‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 56 sur 71 · ACTION DU CARMIN · texte numérisé non relu

ACTION DU CARMIN

Avant de quitter répithélium postérieur de la cornée, je dois vous dire encore deux mots d'une réaction intéressante qu'il nous a montrée. Lorsque, après avoir fait macérer la cornée de la grenouille dans Talcool au tiers pendant vingt-quatre heures, on en racle Tépithélium postérieur et qu'on le colore sur la lame de verre par du picrocarminate, on obtient dans la préparation des fragmentsdu revêtement épithélial dans lesquels les cellules sont le plus souvent tellement rétractées qu'elles paraissent de petits lambeaux frangés cousus les uns aux autres. Dans leur intérieur, les noyaux affectent les formes variées que vous connaissez. Mais, chose curieuse, dans un même fragment composé de huit à dix cellules, qui, par conséquent, ont été toutes dans les conditions absolument les mêmes vis-à-vis de la matière colorante, certains noyaux sont colorés en rouge intense, tandis que d'autres sont incolores. *

Bien plus, outre cette préparation de cornée de grenouille que j'ai faite hier, vous verrez sous un de ces microscopes des fragments de l'épithélium postérieur de la cornée du chat, qui ont été traités de la môme façon et que je conserve depuis deux mois dans un mélange de glycérine et de picrocarminate. Sur ces fragments, vous remarquerez certains noyaux incolores, d'autres fortement colorés, d'autres, enfin, présentant toutes les colorations intermédiaires.

C'est là. Messieurs, un fait exliêmement curieux au point de vue de la technique histologique et de l'interprétation à donner aux colorations que Ton obtient par le carmin. Vous savez que la coloration du noyau

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il a reconnu les résultats différents que donne l'imprégnation suivant qu'elle est forte et qu'elle fixe immédiatement les cellules épithéliales en les faisant mourir, ou que plus faible elle les irrite d'abord et les fait rétracter. Il a figuré exactement les formes bizarres que prennent leurs noyaux, surtout chez le triton. Enfin, il ajoute que, contrairement à ce que disent certains auteurs, il n'a jamais pu les voir présenter des mouvements amiboïdes. Ciaccio va plus loin dans l'étude de la constitution intime de leur protoplasma. Les ayant traitées par le chlorure d'or à 1 pour 200 et ayant placé ensuite la cornée dans un mélange à parties égales d'eau et de liquide de Millier pendant plusieurs jours, il aurait vu ce protoplasma composé d'un réseau de fibrilles très fines. Il dit aussi qu'il existe entre les cellules épithéliales des pores ou stomates, qu'il considère comme l'ouverture de canaux qui, passant à travers la membrane de Descemet, communiqueraient avec l'intérieur de la cornée.

Swaen (4) a consacré à l'épithélium postérieur trois pages de son mémoire sur la cornée. Il Ta étudié chez la grenouille seulement, et principalement au moyen des in)prégnations d'argent, soit en cautérisant la surface antérieure do l'œil avec le nitrate d'argent solide, soit on enlevant la cornée et en l'agitantdansunesolution de ce réactif à 1 pour 300 ou à i pour 500. Il a constaté, comme Ciaccio, qu'après l'application du nitrate d argent solide, les cellules épithéliales de la membrane

1) Swaen, loc. cil. y p. 37.

IMPRÉGNATION PAU LE NITRATE d' ARGENT. 325

de Desceinef sont colorées, revenues sur elles-mêmes , rétractées et écartées les unes des autres. Dans d'autres cas, au contraire, la rétraction ne se produit pas, et les cellules, demeurées incolores et séparées par les fîneslignes noiresdu ciment imprégné d'argent, forment un pavé endothélial régulier.

Lorsque les cellules étaient rétractées et écartées les unes des autres, Swaen a remarqué dans Tespace qui les séparait les mêmes lignes noires régulières qui se montrent entre les cellules non rétractées. Il a conclu de là que chacune de ces cellules épithéliales est formée de deux couches : Tune, antérieure, directement appliquée sur la membrane de Descemel, serait constituée par une lame fixe ayant une certaine solidité ; l'autre, postérieure, en rapport avec Thumeur aqueuse, serait composée d'un protoplasma mou renfermant le noyau. Dans les cas où Ton observe la rétraction des cellules, celte rétraction ne porterait que sur la partie postérieure proloplasmique, tandis que, parleur plaque antérieure résistante, elles conserveraient entre elles leurs rapports réguliers. Ce serait, d'après Swaen, la seule façon dont on pourrait expliquer les lignes régulières se montrant, malgré la rétraction des cellules, tians les espaces qu'elles ont abandonnés.

