DIX-HUITIÈME LEÇON
Sommaire. ■“ I. Etude des rapports des tendons et des faisceaux musculaires primitifs au niveau de leur ligne de démarcation. Discussion des opinions de ÉôÜiker et de Weissmann. — Méthodes de l’auteur,étude de l’union du muscle et du tendon chez la grenouille soumise à la température de 55“; Chez l’hippocampe. — L’union des muscles et des tendons est encore insuffisamment connue. IL Mode de terminaison delà substance contractile à l’extrémité du faisceau primitif : Opinion d’Amici. Présomption d’existence d’un ciihent unissant la substance musculaire à la cupule tendineuse. — III. Rapports des faisceaux musculaires primitifs entré eux et avec le tissu conjonctif. Renseignements fournis par l’examen des coupes transversales. Faisceaux primitifs, secondaires, tertiaires, quaternaires, etc. — Disposition du tissu connectif intra-musculaire à l’égard des faisceaux primitifs. Bichat, Flemming, Lœ-we. — Disposition réelle du tissu conjonctif intra-musculaire. Ses faisceaux sont dirigés d’une manière générale dans la direction des fibres musculaires. Il forme dans les intervalles de ces dernières un lacis de fibres connectives et non de gaines membraneuses. — Cellules fixes. — Cellules lymphatiques. — Le tissu intra-musculaire de la grenouille est un Sac lymphatique cloisonné incomplètement.— {21 ma/rs 4816.)
Messieurs,
I. Messieurs, nous Yënons de faire l’étude sommaire des tendons ; je vous ai montré comment ils se comportent au niveau de leur insertion sur l’os ou le cartilage, nous allons rechercher maintenant guel est leur mode d’origine, c’est-à-dire de la façon dont ils sont reliés aux masses musculaires qu’ils prolongent. Cette question n’est pas des plus simples, elle a servi depuis longtemps de prétexte aux controverses. Je ne vous rappellerai pas toutes les opinions différentes qui se sont produites dans la science à ce sujet, je vous dirai seulement que, dans sa première édition fran-
çaise, Kôlliker avait résolu la question de la manière suivante. D’après lui, lorsque l’axe d’un muscle et celui du tendon qui lui fait suite sont disposés dans une même direction, la continuation des deux s’opère sans aucune ligne de démarcation. L’on voit simplement la striation du faisceau primitif disparaître et la structure changer, lorsque, de musculaire qu’il était, ce faisceau primitif devient tendineux.
La limite serait, on le conçoit, difficile à voir dans ce cas. lien serait tout autrement, pour Kôlliker, lorsque les faisceaux primitifs d’un muscle tombent obliquement sur le tendon auquel ils s’insèrent, c’est-à-dire quand le muscle présente la structure ‘pennée, disposition très-fréquente du reste. Dans ce cas la fibre musculaire se terminerait brusquement, au-dessous d’elle commencerait le tendon, et il y aurait entre les deux une simple juxtaposition. Je vous ferai d’abord observer. Messieurs, que de pareilles différences, dans les rapports de muscles qui se distinguent seulement entre eux par des détails de texture, et de tendons qui sont identiques dans les deux cas, sont tout à fait difficiles à acceptera 'priori et même à concevoir en anatomie générale. La nature suit ordinairement des lois moins variables dans ses procédés. Dès 1861, d’ailleurs, Weissmann montra que le mode d’insertion du muscle au tendon est toujours identique. Pour établir ce fait, il se servit d’une méthode introduite dans la science par Moles* cbott, à savoir l’emploi de la potasse à 40 p. 100. Ce détail historique vous montre une fois de plus quelle est, en histologie, l’importance des méthodes ; chacune d’elles, au moment où elle se produit, et appliquée à l’étude d’une question controversée, y apporte en efîet toujours des modifications plus ou moins considérables ; souvent elle fait faire à la science de notables progrès.
Weissmann enlève, sur un animal vivant, un muscle de petit volume (tel, par exemple, que le gastrocnémien de
la grenouille); il le plonge dans quelques centimètres cuhes d’une solution aqueuse de potasse à 40 p. 100. Au bout d’une heure, par la simple action des aiguilles à dissocier, on peut séparer les uns des autres les faisceaux primitifs qui constituent, par leur réunion, la masse musculaire. Ces derniers se montrent alors isolés dans toute leur longueur; si l’on a opéré avec précaution, on voit à chacune de leurs extrémités leurs deux chefs avec leur configuration normale. La méthode enseigne donc un premier fait, à savoir que chacune des fibres musculaires possède une individualité propre. J’ai insisté déjà, du reste, sur ce sujet et je n’y reviendrai pas maintenant en détail. Weissmann indiqua de plus ; 1“ que pour les muscles rectilignes avec leurs tendons ou insérés angulairement sur ces derniers, le mode d’union paraît identique ; 2“ que les faisceaux musculaires primitifs, en arrivant sur le tendon se terminent toujours brusquement, soit par une extrémité arrondie, soit en affectant une configuration dentelée ; 3° que le sarcolemme enfin existe tout aussi bien sur le chef terminal de la fibre musculaire que dans sa continuité, qu’il l’enveloppe sur ce point comme le fait un doigt de gant, et que la potasse dissout simplement un ciment particulier qui réunit, à ce niveau, le faisceau musculaire primitif au cordon tendineux qui lui fait suite.
Les conclusions de Weissmann ne vous paraîtront certainement pas toutes immédiatement acceptables. Vous vous souvenez en effet. Messieurs, que je vous ai montré, dès le début de ce cours, que les solutions de potasse à 40 p. 100 ne respectent nullement l’intégrité du sarcolemme. Bien loin de là, ce dernier e.st au contraire absolument dissous au bout de peu de temps sous l’action de T alcali, et la substance musculaire respectée est absolument mise à nu. Comment donc un pareil procédé peut-il servir à démontrer que le sarcolemme enveloppe de toutes parts la substance contractile, aussi bien à ses extrémités qu’en son
milieu? Ceci nous montre que la question n’est point résolue et que de nouvelles recherches sont nécessaires sur ce point particulier.
