NEUVIÈME LEÇON
(0 Janvier ISIO) Charpente esniieetlve de la eamée.
Membrane batale antéHeurt. — Diltlcullés que présente l'obscrvalion dfl la , membrane basale antérieure chez les mammiFères. — Elle doit Stre éluitiée chei la raie.
Corvée de la raie. — Son étude sur des coupes méridiennes après dessiccation. — Epaisseur qu'y présente la membrane basale antérieure — Fibres tuturales qui en partent et qui trnversent perpendiculairement la cornée. — Ces nbres ne sont nettement visibles que dans les lames de la cornée coupées perpendiculairement à la direction Ae leurs faisceaux. — Boulon' nières que présentent les lames pour le passage des libres suturales. — Eiamen de U cornée à la lumière polarisée démontrant la continuité des fibres suturales. — Isolation de ces fibres. Leur forme, leurs expansions latérales.
MembroM btuaU antirUurt cha [hommt. — Elle se colore en rose par le carmin. — Il en part des libres de soutien, également colorées en
Messieurs,
Je m'occuperai aujouril'hui de la structure de la membrane basale antérieure. VjcWx' membrane est dé^^ignée sous le nom de membrane de Bowraan ou de membrane de fieichert, ces deux auteurs l'ayant découvcile à peu près simultanément
La constitution de la membrane basale anteriuure l'sI encore mal connue. Elleaé^yÉitt^Hb'^^''^^^'^'^"
eussions parmi les hislologistes ; cela tient à ce qu'il n est pas possible de risoler comme la membrane de Descemet, et que dès lors il est beaucoup plus difficile de Tétudier. En outre, chez quelques aninmux, elle est tellement mince, que certains auteurs ont pu même en nier T'existence. Chez l'homme, elle est très évidente. Sur une coupe transversale de la cornée d'un enfant de quatre ou cinq ans, elle présente une épaisseur égale à celle de la membrane de Descemet.
J'étais loin d'être fixé sur la signification de cette membrane, lorsque le hasard me fit tomber sur un excellent objet d'étude, la cornée delà raie.
Cornée de la raie. — La cornée de la raie est si remarquable, elle présente dans ses éléments et dans sa texture un si grand iiombre de faits intéressants, que j'ai passé plusieurs semaines à en faire l'analyse. Je vais vous communiquer les résultats les plus importants de mes recherches.
Une première expérience, dont je vous ai déjà rendus témoins, consiste à placer en même temps dans l'eau une cornée de bœuf et une cornée de raie. Tandis que la première se gonfle peu à peu et finit, au bout de quelques jours, par acquérir une épaisseur deux ou trois fois plus considérable, en perdant de sa transparence pour prendre un aspect opalin, la seconde reste parfaitement transparente et conserve sensiblement sa minceur première. Je vous ai dit à ce propos que cette expérience soulevait un problème intéressant, celui de savoir si cette différence tenait à une composition diff'érente des éléments de la cornée, ou à la présence
dans la cornée delà raie d'éléments spéciaux qui n'existeraient pas dans la cornée du bœuf et des autres animaux que nous avions examinés jusqu'alors.
Pour élucider ce problème, j'ai eu recours d'abord au procédé le plus simple et le plus ancien, les coupes transversales après dessiccation. Une cornée de raie tendue régulièrement au moyen d'épingles sur une lame de liège est abandonnée à la dessiccation au-dessus d'une étuve à incubations artificielles. Comme cette membrane est très mince, quelques heures suffisent pour qu'elle ait atteint un degré de durcissement convenable. On y pratique alors des coupes méridiennes, c'est-àdire perpendiculaires à sa surface et passant par son centre. Ces coupes sont recueillies dans Teau. Quand elles sont ramollies, elles sont colorées par le picrocarminate d'ammoniaque, lavées, traitées par l'acide formique et enfin conservées dans la glycérine.
Vous verrez sous ces microscopes plusieurs préparations obtenues au moyen de cette méthode, et vous y reconnaîtrez la structure singulière de la cornée de la raie, que je vais commencer par décrire rapidement dans son ensemble, pour revenir ensuite sur les détails.
Vous remarquerez d'abord (fig. 11) la membrane basale antérieure, assez épaisse et recouverte d'un épithélium stratifié. De la face postérieure de cette membrane partent une série de fibres qui traversent perpendiculairement la cornée pour aller atteindre sa face postérieure.
