QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON
INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLISE ROMAINE (suite)
SOMMAIRE. — 192. Les évêques pris en corps et unis au pape possèdent l'infaillibilité. — 193. Première objection contre l'infaillibilité pontificale : conduite de saint Paul à l'égard de saint Pierre. — 194. Deuxième objection le pape saint Marcellin. 195. Troisième objection : le pape Libère. — 196. Quatrième objection : le pape Honorius. — 197. Cinquième objection : les papes Etienne III, Jean VIII, Serge III, Jean X, Jean XII, saint Léon IX, Urbain II, Lucius III, Urbain III. — 198. Sixième objection : Boniface VIII. — 199. Septième objection : . or — 200. Huitième objectic1 : la condamnation de
alilée.
192. Les évêques pris en corps et unis au pape possèdent l’infaillibilité. — L'union des évêques avec le pape forme le corps des pasteurs. Or le corps des Pasteurs, soit réuni en concile, soit dispersé, forme l’Église enseignante, et partant, jouit du privilège de l’infaillibilité.
1) Les évêques et le pape constituent l’Église enseignante. Or, comme nous l’avons démontré (188), l'Église enseignante possède l’infaillibilité.
2) Saint Paul dit que Dieu a donné à son Église des apôtres et des docteurs afin d'empêcher les fidèles “ de flotter à tout vent de doctrine ”. Comment les pasteurs pourraient-ils atteindre ce but s'ils n’avaient pas un enseignement sûr et infaillible ?
3) Les évêques unis au pape, s'ils se réunissent en concile général, portent des décrets qu’il faut tenir pour
des articles de foi : c’est l’enseignement des saints Pères. Ils ont donc une autorité infaillible.
4) Le corps des Pasteurs, même dispersé, jouit aussi de
l’infaillibilité. Tout en ne rendant pas de décisions, il n’en reste pas moins uni à son chef et constitue tou- Jours l’Eglise enseignante. Autrement, la promesse de Jésus-Christ serait vaine, car les portes de l'enfer prévaudraient contre l'Église. Ainsi, sans quitter leurs diocèses, les évêques consultés font connaître leur sentiment au Souverain Pontife. C’est ce qui a eu lieu en 1854 lors de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge.
‘ Pour que les décrets d’un concile aient force de loi dans l’Église il faut : 1) que tous les évêques catholiques soient convoqués, et qu’ils s’y trouvent en nombre suffisant pour que l’Église universelle soit moralement représentée ; 2) que le concile soit présidé par le pape ou ses délégués ; 3) que les décrets portés soient approuvés par le pape lui-même,
193. Première objection contre l’infaillibilité pontificale : conduite de saint Paul à l'égard de saint Pierre. — Saint Paul blâme saint Pierre d’avoir imposé aux chrétiens d’Antioche l'obligation de pratiquer les observances mosaïques (GAL, 11, 14).
RÉPONSE. — Saint-Pierre n’a Pas erré en enseignant une fausse doctrine, mais il a eu seulement pour les judaïsants une condescendance pratique qui lui semblait bonne ; en vertu de son autorité disciplinaire, il a donné une direction Provisoire, dans le but de satisfaire les partisans acharnés des observances mosaïques. Cette façon de faire du chef des apôtres paraissait à bon droit condamnable à saint Paul, puisqu'elle pouvait scandaliser les gentils et leur faire attribuer aux pra-
tiques juives plus d'importance qu’elles n’en avaient. Au reste, saint Pierre ne parla pas ex cathedra en cette circonstance, car au concile de Jérusalem il décréta le contraire avec les autres apôtres (ACTES, XV).
194. Deuxième objection : le Pape saint Marcellin. — Saint Marcellin, dit-on, a sacrifié aux idoles pour échapper à la mort.
RÉPONSE. — Si le fait est vrai, ce pape aurait commis une idolâtrie, ce qui est bien différent de l’enseignement de l'erreur ex cathedra, Nous savons que l’infaillibilité n’est pas l’impeccabilité, Selon saint Augustin, la chute du pape Marcellin est une fable inventée par le donatiste Pétilien. ‘
195. Troisième objection : le pape Libère. — Le pape Libère aurait souscrit une profession de foi hérétique, celle du conciliabule de Sirnium, afin d’obtenir de l’empereur Constance la fin de son exil.
RÉPONSE. — Cette compromission, dont on devait abuser pour autoriser l'erreur, était faute grave, mais non point un enseignement ex cathedra d’une hérésie 1.
196. Quatrième objection : le pape Honorius.— Le pape Honorius fut accusé d’avoir embrassé l’hérésie des monothélites qui soutenaient qu’en Jésus-Christ il n’y a pas deux volontés, mais une seule, la volonté divine. Et à la demande du monothélite Sergius, il voulut qu’on fit le silence sur la question des deux volontés et des deux opérations en Jésus-Christ.
RÉPONSE. — Honorius avait été naïf et im, lent. En accédant au désir du cauteleux Sergius, le 3... 1tife pensait p:évenir de nouvelles discordes, car il voulait simplement éviter une expression (deux volonté:) qui