‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 55 sur 71 · SON ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

SON ÉVOLUTION

cielles, les cellules aplaties et tassées sont disposées comme si elles étaient comprimées contre un plan résistant, et nous savons que l'aplatissement dans une direction est une condition de biréfringence (1).

Un troisième point sur lequel je dois appeler votre attention^ parce que je n'y ai pas assez insisté dans la dernière leçon, est révolution de Tépithélium antérieur de la cornée. Je vous ai parlé de la théorie de Lott, et les faits que je vous ai indiqués vous ont montré que cette théorie est très vraisemblable. Je pense, en effet, comme lui, que les cellules profondes sont génératrices des cellules superficielles : elles contiennent souvent deux noyaux, et ces noyaux, plus ou moins distants Tun de l'autre , paraissent correspondre à une première étape de la division cellulaire. Cette observation, toutefoi3, ne suffit pas à prouver que la néoformation se fait tout entière dans les couches profondes, car on rencontre aussi quelquefois des cellules lamellaires qui possèdent deux noyaux, et cela semblerait montrer que même les cellules les plus superficielles peuvent se multiplier par division, ou bien que la présence de deux noyaux n'est pas un indice certain d'une division cellulaire prochaine.

Mais la forme même des cellules de la première rangée doit porter à penser qu'elles ont, en effet, un rôle générateur. Les unes sont claires avec un fp noyau dans leur intérieur ; d'autres, au contrai' étroites, comprimées, rendues beauconpl

1) Voy. Traité technique d^histologie, p. 292 et S93. .

par les nombreuses granulations qu'elles renferment et qui se colorent vivement par le carmin (voy. fig. 35).

C'est au-dessus de ces cellules, moins hautes que les autres, que se voient les premières cellules à fossettes, qui parfois même n'en sont pas séparées. Aussi suis-je porté à croire que ces cellules étroites, fortement colorées, et surmontées immédiatement d'une cellule à fossettes, sont celles qui proliféraient activement au moment où l'on a enlevé la cornée. J'ajoute qu'entre les cellules claires et les cellules étroites on rencontre toutes les formes intermédiaires.

Hier, en parcourant un travail de Lœwe et Kries, publié récemment dans les Archives de Max Schultze(l), et qui traite de diverses questions relatives à l'histologie de l'œil, j'ai remarqué un passage où, parlant de l'épithélium antérieur de la cornée, ces auteurs y di^inguent des cellules foncées qui, d'après eux, seraient les cellules épilbéliales proprement dites, et des cellules plus claires qu'ils considèrent comme étant de nature nerveuse.

Je vous dirai à priori que cette interprétation n'est pas admissible. On sait parfaitement aujourd'hui que les nerfs cheminent entre les cellules épithéliales sous forme de filaments minces et qu'ils se terminent par des boutons. Il n'est donc pas nécessaire que je m'arrête à réfuter l'opinion de ces auteurs.

J'arrive à une quatrième question, la plus intéres-

(1) Lœwe et Kries, Beitrœgezur Analomie des Auges {Arch, f, micr. AnaU t. XV, 1878, p. 542).

santé de celles qui ont trait à Tépithélium antérieur de la cornée : la migration des cellules lymphatiques entre les cellules épithéliales. Elle a été signalée par Engelmann peu de temps après que Recklinghausen l'avait découverte dans le stroma même de la membrane (1). Il dit à ce propos que les cellules migratrices de Tépithélium antérieur diffèrent de celles du stroma en ce qu'elles sont plus petites; il soutient aussi que ces cellules ne passent pas du stroma dans Tépithélium, parce qu'elles ne peuvent pas traverser la lame élastique antérieure.

Il est difficile d'admettre à priori que les cellules migratrices soient plus petites dans répilhélium que dans lo stroma ; les unes et les autres sont des cellules lymphatiques, et Ton ne conçoit guère comment une différence de milieu aussi passagère pourrait amener une différence dans leur dimension. D'autre part, il s'agit de savoir si chez la grenouille, car Engelmann n'a expérimenté que sur cet animal, la membrane basale antérieure est réellement impénétrable auix: cellules lymphatiques.