Les lames de la cornée sont continues et disposées très régulièrement les unes au-dessus des autres en
138 CHAItPENTIÎ CONNEr.TIVi; niî I,A CORNÉE.
séries parallèles. Elles diffèrent donc de celles que nous avons éludif^es chez tes mammifères en ce qu'elles ne s'entre-croisent pas el ne forment pas un système de tentes.
Passons maintenant à l'analyse détaillée des préparations que vous avez sous les yeux.
L'épithélium anlél'icur est coloré en roiT^e, la membrane Iiasale antérieure en rose vif. Les fibres qui en parlent et qui traversent la cornée dans toule son épaisseur, perpendiculairement à a direction de ses âmes , ont pris la même teinte rose.
Cette coloration par le carmin suftitàlesdiffiSrencier des fibres élastiques, bien qu'elles résistent comme ces dernières à l'action de l'acide formique et même à celle de l'acide acétique. Les lames de la cornée sont incolores, mais elles sont séparées les unes des autres par de minces bandes colorées en rose,
comme les fibres qui partent de la membrane basale antérieure. Elles se succèdent régulièrement jusqu'à la face postérieure de la cornée. Cette face présente une apparence festonnée, dont il est facile de s'expliquer la cause. La cornée, tendant à se gonfler sons l'influence de l'eau et de l'acide formique, a été retenue au niveau des points d'attache des fibres venant de la membrane basale antérieure, et a formé entre eux une série d'arcs ou de festons convexes. La membrane basale postérieure est marquée par une ligne rouge bordant ces festons. Elle est si mince, que l'on pourrait même douter de son existence, mais d'autres méthodes me permettront de vous la montrer d'une manière plus évidente.
Je reviens maintenant sur les fibres qui vont de la membrane basale antérieure à la membrane basale postérieure. Ces fibres, que personne, à ma connaissance, n'a encore signalées et que j'appellerai fibres perforantes ou mieux fibres suturales ^ n'ont pas une disposition aussi simple que je viens de vous l'indiquer dans cette description sommaire. Elles se divisent souvent dans l'épaisseur de la cornée et s'envoient les unes aux autres des branches anasfoniotiquesen forme d'arcs, au niveau de la séparation des lames.
En second lieu, lorsque leur coloration n'est pas très intense, elles ne paraissent pas toutes se continuer dans toute l'épaisseur de la cornée. Celles qui se trouvent tout à fait à la superficie de la coupe se montrent bien continues. Mais, plus profondément, elles paraissent manquer de deux en deux lames; c'est-à-dire qu'on
140 CHARPKNTE CONNECTIVB DK LA CORNÉE.
voit uae lame traversée perpendiculairement par une série de fibres roses, qui s'arrêtent toutes au niveau de la suivante pour reparaître dans la troisième lame, puis dans la cinquième et ainsi de suite, tandis qu'on n'en voit point dans la seconde, ni dans la c|uatrième, etc. C'est là un phénomène d'optique curieux et que nous devrons cherclier à nous expliquer; j'y reviendrai tout à l'heure. Pour l'instant, je me contentei'ai de vous dire que c'est au niveau des lames coupées perpendiculairement à la direction de leurs fiiisceauxque l'on voit les fibres suturales, tandis qu'elles n'apparaissent pas dans celles qui sont coupées parallèlement à la direction de ces faisceaux. 11 n'en est pas moins vrai qu'elles sont continues dans toute l'épaisseur de la cornée, et je vais vous le démontrer sur des préparations de cette membrane faites suivant des méthodes différentes,
Un œil de raie ayant été conservé pendant plusieurs mois dans le liquide de Millier ou dans le bichromate d'ammoniaque à 2 pour 100, on le place dans l'eau; on enlève la cornée et à l'aide des pinces et des aiguilles on cherche à la décomposer en lames. Cette dissociation s'opère avec une facilité remarquable, que vous comprendrez si vous vous rappelez que ces lames ne sont pas anastomosées comme dans la cornée des mammifères, mais superposées parallèlement. Aussi n'est-il pas difficile d'obtenir ainsi des lames complètement isolées; il est préférable toutefois, pour tnieux se rendre compte de la texture de la cornée, de ne pas pousser dissociation aussi loin, et de faire des préparations une lame reste en rapport avec sa voisine par
isser la -M ons oi'W ir UD0 fl
CORNÉE DE LA RAIli, 141
partie de son étendue. Ces préparutions sont colorées par le picrocarminale d'ammoniaque, ou bien par rhématoxylioe et réosioe, et montées dans la glycérine.