J’ai tout d’abord entrepris la vérification des assertions de Weissmann en suivant de point en point sa méthode. Vous pourrez voir des faisceaux primitifs isolés par son procédé. L’extrémité de ces faisceaux présente une configuration des plus variables. Chez la grenouille elle est plus ou moins irrégulièrement dentelée, chez le lapin l’on remarque quelques détails intéressants. Si l’on observe certaines extrémités de fibres offrant l’apparence pénicillée^ l’on reconnaît souvent que leurs dentelures sont formées par des cylindres primitifs réunis deux à deux, trois à trois, ou même complètement isolés. Certains se poursuivent plus loin que les antres, ce qui donne à l’extrémité du faisceau l’aspect d’un pinceau dont un certain nombre de poils auraient été cassés. Dans tous les cas le faisceau primitif ne se termine pas constamment par une courbe continue.
Pour bien voir la disposition d’un muscle penniforrae, à sa terminaison, et le rapport de ces faisceaux primitifs avec les tendons, il faut modifier le procédé de la façon suivante. Et, tout d’abord, vous n’ignorez pas que les muscles pennés s’insèrent ordinairement, tout le long de leur parcours, non sur des tendons d’apparence funiculaire, mais bien sur des expansions tendineuses qui se prolongent sur l’une des faces du muscle en l’enveloppant comme un cornet de papier fait d’un bouquet. Telle est, par exemple, la disposition présentée par le gastrocnémien de la grenouille commune ; une expansion nacrée du tendon d’Achille l’embrasse en arrière et reçoit ses fibres courtes et obliques. Un pareil muscle est disposé sur une lame de verre de façon que son expansion tendineuse repose sur cette lame. La majeure partie de la masse musculaire épaisse est retranchée à l’aide de ciseaux courbes sur le plat. Quand il n’y a plus sur la lame de verre que le tendon
jQembraniforme garni d’une mince couche de muscles, cette membrane est tendue exactement, puis à l’aide d’une aiguille courbe, on trace une raie comme celle qu’on fait sur la tête, à l’aide du peigne, pour séparer les cheveux. On rejette de la sorte les faisceaux primitifs de chaque côté du trait en les divisant en deux groupes, mais tous ces faisceaux ainsi séparés venant s’insérer au niveau môme de la raie, l’on peut observer sur ce point.leur mode d’union avec leurs tendons. L’observateur n’est plus, en effet, gêné par des plans superposés de fibres musculaires.
J’ajoute à la préparation, ainsi disposée et recouverte d’une lamelle, quelques gouttes d’une solution de potassé à 40 0/0 que je fais pénétrer par capillarité. Chaque faisceau primitif se continue isolément avec un petit tendon minuscule qui va ensuite se perdre dans l’expansion tendineuse et que je puis observer à loisir. Au bout de quelques minutes, et sous l’action de l’alcali, la substance musculaire de chaque faisceau se rétracte légèrement. Entre le tendon et l’extrémité de la fibre on voit alors se produire un petit espace semi-lunaire. Le tendon paraît terminé par une petite cupule concave qui reçoit l’extrémité convexe du faisceau. Cette cupule s’agrandit; enfin au bout d’un certain temps la substance musculaire de la fibre, continuant à se rétracter en s’éloignant du tendon, en est complètement séparée. Mais à ce moment le sarcolemme est dissous et il est impossible déjuger s’il se prolongeait ou non sur l’extrémité du faisceau musculaire.
Pour juger la question, il faut encore ici tourner la difficulté en recourant à une autre méthode. Une grenouille ■vivante est jetée dans une capsule contenant de l’eau à 55 degrés ; elle entre presque aussitôt en rigidité et meurt rapidement comme je vous l’ai fait voir. Au bout d’un quart d’heure environ, elle est retirée de son bain d’eau chaude, et je dispose, avec de grandes précautions, l’expansion tendineuse d’un de ses gastrocnémiens sur une
lame de verre ; je la tends, j’y pratique une raie absolument comme il vient d’être dit, et en opérant sous l’eau
afin de tirer le moins possible sur les faisceaux primitifs que j’écarte les uns des autres. La préparation est colorée à l’aide du picrocarminate d’ammoniaque à 1 0/0 et examinée dans la glycérine.
On observe alors très-netles particularités suivantes. 1^%. 5L)
Un grand nombre de faisceaux musculaires prisent séparés, par un assez large espace, de la terminale de leur tendon filiforme. Ils sont reliés à ce dernier par le sarcolemme qui forme un boyau vide et dans lequel la substance musculaire s’est rétractée. L’extrémité de cette substance est dentelée et chacune des dentelures qu’elle présente est formée par un ou plusieurs cylindres primitifs
de Leydig.Cette séparation des fibres musculaires et
des tendons s’effectue vraisemblablement au moment où l’animal saisi par l’ean chaude entre brusquement en rigidité et se maintient dans cette situation.Quoi qn soit, il s’effectue alors un départ du plasma musculaire qn® remplit le boyau sarcolemmique d’une substance qni, nlté rieurement coagulée par le refroidissement, paraît fine
en cylindres primitifs, de ces cylindres. — î», — s, le même réfléchi sur la cupule tendineuse du tendon, t.
ment grenue et qui, ainsi que je m’en suis assuré, contient de la matière glycogène. Cette masse renferme en outre quelques noyaux nageant dans son intérieur. Au voisinage de sa terminaison, le tendon, de son côté, présente des noyaux allongés dans le sens de son axe, et qui sont ceux de ses cellules fixes. Des noyaux affectant la même direction, mais offrant d’ailleurs les caractères des noyaux musculaires superficiels, sont placés sous le sarcolemme mis à nu ; ce dernier, enfin, va de la substance musculaire rétractée au tendon qu’il rejoint. Il se recourbe en l’abordant au niveau de sa cupule et, sur ce point, s’amincit considérablement, de telle sorte qu’il est absolument impossible de le poursuivre avec certitude tout le long de la courbure de cette dernière. Si l’inflexion du sarcolemme au niveau de la terminaison cupuliforme du tendon semble indiquer qu’il la double dans toute son étendue, le fait ne peut néanmoins être tout-à-fait affirmé puisqu’on ne l’observe point nettement.
L’étude des muscles de certains poissons va nous fournir ici des données très-instructives, sinon la solution complète de la question qui nous occupe. Au point de vue des rapports des faisceaux primitifs avec les tendons, les muscles de la nageoire dorsale de rhippocampe constituent l’objet d’étude le plus favorable (1). Lorsque, chez un hippocampe vivant, on a fait sauter avec des ciseaux un des côtés de la boîte osseuse biloculaire qui contient ces muscles, on les aperçoit au milieu d’un tissu muqueux transparent, accompagnés de leurs vaisseaux et de leurs nerfs. Il convient de les fixer en place par l’action de l’acide osmique à 1 p. 200, pour la raison qu’ils sont à la fois ex-
boîte osseuse qui contient les muscles de la nageoire est divisée en deux parties latérales par une cloison longitudinale formée par les arêtes ne cette nageoire elle-même. De chaque côté de cette cloison sont rangés de petits muscles coniques qui possèdent des tendons distincts accompagnés de ieurs vaisseaux et de leurs nerfs. Toutes ces parties délicates et rétractües sont plongées au sein d'un tissu muqueux transparent.
