‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 37 sur 71 · EXAMINÉES A L*ÉTAT VIVANT · texte numérisé non relu

EXAMINÉES A L*ÉTAT VIVANT

de tous prolongements et sous l'aspect de corps plus ou moins régulièrement fusiformes. A mesure que Tirritation s'affaiblirait, les cellules se décontracteraient et s'étaleraient, de manière à reprendre la forme étoilée qu'elles auraient à l'étal physiologique*

D'après Kiihne, cette hypothèse pourrait être vérifiée par Texpérience* Lorsque, après deux ou trois heures de séjour dans la chambre humide, les cellules se voient avec leur forme étoilée et leurs prolongements, il suffirait de défaire la préparation et d'irriter la cornée en la tiraillant légèrement pour reconnaître, en la replaçant dans la chambre humide, que les cellules sont de nouveau contractées comme au début de la première observation. Plus tard, et quelquefois seulement après plusieurs heures, on les verrait reprendre leur forme étoilée.

Kiihne a figuré un certain nombre de ces cellules dans leurs deux formes successives {],oc. cit.^ pi. III, fig. 2); des contours entièrement achevés les représentent telles qu'elles auraient été au début, lorsqu'elles étaient irritées; des traits ponctués, telles qu'elles seraient après le repos. Or, par une singulière fortune, les deux premières cellules de la figure 2 sont beaucoup plus étalées dans le dessin au trait plein que dans le dessin au trait ponctué; loin de s'étaler, elles se se-* raient contractées; les deux autres cellules, au cod-<^ traire, se sont effectivement étalées. Faul-il attribuer cette différence à une erreur de texte ou de desan^. ou faut-il croire, au contraire, que le modèle a ét4. rendu fidèlement et que l'image de ces deux pre-

mières cellules, loin de s'améliorer, s'étaient détériorée ?

Quoi qu'il en soit, la question pour nous est desavoir si en effet, lorsque les cellules de la cornée sont étalées et bien visibles, il suffit d'irriter quelque peu cette membrane pour voir apparaître les corps fusiformes à la place des cellules éloilées.

Beaucoup d'histologistes jnt essayé de reproduire l'expérience de Kiihne, mais sans succès. Nous-même, nous l'avons tenté plusieurs fois; nous n'avons pas mieux réussi. Tout d'abord je dois vous faire remarquer qu'il y a dans cette expérience une difficulté qui peut devenir une cause d'erreur. La cornée étant disposée dans une chambre humide, on observe sur un certain nombre de points de sa surface des cellules nettement étoilées. On enlève cette cornée, on la tiraille ou on la manipule pour l'irriter, puis on la remet dans la chambre humide et on l'observe de nouveau. Or il n'est pas facile, il est môme à peu près impossible, de retrouver les cellules sur lesquelles avait porté la première observation, pour savoir si effectivement elles ont changé de forme, car cette forme seule pouvait servir à les reconnaître parmi les centaines de cellules que contient la cornée, se fût-on môme assuré exactement de certains points de repère. Tout ce que l'on peut faire, c'est de reconnaître qu'en général il y a plus de cellules fusiformes qu'auparavant.

Je vous indiquerai dans la prochaine leçon un procédé qui permet d'exciter les cellules de la cornée ou du moins d'exercer sur elles des actions mécaniques

EXAMINÉES A l'ÉTAT VIVANT. 213

sans les perdre de vue, et qui nous servira à résoudre le problème dont s'est occupé Kiihne.

Pour élucider la question de Tapparition des cellules dans la cornée de la grenouille, nous avons fait un grand nombre d'expériences.

Les premières ont eu pour but de déterminer si dans la cornée en place chez l'animal vivant les cellules fixes sont visibles. A priori^ je supposais qu'elles ne devaient pas l'être, puisque la transparence parfaite de cette membrane implique forcément que ses diverses parties constituantes possèdent le même indice de réfraction. Mais il est impossible de s'en assurer d'une manière directe, car la cornée en place ne peut être éclairée par transparence, et l'éclairage par réflexion ne permet pas d'en observer convenablement les parties intérieures.

J'ai donc cherché un moyen de tourner la difficulté, en utilisant la propriété que possèdent les vapeurs d'acide osmique de fixer immédiatement dans leur forme les éléments délicats. Je vais vous montrer par un exemple la rapidité et la sûreté d'action de ce réactif. J'ai pris de la lymphe de grenouille que j'ai étalée sur une lame de verre, et je l'ai examinée à un grossissement faible de manière à reconnaître le moment où les cellules lymphatiques commenceraient à émettre des prolongements amiboïdes. Vous savez, en effet que, lorsqu'on les extrait soit des sacs lymphatiques, soit du torrent circulatoire, les cellules de la lymphe sont arrondies; c'est seulement au bout d'un instant qu'elles commencent à ém^tt prolongements. J'ai donc attendu que é

214 CELLULES GONNECTIVES DE LA GORNËF.

iiients fussent nettement accusés ; alors j 'ai disposé la lame de verre au-dessus d'un vase renfermant de Tacide osmique, de manière à faire arriver directement les vapeurs de ce réactif sur la goutte de lymphe. Je l'en ai retirée au bout de cinq minutes, etj'ai monté la préparation dans une cellule contenant de Teau phéniquée. Vous y reconnaîtrez, sur un fond granuleux de plasma coagulé, les cellules lymphatiques fixées dans leur forme avec leurs divers prolongements amiboïdes si nets qu'on les croirait encore vivantes et susceptibles de mouvements.

Cette expérience suffira pour vous montrer combien on peut compter sur Tacide osmique comme réactif fixateur. Appliquons-le à Tétudede la cornée. Enlevons un œil à une grenouille vivante et plaçons-le immédia* tement dans les vapeurs d'acide osmique. A cet effet, le procédé le plus commode est de le suspendre, au moyen d'une épingle recourbée, à la face inférieure d'un bouchon fermant un flacon dans le fond duquel on vient de verser quelques gouttes'd'une solution d'acide osmique à 4 pour 100 ou à 2 pour 100. Après un quart d'heure la fixation est complète ; l'œil est porté dans l'eau dis* tillée; la cornée est détachée et, son épithélium antérieur noirci parle réactif ayant été enlevé avec le scalpel, elle est entaillée sur ses bords, étalée sur une lame de verre, recouverte d'une lamelle et observée dans l'eau (dans l'eau phéniquée, si l'on veut conserver la préparation).

En examinant la cornée ainsi préparée, on m' tj^ tingue pas une seule cellule connective, landf^ *^ cellules migratrices se voient, au contraivA

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fort nette. Cette expérience, que nous avons répétée un grand nombre de fois et toujours avec le même résultat, semble démontrer d'une façon décisive que, dans la cornée en place chez, l'animal vivant, les cellules connectives sont invisibles. On pourrait cependant objecter que l'acide osmique a peut-être une action spéciale sur les cellules de la cornée et qu'il les empêche d'apparaître. Il est facile de répondre à cette objection. Une cornée étant montée dans une chambre humide, on attend que ses cellules soient bien dessinées, ce qui a lieu immédiatement, comme je vous l'ai dit, pour certaines cornées, tandis que, pour d'autres, il faut un séjour de quelques heures dans l'humeur aqueuse. On enlève la lamelle de verre, à laquelle la cornée reste adhérente, et on la dispose au-dessus d'.un flacon renfermant de l'acide osmique. Au bout de dix minutes h un quart d'heure, les cellules sont fixées; on place la cornée dans l'eau distillée et, après avoir raclé avec un scalpel l'épi thélium antérieur, on la dispose pour l'observation. En l'examinant, on est frappé de voir que les cellules y sont aussi nettes, leurs prolongements aussi bien marqués dans leurs moindres détails qu'ils l'étaient précédemment dans l'humeur aqueuse. L'acide osmique a donc bien exactement fixé les cellules dans leur forme, et ce fait vient s'ajouter à tous ceux que nous connaissions déjà, pour nous montrer une fois de plus que l'acide osmique est un fixateur tout à la fois fait délicat, énergique et rapide. Goaiparées entre elles, ces deux expériences nous

'''er indirectement à la solution de la

question que nous nous étions posée, el nous pouvons affirmer avec certitude que, pendant la vie, les cellules fixes de la cornée ne sont pas visibles.

