‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 31 sur 71 · COMPARAISON AVEC LE TISSU CONJONCTIF · texte numérisé non relu

COMPARAISON AVEC LE TISSU CONJONCTIF

des libres suturales de la cornée de la raie et des fibres analogues de la cornée des mammifères.

Qu'est-ce en effet qu'une lame de la cornée? Elle correspond à un faisceau connectif ou à un faisceau tendineux très aplati. Nous ne devrons donc pas être surpris d'y rencontrer la même disposition. Nous y trouvons en effet une enveloppe extérieure : c'est cette couche rosée mince qui revêt chaque lame; puis des fibres, intérieures, celles dont nous avons remarqué la section sous forme de points réfringents colorés en rose .

Nous avons vu que dans la cornée toutes les fibres roses ne sont pas dans l'épaisseur des lames; il s'en montre aussi dans les couches interlamellaires. Ces dernières doivent être considérées comme les analogues des fibres annulaires et des fibres spirales de Henle.

Revenons maintenant à la membrane basale antérieure. Nous savons que chez la raie les fibres suturales proviennent de celte membrane et doivent par conséquent avoir la même constitution élémentaire.

Or, les fibres suturales sont l'équivalent, comme nous venons de le voir, des fibres spirales, des fibres annulaires et de l'enveloppe des faisceaux connectifs. Cela est si vrai que, si l'on fait une coupe méridienne de la cornée de la raie au niveau de son union avec la sclérotique, on peut voir, après coloration par le carmin et traitement par l'acide formique, les fibres suturales de la cornée se transformer graduellement en fibr**» **mrales et envelopper les faisceaux coao< fibreuse qui sépare la cornée c

158 CKLLULES CONNECTIVES DE LA CORNÉE.

ment dite qui est cartilagineuse, tandis que de leur côté ces faisceaux se continuent avec les lames de la cornée.

La conclusion qu'il faut tirer de tous ces faits est celle-ci : la membrane basale antérieure doit être considérée comme un équivalent des fibres annulaires et spirales et de Venveloppe des faisceaux connectifs. Ni Tune ni les autres ne sont de nature élastique, comme le montre leur coloration par le carmin, à laquelle on pourrait sans doute joindre d'autres réactions hislochimiques si on les recherchait avec soin.

Nous voilà ainsi arrivés à la solution d'un problème dont on connaissait à peine les éléments. Ce progrès, dû surtout à Texcursion que nous avons faite dans le domaine de Tanatomie comparée, nous montre que, lorsque la structure d'un- organe est difficile à comprendre, il peut être fort utile d'examiner des organes analogues pris à divers degrés de la série animale, et dans lesquels certains éléments mieux accusés nous éclaireront sur la signification de ceux que nous n'avions pas pu comprendre en les examinant seulement chez l'homme ou chez les mammifères.

Cellules connectives de la cornée.

Pour compléter l'analyse du tissu propre de la cornée, il nous reste à étudier les cellules qui y sont contenues.

Ces cellules sont de deux espèces parfaitement distinctes : les cellules connectives qui appartiennent spécialement au tissu cornéen, cellules fixes des Aile-

CELLULES CONNECTIVES. 159

mands; et les cellules lymphatiques qui s'y sont introduites, cellules migratrices de Recklinghausen.

Occupons-nous d'abord des premières. Dans la revue historique par laquelle j'ai commencé Tétude de la cornée, je vous ai dit que Toynbee les avait signalées le premier. Leurs noyaux cependant étaient déjà connus; ils avaient été décrits par Henle. Mais, par suite de ses théories particulières, cet auteur ne se décidait à admettre l'existence de cellules qu'à la dernière extrémité, et c'est pour cela que, tout en décrivant les noyaux, il n'avait pas remarqué ou du moins pas indiqué l'existence des cellules qui les renferment.

Au premier abord, la manière la plus simple d'observer les cellules de la cornée paraît être de choisir une cornée mince et de l'observer dans un état aussi voisin que possible de l'état vivant, c'est-à-dire immédiatement après l'avoir enlevée à l'animal et sans addition d'aucun réactif, ou bien simplement dans une goutte de l'humeur aqueuse du même animal. On suppose que c'est ainsi qu'on les verra le mieux dans leur forme normale. Aussi la plupart des auteurs conseillent-ils de procéder de la sorte et d'examiner tout d'abord les cellules dans une cornée à l'état frais.