Ranvier. 16
trêmement délicats et três-rétractiles. Au bout de 24 heures ils sont Axés dans lenu formp, rigides, et on les peut enlever et dissocier à loisir sous l’eau enl leurs faisceaux prindtifs. Chacun de ces faisceaux possède son tendon distinct et le tendon du muscle entier provient de l’union de tous ces petits tendons. Cette disposition est tout à fait favorable à l’observation de l’union du tendon et du muscle, observation qui, d’ailleurs, est en outre singulièrement facilitée par la façon dont le sarcolemine comporte à l’égard de la ubstance musculaire.
Le sarcolemme est en ‘fret distant de la masse mntractîledu faisceau priau lieu d’être appü' (lué à sa surface. L’intervalle est occupé par une masse granuleuse parsemée de noyaux volnœineux. La substance musculaire se termine par ® dont le sommet est mousse et dont la surface est irrégulière; le don, dont le diamètre es^ la moitié de celui du f^
ceau primitif, s’élargit à son extrémité en un cône 65?®
qui s’applique exactement sur le cône plein formé par la terminaison de la fibre musculaire. Le sârcolemmej qui, de chaque côté du faisceau, représente une sorte de sac, Tient, en se recourbant, se fixer sur la ligne de séparation du muscle et du tendon et se confondre ayec elle {Fig. S2).
Mais se poursuit-il au-delà de ce point? s’insinue-t-il entre le muscle et le tendon ou se prolonge-t-il sur ce dernier pour lui former une gaine ? Ce sont là autant de questions auxquelles il est difficile de répondre aujourd’hui d’une manière absolue. Cependant comme la masse granuleuse qui double le sarcolemme s’arrête brusquement au niveau de l’union du faisceau primitif et du cordon tendineux, il est probable que le sarcolemme, se poursuivant sous forme d’une mince digne brillante, est considérablement atténué et perd une partie de ses caractères en passant entre l’extrémité terminale de la fibre et la cupule tendineuse. Le trait brillant que l’on observe à runion des deux substances et qui se continue ave© le sarcolemme, pourrait peut-être même représenter, un simple ciment.
Que devons-nous conclure. Messieurs, de ces observations diverses? Simplement qu’il y a^ entre le sarcolemme et le tendon, une union très-intime ; qu’il n’est point certain à l’heure qu’il est que l’extrémité des faisceaux primitifs soit recouverte par le sarcolemme, réfléchi sur elle comme une calotte et interposé entre la substance musculaire et la cupule terminale du tenden. Il est possible qu’à ce niveau le sarcolemme soit remplacé par une mince couche de ciment, mais cette memhrane ne persiste pas ici avec ses caractères optiques ordinaires^ et le double contour indicateur de sa présence. Je dois ajouter en outre que l’Opinion de M. Ch. Robin, én vertu de laquelle on devrait considérer le muscle comme simplement maintenu en rapport avec le tendon par le vide virtuel existant entre la fibre et sa cupule tendineuse, ne saurait être maintenue en présence de ce fait qu’il n’existe, chez
l’hippocampe, aucune trace d’une zone granuleuse entre l’extrémité du faisceau primitif et la naissance du tendon Si le vide existait entre les deux, la couche demi-liquide contenue dans le manchon formé par le sarcolemme, se répandrait, en effet, dans la cupule et la séparerait du chef terminal du faisceau musculaire. Tout n’est donc pas encore dit sur cette question qui doit être, je pense, réétudiée plus tard en détail, et abordée à l’aide de méthodes nouvelles destinées à éclaircir les difficultés qui subsistent.
IL Nousdeyons examiner maintenant une autre question, connexe de la précédente, et qui surgit naturellement dans l’esprit. Nous avons vu que le faisceau musculaire se termine le plus souvent par une série de cylindres primitifs qui sont, au niveau de l’extrémité, moins étroitement accolés que dans la continuité de la fibre, et qui présentent une striation transversale nette et régulière.
Mais comment finit cette striation? Les cylindres primitifs terminaux, à leur extrémité libre, présentent-ils un disque épais, un espace clair ou un disque mince? Sans s’exprimer explicitement à ce sujet dans son texte, Amici, [Archives de Virchow, 1859) semble avoir résolu implicitement la question par une figure très-nette. D’après cette figure, la fibre musculaire se termine par un disque mince. En second lieu, au voisinage de leur terminaison, les fibrilles élémentaires s’amincissent, les disques épais ne se présentent plus sous forme de cylindres droits, mais de cônes très-allongés, à sommet orienté vers l’origine du cordon tendineux. J’ai cherché à vérifier ces observations d’Amici; sur une grenouille vivante, le couturier est mis à nu, tendu exactement, maintenu dans cette position et fixé dans sa forme par une injection interstitielle d’acide osmique àl p. 100, poussée au niveau de l’insertion inférieure du mus-
de. Ce dernier est ensuite détaché, lavé, et l’union du muscle et dn tendon est examinée dans l’eau après dissociation convenable. La striation se montre très-régulière au voisinage de la terminaison de chacun des faisceaux primitifs; mais, à mesure que l’on se rapproche de la ligne d’union da muscle et du tendon, l’observation devient à la fois délicate et difficile. La dernière rangée de disques épais est, ainsi que l’avait indiqué Amici, formée par des prismes de substance musculaire très-allongés et terminés en pointe. Mais au-delà de cette dernière existe-t-il ou non un grain représentant le disque mince de la fibrille correspondante? C’est là ce que je ne saurais affirmer ou nier catégoriquement. Ici éncore, nous nous heurtons à une difficulté matérielle d’observation, qui ne peut être guère levée que par l’introduction de nouveaux procédés, d’étude. Il est cependant probable qu’entre la cupule tendineuse, doublée vraisemblablement d’une expansion amincie du sarcolemme, et la substance musculaire proprement dite, représentée à sa terminaison par le dernier rang des disques épais, existe une substance cimentante particulière, qui, peut-être, n’est autre chose qu’une bande claire analogue à celles qui unissent, dans le sens transversal, les disques superposés de substance contractile.