J'ai repris les expériences d'Engelmann dans les conditions mêmes où il les avait faites, c'est-à-dire en examinant dans la chambre humide des cornées vivantes étalées.dans l'humeur aqueuse. J'ai vu très souvent les cellules lymphatiques cheminer dans les couches les plus superBcielles de la cornée^ immédiatement audessous de répilhélium ; mais, bien que j'aie répété cette

(1) Engelmann, loc, cit. p. U.

320 ÉPITHÉUUM ANTÉRIEUR DE LA CORNÉIÎ.

faite dans un fragmenl de moelle de sureau ; coupes transporlées avec une aiguille sur la lame do verre, gonflées par laclion de Teau, colorées par le picrocarminate et traitées ensuite par la glycériue additionnée d'acide formique, ou même par Tacide formique pur pour produire un gonflement plus considérable et mieux accuser certains détails.

Sur une préparation ainsi faite, tout est absolument conservé : Tcpithélium antérieur avec ses différentes couches, le slroraa de la cornée et la membrane de Descemet avec son revêtement épilhélial. Au-dessous de Tépithélium antérieur, on voit une première lame de la cornée très mince, une seconde à peu près aussi mince; les suivantes sont plus épaisses et se succèdent jusqu'à la membrane de Descemet, séparées les unes des autres par deis rangées de corpuscules rouges qui correspondent aux cellules fixes. Traversant la première lame et visibles sur les suivantes de deux en deux alternativement, se montrent des fibres suturales analogues à celles de la cornée de la raie (voy. p. 140), quoique un peu moins régulières. On |ne distingue pas de lame basale anlérieure.

Je vais vous montrer qu'avec ce procédé élémentaire rien n'est plus facile que de reconnaître les cellules lymphatiques dans l'épilhélium antérieur de la cornée.

Sur la préparation que j'ai disposée devant vous, vous observerezdausl'épithélium antérieur des noyaux, rouges dans la couche profonde et dans la superficielle, moins colorés dans la couche moyenne; leur contenu est gra*

nuleux, leur contour régulièrement arrondi et leur diamètre relativement considérable. Entre eux vous remarquerez des noyaux plus petits, plus fortement colorés en rouge, dont le contenu n'est pas granuleux, et que vous reconnaîtrez facilement, à leur forme bosselée de diverses façons, souvent serpentine, pour des noyaux de cellules lymphatiques. Ces noyaux ont donc résisté non seulement à la dessiccation, mais encore à l'action de Tacide formique.

En examinant la limite du stroma et de Tépitliélium, vous verrez un certain nonibre de ces noyaux engagés dans Tépithélium par une de leurs bosselures, tandis que le reste de leur corps est dans le stroma.

Cette observation est démonstrative ; aussi je n'y insiste pas davantage, et je passe à l'exposé des méthodes à Vaide desquelles on peut isoler les cellules migratrices qui chemioent dans Tépithélium.

Ilsuffitde faire macérer pendant vingt-quatre heures dans l'alcool au tiers une cornée, surtout une cornée de salamandre ou de triton, pour dissocier facilement ensuite les éléments de Tépithélium antérieur. Parmi les cellules isolées, on en remarque quelques-unes qu'à leur noyau bossue on reconnaît d'emblée comme des cellules lymphatiques. Elles ont les formes les plus diverses, que l'on s'explique fort bien en considérant qu'elles ont dû se mouler sur les cellules épithéliales entre lesquelles elles se trouvaient.

Ces formes sont encore bien plus nettes lorsque l'on emploie, pour dissocier les cellules, la potasse à 40 pour 100. En effet, ce réactif ménage fort bien les

RANViER. — Anat. générale. il. — 21

expérience très souvent, je n'ai jamais élé témoin, d'une façon bien nette, du passage d'une cellule lymphatique dans l'épilhélium antérieur.

