III. Du canal de C urètre
Ce canal s'étend, dans l'homme et les mammifères, depuis le col de la vessie jusqu'à l'extrémité du gland. Il n'est essentiellement composé, dans tout cet espace, que par un prolongement de la membrane muqueuse qui tapisse les parois de la vessie, et qui, après avoir formé le canal en question , vient se confondre à l'extérieur avec la peau du gland. En ayant égard aux enveloppes qui affermissent ou soutiennent cette membrane, on peut reconnaître dans le canal de l'urètre, deux portions différentes : la première s'étend, dans l homme , depuis le col de la vessie jusqu'à quelques millimètres au-delà de la prostate ; la seconde commence où finit la première, par un renflement très marqué, et se continue jusqu'au bout du gland.
A. De la partie pelvienne de F urètre, ou de sa partie musculeuse.
C'est dans cette partie que s'ouvrent toujours les canaux déférents, les vésicules séminales, les vésicules accessoires , et les canaux excréteurs de la prostate ou des prostates. La membrane interne y prend ordinairement une consistance qu'elle n'avait pas dans la vessie; on y remarque généralement , très près du corps de celle-ci, une éminence, qui n'est assez souvent 8. 14
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quïm pii longitudinal, à laquelle on a donné le nom de verumonlanum. Elle est remarquable, parce que c est autour d'elle, ou même dans son épaisseur, que sont placés, comme nous lavons vu , les orifices des déférents, des vésicules séminales et des prostates. Le verumontanum renferme quelquefois un profond cul-desac ; il est entre autres ainsi conformé dans Xéléphan t(i). On trouve assez fréauemment dans ce même canal, d'autres plis longitudinaux , trop peu constants, au reste, pour être décrits. Les marmottes seules, à notre connaissance, en offrent, dans le sens opposé, qui sont permanents. Douze plis très saillants partent de chaque côté , d'une éminence longitudinale qui règne sur la paroi inférieure de cette portion de l'urètre, et la divisent en travers , en interceptant autant de petites fosses qui rendent sa cavité extrêmement inégale, et présentent un obstacle remarquable au flux de l'urine et à celui de la semence.
La longueur de cette portion de l'urètre, comparée au reste de l'étendue de ce canal, est très variable. Dans X homme et les singes, elle est très courte et enveloppée, pour la plus grande partie, par la prostate. Dans les Makis , elle est longue et grêle ; elle est longue dans les Chéiroptères ; sa longueur est médiocre dans les ours. Elle a le tiers de la longueur totale dans le hérisson ; elle excède la moitié de cette longueur dans la civette , les chats, les sarigues , le kanguroorat,\ephascolome, et elle n'atteint pas tout-à-fait cette
[i) C'est une poche analogue que M. Weher a reconnue dans l'homme, et qu'il appelle vésicule prostatique. (Communication faite à la reunion 'les Naturalistes allemands à Brunswich, en i84T-)
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mesure dans le kanguroo- géant-, elle est moins éten« due dans les chiens. On la trouve plus longue que le reste du canal et d'un très grand diamètre dans la marmotte ; ayant un peu moins que la moitié de tout le canal, dans les rats, les cochons d Inde; encore un peu moins longue dans les lièvres ; courte et n'atteignant que le quart de cette longueur totale dans X écureuil; n'ayant que le tiers ou le quart de la même mesure dans X éléphant , les Pachydermes , les Solifêèdes , les Ruminants, le dauphin et le marsouin. Elle est plus courte, en général, dans X homme et les Singes que dans tous les autres Mammifères , et c'est parmi les Carnivores , dont la verge proprement dite est très peu allongée, tels que le chai et la civette , que cette proportion nous a paru la plus grande.
Nous donnons encore à cette portion pelvienne du canal de l'urètre, qui est contenue dans le bassin, l'épithète de muscuîeuse, parce que ses parois sont généralement enveloppées d'une couche plus ou moins épaisse de fibres de cette nature. DamX homme et les Singes, c'est particulièrement sur les côtés qu'on les remarque : elles ont une direction oblique, et vont se perdre, en avant , au bulbo-caverneux et aux os pubis; et en arrière , au col de la vessie , après avoir traversé la prostate.