Après la mort il se manifeste, comme on sait, dans la cornée, un certain trouble qui se produit plus ou moins rapidement. Je ne parle pas de Topacité qui survient au bout de deux ou trois jours et qui est due à des altérations profondes, mais du léger trouble primitif que les médecins ont quelquefois songé à utiliser comme un des signes de la mort. Ce trouble tient à. ce que les cellules fixes de la cornée sont devenues distinctes; en eflfet, si Ton examine une cornée sur laquelle il vient de se produire, soit dans Tbumeur aqueuse, soit après fixation par Tacide osmique, toutes les cellules s'y montrent nettement.

Cette netteté des cellules après la mort se produit non seulement chez les mammifères, mais aussi chez les animaux à sang froid, et, chez ces derniers, on peut démontrer que cela ne dépend pas de la mort des éléments cellulaires eux-mêmes. En effet, chez ces animaux, la vie des éléments anatomiques peut se prolonger plusieurs jours s'ils sont placés dans des conditions d'oxygénation et d'humidité favorables. Il me suffira de vous rappeler une expérience de Recklinghausen (4), dans laquelle les éléments du sang conservés pendant vingt jours en dehors de l'organisme possédaient encore au bout de ce temps leurs propriétés vitales essentielles.

De môme, si nous plaçons uu œil de grenouille dans

(I) Voy. Traité technique dliistologie, p. 218.

EXAMINÉES A l'ÉTAT VIVANT. 217

de bonnes conditions d'oxygénation et d'humidité (par oxemple en le conservant dans un flacon bouché), ses éléments cellulaires continueront à vivre, et si nous observons la cornée au bout de vingt-quatre heures, ^ous constaterons que ses cellules migratrices ont encore des mouvements amiboïdes, et que ses cellules 'îxes, parfaitement nettes, sont encore vivantes, puisque ■*on n'y distingue pas les noyaux.

Force nous est donc do recourir à une autre hypo- ^lièse. Nous avons constaté, vous vous en souvenez, que * ^ cornée est très hygrométrique. Cette propriété, parti- ^^ulière aux. fibres de la cornée, sert à assurer la trans- Iparence de cette membrane dans les difl^érentes conc3itions d'humidité auxquelles elle peut être soumise. On sait, en effet, et je vous Tai montré, que, pour c|u'un milieu composé de plusieurs parties transparentes soit transparent dans son ensemble, il est nécessaire que ces différentes parties demeurent exactement appliquées les unes sur les autres (voy. p. 98). Si donc la cornée reste transparente quand même elle est gonflée, il faut que ses fibres elles-mêmes absorbent Teau, augmentent d'épaisseur et se maintiennent ainsi au contact les unes des autres. Ce qui achève de le prouver, c'est que, même sur une cornée gonflée, on peut déterminer l'opacité par une pression qui dérange les rapports de ses éléments (voy. p. 401).

D'autre part, les fibres de la cornée, comme tous les éléments anatomiques, sont plus réfringentes que l'eau; plus elles en absorberont, plus leur réfringence diminuera. Il suffit donc que, dans ces conditions, les cel-

218 CBLLUÏ^ES CONNECTIVES DE LA CORNÉE

Iules de la cornée conservent leur réfringence primitive, pour qu'elles deviennent manifestes au milieu d'un tissu dont Tindice de réfraction diffère désormais du leur. Or, tant qu'elles sont en vie et que leur protoplasma a conservé son activité, les cellules ne prennent de liquide que la quantité qui leur convient et sont en état de se défendre contre une imbibition analogue à celle qui survient dans les fibres.

On conçoit donc très bien que, dans une cornée vivante, les fibres, absorbant de Teau, diminuent peu à peu de réfringence, tandis que les cellules n'en changent pas.

Tous ces points étant bien compris, nous possédons maintenant les données nécessaires pour résoudre le problème que nous avons posé au commencement de cette leçon.

La cornée placée dans la chambre humide étant en présence de l'humeur aqueuse, ses fibres constitutives absorbent ce liquide; ses cellules ne l'absorbent pas, et c'est ainsi que, devenues plus réfringentes que le fond, elles finissent par être visibles.

Mais, me direz-vous, la cornée est toujours en présence de l'humeur aqueuse, aussi bien en place chez l'animal vivant que détachée et mise dans la chambre humide.

Je vous ferai remarquer d'abord que, pour enlever la cornée afin de la placer dans la chambre humide, nous avons dû y pratiquer une incision circulaire, et que nous l'avons entaillée ensuite pour lui permettre de s'é* taler convenablement. Au niveau de toutes ces solutions

BXAWNÉ^s K l'état vivant, 219

de continuité, la substance propre de la cornée est en rapport direct avec Thumeur aqueuse. En outre, les manipulations auxquelles nous avons soumis cette mem'» brane, et surtout le balayage au pinceau nécessaire pour éloigner les grains de pigment, ont déterminé sans doute des altérations des épithéliums antérieur et postérieur, et Ton conçoit qu*ils laissent maintenant passer des liquides dont ils pouvaient préserver la cornée alors qu'ils étaient intacts sur Tœil en place chesî Tanin^al vivant.

Il y a à ce sujet des expériences intéressantes dont je me contenterai de vous citer les résultats sans entrer dans les détails.

Laqueur (1) a observé que les substances cristalloïdes injectées dans la chambre antérieure de l'œil ne passent pas à travers la cornée, tant que son épithélium antérieur est intact; si au contraire cet épithélium est enlevé par le raclage, le liquide transsude à travers la cornée.

Leber (2), dans des expériences analogues, est arrivé à un résultat un peu différent. D'après lui, il ne suffit pas que Tépithélium antérieur soit enlevé pour que les liquides passent à travers la cornée. Tant queTépithélium postérieur est intact, le passage du liquide ne s'opère pas, même si Ton a raclé l'épithélium antérieur.

Des expériences de Leber nous devrions donc

(1) Laqueur, Ueber die Durchgiingigkeit der Homhaut fur Flûssigkeiten {Cmtralblalt, 1874, p. 577).

(2) Leber, Studien ûber den Flûssigkeitswechsel im Auge {Arch. f- Ophthalmol, t. XIX, 2, 1873, p. 87).

conclure que répithéliuni postérieur aurait, pendant la vie, la propriété de régler le passage de rhuraeur aqueuse dans la cornée, et par conséquent d'empêcher rimbibition de cette membrane par une trop grande quantité de liquide, tandis qu'après la mort ou à la suite d'une altération trauniatique , cet épithélium n'ayant plus d'action, l'humeur aqueuse pourrait imbiber toute la cornée.

QUATORZIÈME LEÇON

(8 février 1879) Cenales eonneetlTes de la eornée.

Etude des ceUules de la cornée à Vétat vivant. — Expériences servant à démontrer que l'apparition des cellules doit être attribuée à Timbibition des fibres connectives par le liquide de la préparation.

Expériences sur Tirritabilité des cellules de la cornée. — Moyens divers pour exciter mécaniquement ces cellules tout en continuant de les observer. Le changement de forme qu'elles subissent est purement passif. — Excitations électriques. Manière de les appliquer. Porte-objet électrique. Les cellules fixes ne changent pas de forme sous l'influence des courants d'induction, à moins qu'elles ne soient tuées. — Explication des résultats obtenus par Rollett et par Kiihne.

Expériences sur les causes qui déterminent l'apparition du noyau lors de la mort des cellules. — Hypothèses à ce sujet.