IIl . Rapports des faisceauœ musculaires entre eux. — Les rapports réciproques des fibres musculaires entre elles et avec le tissu connectif doivent maintenant nous occuper. C’est par l’union des faisceaux primitifs que se forment les masses musculaires, et leur arrangement varie, dans certaines limites, avec la forme générale des muscles. Considérons d’abord un muscle dont tous les faisceaux primitifs sont parallèles, tel par exemple que le couturier de la grenouille, ou le couturier du chien.
La méthode d’examen est ici très-simple : le muscle est
convenablement isolé et tendu, après quoi on l’abandoniie à la dessiccation rapide (dans une étuve à 31° par exemple) ou bien il est congelé, ou encore durci dans l’acide cbromique, la gomme et l’alcool, etc. Ces diverses méthodes peuvent être toutes, en effet, presque indistinctement em^ ployées dans le cas présent. L’on pratique ensuite dans le muscle durci de minces coupes transversales, qui sont colorées par le carmin, l’hématoxyline ou le picro-carminate d’ammoniaque à 1 p. 100, et que l’on examine enfin dans la glycérine.
Dans ces conditions, le couturier de la grenouille paraît homogène, c’est-à-dire que tous ses faisceaux primitifs, légèrement rendus polyédriques par pression réciproque, sont disposés les uns à côté des autres sans affecter de groupements particuliers. Il n’en est pas ainsi des muscles des mammifères. Ici les fibres musculaires sont réunies en fascicules par des bandes de tissu connectif, et forment des faisceaux secondaires composés par la réunion des primitifs. Ces faisceaux sont eux-mêmes unis pour former des faisceaux plus volumineux qu’on pourrait appeler tertiaires, et ces derniers se groupent en quaternaires. Cette division en fais^ ceaux d’ordre croissant donne à la surface de coupe un aspect caractéristique et élégant. Le muscle tout entier est entouré d’une enveloppe fibreuse, ou fascia extérieur, d’où partent des cloisons qui se ramifient dans l’intérieur et deviennent de moins en moins épaisses, se subdivisant pour envelopper les faisceaux musculaires des divers ordres. H importe de savoir maintenant comment sont constituées ces cloisons.
Les anatomistes anciens et, avec eux, Bichat, pensaient « qu’outre l’enveloppe générale du muscle, chaque fniS" » ceau a une enveloppe moindre, chaque fibre une enve-? » loppe encore moins considérable, chaque fibrille une » gaine presque insensible, quoique réelle, et qu’on peut se » représenter le tissu cellulaire des muscles comme for"
» mant une série d’enveloppes successivement décrois- » santés. » (Bichat. Anat. génér., p. 525.)
Les fibres musculaires glisseraient dans ces gaines comme le font les tendons dans leurs coulisses. Cette idée ancienne a été reproduite de nos jours par Flemming, qui admet que les faisceaux primitifs sont réunis entre eux par des membranes vraies. Lœwe est allé plus loin et pense que le tissu connectif intra-musculaire est formé de gaines emboîtées les unes dans les autres. Cette assertion, qui se rapproche de l’opinion soutenue par AxelKey et G-. Retzius par rapport au tissu conjonctif intra-fasciculaire des nerfs, a grand besoin d’être contrôlée.L’onnevoit les faisceaux musculaires séparés les uns des autres par des travées conjonctives, formant un réseau continu, que sur les coupes transversales. Les coupes longitudinales ne fournissent aucune image qui puisse être rapportée à la section de membranes minces, continues, et interposées entre les faisceaux musculaires primitifs adjacents entre eux. Si l’on étudie le tissu connectif intra-musculaire à l’aide de la méthode des injections interstitielles, on peut du reste se convaincre facilement de l’erreur de Flemming et de Lœwe. Le couturier du chien est découvert chez l’animal vivant, et l’on pratique dans sa masse une injection interstitielle d’acide osmique à 1 p, 200. Il ne se forme point de boule d’œdème, l’injection file entre les faisceaux primitifs ou secondaires dans la direction de l’axe du muscle, parce que latéralement elle est arrêtée dans sa diffusion par le refoulement des fibres musculaires qui s’accolent les unes aux autres et forment un véritable cylindre creux, à l’intérieur duquel se poursuit la marche du liquide injecté. Dans ce cylindre sont contenus un certain nombre de faisceaux primitifs écartés les uns des autres et reliés par le tissu connectif intra-musculaire. Ces faisceaux, isolés convenablement sur la lame de verre, se montrent simplement séparés par des fibres connectives entrecroisées de diverses ma-
nières et nullement par des membranes vraies. Les faisceaux connectifs, entre lesquels on ne rencontre que peu ou point de fibres élastiques très-grêles, sont eux-mêmes d’une grande petitesse dans l’intérieur des faisceaux secondaires, c’est-à-dire dans l’intervalle des fibres musculaires. Ils deviennent un peu plus gros dans les faisceaux tertiaires, puis volumineux dans les faisceaux de quatrième ordre. Dans l’intervalle des faisceaux conjonctifs on rencontre des cellules fixes, plates, souples, se plissant de mille manières comme des étoffes, et formées par unedame mince de protoplasma transparent renfermant un noyau. Outre ces cellules on en trouve d’autres, constituées par une masse de protoplasma grenu, irrégulière ou arrondie ; ce sont les cellules lymphatiques qu’autrefois Kùbne avait décrites comme les cellules fixes du tissu connectif intramusculaire chez la grenouille. Il les avait vues animées de mouvements amiboïdes actifs. Ce seul fait montre l’erreur dans laquelle il était tombé, car, d’une manière générale, je dois vous faire observer, Messieurs, que ni les endothéliums, ni les cellules fixes du tissu connectif, qui leur ressemblent à beaucoup d’égards, ne sont animées de mouvements amiboïdes, sinon lorsqu’elles sont modifiées par l’inflammation.