En observant une préparation ainsi faite (fig. '12), on est frappé tout d'abord de voir c«s lames, de structure
filirillaire, être perforées de trous eu forme de boutonnières, c'est-à-dire composés d'un œillet ovalaire prolongé à l'une de ses extrémiiés par une fente mince. Souvent on voit s'échapper de ces boulonnièrfis des fils plus ou moins longs et qui paraissent avoir été cassés. Dans la partie de la préparation où deux lames consécutives sont superposées, les boutonnières *
respondent, tandis que leurs fentes sont perpendiculaires entre elles.
Ces fentes doivent être considérées comme produites par l'agrandissement deTouverture en œillet, qui seule existe à l'état normal. En effet, lorsqu'on dissocie les lames à l'aide des aiguilles, les fibres qui les attachent Tune à Tautro en passant à travers les œillets ne cèdent qu'après avoir allongé ces œillets d'une fente plus ou moins longue suivant la direction des fibres conneclives.
Si nous rapprochons ce que nous venons d'observer sur cette préparation des faits que nous avons reconnus sur la coupe méridienne examinée auparavant , nous devrons en conclure que les lames de la cornée sont cousues entre elles par les fibres perforantes comme le seraient des doubles d'étoffe, et c'est pour cela que je préfère pour ces fibres le nom de fibres suturales qui me parait plus exact.
On peut démontrer la continuité des fibres suturales au moyen de la lumière polarisée.
Une coupe méridienne de la cornée de la raie, faite après durcissement de cette membrane dans le liquide de Millier et montée dans l'eau phéniquée, a été placée sur la platine du microscope à polarisation , les deux niçois étant croisés, et orientée de manière à faire un angle de 45 degrés avec les plans de polarisation. Vous y verrez des bandes alternatives brillantes et obscures. Les bandes brillantes correspondent aux lames sectionnées parallèlement à la direction de leurs faisceaux, les bandes obscures à celles dont les faisceaux sont coupés transversalement. Ces bandes sont parallèles et ne s'anastomo-
sent pas. Les centrales sont plus épaisses que les antérieures et que les postérieures. Grâce à leur épaisseur et à leur absence d'anastomoses, il est facile de les compter. Sur la cornée que je vous montre ici et qui provient d'une raie de taille moyenne, il y en a vingt-deux. Je n'ai pas recherché dans quelles limites ce nombre pouvait varier suivant les individus et suivant les espèces. Enfin, vous remarquerez encore, et j'attire spécialement votre attention sur ce fait, que les bandes claires sont traversées perpendiculairement à leur direction par des lignes ou des stries obscures. Ces stries correspondent aux fibres suturales et démontrent l'existence de ces fibres dans les lames coupées parallèlement à la direction de leurs faisceaux. Elles nous apprennent aussi que les fibres suturales sont monoréfringentes, caractère qui les éloigne des fibres ordinaires du tissu conjonctif.
L'observation à la lumière polarisée nous donnera encore de meilleurs résultats au point de vue de la continuité des fibres suturales si nous modifions légèrement le mode de préparation de la cornée. Des coupes méridiennes faites sur une cornée durcie par dessiccation sont d'abord traitées par l'acide formique ou l'acide acétique, puis elles sont largement lavées à l'eau et montées dans de l'eau phéniquée.
J'ai disposé sous un de ces microscopes une préparation ainsi obtenue, dans laquelle vous verrez parfaitement sur champ obscur les lames obscures coupées perpendiculairement à la direction de leurs faisceaux, et les lames brillantes, traversées comme sur la première préparation dont je vous ai parlé, par lesfibr
suturales qui y tracent des lignes obscures. Une fois que vous aurez fait cette observation, tournez le nicol analyseur de manière à retrouver le champ clair et cela sans quitter de l'œil les fibres suturales. Vous les verrez disparaître peu à peu dans les lames biréfringentes et apparaître au contraire dans les lames monoréfringentes à mesure que celles-ci s'éclaircissent en môme temps que le champ. Vous vous assurerez, en répétant cette observation, que les fibres qui apparaissent dans les lames monoréfringentes se continuent bien avec celles que vous remarquiez sous forme de stries obscures dans les lames biréfringentes, et vous en conclurez ainsi avec certitude que ces fibres, malgré leur discontinuité apparente, se poursuivent dans toute l'épaisseur de la cornée.