Messieurs,

Nous avons commencé dans la dernière leçon Tétude de la cornée dans la chambre humide. Vous avez vu que, dans les conditions bien définies où nous Tavons examinée, imbibée d'humeur aqueuse et suspendue librement à la face inférieure d'une lamelle dans un petit espace clos, les cellules ne s'y montrent pas toujours de la même façon. Tantôt elles apparaissent dès le début; tantôt on n'en distingue d'abord que quelques indices qui s'accusent peu àpeu, de telle sorte qu'au bout d'une ou deux heures elles sont bien distinctes;

tantôt enfin elles n'apparaissent nettement à aucune période.

Pour expliquer ces phénomènes, j'ai dû abandonner la théorie de Kiihne sur Tirritabilité des cellules fixes et en adopter une autre. Me fondant sur un ensemble de faits sur lequel je ne reviens pas aujourd'hui, j'ai pensé que les cellules sont d'abord invisibles dans la cornée parce qu'elles ont exactement la même réfringence que la substance fibrillaire dans laquelle elles sont comprises* La préparation s'améliorerait parce que les fibre^s de la cornée, s'imbibant d'eau, diminueraient de réfrin^ gence^ tandis que les cellules, résistant à Timbibition, conserveraient la leur et dès lors, se trouvant dans un milieu moins réfringent que leur propre substance, y deviendraient visibles.

Ce n'était encore là qu'une hypothèse. Il fallait en vérifier l'exactitude par l'expérimentation. Voici comment j'ai procédé : J'ai enlevé à une grenouille ses deux cornées ; je les ai préparées de la même façon dans l'humeur aqueuse, et je les ai placées chacune dans une chambre humide. Seulement, dans le fond d'une de ces chambres j'ai déposé une goutte d'eau, en prenant des précautions pour qu'elle ne remontât pas par capillarité le long de ses bords et ne vint pas atteindre la cornée» Dans le fond de l'autre chambre humide^ j*ai mis une goutte de glycérine en prenant les mêmes précautions» Les deux cornées étaient dans les mêmes conditions, sauf une seule : l'humidité du milieu^ La première se trouvait dans un espace saturé de vapeur d'eau; la seconde, au contraire, grâce à FaflBnité de la glycérine

EXAHINÉKS A l'êTAT VIVANT, 223

pour Teau, devait se trouver dans un liquide de plus en plus concentré. Les deux préparations étant disposées sous deux microscopes, je les ai examinées simultanément.

La seconde cornée, celle qui subissait Tinfluence indirecte de la glycérine, présenta d'abord en quelques points des cellules assez nettes; mais leur image alla en s'aflFaiblissant peu à peu, et au bout de vingt-cinq minutes à une demi -heure elles avaient tout à fait disparu.

Pendant ce temps Taulre cornée s'améliora notablement et arriva à une netteté que je n'avais jamais vue jusque-là, quelle que fût la quantité d'humeur aqueuse dans laquelle la cornée avait été plongée. J'ai disposé cette seconde préparation sous un de ces microscopes. En Texaminanl, vous serez frappés de l'épaisseur considérable que la cornée a acquise; cette épaisseur est telle qu'il devient impossible d'arriver, avec l'objectif? de Vérick, jusqu'à l'épithélium antérieur. Vous remarquerez en même temps que la substance fibrillaire est absolument homogène, ce que vous comprendrez aisément si vous avez présents à l'esprit les détails dans lesquels je suis entré sur le gonflement des fibres de la cornée.

Vous voyez, Messieurs, que l'hypothèse a pour les recherches d'anatomie générale une importance égale a celle qu'elle possède dans les autres sciences. Nous observions des variations qui se produisaient malgré des conditions en apparence identiques; c'est l'hypothèse de l'imbibition des fibres qui nous a conduit à faire des

expériences décisives et nous a permis d'élucider cette question si complexe et si controversée.

Vous voyez aussi que je tiens la promesse que je vous ai faite au commencement de ces leçons : vous faire assister à toutes mes recherches, vous rendre témoins des tâtonnements qu'elles nécessitent, vous communiquer toules les hypothèses qu'elles me suggèrent.

Si la cornée gonflée par Peau laisse voir ses cellules, s'il est démontré maintenant que Tamélioration de rimage qu'elle présente est liée à Timbibition de ses fibres, il ne s'ensuit pas nécessairement que ses cellules fixes ne soient pas irritables. C'est là un point important qui doit fixer maintenant toute notre attention.

Pour résoudre la question de l'irritabilité des cellules de la cornée, nous pouvons avoir recours aux excitants mécaniques et aux excitants électriques. Commençons par les excitants mécaniques. Le procédé de Kiihne, qui consiste à défaire la préparation et à mettre la cornée à nu pour la tirailler, puis à la replacer dans la chambre humide, expose presque nécessairement, comme je vous l'ai dit, à ne pas retiouver le point observé d'abord.

Aussi ai-je renoncé à ce moyen. Au lieu de placer la cornée dans une chambre humide, j'en fais une préparation ordinaire entre une lame et une lamelle, et lorsque j'ai trouvé un point où les cellules sont bien, nettes, laissant la préparation au même endroit sur la platine du microscope, j'appuie à plusieurs reprises avec la pointe d'une aiguille sur lalamellede verre recouvrante. Des expériences faites sur d'autres éléments anatomiques m'ont démontré que l'on exerce ainsi une irritation

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assez notable. Après celte opération, je constate que les cellules fixes ne sont pas devenues fusiformes.

J'ai également employé le compresseur. Cet instrument, qui était d'un grand usage autrefois, est tombé en désuétude aujourd'hui et ajuste titre. On en a fait de différents modèles; voici celui dont je me suis servi et qu'il est inutile de décrire.

Une cornée étant placée sous ce compresseur, examinons-la avec un grossissement de 400 à 500 diamètres. Choisissons une région dans laquelle les cellules soient nettes et exerçons la compression au moyen de la vis. Le po intde la vision distincte est déplacé ; mais il est facile, en abaissant l'objectif, de suivre constamment les cellules sur lesquelles porte l'observation.

Les effets de la pression paraissent différents suivant que l'on examine les couches profondes de la préparalion ou les superficielles. Dans les premières, celles qui sont les plus éloignées de l'œil de Tobservateur, les cellules diminuent peu à peu de netteté ; leur éclat faiblit, et elles finissent par disparaître. A ce moment, la substance fondamentale de la cornée, qui jusque-là paraissait homogène, se montre flbrillaire, et Ton y dislingue l'enlrecroisement des petits faisceaux dont je vous a parlé dans une précédente leçon (voy. p. 409-115). Si l'on décomprime, en relevant en môme temps Tobjeclif, on retrouve les cellules que Ton avait examinées d'abord avec leur forme primitive; elles n'avaieqf pas été détruites, elles avaient simplement (f'

Si Ton choisit pour l'observer une cell face superficielle de la préparation ^

RANVIEK. — Anal, générale.

226 CELLULES CvNNECTIVES DE LA CORNÉE

attentivement pendant que Ton exerce une compression très graduée, on la voit augmenter d'étendue en s'étalant de plus en plus, comme le ferait tout autre corps mou comprimé entre deux plans résistants. Puis, lorsque l'on décomprime, elle se rétrécit et reprend peu à peu ses dimensions premières. On peut répéter celte manœuvre plusieurs fois de suite et retrouver toujours la cellule dans sa forme primitive après la décompression. Il est certain qu'un tiraillement pareil constitue une excitation mécanique bien suffisante pour irriter les cellules; et si dans ces conditions elles ne se rétractent pas, si elles ne prennent pas la forme en fuseau décrite par Kiibne, c'est qu'aucune excitation mécanique ne les fera contracter, c'est qu'en réalité elles ne sont pas irritables.

Passons aux excitations électriques. Nous nous servons comme source d'électricité de la pile de Grenet, accompagnée d'un chariot d'induction : les deux électrodes de la bobine induite se rendent à un porte-objet électrique disposé sur la platine du microscope. Voici ce porte-objet : sur une lame de verre plus longue que le porte-objet ordinaire, sont fixés, par du baume de Canada, deux fils de platine aplatis, allant à la rencontre Tun de l'autre et laissant entre leurs extrémités une distance de 4 millimètres environ.