Dans les autres Mammifères, elles sont toujours circulaires; la couche quelles forment est très épaisse dans les Chéiroptères , dans la taupe, le hérisson, dans les chats-, elle est mince dans les chiens , la civette, les sarigues; elle est peu sensible dans la marmotte, chez laquelle les parois de cette portion semblent plutôt tendineuses; les Rongeurs l'ont généralement peu
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épaisse; mais son épaisseur est très grande dans les Pachydermes, les Ruminants. On prévoit qu'elle doit avoir pour usage , en contractant la première portion du canal de l'urètre , d'en expulser la semence et de servir ainsi à l'éjaculation. Voilà pourquoi, sans doute, elle est si épaisse dans les animaux dont la verge est fort longue, tels que les Ruminants, etc., et dans ceux qui ont ce même organe fort court , tels que les chats. Dans le premier cas , il fallait une grande force pour chasser la semence à travers un si long canal: i! en fallait également une très grande dans le second , afin que ce liquide qui n'aurait pas été porté assez avant par cette courte verge, fût lancé loin de cet organe jusqu'au lieu où il doit atteindre. Cette espèce d'éjaculation était encore bien nécessaire lorsque , outre la longueur de la verge, le canal de l'urètre présente un obstacle de plus à la semence qui doit le traverser. C'est ce qui a lieu dans le marsouin et le dauphin, où sa partie membraneuse, qui est enveloppée en totalité par la prostate , forme un angle très aigu avec le reste du canal, et se rétrécit sensiblement vers le sommet de cet angle. Il y a , dans ces animaux , un muscle très épais, fixé en arrière, au-devant des branches du corps caverneux , dont les fibres dirigées d'avant en arrière, recouvrent la prostate, et dont quelques unes se portent en dessous jusqu'au col de ia vessie : son action sert évidemment à vaincre la difficulté que doit avoir l'urine, et, sinon la semence qui découle dans i'urètre au sommet de cet angle, du moins l'humeur de la prostate, à traverser ce canal.
La portion de l'urètre que nous venons de décrire ne se continue pas toujours directement avec la sni-
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vante, mais elle s'y termine au contraire, dans plusieurs Mammifères, en s'ouvrant à la paroi supérieure de celle-ci, un peu au-delà de son commencement. Les Ruminants et les Pachydermes nous offrent des exemples de cette conformation.
B. De la partie vasculaire ou caverneuse du canal de V urètre.
Cette partie commence, dans Y homme, au moment où les branches an corps caverneux se réunissent, ou un peu en-deçà, par un renflement ovale, auquel on a donné le nom de bulbe ; elle diminue de diamètre audelà de celui-ci, prend une forme cylindrique et la conserve jusqu'au gland. Le canal de l'urètre est placé, dans toute cette étendue, dans une rainure ou demicanal de la face inférieure du corps caverneux ; il présente partout à peu près le même diamètre, et sa forme extérieure ne varie que par suite des variations qui existent dans l'épaisseur de ses parois. Celles-ci sont entourées et affermies par un réseau vasculaire analogue à celui que nous avons dit remplir la cavité du corps caverneux, susceptible comme lui de se gonfler de sang, et qui contribue à donner à ces parois la fermeté nécessaire pour faciliter le passage de la semence. Beaucoup plus épais au commencement de cette portion, particulièrement du côté inférieur, c'est ce réseau érectiie qui forme le renflement ovale qu'elle présente ; il s'amincit en avançant , et entoure plus également et plus complètement l'urètre; vers l'extrémité de ce dernier, il se développe pour former le gland.
Chez les Mammifères, la portion musculeuse de l'urètre ne se continue pas toujours directement comme
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dans l'homme, avec la portion vasculaire. Nous avons déjà dit que la première se termine quelquefois dans celle-ci par une embouchure ouverte à sa partie supérieure,un peu au-delà de son origine. C'est ce qui a lieu dans les Ruminants et le sanglier. Alors la portion vasculaire de l'urètre commence par un cul-de-sac plus ou moins large, creusé dans le bulbe, dans lequel la semence , qui a traversé la portion musculeuse, est précipitée, tandis que l'humeur des glandes de Cowper y découle par les côtés. D'autres fois (dans les écureuils, les marmottes), ce même cul-de-sac ne reçoit que les orifices de ces dernières glandes, et se continue en un canal étroit qui se jette dans l'urètre, soit à la partie moyenne de la verge , soit même au-delà. L'urètre passe, dans ce cas, au-dessus de lui , et ils sont enveloppés l'un et l'autre par le tissu vasculaire qui forme le bulbe.
