissement, et la trachée se termine vers le larynx supérieur par une portion plus étroite que tout le reste.
Les canards mâles ont ordinairement aussi quelques dilatations et rétrécissement de ce genre (1).