Une cornée de grenouille étant appliquée par sa face postérieure sur une lamelle de verre, celle-ci est placée sur le porte-objet, de telle façon que les deux bords de la membrane recouvrent les extrémités des électrodes; une ou deux gouttes d'humeur aqueuse sont introduites

EXAMINÉES A l'ÉTAT VIVANT, 227

»ous la lamelle, que Ton maintient par une bordure de paraffine appliquée de manière à éviter toute compression.

On examine alors la préparation pour s'assurer que les cellules sont nettes et, après avoir choisi pour Tob-^ server un point qui soit sur le trajet du courant et à une petite distance de Tun des pôles, on fait passer des déeharges d'induction.

Avant de vous parler des résultats de ces expériences, je dois vous rappeler ceux que Kiihne avait obtenus. Il faisait passer dans la cornée une série de décharges d'induction avec un courant relativement faible, à des intervalles d'une seconde. Une minute après qu'il avait cessé l'excitation, il voyait les cellules se contracter et prendre la forme en fuseau. Puis, les abandonnant à elles-mêmes, il les retrouvait au bout d'une ou deux heures dans leur forme normale. Il recommençait l'expérience et obtenait encore une fois le même résultat.

RoUett, qui a répété les expériences de Kiihne, n'a pas réussi à observer ces phénomènes ; mais, en opérant avec des courants très forts, il aurait obtenu une contraction des cellules, qui permettrait même, dit-il, de démontrer l'existence des canalicules du suc.

Voici le dessin que RoUett (1) donne d'une cellule cornéenne contractée. Vous voyez qu'autour de cette cellule qui paraît granuleuse est dessiné un second contour plus net; ce second contour serait, d'après RoUett, celui des lacunes ou des canaux du suc. Avant d'aller

(1) Rollctt, Manuel deStricker^ p. 111 7*

plus loin, je dois vous rendre atlenlifs à Terreur qui, suivant mon opinion, a donné naissance à ce dessin.

Vous savez que, lorsqu'une cellule est plus réfringente que le milieu dans lequel on l'examine, elle devient brillante lorsqu'on éloigne un peu l'objectif au delà du point de la vision distincte; si, au contraire, on rapproche l'objectif un peu en deçà de ce point, elle devient obscure. C est ainsi qu'une cellule fixe étant plus réfringente que la substance qui l'entoure paraît obscure, ainsi que ses prolongements, lorsqu'elle est examinée en deçà du point. Dans ces conditions, on aperçoit autour d'elle une bordure claire. Cette bordure, étant claire en deçà du point de la vision distincte, correspond à quelque chose de moins réfringent que la substance fondamentale de la cornée.

Or, les préparations à l'argent nous ont permis de reconnaître que, sur les bords des cellules fixes, se trouve un espace rempli de liquide plasmatique, moins réfringent que les cellules et que la substance fibrillaire de la cornée (voy. p. 181). C'est donc cet espace rempli de liquide qui correspond à la bordure claire que l'on aperçoit autour de la cellule, lorsque l'objectif est en deçà du point.

C'est précisément dans ces conditions, je veux dire en deçà du point de la vision distincte, qu'a été dessinée la cellule cornéenne figurée par RoUett, car elle est représentée obscure, ainsi que ses prolongements. On devait donc apercevoir aulour d'elle le bord clair dont je viens de vous parler, et c'est ce bord que RoUett a pris pour la limite des canalicules du suc.

EXAMINÉES A l'état VIVANT.

Dans loules les expériences que nous avons faites au moyen de décharges d'induction, pour contrôler celles de Kûhne et celles de Rollelt, nous avons constaté un seul résultat, la mort des cellules; lorsque le courant électrique n'est pas suffisant pour les tuer, il n'exerce aucune action sur elles.

La mort des cellules se reconnaît à la diminution de réfringence de leur protoplasma, qui prend un aspect légèrement granuleux, et à l'image de plus en plus vague du contour cellulaire. Elle est caractérisée surtout par l'apparition du noyau.

A ce propos, je dois revenir encore sur le dessin de RoUett, dont je viens de vous pailer. La cellule contractée qu'il y figure présente un noyau très net; c'est donc une cellule morte qu'il a observée, car je ne suppose pas qu'il y ait ajouté un noyau uniquement pour embellir son dessin. Kiihne a évité celte faute; aucune des cellules coîitraclées qu'il figure né présente de noyau.

Quant aux résultats des excitations mécaniques indiqués par Kiihne, je crois que je puis serrer de plus près son observation et me rendre compte de la cause de son erreur. Pour pratiquer ces excitations, Kiihne sortait la cornée de la chambre humide et la portait sur une lame de verre. Gela étant donné, le changement de forme des cellules me paraît simple à expliquer ; pendant que la cornée était manipulée, elle se dç^ les fibres reprenaient leur indice de réfniçit et masquaient les cellules. Lorsqu'ejliO < placée dans la chambre humide^»

de nouveau^ et les cellulesji

détails, semblaient ainsi reprendre leur forme première.

Il est facile de reproduire expérimentalement ces conditions successives et d'en observer les effets. Pour cela, on place la cornée dans une chambre humide, dans le fond de laquelle on a disposé une goutte de glycérine, en ayant soin qu'elle ne puisse pas atteindre la cornée. Ce réactif agissant à distance sur cette membrane, en lui enlevant de l'eau, les cellules cornéennes pâlissent peu à peu, puis disparaissent. On détache alors la lamelle avec la cornée qui y adhère et, dans le fond de la chambre humide, on remplace la glycérine par de l'eau. Remise en place, bordée à la paraffine, la préparation commence bientôt à s'améliorer, et au bout d'un quart d'heure à une demi-heure les cellules sont de nouveau tout à fait nettes.

C'est donc à la dessiccation de la cornée et non à l'irritabilité des cellules fixes qu'il faut attribuer leur différence d'aspect dans Texpérience de Kiihne.

Je vous ai dit que les décharges électriques amènent la mort des cellules de la cornée. Leur protoplasma perd de sa réfringence et devient granuleux, et leur noyau appîlratt. Je dois revenir sur ces faits, et je terminerai cette leçon par l'exposé d'une série d'expériences sur la tilort des cellules et sur les phénomènes successifs qui se produisent ensuite dans leur intérieur. Ces expériences m'intéressaient d'une façon toute particulière, et vous allez voir pourquoi.

L'année dernière, en étudiant avec vous le système

EXAMINÉES A l'état VIVANT. 231

landulaire, et cette année, lorsque je suis revenu en uelques mots sur les résultats généraux de cette étude (voy. p. 13), je vous ai montré que, sans nier la cSifférenciation bien marquée des cellules glandulaires proprement dites, on peut soutenir avec raison que toutes les cellules sont plus ou moins glandulaires. Je m'appuyais sur ce fait que certaines cellules prennent dans le milieu où elles vivent des substances variées : des matières albuminoïdes, des matières grasses, des matières amylacées, se les incorporent et finissent par se les assimiler. Or nous savons que pour digérer des matières albuminoïdes, il faut un ferment peptique ; pour digérer des matières amylacées, de la diastase; pour digérer des matières grasses, du ferment pancréatique. Lacellul^qui s'assimile ces matières doit nécessairement^ pour les digérer, avoir produit en elle ces différents ferments; elle est donc une cellule glandulaire.

Ces réflexions m'ont conduit à m'occuper de nouveau d'une question que je m'étais posée bien des fois déjà sans lui trouver une réponse satisfaisante, à savoir pourquoi le noyau, qui ne se distingue pas dans une cellule vivante, apparaît nettement quand elle est morte.

Une première hypothèse que Ton peut faire est celleci : Sous rinfluence de la mort, la tonicité vitale de la cellule disparaît; la fibre protoplasmique (si Ton peut s'exprimer ainsi) se relâche, devient par là moins réfringente, et le noyau apparaît parce qu'il a conservé son indice de réfraction élevé.

La seconde hypothèse qui peut expliquer l'apparition

du noyau est celle d'une transformation chimique du protoplasma, d'une sorte d'autodigestion.

