L. VALVEKENS, ouv. cit., pp
sait saint Paul, soyez attentifs à vous et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour gouverner l’Église de Dieu,” (II Tim., 1v).
3) Partout et dans tous les temps, les évêques enseignent au nom de Jésus-Christ, ils condamnent l’erreur et obligent les fidèles à observer les lois. On reconnaît et l’on accepte leur autorité.
4) Les héritiques eux-mêmes témoignent en faveur de la transmission du pouvoir des apôtres aux évêques, puisqu'ils en appellent de leur condamnation au jugement définitif du concile.
Nous pouvons donc conclure que le pape et les évêques, successeurs légitimes des apôtres, sont investis de la même autorité. Cependant, le pape, en tant que successeur de saint Pierre, jouit d’une primauté de pouvoir sur toute l’Église. Les évêques lui doivent être soumis.
183. Le pape a une véritable primauté de pouvoir sur toute l'Église. — Le pape est vraiment le successeur de saint Pierre. Or le chef des apôtres a reçu une véritable primauté de pouvoir, laquelle doit passer à ses successeurs.
A. SaINT PIERRE A REÇU DE JÉSUS-CHRIST UNE VÉRITABLE PRIMAUTÉ DE POUVOIR SUR TOUTE L'É- GLi18E. I. PROMESSE DE LA PRIMAUTÉ. 1) À Saint Pierre qui a proclamé la divinité de Jésus-Christ, le Sauveur dit : “ Et moi je te dis: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle,” (MATTH., XVI, 18). Puisil ajoute : “ Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Et tout ce que tu lieras sur la terre sera aussi lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans les cieux,” (MATTH., XVI,
19). Par ces paroles, Jésus-Christ promet trois choses à Pierre: à) il lui promet qu'il sera appelé à être la Pierre angulaire, le fondement sur lequel il construira son Église : b) il lui promit les clefs du royaume des cieux ; c) il lui promet le pouvoir de lier et de délier. Pierre angulaire, le fondement sur jequel Jésus établira sa société religieuse, doit être un élément qui donne de la cohésion, de la stabilité aux matériaux qui rentrent dans sa constitution. Cet élément, ce n’est pas la seule préséance, mais bien une autorité qui soit capable de diriger les membres vers une seule et même fin. De plus, comme symbole de cette autorité, saint Pierre recevra ‘* les clefs du TOYaume des cieux ” et le pouvoir de lier et de délier, c’est-à-dire de porter et d’abroger des lois.
2) Cette primauté s’étend à toute l’Eglise, puisque Jésus parle de “* ise ” sans aucu
glise de Jérusalem DATA D employées.
3) Notre Seigneur dit à saint Pierre : “ Lors donc que {u auras été converti, confirme tes frères,” (Luc, XXII, 31-32). Orles frères de Pierre, ce ne sont pa lement les fidèles, mais aussi les apôtres. La primauté de Pierre s’étendra donc à toute l’Église.
4) C'est à Pierre seul que la primauté a été promise, puisque le Sauveur s’est adressé à Pierre lui-même, après que celui-ci eût confessé Personnellement \a divinité de son maître.
IT. CocLarTioN p£ LA PRIMAUTÉ. 1) En retour d'une triple protestation d'amour faite à Jésus après la Résurrection, saint Pierre reçoit la primauté de pouvoir sur
toute l’Église. ‘‘ Pais mes agneaux, pais mes brebis ”, (Jean, x, 16), lui dit le Sauveur. Le mot paître indique un véritable pouvoir de régir. Et donc Pierre devient le pasteur de tout le troupeau ; il est le chef de tous et reçoit ainsi le pouvoir de les conduire au salut.
2) Pierre agit toujours comme ayant la primauté de pouvoir. Après l’Ascension, il préside l’assemblée du Cénacle et fait élire unsuccesseur à Judas ; il prêche le premier l’Évangile aux Juifs et admet au rang des chrétiens le centurion Corneille, prémices de la Gentilité ; il opère le premier miracle en faveur de la divinité de la nouvelle religion ; au concile de Jérusalem il se lève le premier et toute l’assemblée l'écoute ; Paul converti va trouver Pierre pour demander conseil ; c’est Pierre qui fonde les principales Églises à Antioche, à Alexandrie et à Rome.