Je suis d'une opinion diamétralement opposée. Comme j'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de vous le faire remarquer, il n'est pas d'observation plus difficile et plus délicate que celle d'un tissu à l'étal frais. Ses différentes parties constituantes, à peu d'exceptions près, ne sont pas colorées et dès lors se distinguent mal, d'autant plus qu'elles ont généralement des indices de réfraction

très voisins. 11 en est ainsi, et à plus forte raison, pour la cornée; non seulement tous ses éléments sont incolores, mais ils ont en outre le même indice de réfraction et sont exactement appliqués les uns sur les autres. Ces conditions, qui font la transparence de la membrane, sont aussi celles qui en rendent l'étude plus difficile. Aussi dans une cornée à Tétat frais les images des cellules sont-elles si confuses, qu'il faut les connaître déjà pour en distinguer la forme et même pour les apercevoir.

Vous savez, du reste, qu'à Tétai vivant bien des tissus ne laissent pas voir la forme ni même soupçonner Texistence de certaines de leurs parties constituantes. Il me suffira de vous rappeler, par exemple, que dans les cellules lymphatiques, il est impossible d'apercevoir à Tétat vivant le noyau qu'elles contiennent et qui devient apparent seulement après leur mort (j'en excepte les cellules lymphatiques des urodèles, de l'axolotl en particulier, dans lesquelles le noyau se reconnaît même pendant la vie). Dans la cornée observée à l'étal frais, on voit vaguement les cellules, on ne reconnaît pas leurs limites et jamais on ne distingue leurs noyaux, pas plus chez l'axolotl que chez la grenouille et chez les mammifères.

Je vous conseillerai donc de commencer l'étude des cellules de la cornée par l'application de certains réactifs qui, soit en les colorant, soit en modifiant leur réfringence, vous permettront de vous rendre compte de leur forme et de leur disposition.

Nous suivrons d'abord la méthode la plus ancieooe

DIFFICULTÉS DE l'oBSBRVATION A l'ÉTAT VIVANT. 161

el la plus simple, qui consiste à pratiquer des coupes sur ta cornée desséchée et à les ramollir daosl'eau. Seulement, au lieu de les examiner telles quelles ou de les traiter simplement par l'acide acétique, nous les colorerons au moyen du picrocarminate d'ammoniaque et nous les conserverons dans la glycérine pure, ou bien encore dam la glycérine additionnée d'acide formique qui gonfleraun peu le tissu cornéen et rendra plus oettos quelques-unes de ses parties.

Ëtudions d'abord la cornée de l'homme et des mammifères sur des coupes perpendiculaires k la surface de

reraenl gonflée ptr l'osu, fijés par l'acide osmiiiue, coJaie au picrocarniiDslB d'un- OHiniaqiie el coaien^ dini lu tlycjriae iddil nunëe d'acldf loriiiii[iie.

celte membrane. Vous y avez déjà observé les lames cornéennes et le système de tentes qu'elles forment par leurs anastomoses. Vous avez dû remarquer^ et vous constaterez de même aujourd'hui, que les cellules de la cornée se trouvent non pas à l'intérieur des lames, mais

RAHviEH. — Anal, générale. II. — H

entre celles-ci (fig. 14). Elles se montrent comme des taches rouges aplaties rappelant par leur forme la section d'une lentille; elles présentent une portion centrale plus fortement colorée qui correspond au noyau.

Pour aller plus loin dans cette étude, choisissons une préparation conservée dans la glycérine non acidifiée et comprimons-la en exerçant avec la pointe d'une aiguille une légère pression sur la lamelle de verre qui la recouvre. Nous voyons le tissu se dissocier et s'étaler. Comme la préparation est colorée, il est facile de reconnaître, même à Tœil nu, que des fentes se produisent entre les lames de la cornée. Mais, ainsi qu'on le constate à un faible grossissement, elles ne se manifestent pas en n'importe quel point; elles commencent toujours au niveau d'une cellule fixe.

Il y a longtemps que Ton a observé ces fentes. Déjà Bowman les avait remarquées, et il croyait qu'elles correspondaient aux corneal tubes. C'est là une erreur, puisque les tubes de Bowman, comme je vous Tai démontré, ne se produisent pas entre les lames au niveau des cellules, mais bien dans l'intérieur même de ces lames et suivant la direction de leurs fibres.

Henle (1) a décrit également ces fentes. Elles correspondraient, d'après lui, à des espaces lacunaires préexistant dans la cornée et seraient assez comparables aux capsules des cartilages. Il ajoute que, de même que ces capsules, elles contiennent quelquefois des noyaux dans leur intérieur*

(1) Henle, Uandbuch det t^stématischen Anatomie (Amiomie systématiquBy t. II, p. 597).

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