Je ne vois que ces deux hypothèses possibles, car je dois en éliminer d'emblée une troisième qui consisterait à attribuer la manifestation du noyau et la modification de la cellule à une action du milieu extérieur. Voici pourquoi je ne saurais admettre cette hypothèse. Si vous observez soit des cellules lymphatiques, soit un bouquet de cellules à cils vibratiles, soit des cellules de la cornée à Tétat vivant, vous pourrez voir Tune ou l'autre de ces cellules mourir et son noyau apparaître, tandis que la cellule la plus voisine continuera à vivre pendant longtemps encore. Ce seul fait du voisinage dans une même préparation de cellules vivantes et de cellules mortes suffit à exclure absolument l'ftction du milieu extérieur.

L'hypothèse d'après laquelle certains sucs, cantonnés jusque-là dans quelques départements de la cellule, se répandraient après la mort dans toute la masse protoplasmique et dès lors se mettraient à la digérer, celte hypothèse, dis-je, était séduisante; mais il était nécessaire de la vérifier, et aucun organe ne se prêtait mieux que la cornée aux expériences que je me proposais de faire.

Je ne vous citerai aujourd'hui que deux des expériences nombreuses que j'ai tentées, mais vous verrez qu'elles sont décisives.

Ces expériences ont été faites pendant les froids de décembre et de janvier.

J'ai enlevé à une même grenouille ses deux cornées

EXAMINÉES A l'ÉTAT VIVANT. 233

Cit jeles ai disposées dans l'humeur aqueuse sur deux porte- objets électriques semblables, placés chacun sur la platine d'un microscope. Toutes les conditions étaient identiques, sauf une seule : Tune des cornées avait été préparée et était observée dans une chambre dont nous avions porté la température jusqu'à 23 degrés centigrades (température que nous donnait le thermomètre placé sur la table à côté du microscope); Tautre était observée dans une autre pièce dont la fenêtre était ouverte et où le thermomètre placé à côté du microscope marquait + 2°C.

Après avoir fixé le porte-objet de manière à observer un point de la première cornée situé sur le trajet du courant et à une petite distance de l'un des pôles, je fis passer à travers la membrane une série de décharges d'induction fréquentes pendant dix secondes. Pendant ce temps, il ne se manifesta aucune modification dans les cellules observées; immédiatement après le passajçe du courant, elles se montraient encore les mêmes; mais, au bout d'une minute, je vis le proloplasma devenir granuleux, pâlir, et le noyau se dessiner; au bout de deux minutes le noyau était absolument net, et le contour du protoplasraa cellulaire était à peine reconnaissable.

La seconde cornée fut soumise à l'action des mêmes décharges d'induction pendant dix secondes. Durant le passage du courant et immédiatement après, les cellules observées ne furent pas modifiées, et elles continuèrent à garder leur forme et leur aspect pendant qua>^ minutes, au bout desquelles leurs noyaux (Dans différentes expériences de coDlxô

234 CELLULES CONNECTIVES DE LA CORrfÉB,

varia de vingt-^cinq minutes à quarante-cinq minutes.) Ces expériences montrent que la température a une influence considérable sur l'apparition du noyau. Elles excluent la première hypothèse que nous avions émise, Kn effet, du moment que le noyau n 'apparaît pas immédiatement après la mort de la cellule, son apparition ne peut être attribuée à la suppression de la tonicité cellulaire.

Elles nous confirment au contraire dans notre seconde hypothèse, car on conçoit très bien que pour les réactions chimiques, pour Tautodigestion du protoplasma, par exemple, la température doive être un facteur important.

QUINZIÈME LEÇON

(13 février 1879) CellaleA eonneetives de la cornée.

Étude des phénomènes qui se produisent à la mort des cellules. Manière d*apparaitre du noyau. Son double contour indiquant Texistenco d'une membrane d'enveloppe.

Expériences sur Vaction de courants très forts appliqués à Vœil tout entier et traversant la cornée seulement en deux points limités. Manière de fixer les résultats obtenus et de les rendre accessibles à l'observation microscopique. Fragmentation des noyaux aux points où a passé le courant. — Causes de cette fragmentation. Action brisante de Téiectricité. — Discussion sur l'action cataphorique. — L'autodigestion cellulaire complète la destruction des noyaux.

Rapports des cellules fixes de la cornée avec les lames connectives.

Injections interstitielles dans les cornées du type membraniforme (chien, cochon d'Inde, rat).

Messieurs,

Dans la dernière leçon je vous ai rendu compte de quelques expériences faites dans le but de déterminer si les cellules fixes de la cornée sont irritables, c'està-dire si elles réagissent par un mouvement quand leur sensibilité est mise en jeu.

Il résulte de ces expériences que Tirritabilité des cellules de la cornée n'est pas démontrée. Cependant, comme cette irritabilité a été affirmée par des auteurs qui jouissent d'une grande considératioD dans Iq monde

scientifique, Kiihne el Rolletf, j*ai cru devoir reprendre encore une fois la vérification des faits qu'ils on l an nonces. Je me suis placé dans les meilleures conditions; j'ai disposé une cornée dans une chambre humide bien construite, avec de l'eau dansle fond; j'ai eu soin qu'elle fût bien exactement en contact avec les deux électrodes d'un porte-objet électrique que j'avais construit exprès pour la circonstance. Puis, examinant de temps à autre cette cornée, j'ai attendu trois ou quatre heures jusqu'à ce que ses cellules fixes devinssent très apparentes et parfaitement nettes. Choisissant alors pour l'observer un point de la cornée situé sur le trajet du courant, à peu de distance de l'un des électrodes et dans lequel il y avait deux ou trois cellules de forme bien caractéristique, j'ai excité la cornée par des décharges d'induction. J'ai d'abord essayé des courants de force moyentie, ceux que l'on emploie, par exemple, pour l'excitation des muscles du lapin. J'ai opéré comme Kiihne, faisant dix interruptions du courant à une seconde d'intervalle Tune de l'autre, puis attendant trois minutes pour observer si un effet se produisait, et regardant attentivement les cellules pendant ce temps. Je n'y ai remarqué aucune modification.

Puis, rapprochantsuccessivement les deux bobines, j'ai opéré plusieurs fois de la même façon avec des courants de plus en plus forts, et en attendant chaque fois trois minutes. L'examen le plus minutieux ne m'a permis d'observer aucune modification, ni dans les cellules, ni dans leurs prolongements.

Lorsque les bobines, à peu près complètement enga*

CXAMIKâSS A L ÉTAT VIVANT. 331

glandulaire, et cette aun^, lorsifue je suis revenu en quelques mots sur les résultats généraux de celte étude (voy. p. 13), je vous ai montré que, sans nier la différenciation bien marquée des cellules glandulaires proprement dites, on peut soutenir avec raison que toutes les cellules sont plus ou moins glandulaires. Je m'appuyais sur ce fait que certaines cellules prennent dans le milieu où elles vivent des substances variées : des matières albuminoïdes , des matières gîtasses, des matières amylacées, se les incorporent et finissent par se les assimiler. Or nous savons que pour digérer des matières albuminoïdes, il faut un ferment peptique ; pour digérer des matières amylacées, de la diastase; pour digérer des matières grasses, du ferment pancréatique. Lacellul^ui s'assimile ces matières doit nécessairement^ pour les digérer, avoir produit en elle ces différents ferments; elle est donc une cellule glandulaire.

Ces réflexions m'ont conduit à m'occuper de nouveau d'une question que je m'étais posée bien des fois déjà sans lui trouver une réponse satisfaisante, à savoir pourquoi le noyau, qui ne se distingue pas dans une cellule vivante, apparaît nettement quand elle est morte.

Une première hypothèse que Ton peut faire est celleci : Sous rinflueuce de la mort, la tonicité vitale de la cellule disparaît; la fibre protoplasmique (si Ton peut s'exprimer ainsi) se relâche, devient par là moins réfringente, et le noyau apparaît parce qu'il a conservé son indice de réfraction élevé.

