ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA CORNÉE
Nous entrerons dans l'analyse expérimentale de la cornée, en nous occupant tout d'abord delà partie conneclive de celte membrane.
Le premier fait qui frappe dans la cornée, c'est sa transparence si complète. Il est bien remarquable qu'une membrane constituée par un épithélium à plusieurs couches de cellules (épithélium antérieur), Une première membrane élastique, un tissu connectif formé de fibres et de lames et contenant deux variétés de cellules, les fixes et les migratrices, enfin une seconde membrane élastique doublée d'un épithélium, sans compter un nombre très grand de rameaux nerveux qui se croisent en tous sens, il est, je le répète, bien remarquable qu'une membrane composée de tant d'éléments divers soit aussi parfaitement transparente.
Prenons, en effet, une portion quelconque de la peau dans une région non pigmentée, nous verrons qu'elle est composée des mômes éléments que la cornée. Sous un épithélium à plusieurs couches se trouvent des fibres et des lames connectives entremêlées de cellules. Et cependant la peau est à peu près opaque ; il faut une forte lumière pour la faire paraître translucide.
Pour comprendre la transparence de la cornée, il est nécessaire de remonter aux conditions de la transparence en général.
Voici un bloc de verre; il est parfaitement transparent. Nous le brisons de manière à le réduire en un grand
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nombre de fragments que nous recueillons dans un verre à expériences; ils forment une masse opaque. Nous ajoutons de l'eau ; nous rendons à cette masse une partie de sa transparence. Pour qu'elle devînt absolument transparente, il faudrait faire pénétrer entre ses ^différents fragments du baume du Canada, dont l'indice de réfraction est à peu près celui du verre.
Un autre moyen de rendre la transparence à l'ensemble de ces fragments consisterait à les replacer dans leur ordre, de manière que leurs surfaces fussent en contact parfait. La transparence serait dès lors aussi complète que si le bloc était d'une pièce.
Par conséquent, lorsqu'un corps composé d'un grand nombre de parties est parfaitement transparent, il faut, ou bien que ces parties soient exactement appliquées les unes sur les autres, ou qu'il s'y trouve interposée une substance d'un indice de réfraction égal à celui de ces parties.
Ces notions vont nous servir de guide dans l'étude de la substance propre de la cornée.
Les. éléments constitutifs de la cornée sont transparentS) cela est évident. Mais la transparence de cette membrane tient-elle au contact parfait de ses divers éléments ou à la présence d'un liquide interposé ? C'est là une première question qui se présente*
Nous y répondrons par quelques expériences.
Prenons une cornée de bœuf etsoumellons-la à la dessiccation. Elle est transparente à Télat frais et conserve sa transparence pendant tout le temps qu'elle met à se dessécher. Lorsqu'elle est complètement sèche, il est
encore facile de lire au travers. On ne saurait donc attribuer la transparence de la cornée à la présence d'un liquide interposé aux éléments qui la composent.
Il est cependant un fait d'observation qui semble, au premier abord, favorable à cette interprétation : c'est l'opacité de la cornée que produit la compression du globe de l'œil. On pourrait facilement supposer, en effet, que celle "opacité est due au départ d'un liquide compris à Télat normal entre les éléments cor.néens. Il n'est pas nécessaire que la cornée soit en place pour que le phénomène se produise. Prenons, par exemple, un fragment de la cornée du bœuf et plaçons-le entre deux lames de verre. Nous constatons d'abord qu'il est parfaitement transparent. Mais si en rapprochant brusquement les deux lames nous déterminons une certaine compression, nous voyons survenir dans la cornée une opacité semblable à celle qui se manifeste lorsqu'on exerce une pression sur le globe de l'œil tout entier. De môme que lorsqu'elle est en place, le degré d'opacité est en rapport avec celui de la compression. Une pression faible détermine une opacité peu apparente, une pression forte et brusque une opacité très marquée. La meilleure manière de le constater est de manier les deux lames de verre de telle sorte que la compression la plus forte s'exerce tantôt sur une des extrémités, tantôt sur l'extrémité opposée du fragment de cornée. La partie la plus comprimée est toujours la plus opaque, et chaque fois que Ton déplace le point de la plus forte pression, on voit se déplacer également la tache opaline qui y correspond.
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On peut continuer cette expérience assez longtemps et la reproduire un grand nombre de fois sans que Ton voie jamais sortir de la cornée la moindre trace de liquide. Ce n'est donc pas l'issue d'un liquide qui produit l'opacité. Du reste, si Ton fait la même expérience sur une cornée à moitié sèche, on obtient encore les mêmes résultats.
De ces observations on peut déjà conclure que Topacité de la cornée comprimée doit être attribuée à un dérangement des éléments histologiques qui la composent. Mais on peut aller plus loin et démontrer que, pour amener l'opacité, Ce dérangement doit porter sur les dernières parties constitutives de la membrane.
Eu effet, voici un segment de la cornée du bœuf complètement détaché que je place sur cette lame de verre. J'en saisis l'un des bords avec une pince au niveau de sa face supérieure et le bord opposé, avec une seconde pince, au niveau de sa face inférieure ; je les tire en sens inverse et j'obtiens ainsi un déplacement considérable des différentes couches superposées qui forment la membrane. Si j opère avec lenteur, je ne détermine aucune opacité. Mais si j'exerce avec une certaine force des tractions brusques, il se produit une opacité passagère. Cette opacité tient donc au dérangement, non pas des lames, mais de leurs dernières parties constitutives, c'est-à-dire des fibres connectives qui les composent.
Je dois vous démontrer maintenant que ces fibres existent en réalité. Vous vous souvenez, en effet, que Reichert a cherché à prouver que la substance propre
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de la cornée n'est point de nature fibrillaire, pas plus que les autres tissus du sysTtème connectif.
Quand bien même ils furent séduits par la conception générale de Reichert sur la substance conjonctive, les bistologistes ne se résignèrent janiais à admettre l'absence de fibres dans le tissu conjonctif, d'autant plus qu'elles avaient été décrites et figurées par un grand nombre d'auteurs. Aussi, lorsque RoUett annonça que la macération dans Teau de chaux ou Teau de baryte résout le tissu conjonctif et le tissu de la cornée en ses éléments fibrillaires, cette opinion fut-elle admise presque sans conteste. Schweigger-Seidel lui-même, qui était cependant un esprit d'une sage critique et qui d'habitude passait tout au contrôle de l'expérience, indique cette réaction comme démonstrative. C'est là une erreur que je ne comprends pas, et qui doit s'être maintenue par le besoin qu'on avait de combattre la théorie de Reichert.
Les réactifs indiqués par Rollett ont, en efiTet, une action absolument inverse de celle qu'il a annoncée. Gomme ils sont légèrement alcalins, ils ramollissent et gonflent le tissu conjonctif et on font par suite disparaître les fibrilles. Ils ont la même action sur la cornée.
11 est d'autant plus singulier de voir constamment se reproduire la mention de ces réactifs, qu'il suffit de l'observation dans l'eau après l'action de réactifs durcissants, tels que l'acide ôsmique ou les bichromates alcalins, pour observer de la façon la plus nette les fibrilles du tissu conjonctif.