La direction générale des faisceaux du tissu conjonctif intra-musculaire est ordinairement celle des faisceaux primitifs du muscle, qu’ils unissent et qu’ils séparent. A. la périphérie et dans les grosses travées connectives interposées aux faisceaux de second et de troisième ordre, le tissu conjonctif suit la direction de^ vaisseaux et des nerfs qu’il accompagne. Mais, arrivés dans l’intérieur des faisceaux secondaires, c’est-à-dire entre les fibres musculaires elles-mênies, les faisceaux de tissu conjonctif s’intriquent dans tous les sens, leur direction est cependant, en général, parallèle à celle des éléments du muscle, mais les fibres connectives transversales sont encore nombreuses, surtout
au voisinage des terminaisons nerveuses. C’est cette disposition qni rend ces dernières particulièrement difficiles à observer, si l’on n’a soin de dissoudre préalablement, à l’aide d’un acide dilué, tel que l’acide chlorhydrique à 1 p. 1.000, le tissu connectif qui les masque.
Telle est la disposition générale du tissu connectif intramusculaire des vertébrés supérieurs, mais chez les batraciens anoures, et chez la grenouille en particulier, cette disposition est, nous l’avons déjà dit, beaucoup plus simple. Le muscle forme, en effet, alors, une masse homogène, limitée à sa périphérie par les expansions aponévrotiques des tendons d’insertion. De ces expansions partent des faisceaux connectifs qui cloisonnent la masse musculaire et qui sont, à peu près partout, dirigés de la même façon, c’est-à-dire dans un sens parallèle à celui des faisceaux musculaires. Poussons dans un de ces muscles, le gastrocnémien de la grenouille, par exemple, une injection interstitielle de bleu de Prusse rendu soluble dans l’eau. La liqueur bleue ne file plus, comme chez le chien, dans la direction des fibres du muscle, en se creusant un canal dans leur écartement. Elle se répand dans le muscle entier qui bleuit en masse.Il semble que nous ayons injecté une cavité ou une éponge. C’est qu’ici le tissu connectif est rudimentaire ; toutes ses mailles communiquent largement les unes avec les autres. Dans ces mailles incessamment parcourues par les éléments de la lymphe, et contenant les cellules lymphatiques douées de mouvements amiboïdes décrites parKùhne,sont plongés les faisceaux primitifs des muscles, comme dans un vaste sac lymphatique qui constitue leur Diilieu intérieur, et au sein duquel s’accomplissent tous les échanges nutritifs dont leur substance est le théâtre.
DIX-NEÜVIÈME LEÇON.
Sommaire — Etude des vaisseaux des muscles striés. — I, Vaisseaux sanguins. Chaque muscle strié ne possède pas un réseau vasculaire sanguin particulier (bipolaire artério-veineux) ; il reçoit ses vaisseaux dé différâtes sources artérielles. - Procédés et méthodes dinjection et d’examen des vaisseaux des muscles. — Forme du réseau capillaire :
Les mailles de ce réseau enveloppent les faisceaux primitifs comme d’un filet, les capillaires sont toujours extérieurs au sarcolemme. Les mailles du réseau sont rectangulaires : branches longitudinales, branches transversales. — IL Particularités spéciales aux vaisseaux sanguins des muscles rouges. Sinuosités dès capillaires, leur grand diamètre, forme des maïUes; elles sont moins allongées. Dilatations fusiformes sur la continuité des ' capillaires transversaux. Disposition analogue des origines des veinules. Ces modifications de la forme sont en rapport avec le mode lent et soutenu de la contraction des muscles rouges. — Lymphatiques des iRR®® striés et de leurs tendons. Système lymphatique dû centre phreni^e- Expériences de Recklinghausen, de Ludwig et de Schweigger--êi e. — Lymphatiques dès expansions tendineuses. —■ Rapports du tissu eon nectif infra-musculaire des batraciens, représentant un sac lymp UUÇI t avec les autres cavités lymphatiques de l’animal. — (23 mars WS).
I. Messieurs, nous arrivons actuellement à l’étude vaisseaux des muscles. Je commencerai par celle vaisseaux sanguins, je décrirai ensuite les
Chez aucun animal le muscle ne constitue une véri individualité vasculaire. Je m’explique : le rein, ^ exemple, possède une circulation spéciale, autonome.
reçoit le sang artériel d’un seul tronc, l’artère émulgente; il verse le sang veineux dans un tronc également unique, la veine rénale. Aucun muscle n’est dans ce cas. Le couturier de la grenouille, aussi Lien que celui du lapin, reçoivent des brandies musculaires émanées d’artères trèsdiverses, et ces rameaux afférents sont échelonnés sur toute sa hauteur. Us abordent transversalement le muscle, et, conservant cette direction, ils pénètrent entre ses faisceaux quaternaires, ternaires et secondaires. Ils se résolvent enfin en un réseau capillaire, dont les mailles, affectant une forme typique font reconnaître pour ce qu’elle est l’injection d’un muscle du premier coup.
Il importe d’abord de savoir comment on doit pratiquer ces injections elles-mêmes. Elles doivent être complètes, et faites avec certaines précautions,si l’on veut éviter toute chance d’erreur.
S’il s’agit d’une grenouille, il convient tout d’abord de l’immobiliser pendant l’opération afin que ses mouvements ne gênent pas l’expérimentateur dans l’application délicate de la canule (1). Cette dernière est introduite dans le bulbe aortique et fixée sur ce point par une ligature après que le système vasculaire sanguin de l’animal a été vidé par l’excision de la pointe du cœur. La masse faite selon les règles connues, à l’aide du carmin ou du bleu de Prusse incorporés à la gélatine, est ensuite poussée lentement
(l) Pour immobiliser une grenouille que l’on veut injecter, l’on peut em ployer deux méthodes : 1° On introdmt une denod-heure ou une heure auparavant 4 à S gouttes d’une solution de curare àl o/OOdans lun des sacs lymphatiques sous-cutanés. Cette méthode est la meilleure et nous en exphquons un peu plus loin les avantages. Une autre méthode, très-simple, ^nsiste à plonger la grenouille dans de l’eau chauffée à 37. Elle est, au bout de 15 à 20 minutes, complètement anesthésiée et n’exécute plus aucun mouvement spontané ni réflexe. Mais, dans ces conditions, il importe de ne pas élever la température de l’eau au-dessus de 40°; en effet, l'animal entrerait alors en rigidité, et la pénétration régulière de la masse injectée
serait impossible. ° ^
dans les vaisseaux. S’il s’agit d’un lapin, cette masse (300 à 350 centimètres cubes) est injectée de la même façon par la carotide, après que l’animal, préalablement curarisé, a été sacrifié par hémorrhagie. Je dois expliquer l’action adjuvante du curare. Vous n’ignorez pas. Messieurs, que chez l’animal curarisé et entretenu vivant à l’aide de la respiration artificielle, tous les muscles volontaires sont paralysés, mais les muscles vasculaires le sont également et le sang continue son cours dans un système de canaux présentant leur dilatation maxima par suite de l’inertie de leurs parois contractiles. Il en sera de même de l’injection dont la pénétration sera facile, puisqu’elle arrivera dans des artérioles préalablement dilatées.