3) Les évangélistes donnent toujours le premier rang à saint Pierre. Saint Matthieu dit explicitement qu'il est le premier : ‘“ Le premier, Simon, qui est appelé Pierre,” (x,2).
4) Les Pères grecs et latins affirment que Pierre a eu la primauté de pouvoi. “ Sur lui seul, dit saint Cyprien, il bâtit son église, et il lui donne à paître ses brebie.” “ Parmi les douze, il en choisit un, écrit saint Jérôme, qu’il établit comme chef suprême, pour empêcher tout schisme.” Saint Éphrem met sur les lèvres de Jésus-Christ les paroles suivantes : ‘“ Pierre, mon disciple, je vous ai établi comme le fondement de mon Église ; je vous ai appelé Pierre auparavant, parce que vous soutiendrez tout l'édifice 1.”
1. Mer Gouraup, ouv. cit., p. 298 ; VALVEKENS, ouv. cit., p. 491.
B. LA PRIMAUTÉ coNrÉRéE A SAINT PIERRE DE- VAIT PASSER A SES SUCCESSEURS. ]l) Pierre est le fondement de l'Eglise ; celle-ci, au témoignage de son fondateur, doit durer jusqu’à la fin des temLs. Il s'ensuit donc que le fondement, c'est-à-dire Pierre investi de la primauté, devra durer aussi longtemps que l’Église. Cette durée jusqu'à la fin des temps est inexplicable si l’on n’admet pas que l’autorité souveraine de Pierre devait passer à ses successeurs.
2) D'ailleurs la primauté du chef de l'Église est nécessaire pour conserver l’unité dans la doctrine et dans la discipline, pour diriger effectivement les membres à leur fin dernière. Or cette unité, cette direction, inséparables de l’Église, comme elle, ne finiront qu’à la fin du monde ; par conséquent, le principe qui conserve l'unité et la direction, à savoir la primauté, doit durer aussi, c’est-à-dire se transmetrre d’âge en âge.
3) C’est l'enseignement de la tradition. “ Où est Pierre dit saint Ambroise, là est l’Église.” “ Pierre, écrivent saint Léon et saint Pierre Chrysologue, occupe toujours son siège.”
184. Les évêques sont de droit divin supérieurs aux prôtres. — 1) La distinction entre les évêques et les simples prêtres a toujours existé dans l’Église. Elle est donc de droit divin. Rome, Antioche, Alexandrie et Jérusalem ont des listes épiscopales qui remontent jusqu'aux apôtres. Ces listes témoignent explicitement de l'existence d’une hiérarchie composée d’un évêque, de prêtres et de diacres.
2) On ne trouve nulle part aucun document qui prouve que la distinction entre les évêques et les prêtres soit une innovation introduite dans l'Église à cette époque, vers le milieu du second siècle, par exemple, au dire des
hérétiques. Cette distinction doit donc remonter à Jésus-Christ lui-même.
185. La hiérarchie dans l'Église Romaine, — L'Église Romaine n’est pas une démocratie, où tout le pouvoir réside dans le peuple et émane de lui. Elle est une société inégale composée de deux parties principales dont l’une commande, et l’autre obéit ; dont l’une enseigne, et l’autre est enseignée. Mais les membres de l’Église enseignante ne sont pas égaux. C’est la distribution subordonnée du pouvoir aux membres de l’Église enseignante que l’on appelle hiérarchie.
Il y a deux hiérarchies : la hiérarchie d’ordre et la hiérarchie de juridiction.
I La HIÉRARCHIE D'oRDRE est le pouvoir sacré que confère le sacrement de l’ordre, c’est-à-dire l’ordination et la consécration. Le pouvoir d'ordre est inséparable de la personne consacrée ; de droit divin, il comprend trois degrés : le pouvoir des évêques, le pouvoir des prétres et celui des ministres (diacres, sous-diacres, etc). La hiérarchie d’ordre a pour principal objet, l’administration des sacrements.
II. LA HIÉRARCHIE DE JURIDICTION est le pouvoir sacré que confère l'institution canonique, c’est-àdire la nomination, la délégation. Le pouvoir de juridiction peut être enlevé à la personne qui en est investie. Elle comprend la primauté, l’épiscopat et la prétrise. Son objet principal est le gouvernement.