Nous avons nous-même étudié ces cellules par plusieurs procédés, et tout d'abord en passant le crayon de nitrate d'argent à la surface de la cornée. Lorsque l'on pratique cette opération, on est frappé de la rapidité extrême avec laquelle le nitrate d'argent traverse toute l'épaisseur de la membrane pour aller

former, dans la chambre antérieure de l'œil, un précipité d'albuminate et de chlorure d'argent. C'est grâce à ce passage facile que Ton obtient l'imprégnation de l'épithélium postérieur en agissant sur la surface antérieure de la cornée.

Nous avons également enlevé la cornée et nous l'avons plongée dans des solutions de nitrate d^ai^nt à i pour 300, à 1 pour 500, à 1 pour 4000 ; mais, tous ces procédés ne nous donnant pas des résultats complètement satisfaisants, nous avons cherché à faire arriver directement le réactif sur l'épithélium en place.

Au moyen d'une seringue hypodermique munie d'une canule en or dont la pointe était bien tranchante, nous avons injecté dans la chambre antérieure de l'œil des solutions variées de nitrate d'argent, à 1 pour 1000, à 4 pour 300, à 1 pour 400.

Nous avons essayé également d'injecter successivement une solution de nitrate d'argent et une solution d'acide osmique à 4 pour 400, ou bien d'exposer l'œil aux vapeurs d'acide osmique immédiatement après avoir injecté le sel d'argent dans la chambre antérieure, etc.

Les résultats les plus démonstratifs nous ont été fournis par l'injection dans la chambre antérieure d'une* solution de nitrate d'argent à 1 pour 400. Sur la même préparation, nous avons obtenu en certains points les cellules colorées et rétractées, et en d'autres points les cellules incolores séparées par de fines lignes d'imprégnation. Nous avons également pu observer tous les états intermédiaires, qui nous ont permis de mieux apprécier

IMPRÉGNATION PAR LE NITRATE d' ARGENT. 327

les traiisformatioQs successives subies par les cellules. Dans les endroits où Tendothélium a été touché très rapidement, les lignes d'imprégnation sont régulières comme dans tous les endothéliums en général ; ellesnesontpasabsolument droites , mais légèrement sinueuses (fig. 37). Tout à côté, il s'est fait, en outre, une imprégnation positive: entre les lignes intercellulaires forte ment colorées en noir, la masse cellulaire elle-même est teintée en brun par suite de l'absorption et de la réduction du sel d^argent. Du reste, pour le dire en passant, je ne connais pas d'épithélium qui subisse plus facilement l'imprégnation positive que celui que nous étudions en ce moment. Sur le fond cellulaire teinté en brun plus ou moins foncé, se détachent les noyaux, qui, n'étant pas atteints par le nitrate d'argent, sont réservés en blanc. Vous remarquerez les formes variées qu'ils présentent : les uns sont arrondis, d'autres en forme de haricot ou de bissac, ou de bourgeons variés; chez le triton, ils affectent même souvent la forme d'une couronne bosselée, que Ciaccio a très exactement décrite et figurée.

Fig. 37. — Épithëlium postérieur de la cornée de la grenouille. — Imprégnation d'argent négative et régulière.

3'^8 ÉPITHÉLIUH POSTÉRIEUR DK L.V CCWIËB.

Si, api-ès avoir passé des régions où se montrent les ligues intercellulaires simples à celles où il s'est produit une imprégnation positive et négative, vous continuel à déplacer la préparation sous le microscope, vous trouverez, tout h c6té, des cellules rétractées, colorées en brun et plus ou moins écartées les unes des autres. C'est entre elles, dans l'espace qui les sépare, qu'existeraient, d'après Swaen, des lignes intercellulaires noires. Quelquefois, il est vrai, et c'est un cas assez fréquent, deux cellules étant écartées l'une de l'autre, on remarque un espace libre entre le proloplasmiL rétraclé de l'une des cellules et une ligne iotercellulaÎB-e noire, mais cette ligne est adossée directement au protoplasnm de l'aulre cellule ; jamais elle ne se trouve libre, isolée des deux côtés (voy. 6g. 38).

Lorsque les deux cellules qui se font face ont subi un retrait, on ne voit plus aucune trace de la ligne noire.

Nous n'avons, par conséquent , au- F... 3«, - Épi.h«i™ po«éri.ur de I» con^ cuue raisou d'ad-

particulière qui ferait, d'après Swaen, le soubassement des cellules épithéliales de la membrane de Descemet.

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