Comme je savais qu'à l'état vivant les cellules lymphatiques de l'axolotl laissent voir leurs noyaux, j'ai examiné par la même méthode la cornée de cet animal, dans l'espoir de mieux saisir les détails de la migration. Dans ces conditions, les cellules fixes de la membrane ne sont pas visibles ou ne se distinguent que très vaguement; les cellules épithéliales antérieures ont un contour bien accusé, mais leur noyau n'est pas apparent. Quant aux cellules lymphatiques, elles sont très nettes, quelque situation qu'elles occupent dans le slroma ou dans l'épithélium, et leur noyau, bosselé de façon bizarre, se voit très distinctement dans leur intérieur. Grâce à cette circonstance, qui empêche de perdre de vue une cellule lymphatique changeant de forme ou s' aplatissant en une lame extrêmement mince, nous avons pu observer une de ces cellules dont le corps était engagé en partie entre les cellules épithéliales et en avait séparé les piquants, entre lesquels il se montrait comme un cordon moniliforme. Le noyau, avec une partie du protoplasma, se trouvait encore au-dessous de l'épithélium, dans le stroma même de la cornée. Continuant l'observation, nous avons pu voiries prolongements engagés dans l'épithélium s'allonger, écarter de plus en plus les cellules épithéliales entre lesquelles ils se glissaient, tandis que le corps globuleux de la Ci^Uule diminuait à mesure de dimension.

Comme il nous était assez difficile de nous procurer

des axolotls en nombre considérable, nous avons repris celte observation sur le triton crèté, animal très commun, et dans les cellules lymphatiques duquel on aperçoit également le noyau à l'état vivant.

Ayant élalé dans la chambre humide, la face inférieure en haut, une cornée de triton, nous avons choisi pour l'observation une cellule migratrice rampant à la surface postérieure de l'épithélium; son noyau bosselé la rendait facile à reconnaître et à suivre dans sa migration. Nous avons vu très nettement son protoplasma s'insinuer entre deux cellules épithéliales, les écarter et se montrer entre ces cellules sous l'aspect de grains moniliformes, tandis qu'immédiatement à côté son noyau, situé au-dessus de l'épithélium, indiquait nettement la place qu'elle occupait encore en partie dans le stroma de la cornée.

Ces observations, répétées sur l'axolotl et le triton, suffisaient à prouver que la lame basale antérieure n'est pas une barrière infranchissable pour les cellules migratrices. Elles devaient nous conduire à penser que, chez les batraciens en général, la lame basale antérieure se laisse facilement traverser par les cellules lymphatiques. Pour nous assurer directement de ce fait, il nous a suffi de faire des coupes transversales de la cornée de la grenouille après dessiccation. La préparation que vous observerez sous un de ces microscopes a été obtenue par le procédé classique : dessiccation rapide de la membrane en extension, sections méridiennes pratiquées avec un rasoir bien tranchant, en maintenant la cornée entre les deux lèvres d'une fente

faite dans un fragmenl de moelle de sureau ; coupes transportées avec iiiio aiguille sur la lame do verre, gonflées par Taclion de Teau, colorées par le picrocarminate et traitées ensuite par la glycérine additionnée d'acide formique, ou même par Tacide formique pur pour produire un gonflement plus considérable et mieux accuser certains détails.

Sur une préparation ainsi faite, tout est absolument conservé : l'cpithélium antérieur avec ses différentes couches, le slroma de la cornée et la membrane de Descemet avec son revêtement épithélial. Au-dessous de répithélium antérieur, on voit une première lame de la cornée très mince, une seconde à peu près aussi mince; les suivantes sont plus épaisses et se succèdent jusqu'à la membrane de Descemet, séparées les unes des autres par des rangées de corpuscules rouges qui correspondent aux cellules fixes. Traversant la première lame et visibles sur les suivantes de deux en deux alternativement, se montrent des fibres suturales analogues à celles de la cornée de la raie (voy. p. 140), quoique un peu moins régulières. On |ne dislingue pas de lame basalo antérieure.

Je vais vous montrer qu'avec ce procédé élémentaire rien n'est plus facile que de reconnaître les cellules lymphatiques dans l'épilhélium antérieur de la cornée.