L'ensemble hiérarchique des personnes consacrées au service de Dieu dans l’Église catholique, soit par l’ordination seule, soit par l’ordination et l’aggrégation à un ordre religieux, s’appelle clergé. Il y a le clergé séculier, qui ne reçoit que l’ordination, et est est destiné à vivre dans le siècle, c’est-à-dire dans le monde ; et le
clergé régulier, qui fait profession de vivre en dehors du monde, dans l'observance des vœux de religion et des règles monastiques.
186. L'administration dans l'Église Romaine. — I. Le PAPE. Le pape doit, par sa charge, veiller sur l'Église entière au point de vue de la prédication de l'Évangile, de l'administration des sacrements et de l'observation des lois ecclésiastiques. Il exerce son autorité soit à Rome, soit en dehors de Rome.
1) A Rome le Pape peut être considéré comme évéque de Rome, comme souverain des états pontificaux, comme chef de l'Eglise.
a) Comme évêque de Rome il est aidé par le cardinalvicaire et son vice-gérant.
b) Comme souverain des Etats de l'Eglise, le pape est aidé par le cardinal-camerlingue et le cardinal secrétaire d’État.
2) EN peuors pe Royer, le Pape est aidé par les [égats, les nonces apostoliques, les délégués apostoliques et les ablégats. Le Pape se sert aussi des évêques pour savoir ce qui se passe dans le monde catholique.
Quand il s’agit d’affaires Particulières, le pape répond par des brefs ou des bulles. Au sujet des questions d’intérêt général, le Souverain Pontife fait connaître ses décisions par des définitions dogmatiques, par des décrets des congrégations. Aux époques critiques, le pape adresse des encycliques ou des lettres, lesquelles ont surtout pour but de définir un point de dogme, de morale, de discipline contesté ou mal compris. Les allocutions consistoriales que le pape prononce lors de la préconisation des évêques et la nomination des cardinaux servent à faire part des vues du chef de l’Église sur la situation
Eh mr niiicqn cie mi
de la chrétienté en général ou de quelque contrée catholique.
Les cardinaux sont les conseillers intimes du pape. lelui-ci les consulte, mais il n’est pas tenu de suivre leur avis. Les cardinaux font partie des congrégations ; ils en sont toujours préfets ou m-nbres consulteurs.
II. Les ÉvequEes. Les éve ques n’ont juridiction ou pouvoir de remplir leur charge que sous la direction suprême du pape et dans les limites de leur diocèse. Ils ont dans leurs diocèses respectifs des droits étendus au triple point de vue du ministère sacerdotal, du ministère doctrinal et du ministère gouvernemental.
Ils sont aidés dans l'administration par le chapitre, les vicaires généraux, l'ofiicialité et le secrétaire général ou chancelier. Ils communiquent avec Rome au moyen de correspondances, et, tous les trois ans, ils doivent rendre compte au Souverain Pontife de l’état de leur diocèse. Ils font alors le voyage appelé ad limina. Ils communiquent avec les autres diocèses par les conciles généraux, nationaux et provinciaux. Tous les quat'e ans, ils doivent visiter une partie de leur diocèse, et »:: s’adressent à toutes leurs ouaillesau moyen de lettrs: pastorales et de mandements. Les évêques ne participent au gouvernement général de l’Église que lorsqu'ils se réunissent en corps pour prendre des déci:ions concernant l’Église, et de concert avec le pape. Pour être en union avec le Saint-Siège, il ne leur suffit pas d’avoir reçu la consécration ou le pouvoir d'ordre, mais, avant tout, il faut qu’ils soient investis du pouvoir de juridiction.
III. Les “RETRES. Dans une certaine mesure, les simples prêtres participent aussi au gouvernement de l'Église. Par suite de l’ordination reçue, ils peuvent remplir les fonctions sacrées qui en découlent : prêcher,
dire la messe, administrer les sacrements, etc. Mais c'est de leur évêque qu'ils doivent recevoir leur mission ; et, cette mission, ils ne peuvent l'exercer que dans les limites fixées par l’Ordinaire.
Les prêtres curés sont aidés par les vicaires et les missionnaires diocésains, etc.
LECTURES
La primauté de l'Eglise Romaine, D. VigiLarD-LacHARME, L'Eglise catholique aux Premiers siècles, ch. 11,
Idée générale de la hiérarchie, Dom GRé4, De l'Eglise, pp. 42, 56
De l'institution des évêques, ibid., pp. 243-271.