Ce sont là de bonnes preuves, mais ce sont encore dvs preuves indirectes. En histologie nous devons nous attacher, autant que possible, à nous procurer des preuves directes des faits. Pour prouver directement la continuité des fibres suturales, il faudrait les isoler dans toute leur longueur.
J'y suis arrivé au moyen de Tébullilion prolongée. J'y avais soumis la cornée de la raie pour rechercher si la membrane basale antérieure ne serait pas décomposable, comme la membrane de Desceraet , en une série de lamelles superposées. Après l'avoir fait bouillir pendant vingl heures, j'ai dissocié la cornée sur une lame de verre dans une goutte de picrocarminate d'ammoniaque à 4 pour 400. J'ai constaté d'abord que la membrane basale antérieure est très friable et se casse en blocs de
dimension variée, mais n'a nullement une structure lamellaire.
En second lieu, j'ai isolé de la face postérieure delà cornée une lame vitrée très mince, qui n'est autre que la membrane de Descemet. Il existe donc bien une membrane basale postérieure dans la cornée de la raie, bien qu'il soit difficile de l'apercevoir sur les coupes transversales, à cause de sa minceur.
La substance propre de la cornée est beaucoup plus ramollie que la membrane basale antérieure et que les fibres suturales. Aussi est -il possible, en opérant avec précaution, d'isoler quelques-unes de ces fibres et d'en obtenir comme celles que j'ai disposées sous un de ces microscopes (fig. 13). Elles montrent alors . des détails de structure qui sont du plus grand intérêt.
Sur certains points de leur longueur, elles portent des expansions latérales, inégales et implantées à peu près perpendiculairement, qui les font ressembler, à première vue, à des tiges munies de rameaux opposés, ou bien encore, si vous préférez cette comparaison, à des échelles formées d'un seul montant dans lequel sont passés les échelons.
Ces expansions latérales, vous le voyez déjà, doivent se trouver au niveau des plans de séparation des lames qui composent la cornée. En réalité, et comme il est
RANYIER. — Anat. générale. ii. — 10
Fig. 13. — Fibre suturale de la cornée de la raie, isolée au moyen des aiguilles, après que la membrane a été soumise à l'ébuUition pendant vingt heures.
facile de s'en assurer par un examen plus attentif, ce ne sont pas de simples rameaux, mais des débris plus ou moins complets d'expansions membraneuses qui, partant des fibres sut urales, s'étendent à la surface des lames cornéennes.
La disposition de ces expansions membraneuses, leurs rapports avec les fibres suturales, les réactions histochimiques spéciales de ces dernières qui les font différer et des fibres élastiques et des fibres connectives, nous permettront, en les comparant à certains éléments du tissu conjonctif, d'établir quelques conclusions relatives à la morphologie générale de ce tissu. Mais avant d'entrer dans ces considérations, je dois revenir sur deux problèmes que nous avons soulevés dans le cours de ces recherches et dont nous avions renvoyé à plus tard la discussion. Nous possédons maintenant les éléments nécessaires pour les résoudre.
L'un de ces problèmes est celui-ci : Pourquoi les fibres suturales ne se voient-elles pas dans les lames qui sont sectionnées parallèlement à la direction de leurs faisceaux, excepté quand elles sont tout à fait à la surface de la coupe? Vous comprenez que, pour discuter ce problème, il fallait auparavant avoir établi que les fibres suturales sont continues.
Dans les lames coupées perpendiculairement à la direction de leurs faisceaux, les fibres suturales se voient dans l'intervalle de ces faisceaux. Dans les autres lames, au contraire, ces fibres ne peuvent être vues qu'à travers la substance même des faisceaux qui les croisent perpendiculairement à leur direction. Ces faisceaux.
placés les uns derrière les autres, brisent les rayons lumineux, et, dès qu'ils forment une couche un peu épaisse, ils empêchent l'image des fibres suturales d'arriver à l'œil de l'observateur. Il se produit là un phénomène de dispersion analogue à celui que détermine une vitre cannelée : elle laisse passer la lumière, mais elle ne permet pas de distinguer les objets.
J'arrive au second problème, que nous nous étions posé bien antérieurement : Pourquoi la cornée de la raie ne se gonfle-t-elle pas lorsqu'elle est plongée dans l'eau? L'étude que nous avons faite de la texture de cet organe rend la réponse presque superflue. Il ne saurait en effet subir un gonflement notable, puisque la membrane basale antérieure est réunie à la postérieure parles fibres suturales qui cousent étroitement ensemble toutes les lames cornéennes.