Les muscles dont on veut examiner les vaisseaux, sont enlevés après que la masse d’injection s’est refroidie. Si cette dernière a été faite avec le carmin, les muscles sont placés dans l’alcool ; si, au contraire, elle a été; faite avec une masse de bleu de Prusse, ils sont plongés; dans une solution à 2 0/0 de bichromate d’ammoniaque. Au bout de 24 ou 48 heures, ils sont lavés dans l’eau distillée et séparés à l’aide des aiguilles, de la pince et des ciseaux, en leurs faisceaux secondaires. Ces derniers,' colorés par l’hématoxyline si l’injection est rouge, par le picro-carminate d’ammoniaque, si elle est bleue, et montés dans la glycérine ou le baume de Canada, fournissent de bonnes préparations pour la vue longitudinale du réseau capillaire (!)•
Je vous ai dit que la disposition du réseau capillaire des muscles est caractéristique. Les vaisseaux ne pénètrent jamais dans l’intérieur des faisceaux primitifs; ils sont tou-
(l) Oa peut aussi employer, pour cet usage, la résine Dammar en soin tion dans 1 essence de térébentldne. Lorsque l’on fait une préparation d injection de muscle, c’est aussi cette dernière essence qu’il faut emploj®^ pour éclaircir la pièce, à Tesclusion de celle de girofle qui est jaune et temt les muscles en cette couleur, au détriment de la transparence de 1 objet.
jours extérieurs au sarcolemme. Ils occupent l’intervalle des fibres musculaires entre lesquelles s’insinuent leurs branches longitudinales, qui restent régulièrement parallèles à la direction des faisceaux primitifs. De distance en distance, ces branches longitudinales communiquent entre elles par des rameaux transversaux, qui croisent les fibres musculaires en formant des arcs de cercle contenus dans des plans perpendiculaires à l’axe longitudinal du muscle.
La
- Coupe transversale Æun muscle pale injecté. — Les faisceaux primitifs ■eloppés par le sarcolemme. Dans leurs intervalles les vaisseaux sê distri- Duent en formant des mailles. La section des capillaires longitudinaux est représentée par des cercles blancs d’où partent ou non les branches transversales.
à mailles rectangulaires, constitué par un système de vaisseaux longitudinaux parallèles et réunis entre eux, deux à deux, par des branches qui sont perpendiculaires à leur direction. Chacun des faisceaux primitifs est entouré par un système vasculaire présentant cette disposition, et qui 1 enveloppe de ses mailles rectangulaires comme le ferait un filet. Lorsque le muscle est contracté ou rétracté, ses vaisseaux longitudinaux reviennent sur eux-mêmes en prenant une apparence serpentine; lorsqu’il est tendu, ils restent absolument rectilignes. Ces variations ne s’observent pas sur les branches transversales du réseau; ces
dernières, en effet, ne se trouvent point, sur un muscle rétracté, dans la nécessité de diminuer de longueur, elles sont tendues, restent droites ou légèrement curvilignes et leur configuration ne change pas. Leurs rapports avec les faisceaux primitifs sont surtout bien montrés par les coupes transversales des muscles injectés [Fig. S5). On les voit sous forme de lignes droites ou d’arcs tendues entre les petits cercles colorés qui représentent la coupé des capillaires longitudinaux. Elles se moulent fréquemment sur les faisceaux primitH’s qu'elles contournent en les embrassant, et en restant toujours en dehors d’eux, c’est-àdire extérieures au sareolemme qui les entoure. Mais les vaisseaux des muscles ne sont point, dans l’intérieur des faisceaux secondaires, séparés des fibres par une épaisseur appréciable de-tissu connectif ; le plus souvent ils sont étroitement accolés â ces fibres mêmes.
Ces vaisseaux sont de petit diamètre, comme on peut s’en assurer en les fixant instantanément dans^ leur forme par l’action de Facide osmique â 1 0/0. Dans ces conditions les capillaires mtrà-rausculaires de la greneulile semblent s’appliquer étroitement sûr les globules rouges contenus dans leur intérieur. Pour finir leur histoire générale, j’ajouterai que j’ai constaté que les vaisseaux des muscles, artériels et veineux, ne sont point la plus musculaires qu’ailleuFS,
II. Tels sont les vaisseaux des muscles ordinaires; Ceux du couturier de la grenouillé et de celui du lapin et du chien par exemple. Mais ceux des muscles rouges, tels que le demi-tendineux et le soléaire du lapin, présentent des particularités intéressantes sur lesquelles je dois insisteû maintenant.
Les capillaires des muscles rouges [Fig.
toujours extrêmement sinueux, même quand on a pris soin de fixer la masse musculaire dans sa forme après
les muscles rouges elles affectent presque la forme de carrés. Ceci reyient à dire que, les brandies longitudinales étant supposées en même nombre dans unmuscle pâle et dans un l'Otage, les branches transversales sont plus nombreuses dans ce dernier.La surface circulatoire est par ce fait même notablement augmentée. Elle l’est encore davantage par suite du diamètre plus considérable des capillaires des
l’avoir dise et maintenue dans un état d’extension convenable. Ce fait s’explique de lui-même par la grande élasticité du muscle. 2“ Leurs mailles sont moins allongées que dans, les muscles pâles, de telle sorte que si, chez ces derniers, elles représentent des rectangles allonsés. dans
“ÿ, ~ fauseaiuB sanffum d’m muscle rrntge.^ — a, artères. — v, veines. —
œ. m^les formées par les capillaires et renfermant les faisceaux musculaires qui n pas été dessinés,. — a, dilatations variqueiises des branches transversales. — s, branche longitudinale des capillaires.
muscles rouges. Ici donc et tout d’abord, nous trouvons une disposition qui semble indiquer une circulation sanguine plus complète au sein delà masse musculaire.
Mais le dernier fait qu’on observe, et le plus remarquable sans contredit, c’est que, sur un grand nombre de branches transversales réunissant les capillaires longitudinaux, on constate l’existence de dilatations fusiformes. Les veinules qui partent du réseau possèdent des dilatations encore plus considérables, qui offrent, au premier coup d’œil, l’apparence de petits anévrysmes minuscules.