Sur la préparation que j'ai disposée devant vous, vous observerezdaus l'épilhélium antérieur des noyaux, rouges dans la couche profonde et dans la superficielle, moins colorés dans la couche moyenne; leur contenu est gra*

nuleux, leur contour régulièrement arrondi et leur diamètre relativement considérable. Entre eux vous remarquerez des noyaux plus petits, plus fortement colorés en rouge, dont le contenu n'est pas granuleux, et que vous reconnaîtrez facilement, à leur forme bosselée de diverses façons, souvent serpentine, pour des noyaux de cellules lymphatiques. Ces noyaux ont donc résisté non seulement à la dessiccation, mais encore à Taction de Tacide formique.

En examinant la limite du stroma et de Tépithélium, vous verrez un certain nombre de ces noyaux engagés dans Tépithélium par une de leurs bosselures, tandis que le reste de leur corps est dans le stroma.

Cette observation est démonstrative; aussi je n'y insiste pas davantage, et je passe à l'exposé des méthodes à l'aide desquelles on peut isoler les cellules migratrices qui chemipent dans Tépithélium.

H suffit de faire macérer pendant vingt-quatre heures dans Talcool au tiers une cornée, surtout une cornée de salamandre ou de triton, pour dissocier facilement ensuite les éléments de Tépithélium antérieur. Parmi les cellules isolées, on en remarque quelques-unes qu'à leur noyau bossue on reconnaît d*emblée comme des cellules lymphatiques. Elles ont les formes les plus diverses, que Ton s'explique fort bien en considéraDt qu'elles ont dû se mouler sur les cellules épithéli entre lesquelles elles se trouvaient. -^•^'

Ces formes sont encore bien plus aetfc l'on emploie, pour dissocier les celiulesy' à 40 pour 100. En effet, ce réactif ménage 1

RANViER.— Anat. générale. Il,

cellules de répithélium antérieur de la cornée et les cellules migratrices qui y ont pénétré.

Une cornée de triton est placée dans un verre de montre avec deux ou trois gouttes de la solution de potasse. Au bout d'un quart d'heure ou d'une demi-heure, on en racle la surface antérieure. L'épithélium se détache, et il suffit de l'agiter sur la lame de verre dans une goutte de la môme solution de potasse pour en séparer les cellules. On recouvre d'une lamelle et on examine. Les cellules migratrices se montrent fixées dans la forme exacte qu'elles avaient prise entre les autres cellules; vous en verrez même quelques-unes faire encore partie de groupes d'éléments épithéliaux, dont l'arrangement vous expliquera parfaitement les formes variées et bizarres qu'elles ont prises. Malheureusement ces préparations ne sont pas persistantes, et, pour les observer dans !toute leur netteté, il faut les examiner immédiatementaprès qu'on les a faites.

Nous devons maintenant nous demander d'où viennent les cellules migratrices qui se rencontrent dans répithélium antérieur. Ce que je vous dirai suffit à prouver qu'il en vient du stroma, mais il n'est pas démontré pour cela que toutes en proviennent. On conçoit qu'au niveau du repli de la conjonctive il puisse s'en dégager un certain nombre qui, pénétrant dans répithélium par son bord, y cheminent ensuite parallèlement à la surface de la cornée.

Il est probable que, chez la grenouille, la plupart d'entre elles viennent du stroma cornéen, car elles

sont généralement plus abondantes dans les couches profondes de l'épithélium. Mais il doit en être autrement chez rhomme et chez les autres animaux dont la cornée est munie d'une lame basale antérieure. En effet, chez rhomme, où l'épaisseur de cette lame dépasse celle d'une cellule lymphatique, je l'ai souvent examinée attentivement sur des coupes, sans jamais observer une cellule migratrice dans son intérieur. Il est donc peu probable que ces cellules la perforent; elles doivent arriver dans TépithéHu m antérieur, soit en s'y engageant par son bord au niveau du repli conjonclival, soit peutêtre en passant dans les canaux par lesquels les nerfs vont du slroma cornéen dans l'épithélium antérieur.

Epithélium postérieur de la cornée.

Arrivons à l'épithélium postérieur de la cornée ou endothélium de la membrane de Descemet.