La seconde hypothèse qui peut expliquer l'apparition

232 CELLULES CONNECTIVES DE LA COBNÉE

du noyau est celle d'une transformation chimique du protoplasma, d'une sorte d'autodigestion.

Je ne vois que ces deux hypothèses possibles, car je dois en éliminer d'emblée une troisième qui consisterait à attribuer la manifestation du noyau et la modiBcation de la .cellule à une action du milieu extérieur. Voici pourquoi je ne saurais admettre cette hypothèse. Si vous observez soit des cellules lymphatiques, soit un bouquet de cellules à cils vibratiles, soit des cellules de la cornée à Tétat vivant, vous pourrez voir l'une ou l'autre de ces cellules mourir et son noyau apparaître, tandis que la cellule la plus voisine continuera à vivre pendant longtemps encore. Ce seul fait du voisinage dans une même préparation de cellules vivantes et de cellules mortes suffit à exclure absolument l'action du milieu extérieur.

L'hypothèse d'après laquelle certains sucs, cantonnés jusque-là dans quelques départements de la cellule, se répandraient après la mort dans toute la masse protoplasmique et dès lors se mettraient à la digérer, celte hypothèse, dis-je, était séduisante; mais il était nécessaire de la vérifier, et aucun oi^ane ne se prêtait mieux que la cornée aux expériences que je me proposais de faire.

Je ne vous citerai aujourd'hui que deux des expériences nombreuses que j'ai tentées, mais vous verrez qu'elles sont décisives.

Ces expériences ont été faites pendant les froids de décembre et de janvier.

J'ai enlevé à une même grenouille ses deux cornées

EXAMINÉES A l'ÉTAT VIVANT. 233

et je les ai disposées daos rbumeur aqueuse sur deux porte- objets électriques semblables, placés chacun sur la platine d'un microscope. Toutes les conditions étaient identiques, sauf une seule : Tune des cornées avait été préparée et était observée dans une chambre dont nous avions porté la température jusqu'à 23 degrés centigrades (température que nous donnait le thermomètre placé sur la table à côté du microscope) ; Tautre était observée dans une autre pièce dont la fenêtre était ou- 'verte et où le thermomètre placé à côté du microscope marquait + S^'C.

Après avoir fixé le porte-objet de manière à observer \\u point de la première cornée situé sur le trajet du courant et à une petite distance de l'un des pôles, je fis passer à travers la membrane une série de décharges d'induction fréquentes pendant dix secondes. Pendant ce temps, il ne se manifesta aucune modification dans les cellules observées; immédiatement après le passage du courant, elles se montraient encore les mêmes; mais, î\u bout d'une minute, je vis le protoplasma devenir granuleux, pâlir, et le noyau se dessiner; au bout de deux minutes le noyau était absolument net, et le contour du protoplasraa cellulaire était à peine reconnaissable.

La seconde cornée fut soumise à l'action des mêmes décharges d'induction pendant dix secondes. Durant le passage du courant et immédiatement après, les cellules observées ne furent pas modifiées, et elles continuèrent à garder leur forme et leur aspect pendant quarante-cinq minutes, au bout desquelles leurs noyaux apparurent. (Dans différentes expériences de contrôle, celte durée

234 CELLULES ÇONNECTIVES DE LA CORîTÉE,

varia de vingt-^cinq minutes à quarante- cinq minutes.) Ces expériences montrent que la température a une influence considérable sur l'apparition du noyau. Elles excluent la première hypothèse que nous avions émise, En effet, du moment que le noyau n'apparatt pas immédiatement après la mort de la cellule, son apparition ne peut être attribuée à la suppression de la tonicité cellulaire.

Elles nous confirment au contraire dans notre seconde hypothèse, car on conçoit très bien que pour les réactions chimiques, pour Tautodigeslion du protoplasma, par exemple, la température doive être un facteur important.

QUINZIÈME LEÇON

(13 février 1879) Cellules eoimeeilTeii de la eornée,

jitude des phénomènes qui se produisent à la mort des cellules. Manière d*apparaitre du noyau. Son double contour indiquant Texistenco d'une membrane d'enveloppe.

expériences sur Vaction de courants très forts appliqués à rœil tout entier et traversant la cornée seulement en deux points limités. Manière de fixer les résultats obtenus et de les rendre accessibles à Tobservation microscopique. Fragmentation des noyaux aux points où a passé le courant. — Causes de cette fragmentation. Action brisante de rétectrioité. — Discussion sur l'action cataphorique. — L'autodigestion cellulaire complète la destruction des noyaux.

Jiapports des cellules fixes de la cornée avec les lames connectives.

Injections interstitielles dans les cornées du type membraniforme (chien, cochon d'Inde, rat).

Messieurs,

Dans la dernière leçon je vous ai rendu compte de quelques expériences faites dans le but de déterminer si les cellules fixes de la cornée sont irritables, c'està-dire si elles réagissent par un mouvement quand leur sensibilité est mise en jeu.

Il résulte de ces expériences que Tirritabilité des cellules de la cornée n'est pas démontrée. Cependant, comme cette irritabilité a été affirmée par des auteurs qui jouissent d'une grande considération dans le monde

2^ CXUXLES CO^^ECTITIiS DE LA COKCÉE.

scientifique. Kôhoe et Rollell, j*ai cru dcToir reprendre encore une fois la Tarification des ùâts qo'îk ont a:t nonces.

Je me suis placé dans ks meîllenres conditions; j*aî disposé one cornée dans une chamt>re humide bien construite, arec de Feau dans le fond; j'ai eu soin qu'elle fût bien exactement en contact aTcc les deux électrodes d'un porte-objet électrique que j*aTais construit exprès pour la circonstance. Puis, examinant de temps à autre cette cornée, j'ai attendu trois ou quatre heures jusqu'à ce que ses cellules fixes derinssent très apparentes et parfaitement nettes. Choisissant alors pour Tobserrer un point de la cornée situé sur le trajet du courant, à peu de distance de l'un des électrodes et dans lequel il y avait deux ou tiois cellules de forme bien caractéristique, j ai excité ia cornée par des décharges d'induction. J'ai d'abord essavé des courants de force moyenne, ceux que Ton emploie, par exemple, pour l'excitation des muscles du lapin. J'ai opéré comme KiJbne, faisant dix interruptions du courant à une seconde d'intervalle l'une de l'autre, puis attendant trois minutes pour observer si un effet se produisait, et regardant attentivement les cellules pendant ce temps. Je n'y ai remarqué aucune modification.

Puis, rapprochant successivement les deux bobines, j'ai opéré plusieurs fois de ia même façon avec des courants de plus en plus forts, et en attendant chaque fois trois minutes. L'examen le plus minutieux ne m'a permis d'observer aucune modification, ni dans les cellules, ni dans leurs prolongements.

Lorsr^ue les bobines, à peu près complètement enga-

ACTION DES COUKANTS d'iNDUCTION. 237

gées Tune dansTaulre, doimaient presque le maximum du courant, les dix secousses, ayant été répétées à une seconde d'intervalle, amenèrent la mort des cellules, qui se traduisit au bout d'une minute par la diffluence du proloplasma, Tapparilion des granulations et surtout Tapparitiondu noyau. Parconséquent aucun effet du tout ou la mort, c'est ainsi que Ton peut dèBnir l'action des courants d'induction sur lés cellules fixes de la cornée.

Cette vérification faite, je reprends le récit des expériences dont j'ai commencé à ^ous rendre compte à la fin de la dernière leçon. Je vous ai dit qu'après avoir fait agir i^n même courant d'induction sur les deux cornées d'une même grenouille, disposées de la même façon sur deux porte-objet électriques, les noyaux s'étaient montrés dans les cellules au bout de deux minutes, dans la cornée examinée aune température de 23 degrés, tandis que dans l'autre cornée maintenue à une température de 2 degrés ils n'étaient devenus distincts qu'au bout de vingt-cinq et même de quarantcr cinq minutes.