Pendant la vie, le sang gonfle ces dilatations comme le fait la masse colorée dans un muscle injecté. Le diamètre des capillaires, la multiplication des branches transversales, indiquent clairement que, pour un même volume de substance musculaire, il existe, dans le muscle rouge, un plus grand volume de sang. Comment expliquer ces différences, et cette circulation si richement assurée, dont les vaisseaux sont munis de diverticules dans lesquels s’accumule une réserve de liquide nutritif? Je pense, Messieurs, que la disposition des vaisseaux sanguins dans les muscles rouges est en rapport avec leur mode même de contraction. Je mets sous vos yeux un lapin curarisé chez lequel la circulation est entretenue par la respiration artificielle. Sa cavité abdominale est ouverte et son intestin mis à na. Après quelques minutes d’exposition à l’air toute la surface de cet intestin est congestionnée et rouge. Je l’excite maintenant à l’aide d’un appareil d’induction. Un ventre de contraction se forme au point excité, et s’étend peu à peu sous l’aspect d’une plaque dure, blanche, au niveau de laquelle, à mesure qu’elle s’accroît, l’afflux régulier du sang cesse de se produire.
Il en est de même d’un muscle strié pris au moment où sa contraction s’opère. Il ne laisse plus passer de sang dans son intérieur, mais au moment où la décontraction se produit, c’est-à-dire lorsqu’il se relâche, les veines muscu-
laires correspondantes donnent lieu à un abondant écoulement de sang noir. Si l’on observe un muscle depuis longtemps maintenu en repos, au contraire, le sang coule librement et sort rouge comme il était à son entrée dans la masse musculaire (CL Bernard). Le sang est donc arrêté dans le muscle pendant sa contraction ; il s’y transforme en sang noir, c’est-à-dire qu’il abandonne son oxygène, car la contraction ne peut se produire s’il ne' se fait dans le muscle une action chimique dont l’oxygène est l’un des éléments essentiels, et qui engendre précisément la force vive que la substance musculaire, en se contractant, transforme en travail moteur. Si donc le muscle contracté ne laisse plus passer de sang dans sa masse tandis que, d’autre part, il lui faut de l’oxygène pour faire les frais de sa contraction, c’est que, pendant la durée de cette dernière, il utilise l’oxygène du sang dont il était pénétré lorsqu’elle a débuté, et qui constitue pour lui une provision ou une réserve. On conçoit que, plus la contraction d’un muscle donné sera longue et soutenue, plus cette réserve devra être considérable. C’est, je crois, la raison pour laquelle les muscles rouges, qui se contractent lentement et avec persistance, présentent des capillaires à la fois nombreux, volumineux, etmunis de dilatations ou diverticules qui forment autant de réservoirs pour le sang. Lorsque la contraction débute et que l’apport du sang est suspendu dans le muscle, ce dernier est, de la sorte, non-seulement pénétré du sang contenu, à ce moment, dans son riche lacis vasculaire, mais les réservoirs précités en contiennent d’accumulé, qui lui sert de réserve et qu’il dépense graduellement. On conçoit de la sorte que la contraction des muscles rouges soit à la fois lente et soutenue.
Ht- Nous arrivons maintenant à l’étude des lymphatiques du système musculaire à contractions brusques. Cette étude est aujourd’hui à peiné esquissée. Dans sa première
RiimEK. ^7
édition française Kôlliker dit, en effet, qu’il a toujours été impossible à Teiohmann de les injecter; dans la seconde U dit n avoir vu dans les muscles que de rares vaisseaux blancs, satellites de vaisseaux sanguins intra-musculaires d’un certain calibre, et que, dans tous les cas, jamais les lymphatiques ne pénètrent dans l’épaisseur des faisceaux secondaires des muscles striés. L’auteur ajoute dans une édition plus récente que : « Dans les tendons, les fascias, » et les membranes synoviales, personne jusqu’ici n’a pu » voir de vaisseaux lymphatiques. » De son côté, M. Sappey n’a réussi qu’à en injecter quelques-uns dans le grand pectoral, le grand adducteur de la cuisse, et le grand et moyen fessier. Quant aux vaisseaux blancs des tendons et du reste du système fibreux, il ne les a pas injectés, les admet à peine, et prouve par des raisons « qu’il n’existe en réalité aucune analogie de propriété entre les deux systèmes » fibreux et lymphatique. Mais je laisse là ces citations, car j’ai hâte de vous parler, Messieurs, de recherches expérimentales très-sérieuses et qui sont la clef de la question qui nous occupe.
Les observations les plus anciennes, celles de Olaüs Rudbeck, de Nuck et de Mascagni, par exemple, avaient montré que, sur la convexité du centre phrénique, existaient des vaisseaux lymphatiques plus ou moins nombreux. Tout récemment les recherches de Recklinghausen ont montré des faits nouveaux que je dois vous exposer.
Chez un lapin récemment sacrifié, l’on ouvre largement la cavité thoracique ; on enlève le cœur et les poumons, la face pleurale du centre phrénique est de la sorte mise à découvert, et l’on applique sur elle un disque de liège percé à son centre d’une ouverture circulaire. Par la cavité abdominale également ouverte, on fixe, en l’y piquant tout autour avec des épingles, le diaphragme à ce disque de liège de façon que le centre phrénique soit tendu et étalé en surface comme une toile à peindre sur son châssis. L®
muscle est alors incisé circulairement avec des oiseaux, enlevé et disposé sur la platine du microscope, avec le cadre de liège qui le soutient, et la face péritonéale tournée en haut. Sur cette face on dépose une mince couche de lait diluée par l’addition d’une légère quantité d’eau sucrée, et on l’observe ensuite à l’aide d’un grossissement d’environ 100 diamètres.
On voit alors directement s’opérer l’absorption des globules du lait par les vaisseaux lymphatiques du tendon central. Ces globules sont en effet entraînés par des courants dirigés vers certains points fixes,décrivent sur ces points de petits tourbillons et pénètrent dans les lymphatiques subjacents qu’ils injectent en leur donnant un aspect lacté. Ils disparaissent au centre du tourbillon deux par deux ou trois par trois, comme s’ils s’engageaient dans de petites ouvertures.