Les éléments qui entrent dans la constitution de cet epithélium sont des plus intéressants; ils ont, comme vous le verrez, des propriétés singulières. Malgré cela, c'est à peine s'il en est question dans les traités classiques; les auteurs se contentent de dire qu'ils forment une seule couche qui se réfléchit au niveau du bord de la cornée pour tapisser la chambre antérieure de l'œil.

Cet epithélium a été étudié d'une manière plus approfondie par Giaccio, dans un mémoire qu'il a publié en 1875 (1). Ayant eu recours surtout au nitrate d'aq

(l)Giaccio, Osservationiintomo alla membrana delDetcemUt cl M dolelio, etc., Bologna, 1875. . ^

il a reconnu les résultats différents que donne Timprégnation suivant qu'elle est forte et qu'elle fixe immédiatement les cellules épithéliales en les faisant mourir, ou que plus faible elle les irrite d'abord et les fait rétracter. Il a figuré exactement les formes bizarres que prennent leurs noyaux, surtout chez le triton. Enfin, il ajoute que, contrairement à ce que disent certains auteurs, il n'a jamais pu les voir présenter des mouvements amiboïdes. Ciaccio va plus loin dans l'étude de la constitution intime de leur protoplasma. Les ayant traitées par le chlorure d'or à 4 pour 200 et ayant placé ensuite la cornée dans un mélange à parties égales d'eau et de liquide de Millier pendant plusieurs jours, il aurait vu ce protoplasma composé d'un réseau de fibrilles très fines. Il dit aussi qu'il existe entre les cellules épithéliales des pores ou stomates, qu'il considère comme l'ouverture de canaux qui, passant à travers la membrane de Descemet, communiqueraient avec l'intérieur de la cornée.

Swaen (4) a consacré à l'épithélium postérieur trois pages de son mémoire sur la cornée. Il Ta étudié chez la grenouille seulement, et principalement au moyen des in)prégnations d'argent, soit en cautérisant la surface antérieure de l'œil avec le nitrate d'argent solide, soit on enlevant la cornée et eu l'agitantdansunesolution de ce réactif a 4 pour 300 ou à 4 pour 500. Il a constaté, comme Ciaccio, qu'après l'application du nitrate d'argent solide, les cellules épithéliales de la membrane

1) "Swaen, loc, cil. y p. 37.

IMPRÉGNATION PAU LE NITRATE d' ARGENT. 325

de Descemef sont colorées, revenues sur elles-mêmes, rétractées et écartées les unes des autres. Dans d'autres cas, au contraire, la rétraction ne se produit pas, et les cellules, demeurées incolores et séparées par les fines lignes noires du ciment imprégné d*argent, forment un pavé endothélial régulier.

Lorsque les cellules étaient rétractées et écartées les unes des autres, Swaen a remarqué dans Tespace qui les séparait les mêmes lignes noires régulières qui se montrent entre les cellules non rétractées. Il a conclu de là que chacune de ces cellules épithéliales est formée de deux couches : Tune, antérieure, directement appliquée sur la membrane de Descemet. serait constituée par une lame fixe ayant une certaine solidité ; l'autre, postérieure, en rapport avec l'humeur aqueuse» serait composée d'un protoplasma mou renfermant le noyau. Dans les cas où l'on observe la rétraction des cellules, celte rétraction ne porterait que sur la partie postérieure protoplasmique, tandis que, parleur plaque antérieure résistante, elles conserveraient entre elles leurs rapports réguliers. Ce serait, d'après Swaen, la seule façon dont on pourrait expliquer les lignes régulières se montrant, malgré la rétraction des cellules, tlans les espaces qu'elles ont abandonnés.

Nous avons nous-même étudié ces cellules par plusieurs procédés, et tout d'abord en passant le crayon de nitrate d'argent à la surface de la cornée. Lorsque l'on pratique cette opération, on est frappé de la rapidité extrême avec laquelle le nitrate d'argent traverse toute l'épaisseur de la membrane pour aller

former, dans la chambre antérieure de l'œil, un précipité d'albuminate et de chlorure d'argent. C'est grâce à ce passage facile que Ton obtient l'imprégnation de Fépithélium postérieur en agissant sur la surface antérieure de la cornée.