De cette expérience nous avons dû conclure que la température a une influence considérable sur la rapidité d'apparition du noyau. Quant à cette apparition ellemême, nous l'avons expliquée par l'autodigestion de la cellule, résultant de la diffusion dans toute sa masse des liquides digestifs qu'elle contenait.

Les noyaux n'apparaissent pas subitement dans l'inlérieur des cellules. On les voit se dessiner vaguement d'abord, sans contour bien déterminé. Puis ils deviennent plus visibles, et leur bord finit par être bien dis-

238 CELLULKS CONNECTIVES DE LA CORNÉE.

tinct. En même temps, le protoplasma cellulaire devient de plus en plus vague; bientôt on ne voit plus nettement les bords de la cellule; ses prolongements fins et délicats ont disparu sans laisser de trace, quelques rares granulations marquent la place des plus gros, et finalement toute la cellule n'est plus représentée que par une zone granuleuse que l'on distingue bien autour du noyau, mais dont on ne saurait préciser la limite.

Quant au noyau, il montre un double contour, et son observation dans ces conditions permet d'affirmer qu'il possède réellement une membrane d'enveloppe.

Avant d'aller plus loin, je dois vous signaler un fait qui peut devenir une cause d'erreur dans l'observation de la cornée à l'état vivant; je veux parler de l'action délétère que l'humeur aqueuse exerce sur les cellules de la cornée.

Il arrive fréquemment que, lorsqu'on balaye avec le pinceau la face postérieure de la cornée pour la débarrasser du pigment de l'iris ou des autres impuretés qui gêneraient l'observation, on détache plus on moins l'épithélium de la membrane de Descemet. On remarque alors que les cellules fixes qui se trouvent dans les deux couches les plus rapprochées de l'œil de l'observateur et qui ont été exposées au contact immédiat de l'humeur aqueuse montrent leur noyau parfaitement net, ce qui est un indice de leur mort , tandis que les cellules situées plus profondément sont encore vivantes.

Il est indispensable d'être averti de ce fait, pour n'êlre pas induit en erreur dans les expériences où l'on excite la cornée par des courants d'induction ; autrement, on

ACTION DES COURANTS d' INDUCTION. 239

pourrait attribuer à Taction de réleclricilé la mort de ses cellules, qui est due à une tout autre cause. Aussi faut-il avoir soin, avant toute expérience, de bien examiner la cornée dans tous ses plans et de s'assurer que toutes ses cellules sont à Tétat vivant.

Je passe maintenant aux expériences que nous avons faites pour analyser plus exactement les phénomènes d 'autodigestion qui se produisent dans les cellules quand elles sont mortes ou qu'on les a fait mourir. Dans celles dont je vous ai rendu compte jusqu'à présent, nous n'avions pas poussé l'observation assez loin pour être témoin des résultats ultimes de l'autodigestion. Dans cette nouvelle série nous avons procédé d'une façon un peu différente; au lieu d'enlever la cornée et de l'étaler sur une lamelle de verre pour l'électriser sur la platine du microscope, nous avons opéré sur l'œil entier de la grenouille. Après l'avoir détaché, nous avons appliqué aux deux extrémités de l'un des diamètres de la cornée les deux pointes en platine de la pince électrique, à travers laquelle nous avons fait passer un courant d'induction tétanisant pendant dix secondes, les bobines se recouvrant et donnant le maximum d'intensité de l'appareil.

Lorsque l'on opère ainsi, le courant électrique ne passe pas par la cornée; prenant le chemin le plus court, il passe à travers l'humeur aqueuse. Il ne traverse donc la cornée que dans les points oii sont appliqués les électrodes , de sorte qu'elle présente ensuite zones 011 les cellules ont subi l'action du oraîs

240 CELLULES CONNECTIVES DE LA GORNÉe.

ductioD, tandis que dans le reste de son étendue elles ne sont pas modifiées.

Les deux yeux de la même grenouille ayant été ainsi traités (et nous savons que l'action du courant pendant dix secondes est plus que suffisante pour tuer les cellules de la cornée), ils sont mis chacun dans un petit flacon bien bouché. L'un de ces flacons, placé dans de la glace fondante, se trouve maintenu à zéro ou à une température voisine de zéro, Tautre est porté dans Tétuve à une température de 34^ C.

Au bout d'une heure, on relire les deux yeux de leurs flacons respectifs, on détache les cornées en se plaçant dans un milieu d'une température de 5 à 6 degrés, on élale chaque cornée sur une lame de verre dans une chambre humide, la face profonde en haut, et l'on procède à un examen comparatif.

On constate d'abord que, dans la cornée qui a séjourné pendant une heure dansl'étuve "a 34 degrés, les noyaux sont très apparents dans les cellules, aux points touchés par les électrodes et dans la zone environnante. Dans la cornée conservée à zéro, les noyaux ne se montrent pas dans les régions correspondantes.

On reprend alors la même expérience en faisant durer pendant trois heures le séjour des deux cornées dans des milieux de température dilTérenle. Observant ensuite ces cornées dans l'humeur aqueuse et avec les précautions que j'ai déjà indiquées, on remarque que, sur la cornée qui a séjourné pendant trois heures dans un milieu élevé à 34 degrés, après que Tœil 9^,

ACTION DES COURANTS d'iNDUCTION. 241

été soumis pendant dix secondes à Faction d^un courant tétanisant) les noyaux sont décomposés en granulations de nombre et de grandeur variable, comme s'ils avaient été cassés en morceaux.

Avant de discuter la manière dont celte division s'est opérée, je dois vous renseigner sur les moyens qui m'ont permis de fixer ces résultats de manière à vous les montrer aujourd'hui. Ces moyens, vous les connaissez déjà; vous les avez vu appliquer devant vous. Us consistent à exposer l'œil aux vapeurs d'acide osmique pendant dix minutes, un quart d'heure ou une demi-heure (on peut dépasser ces limites sans inconvénient), en le suspendant, au moyen d'une épingle recourbée, à la face inférieure d'un bouchon fermant un petit flacon dans le fond duquel on a versé quelques gouttes d'une solution d'acide osmique à 2 pour 100. L'œil est porté dans l'eau distillée, la cornée détachée au moyen des ciseaux, incisée sur ses bords, raclée sur ses deux faces avec un scalpel pour en enlever l'épilhéliura antérieur et l'épithélium postérieur, et portée ensuite dans une solution de purpurine (1) pendant vingt-quatre heures, ou pendant quarante huit heures si au bout d'un jour la coloration n'est pas suffisante. La membrane est ensuite lavée à l'eau distillée et montée dans la glycérine.

Cest ainsi qu'ont été faites les préparations que vous allez examiner.

Vous y remarquerez d'abord, en observant les points de la cornée 3Ûr ." " *"'« ™s porté l'action du

(1) Voy. IMft

Kiinrin - 16

24â CELLULES GONNECTIVES J)E LA COfiN^E.

courant électrique, que les éléments cellulaires si délicats de cette membrane, éléments que vous connaissez maintenant d'une façon suffisante, sont absolument fixés dans leur forme. Vous reconnaîtrez leurs prolongements les plus minces, et vous constaterez que dans Tintérieur de leur protoplasma on ne peut pas distinguer trace du noyau. Les cellules sont colorée uniformément en rose; l'application de la purpurine n'a même pas pu faire prendre à leurs noyaux une coloration plus accusée que celle du protoplasma cellulaire.

Dans le voisinage de ces cellules, vous remarquerez des noyaux colorés en rouge par la purpurine et

entourés d'une atmosphère granuleuse, dont il n'est pas possible de déterminer exactement la limite. Puis, tout à côté, vous observerez d'autres noyaux, et ce Qr. sont les plus nombreux

dans la zone atteinte par l'action du coui*ant qui sont représentés par des groupes de granulations dont Tensemble rappelle la forme du noyau duquel elles proviennent , mats sans qii'une ligne HmitMtQ/ en indique le contour (fig. 27). Ces graiàuloAtMIs^ «îifVr

FiG. 27. — Noyaux de cellules fixes de la cornée de la greiiOHiUc yaile, fraçniefiU$8 sous l'influence de décharges d'induction. Après l'action du courant électrique, la cornée a été laissée pendaut une heure dans une étuve chauffée à 84 àegvéi oenligrados, et fixée ensuite par les vapeurs d'acide osmique.