La portion de l'urètre que nous décrivons est généralement placée sous le corps caverneux , comme dans l'homme. Il faut en excepter le Kanguroo-géant , dans lequel ce corps est creusé, dans une partie de sa longueur, en un canal qui contient celui de l'urètre. Ce canal , formé de parois de même nature que celles qui enveloppent extérieurement le corps caverneux, suit d'abord la direction de son axe, et se rapproche ensuite de la face inférieure de la verge , qu'il touche vers l'extermité de celle-ci, où il se termine. C'est à cet endroit seulement que l'urètre se trouve hors du corps caverneux.
Le tissu vasculaire de l'urètre existe dans tous les mammifères; mais dans les Kanguroo , à cause de la disposition que nous venons de décrire, il se confond
avec celui du corps caverneux , ce qui n'a pas lieu de même dans tous les Didelphes.
Il est remarquable que , dans toute cette division de la série des Marsupiaux , ce tissu vasculaire commence par deux branches, comme le corps caverneux, libres et enveloppées chacune par un muscle particulier. Dans \e phascolome , les sarigues, ces deux branches se réunissent ensemble pour former le tissu que nous décrivons. Dans le kanguroo , elles ne tardent pas à se confondre chacune avec la branche du corps caverneux qui lui correspond, et contribuent à former ce corps.
Le bulbe de l'urètre, ou le commencement de la portion vasculaire de ce canal, naît encore de deux branches dans le rat d'eau; il est large et triangulaire dans le surmulot; on y voit deux rudiments de branches dans le chameau. En général, ce renflement est plus ou moins développé dans les différents Mammifères, ainsi que le tissu qui enveloppe le reste de retendue de l'urètre. Il nous a paru très épais dans les Ruminants -, les Pachydermes , et très mince en comparaison dans les carnassiers , tels que Tours, la loutre, etc. , dont l'os de la verge est fort gros : il disparaît presque dans ceux-ci, lorsque le canal est parvenu sous cet os.
Rarement le bulbe est-il placé en-deçà du corps caverneux et commence-t-il avant ce corps. Dans les cynocéphales cependant, ce renflement a lieu plus tôt, ce qui semble dépendre de la forme particulière de leur bassin, dont les tubérosités iscbiatiques sont réunies: aussi faut-il le chercher sous l'anus, dans l'ouverture étroite que présente le détroit inférieur du bassin ; tandis que les branches dû corps caverneux ne corn-
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meneent qu'au-delà de îa large surface plate et calleuse que forment ces tuhérosités. Si le bulbe avait commencé comme à l'ordinaire , il se serait trouvé caché par cette large surface ; ce cas ne prouverait-il pas que sa position hors du détroit inférieur, immédiatement sous la peau et très près de l'anus , lui est très essentielle? Ne pourrions-nous pas ajouter, pour appuyer cette opinion, que c'est aussi pour cela, outre les autres raisons que nous avons déjà alléguées, que la portion musculeuse de l'urètre s'allonge ou se raccourcit? Elle est obligée de s'adapter aux différentes dimensions du bassin, afin que la portion bulbeuse arrive toujours au même point, et qu'elle conserve toujours les mêmes rapports. Dans les Singes, qai n'ont pas le bassin conformé comme celui des mandrills , le bulbe est situé comme dans l'homme.
[J'ai découvert dans la gerboise de Mauritanie une singulière disposition de la seconde partie du canal de l'urètre. Cette partie vasculaire reste séparée du corps caverneux et ne le joint qu'au moment où il s'unit au gland ( 1 ). Elle reçoit à son origine les canaux excréteurs des glandes de Cowper, et elle est enveloppée, dans la première moitié de sa longueur au moins, par un bulbo-caverneux considérable , qui est confondu, jusqu'à un certain point, avec le sphincter de l'anus.]
(i) Voir dans le journal ['Institut, numéro 4*3, p. 400> 2e colonne, l'extrait d'une Note communiquée à la Société philomatique, avec un dessin de cette singulière organisation , exécuté sous mes yeux, déjà en i83a. Voir encore les Notes et renseignements sur plusieurs Mammifères de l'Algérie, par MM, Duvernoy et Lereboullet. Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Strasbourg , t. III.
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