Nous avons également enlevé la cornée et nous l'avons plongée dans des solutions de nitrate d'argent à i pour 300, à 4 pour 500, à 1 pour 4000 ; mais, tous ces procédés ne nous donnant pas des résultats complètement satisfaisants, nous avons cherché à faire arriver directement le réactif sur l'épithélium en place.

Au moyen d'une seringue hypodermique munie d'une canule en or dont la pointe était bien tranchante, nous avons injecté dans la chambre antérieure de l'œil des solutions variées de nitrate d'argent, à 4 pour 4000, à 4 pour 300, à 4 pour 400.

Nous avons essayé également d'injecter successivement une solution de nitrate d'argent et une solution d'acide osmique à 4 pour 400, ou bien d'exposer l'œil aux vapeurs d'acide osmique immédiatement après avoir injecté le sel d'argent dans la chambre antérieure, etc.

Les résultats les plus démonstratifs nous ont été fournis par l'injection dans la chambre antérieure d'une solution de nitrate d'argent à 1 pour 400. Sur la même préparation, nous avons obtenu en certains points les cellules colorées et rétractées, et en d'autres points les cellules incolores séparées par de fines lignes d'imprégnation. Nous avons également pu observerions les états intermédiaires, qui nous ont permis de mieux apprécier

IMPRÉGNATION PAR LE NITRATE d' ARGENT. 327

les transformations successives subies par les cellules. Dans les endroits où Vendothéliuin a été touché très rapidement, les lignes d'imprégnation sont régulières comme dans tous les endo* théliums en général ; elles ne sont pas absolument droites , mais légèrement sinueuses (fig. 37). Tout à côté, il s'est fait, en outre, une imprégnation positive: entre les lignes intercellulaires forte ment colorées en noir, la masse cellulaire elle-même est teintée en brun par suite de l'absorption et de la réduction du sel d'argent. Du reste, pour le dire en passant, je ne connais pas d'épithélium qui subisse plus facilement l'imprégnation positive que celui que nous étudions en ce moment. Sur le fond cellulaire teinté en brun plus ou moins foncé, se détachent les noyaux, qui, n'étant pas atteints par le nitrate d'argent, sont réservés en blanc. Vous remarquerez les formes variées qu'ils présentent : les uns sont arrondis, d'autres en forme de haricot ou de bissac, ou de bourgeons variés; chez le triton, ils affectent même souvent la forme d'une couronne bosselée, que Ciaccio a très exactement décrite et figurée.

FiG. 37. — Épithélium postérieur de la cornëe de la grenouille. — Imprégnation d'argent négative et régulière.

Z^8 ÉPITBÉLIUH POSTËHIEUK DK L\ COBHfiB.

Si, après avoir passé des régions où se montrent tes lignes interceUulaires simples à celles où il s'est produit une imprégnation positive et négative, vouscontlDuezà déplacer la préparation sous le microscope, vous trouverez, tout à c6té, des cellules rétractées, colorées en brun et plus ou moins écartées tes unes des autres. C'est entre elles, daos l'espace qui les sépare, qu'existeraient, d'après Swaen, des lignes intercellulaires noires. Quelquefois, il est vrai, et c'est un cas assez fréquent, deux cellules étant écartées l'une de l'autre, on remarque un espace libre entre le protoplasma rétracté de l'une des cellules et une ligne intercdlulaire noire, mais cette ligne est adossée direclement au protoplasma de l'autre cellule ; jamais elle ne se trouve libre, isolée des deux côtés (voy. fig. 38).

Lorsquelesdeux cellules qui se font face ont subi ua retrait, on ne voit plus aucune trace de la ligne noire.

Nous u'avons, par conséquent , au-

P.O. 38. - Épi.hd.,un. p«,drkur i. I. «on^. CUtie TalsOU d'adda b (««.millo. la.prdgn.Uon d'argaol l-wi- ^gHpg cette plaque

particulière qui ferait, d'après Swaen, le soubassement des cellules épithéliaies de la membrane de Descemet.

Page 1