AiCTIÛN DES COiJaANTS o'iNDUCTIOM. 243

ment colorées par la purpurine et par conséquent bien mHtes, ont des dimensions très variables ; tantôt toutes éelles qui procèdent d'un aiéme noyau sont également fines et réparties à peu près uniformément dans tout l'espace qu'il occupait ; tantôt, au milieu de granu^ ktions très fines, on en remarque une beaucoup plus grosse; tantôt enfin quelques granulations de dimerision moyenne dessinent pour ainsi dire le pourtour du noyau en laissant son milieu complètement vide.

Quelleest la cause de ce singulier phénomène? Ce n^mi pas Tautodigestion seule, puisque tout à côté des noyant ainiû fragmentés vous en observerez d'autres qui sont parfaitement intacts et entourés de leur membrane d'en^ vdoppe caractérisée par son double contour. Ces derniers noyaux appartiennent aussi à des cellules tuées par i'éiectricité, puisqu'ils sont apparents. L'autodigestion qui modifie le protoplasma cellulaire n'atteint donc pas nécessairement le noyau, et sa fragmentation doit avoir encore une autre cause.

Si vous examinez plus attentivement et dans uti plus ^rand oombre de régions les préparations qui sont dis* posées «eus ces microscopes, vous y rencontrerez, outre les noyaux complètement fragmentés en granulations at oeuK qui ont conservé intact leur double contour, certains noyaux j^us rares {a, fig. ^7) dans lesquels te €kMible contour est encore reconnaissable sur plusieurs fK)tnts, tandis qu'en d'autres il est interrompu, ce qui montre que la membrane à laoiieMe correspond ce 'ëeuEb4e cootonr t#

GèsffiMMn 1>or«»

tantes à noter; elles nous serviront de guide pour r interprétation du phénomène que je viens de décrire.

Vous connaissez Taclion brisante des courants d'induction forts; vous avez sans doute été témoins des effets que Ton obtient avec les grandes bobines de Rhumkorff ; vous avez vu comment un courant passant à travers un morceau de sucre le réduit en poussière; passant à travers un bloc de cristal, y trace une ligne de brisures. Il est donc probable que c'est à l'action brisante du courant électrique qu'il faut attribuer la fragmentation des noyaux.

Il y a aussi une autre action qui pourrait être mise en cause, c'est ce que l'on nomme l'action cataphorique du courant. Lorsque l'on fait passer un courant électrique dans un espace plus ou moins restreint dans lequel se trouve un liquide tenant en suspension des particules solides légères (par exemple des spores de lycopode suspendues dans de l'eau), le liquide se rend h l'un des pôles, les particules solides à l'autre.

J'ai prié M. Tschiriew de répéter ces expériences devant nous, et nous avons constaté parfaitement le mouvement des spores de lycopode sous l'influence du courant. En changeant les pôles, on voyait les particules solides prendre un mouvement en sens inverse. Du resie, on sait aussi que, sous l'influence d'un courant faible, les granulations qui se trouvent dans l'intérieur d'une cellule sont portées d'un côté ou de l'autre, suivant la direction du courant.

Je ne crois pas que cette action cataphorique soit j jeu ici, car nous n'avons pas affaire à des partiouk

ACTION DES COURANTS d'iNDUCTION. 245

bres, mais à une masse plus ou moins compacte, dans laquelle le courant peut exercer son action brisante comme dans les corps solides.

Lorsque les noyaux viennent d'être soumis à l'action de courants forts, ils sont brisés ; mais comme leurs différents fragments- sont restés en place, ils paraissent encore intacts. C'est plus tard seulement qu'ils se montrent séparés en grains arrondis et plus ou moins éloignés les uns des autres. '^

Celte séparation et cette déformation des fragments doivent être attribuées à l'action des sucs digestifs de la cellule. Dans les cellules atteintes par le courant, on peut très bien observer les trois degrés dont je viens de parler. Dans certaines d'entre elles, le noyau est entier; dans d'autres, il se montre divisé en fragments irréguliers exactement juxtaposés; dans d'autres enfin, il est réduit en granulations. Ces granulations, pour le dire eu passant, sont des débris de la membrane du noyau, et non pas de son contenu; ce contenu s'est confondu avec celui de la cellule.

Pour observer ces faits, il n'est pas nécessaire d'employer Tétuve; nous nous en sommes servi seulement pour accélérer les phénomènes. Si, après avoir fait passer un courant d'induction à travers un œil de grenouille, on le conserve pendant vingt-quatre heures à la température ordinaire (10 à 15 degrés), dans un flacon bouché pour éviter l'évaporation, on constate sur la cornée tous les faits que je viens de signaler.

En résumé, les noyaux ne se montrent pas dans les cellules delà cornée lopp^"'AUft5 gont vivantes.

246 bawouts mê cêllulks connectitës.

Ils sont timbles dans T intérieur de ces cellules quand elles sont mortes.

Ils n'apparaissent pas immédiatement après la raorl des cellules.

La température a une influence considérable sur le temps après lequel ils apparaissent.

Ils ont un double contour, ce qui indique qu'ils sont des vésicules limitées par une membrane.

Sous Taction des courants forts, cette membrane se brise, et Tautodigestion la réduit en boules de dimensions variées.

Je passée une autre question, voisine de celle que je viens de traiter. C'est une des plus difficiles et des plus discutées de Thistologie, et cependant elle est fondamentale. Il s'agit du rapport des cellules fixes de la cornée avec les lames de cette membrane. C'est un problème que je n'ai pas encore abordé, quoique nous ayons rencontré chemin faisant quelques faits importants qui y sont relatifs et qui pourront nous aider à en trouver la solution.

Voici ces faits :

4" La possibilité d'isoler des réseaux cellulaires parfaitement nets (voy. p. 166) ;

3" La possibilité de distinguer, sur les coupes trans* versa les de la cornée faites après l'action du chlorure d'or, des crêtes d'empreinte coupées en travers sur l'une des feces de la cellule, et sur l'autre de petites membranes saillantes correspondant à des crêtes d'empreinte vues de profil (voy. p. 197) ; .

3* Enfin, la distinction que nous avons dû faire des cornées des différents animaux en deux groupes, suivant la forme des cellules fixes : cornées à cellules du type corpusculaire, cornées à cellules du type membraniforme.

Partons de cette classification, et revenons sur quelques renseignements que je vous ai donnés antérieurement et qui nous sont indispensables aujourd'hui.

Je vous ai montré (voy. p. 122) que, chez le cheval et le bœuf, on obtient par des injections, soit de bleu de Prusse, soit de térébenthine, et mieux encore par l'insufflation, de beaux tubes de Bowman. Les cornées où les injections interstitielles déterminent la production de ces tubes .ippartiennent au type corpusculaire.

Il est d'autres mammifères, le rat, le cochon dinde, le chien, dont les cornées appartiennent au contraire au type membraniforme. Lorsque l'on essaye par injection ou par insufflation d'y produire des tubes de Bowman, on n'y réussit pas. Autour de la masse injectée qui paraît s'étendre en nappe, il y a bien quelquefois de petits épieux, mais ils sont à peine visibles à l'œil nu.

Si l'on injecte de Tair dans la cornée d'un chien, comme je le fais ici devant vous, au lieu de voir apparàître, comme chez le bœuf, une sorte d'étoile dont certains rayons sont très longs, vous voyez se produire simplement une plaque blanche opaque qui s'étend plus ou moins à partir de la pointe de la canule, et qui, par son apparence feutrée, fait ressembler la cornée à de '^ neige ou à de l'ouate. . =^i

Si, au lieu d'air, on injecte daiW htùft

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