‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 29 sur 71 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

( 11 janvier 1879 )

Charpente coniiectlye de la cornée.

Différences de la membrane basale antérieure et de la membrane bascile postérieure.

Signification morphologique de la membrane basale antérieure, des fibres qui en partent des couches interlamellaires et des fibres intralamellaircs. — Ces parties correspondent à l'enveloppe extérieure des faisceaux du tissu connectif, aux cloisons et aux fibres intérieures, aux fibres annulaires et spirales. — Importance de cette analogie morphologique pour les autres membranes connectives.

Cellules eonneetirefi de la cornée.

Difficultés de leur observation sur la cornée à l'état frais. — Leur étude sur des coupes après dessiccation, colorées par le picrocarminate. — Fentes que l'on détermine dans ces préparations Interprétations que les auteurs en ont données. — Coupes parallèles à la surface. — Isolation des cellules par l'acide sulfurique. Perfectionnements apportés à ce procédé.

Messieurs,

Nous avons commencé dans la dernière leçon Tétude de la membrane basale antérieure chez Thomme. Vous avez vu que, sur une préparation faite par le plus simple des procédés, sur une coupe après dessiccation, la coloration par le carmin nous a permis de reconnaître que la membrane basale antérieure n'est pas dénature élastique, pas plus que les fibres qui en partent. Elle

152 CHARPENTE CONNECTIVE DE LA CKAlfÉE.

nous a permis encore de distinguer, entre les lames de la (îornée et dans leur épaisseur même, des fibres spéciales très réfringentes. Nous devrons tenir compte de tous ces éléments pour bien comprendre la charpente de la cornée et les analogies qu'elle présente avec le tissu connectif en général.

Avant d'aller plus loin, il faut que j'insiste sur un fait important : la coloration différente des deux membranes basâtes par le picrocarminate d'ammoniaque. L'antérieure, vous Tavez vu, se colore en rose, la postérieure en jaune orangé. Cette réaction n'est pas la seule qui distingue ces membranes l'une de l'autre. Ellesdiffèrent encore par la manière dont elles se comportent vis-àvis de l'acide osmique et vis-à-vis de l'hématoxyline.

J'ai disposé sous un de ces microscopes une coupe de la cornée du bœuf faite après dessiccation et qui, après avoir été ramollie dans l'eau, a été traitée par une solution d'acide osmique à 2 pour 100, puis lavée et montée dans de la glycérine additionnée d'acide formique. Vous pourrez constater que la membrane basale postérieure est brune, tandis que la membrane basale antérieure est incolore, de môme que les fibres de soutien, les lames de la cornée et les couches particulières qui les limitent.

Vous examinerez aussi une autre coupe, faite également après dessiccation, ramollie dans l'eau et traitée par la solution classique d'hématoxyline, puis lavée dans l'eau distillée et montée dans la glycérine additionnée d'acide formique. La membrane basale postérieure y est colorée en violet, tandis que l'antérieure est incolore.

MEMBRANE 6ÀSALE ANTÉRIEURE. 153

Cette préparation, je dois vous en avertir, ne se conservera pas; au bout de peu de jours elle sera décolorée. Je dois vous dire également, pour le cas où vous voudriez reproduire vous-même cette réaction, qu'il y a un degré précis de coloration qu'il ne faut pas dépasser. Si on laisse le réactif agir trop longtemps, les deux membranes paraissent également colorées. Ce fait n'infirme pas du tout nos conclusions. Il suffit qu'une des membranes basales se colore plus facilement que l'autre pour que nous soyons fondés à dire qu'elles n'ont pas toutes deux la même constitution.

En face de ces faits, on ne saurait plus soutenir, vous le voyez, qu'il existe une analogie complète entre la membrane basale antérieure et la membrane basale postérieure. Aussi la conception embryologique de Kessler (voy. p. 35), d'après laquelle elles dériveraien d'une même membrane primitive, devient-elle fort peu vraisemblable.

Je reviens maintenant à la préparation que vous avez examinée à la fin de la leçon dernière : coupe méridienne de la cornée faite après dessiccation, colorée par le picrocarminate et conservée dans la glycérine additionnée d'acide formique. Je laisse de côté, pour le moment, tout ce qui a trait aux cellules de la cornée et à leur rapport avec le tissu connectif, pour m'occuper exclusivement des parties de la charpente connective qui se sont colorées en rose par le carmin, c'est-à-dire les fibres de soutien, les couches minces qui se trouvent entre les lames, et les fibres spéciales qui sont renfermées dans l'épaisseur même des lames.

i54 CHARPENTE CONNECTIVE DE LA CORNÉE.

Au sujet de ces dernières fibres, qui se raontrenl sur des coupes méridiennes comme des points réfringents colorés en rose, on peut faire trois hypothèses.

On pourrait supposer, en premier lieu, que ce sont des prolongements celhilaires sectionnés à une phis ou moins grande distance des cellules auxquelles ils appartiennent et qui auraient pénétré dans Tintérieur des lames. Nous savons en effet que les cellules fixes de la cornée possèdent des prolongements très nombreux, fréquemment ramifiés, par lesquels elles s'anastomosent les unes avec les autres.

En second lieu, on pourrait penser que ces fibres sont de nature nerveuse, puisque la cornée possède un grand nombre de nerfs. Cependant il serait peu probable que des éléments aussi délicats que le sont les fibres nerveuses résistassent à la dessiccation et à l'action des acides, ou du moins, s'ils étaient conservés, ils devraient présenter des irrégularités, comme les acides en déterminent dans les nerfs. Or, les fibres en question sont au contraire parfaitement cylindriques.

Enfin, ces fibres pourraient être les analogues des fibres suturales de la cornée de la raie.

Vous verrez sous uu de ces microscopes une coupe transversale d'une cornée du lapin colorée par la méthode de l'or suivant un procédé dont je vous indiquerai plus tard les détails. Les cellules, les prolongements cellulaires et les fibres nerveuses sont fortement colorés en violet. Les fibres dont nous nous occupons, au contraire, celles qui se colorent par le carmin, sont demeurées parfaitement incolores. Elles ne correspondent

Page 1