ACTION DU CARMIN
Avant de quitter répithéliuiii poslorieur de la cornée, je dois vous dire encore deux mots d'une réaction intéressante qu'il nous a montrée. Lorsque, après avoir fait macérer la cornée de la grenouille dans Talcool au tiers pendant vingt-quatre heures, on en racle Tépilhélium postérieur et qu'on le colore sur la lame de verre par du picrocarminate, on obtient dans la préparation des fragmenlsdu revêtement épithélial dans lesquels les cellules sont le plus souvent tellement rétractées qu'elles paraissent de petits lambeaux frangés cousus les uns aux autres. Dans leur intérieur, les noyaux affectent les formes variées que vous connaissez. Mais, chose curieuse, dans un même fragment composédehuit à dix cellules, qui, par conséquent, ont été toutes dans les conditions absolument les mêmes vis-à-vis de la matière colorante, certains noyaux sont colorés en rouge intense, tandis que d'autres sont incolores.
Bien plus, outre cette préparation de cornée de grenouille que j'ai faite hier, vous verrez sous un de ces microscopes des fragments de l'épithélium postérieur de la cornée du chat, qui ont été traités de la même façon et que je conserve depuis deux mois dans un mélange de glycérine et de picrocarminate. Sur ces fragments, vous remarquerez certains noyaux incolores, d'autres fortement colorés, d'autres, enfin, présentant toutes les colorations intermédiaires.
C'est là. Messieurs, un fait extrêmement curieux au point de vue de la technique histologique et de l'interprétation à donner aux colorations que Ton obtient par le carmin. Vous savez que la coloration du noyau
est le résultat non pas de Timbibition seulement, mais de la fixation de la matière colorante par une substance qui s'y trouve. Cette substance forme, avec la matière colorante, ce que Ton pourrait appeler une laque. Les choses étant comprises de la sorte, l'observation que nous venons de faire montre simplement que certains des noyaux de Tépithélium postérieur contiennent en abondance la substance qui fixe le carmin, tandis que d'autres en contiennent moins, et que d'autres n'en possèdent pas du tout.
J'attire votre attention sur ce fait, qui pourrait être le point de départ d'une série de recherches histochimiques du plus grand intérêt.
VINGTIÈME LEÇON
(1« mars 1879) Éplthéllam postérieur de la cornée.
Altérabilité extrême des cellules de l'épithéliurrf postérieur. — Vacuoles qu'y détermine l'alcool au tiers. Leur forme cylindrique basse chez les mammifères.
Discussion sur leur nature épithéliale ou endothéliale.
Étude du tissu qui se trouve à Vangle de la cornée et de Viris. — Constitution de ses travées par une écorce à couches concentriques, ayant les caractères (le la membrane de Descemet, et par un axe se continuant avec le stroma de la cornée. Golorabilité variable de cet axe, suivant la proportion qu'il contient des divers éléments du stroma cornéen.
La membrane de Descemet est un produit cuticulaire de l'épithélium qui la recouvre. — Les cellules de cet épithélium n'ont pas de plateau. Elles ne montrent pas de mouvements amiboïdes. Leur renouvellement se fait par voie de division ; faits qui p routent que la migration n'y joue aucun rôle. Fonction des cellules épithéliales postérieures.
Vaisseaux sanguins et circulation lymphatique de la cornée.
Messieurs, "*
Nous terminerons aujourd'hui l'étude des cellules épithéliales de la face postérieure de la cornée.
Lorsque, après leur avoir fait subir l'action de Talcool au tiers, on les examine, soit dans ce réactif, soit dans le picrocarminate d'ammoniaque, on constate qu'elles n'ont pas la forme polygonale à peu près régulière, caractéristique des endothéliums ou des épithéliums. Elles sont irrégulièrement frangées sur leurs bords, et l'on dirait, à première vue, que cette forme
est due à des mouvements amiboïdes. Il n'en est rien ; elle est simplement lo résultat du retrait produit parle réactif. Ce retrait montre à quel point sont délicats les éléments dont nous nous occupons. Je ne connais pas dans Porganisme de cellules qui soient ainsi déformées par Talcool au tiers ; toutes sont, au contraire, fixées dans leur forme normale, sans en excepter les cellules nerveuses des centres.
Les solutions chromiques, le bichromate d'ammoniaque, le liquide deMiiller, altèrent beaucoup moins les cellules épithéliales de la membrane de Descemet que Talcool au tiers. Sur un œil qui a séjourné quelque temps dans un de ces liquides, le raclage de la face postérieure de la cornée permet d'obtenir des lambeaux d'épithélium dans lesquels la forme polygonale des cellules est conservée. Lenrs noyaux se colorent difficilement, comme cela arrive en général après l'action des solutions chromiques; leur protoplasma est devenu granuleux, mais il n'a pas subi de retrait.
C'est donc aux solutions chromiques et surtout au bichromate d'ammoniaque qu'il faut avoir recours pour étudier en place les cellules de l'épithélium postérieur, et reconnaître leurs formes et leurs rapports. Les coupes transversales compléteront à ce sujet les notions que nous avons acquises. Ces coupes ne doivent pas être faites après l'action du bichromate ou du liquide de Millier employés seuls. H faut compléter, par l'action de la gomme et deTalcool, le durcissement commencé, puis faire des coupes minces de la cornée passant par un de ses méridiens.