Je vais maintenant résumer en quelques mots les faits que nous avons observés sur la cornée de la raie. Nous y avons constaté l'existence d'une membrane basale antérieure épaisse, se colorant en rose par le carmin. Il en part des fibres qui paraissent en être des prolongements, et qui, traversant perpendiculairement toute l'épaisseur de la cornée, se poursuivent jusqu'à la membrane basale postérieure à laquelle elles adhèrent, mais sans se confondre avec elle. Toutes les lames de la cornée sont percées par ces fibres qui les unissent solidement ensemble.
Membrane basale antérieure de F homme.
Je passe à la membrane basale antérieure des mammifères et spécialement de Thomme. Vous vous souvenez que Bowman, qui avait pris pour objet de ses études la cornée de l'homme, et qui l'avait examinée sur des coupes faites après dessiccation et traitées ensuite par l'acide acétique, regardait la membrane basale antérieure comme une membrane élastique.
Il considérait également comme de nature élastique les fibres qui s'en détachent et qui vont se distribuer dans la partie antérieure de la cornée en suivant une direction plus ou moins oblique (fibres de soutien).
En général, sa manière de voir ne fut pas adoptée par les auteurs. C'est ainsi que Henle, Waldeyer et d'autres encore ont contesté la nature élastique de cette membrane. Quelques histologistes sont allés jusqu'à nier même son existence, au moins chez certains animaux. Cohnheim, par exemple, l'a considérée comme formée simplement par le plexus nerveux sous-épithélial, et a proposé de lui donner le nom de stratum nervosum (voy. p. 76).
D'autre part, les considérations embryologiques développées par Kessler (vpy. p. 35) conduiraient à penser que la membrane basale antérieure et la membrane basale postérieure ont la même structure, puisqu'elles seraient produites par le dédoublement d'une seule et même membrane.
MEMBRANE BASALE ANTÉRIEURE. 149
Vous voyez donc qu'on est loin d'élre fixé sur la nature et sur la signification de la membrane de Bowman, puisque récemment encore on a pu émettre des doutes sur son existence même. Chez Thomme, cependant, elle est bien évidente. Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, chez un enfant de quatre ou cinq ans elle a une épaisseur égale à celle de la membrane de Des émet.
Nous allons étudier cette membrane à Taide de plusieurs méthodes. La première, que nous avons déjà souvent mise en usage, consiste à faire des coupes méridiennes de la cornée, après dessiccation, à les laisser gonfler dans l'eau et à les monter dans la glycérine additionnée d'acide formique, après les avoir colorées par le picrocarminate d'ammoniaque. Sur ces préparations VQus observerez, en allant d'avant en arrière : l'épithéHum antérieur, la membrane basale antérieure, les fibres de soutien, les lames de la cornée s'anastomosant en un système de tentes, et enfin la membrane . basale postérieure revêtue de son épithélium.
Examinons maintenant quelles sont les parties qui, dans cette préparation, se sont colorées en rouge par le carmin, afin de pouvoir ensuite les comparer à celles qui se sont colorées de même dans la cornée de la raie. Je laisse de côté l'épithélium antérieur. La membrane basale antérieure est colorée en rose vif comme chez la raie. Elle est limitée à sa face profonde par des festons, des angles saillants desquels partent les fibres de soutien colorées égalernent en rose. La lame basale postérieure est colorée en rouge orangé, première réac-
150 CHARPENTK CONNECTIVE DE LA CORNÉE.
tion histochimique qui la montre différente de la membrane basale antérieure.
Entre les lames de la substance propre, qui sont incolores, vous remarquerez, comme chez la raie, de fines bandes roses continues, au milieu desquelles se trouvent des corpuscules également colorés. Enfin, soit entre les lames, soit dans leur épaisseur même, vous observerez des points colorés en rose et qui correspondent à des fibres coupées transversalement. Ces fibres sont réfringentes comme des fibres élastiques, dont elles diffèrent cependant parleur élection pour le carmin. Comme vous le pressentez et comme je vous le démontrerai dans la leçon prochaine, elles sont les analogues des fibres sutu raies de la raie. L'excursion que nous avons faite dans le domaine de Tanatomie comparée ne nous aura donc pas servi seulement à mieux comprendre la texture de la cornée des mammifères, elle nous aura même conduits à y observer des éléments nouveaux.