Ainsi, de nombreux canaux lymphatiques existent dans l’intervalle des tendons filiformes qui constituent, par leur entrecroisement, le centre phrénique ; l’on peut s’en convaincre en imprégnant ce dernier d’argent, avec les précautions nécessaires que je ne vous rappelle pas, et que vous trouverez mentionnées dans les traités de technique. L’imprégnation faite et la préparation montée dans la glycérine ou dans le baume du Canada, on reconnaît en effet qu’entre les fibres tendineuses radiées du centre diaphragmatique, existent de nombreux canaux lymphatiques en forme de fentes, communiquant d’une part avec la cavité péritonéale, et de l’autre avec les vaisseaux lymphatiques de la convexité, placés sous la plèvre. Ces canaux sont tapissés d’un endothélium festonné sur ses bords en forme de feuilles de chêne ; les festons de deux cellules endothéliales voisines entrant les uns dans les autres et se joignant comme le font les pièces d’un jeu de patience. A côté de ces canaux,on en voit d’autres munis d*un endothélium régulier, polygonal, à côtés rectilignes. Ce sont des vaisseaux capillaires sanguins qu’il ne faut point, soit dit en passant,
prendre pour, des lymphatiques comme l’avait fait d’abord Recklinghausen, après l’expérience que je viens de rapporter.
Mais le meilleur procédé pour étudier la distribution des lymphatiques du diaphragme a été sans contredit indiqué par Schweigger-Seidel et Ludwig. Un lapin est sacriüé par hémorrhagie, la cavité abdominale est ouverte. On comprend dans une ligature commune, et qui passe autour du rachis, la veine cave, l'aorte et l’oesophage.
L’animal est ensuite coupé en deux moitiés et entravers, au-dessous du diaphragme. Sa moitié thoracique est suspendue, la tête en bas, à un support muni d’un crochet, au moyen de trois ûcelles passées dans les téguments, de manière que la concavité ou face péritonéale soit disposée en haut et dressée comme une coupe. On remplit cette dernière de bleu de Prusse, rendu soluble dans l’eau par l’hydratation prolongée, et l’on pratique sur la moitié de lapin ainsi disposée la respiration artiflcielle par les moyens ordinaires. Le diaphragme est soumis par suite à des mouvements alternatifs d’élévation et d’abaissement. Au bout de quelques minutes, on cesse cette manœuvre, on lave la concavité du diaphragme à l’eau distillée pour enlever le bleu en excès ; puis on y verse de l’alcool pour fixer les éléments anatomiques dans leur forme et rendre le bleu de Prusse insoluble. Tout le diaphragme devient rapidement rigide, on peut l’exciser, l’étendre sur une lame de verre et le monter dans la glycérine ou le baume de Canada, sans qu’il se plisse ou se rétracte.
On voit alors sur la face péritonéale du centre phrénique des fibres blanches rayonnées qui limitent des fentes colorées en bleu et remplies par l’injection. Sur la face pleurale, au contraire, se montre un véritable réseau lymphatique également injecté en bleu, et formé de vaisseaux, ramifiés en divers sens, et qui vont rejoindre des troncs de plus en plus considérables.
Ainsi les tendons de certains muscles, tels que le diaphragme, non-seulement possèdent des lymphatiques mais en sont comme pénétrés. Ce premier fait conduit à penser que d’autres expansions tendineuses en possèdent également.
Voici un chien que nous venons de sacrifier par la section du hulbe; la peau de l’une de ses cuisses est fendue longitudinalement, le membre est dépouillé de son tégument, la rotule et le tendon rotulien sont mis à nu. Je pique maintenant cette expansion tendineuse rotulienne à l’aide d’une seringue de Pravaz remplie de bleu soluble et je pousse rinjection.il se forme d’abord une boule bleue. Mais bientôt des bords de cette boule part un réseau d’une richesse extrême, et formé de troncules noueux caractéristiques, qui s’étend tout autour d’elle jusqu’à une certaine distance. En répétant l’expérience sur plusieurs points (et en piquant au hasard), j’ai pu, comme vous le voyez, arriver à couvrir l’expansion rotulienne d’un réseau lymphatique injecté. Parvenus au voisinage du muscle, ces vaisseaux blancs suivent toujours la direction des fibres tendineuses, et gagnent les intervalles des faisceaux musculaires primitifs. L’on y voit pénétrer la matière à injection qui, poursuivant sa route, gagne à travers le muscle les réseaux profonds. Les fibres musculaires sont donc en rapport avec les vaisseaux lymphatiques et je déterminerai plus tard exactement ce rapport. Un fait qui doit d’ailleurs montrer qu’il existe entre les deux systèmes, musculaire et lymphatique, des connexions étroites, c’est que l’écoulement de la lymphe par les troncs principaux des membres est manifestement accéléré (laboratoire de Ludwig) par leurs mouvements.
Tel est actuellement l’état de nos connaissances sur les lymphatiques des muscles des animaux supérieurs et de leurs tendons. Mais comment est disposé le système lymphatique, par rapport aux muscles, chez les animaux qui,
comme les batraciens, ne possèdent point de tissu connectif diffus sous-cutané et un petit nombre seulement de lymphatiques canaliculés? Avec la canule tranchante de la seringue de Pravaz remplie de bleu, je pique la masse d’un muscle gastrocnémien de la grenouille. Vous avez vu que l’injection diffuse partout, séparant les faisceaux primitifs, et je vous ait dit que ces derniers pouvaient être considérés comme plongés dans un vaste sac lymphatique cloisonné formé par le tissu connectif intra-musculaire. Si ce sac est lui-même l’équivalent morphologique d’une séreuse, il communique avec les autres cavités lymphatiques de l’animal, notamment avec le sac séreux sous-cutané qui enveloppe la jambe. Dans ce cas, une partie du bleu doit passer dans cette cavité. C’est ce qui arrive en effet, mais j’ignore comment se fait exactement ce passage. Les imprégnations d’argent ne montrent point, sur l’aponévrose, de stomates analogues à ceux qu’on observe sur la membrane qui sépare la grande citerne rétro-péritonéale de la cavité du péritoine. Il serait intéressant néanmoins de rechercher minutieusement leur existence. En tout cas, on les trouverait vraisemblablement sur la face antérieure du muscle gastrocnémien ou à son extrémité supérieure. Ce sont, en effet, là les deux points au niveau desquels s’effectue le passage du liquide injecté, de la cavité cloisonnée intra-musculaire dans le sac séreux sous-cutané.
Nous avons maintenant terminé, Messieurs, l’étude des muscles striés adultes, pâles et rouges. Nous commencerons, dans la prochaine leçon, celle de leur développement.