mars
Messieurs,
Nous avançons lentement peut-être; mais, dans chaque entretien, je crois cependant avoir mis en lumière un des .principes fondamentaux qui doivent assurer les lectures assyriennes et vous en avoir apporté une démonstration satisfaisante.
Les groupes que nous avons étudiés, dans leur ensemble ou dans leurs détails, nous ont présenté des signes pour exprimer, soit des syllabes, soit des idées. Nous les avons transcrits avec les caractères qui nous sont les plus familiers ; mais, maintenant, il s'agit de justifier notre transcription.
Lescaractèresassyriens ont besoin, pour être compris, d'être ramenés à des caractères connus; et, pour transcrire les articulations qu'ils expriment, on s'est servi des caractères latins et des caractères hébraïques. Les caractères latins ont l'avantage de pouvoir suivre la transcription des caractères assyriens dans le même ordre ; ils font assez bien comprendr e les exigences de l'écriture. Les caractères hébraïques, ont, au contraire, l'avantage de donner une idée plus précise de l'idiome qui ressort des lectures assyriennes, tout en ne pouvant transcrire les caractères assyriens. Il ne faut pas employer indifféremment ces deux modes de transcription .
Nous savons déjà que récriture assyrienne n'a pas été inventée parles Assyriens. Us l'ont empruntée à un peuple étranger et ils l'ont appliquée à leur propre langue en l'y adaptant comme ils Font pu. A cette époque, l'écriture alphabétique n'existait pas encore, ou du moins, ils n'en avaient pas connaissance. Les plus antiques monuments de l'épigraphie assyrienne, recueillis dans la Basse-Chaldée, ne présentent, au fond, aucune différence notable entre récriture de cette époque reculée et l'écriture dont nous trouvons des traces sous les Séleucides. On ignore quel était, sous les premiers rois Assyro-Chaldéens, l'état de l'écriture phénicienne. Il nous estimpossible de l'apprécier par les monuments; toutefois, il est certain que nous n'en trouvons pas l'emploi sous les premiers, rois de Babylone.
A cette époque, Tétat de la civilisation chaldéenne était très-avancé ; les documents de cette époque nous révèlent une connaissance approfondie des sciences exactes; l'écriture n'en était pas à ses débuts, et le peuple qui nous a laissé des Tables analogues à celles des briques de Senkereh nous montre qu'il était brisé depuis longtemps avec les exigences et aussi avec les ressources de ce système graphique.
Aujourd'hui il est abandonné : nous pouvons comprendre les difficultés que nous aurions à surmonter si nous voulions le ployer à notre langue ; mais aussi nous devons comprendre les difficultés qui nous attendent pour faire passer dans nos transcriptions modernes une langue qui nous arrive avec ces caractères.
Il est accepté que notre alphabet et l'alphabet hébraïque procèdent d'une origine et d'un principe commun. Ils ont l'un et l'autre ramené l'expression des sons à un petit nombre de signes qui expriment les différentes articulations des organes de la voix. Cependant, dans leur application, ces deux systèmes diffèrent essentiellement : l'un tient compte des voyelles, et fixe, par leur présence, les intonations vocales qui conservent dans les langues indo-germaniques une importance caractéristique ; l'autre rejette les voyelles, et laisse à la vocalisation un vague non moins significatif.
Le système assyrien se présente avec des signes d'une autre nature : il renferme des voyelles et des syllabes avec une vocalisation fixe. Si les Assyriens ont recueilli les voyelles, s'ils ont suivi une règle rigoureuse dans l'emploi des signes syllabiques, il faut bien qu'ils aient trouvé que ces nuances étaient essentielles pour exprimer leur idiome ; aussi nous
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ne sommes pas autorisés à croire qu'ils aient arbitrairement et indistinctement employé les différents signes qui représentent les différentes nuances de la vocalisation. Nous aurons occasion de voir ce qu'il y a d'intentionnel et de précis dans les combinaisons graphiques qui servent à rendre leur pensée.
Quoiqu'il en soit, récriture assyrienne n'est devenue intelligible pour nous qu'à la condition de déterminer la valeur de chaque signe et de faire comprendre cette valeur pai* nos moyens ordinaires.
Pour transcrire les caractères assyriens, différents procédés sont employés daûs la pratique sans avoir été systématisés ; il est peut-être bon de s'entendre une fois pour toutes sur un détail qui, mal compris, peut jeter une ceiiaine confusion dans la discussion des textes. Nous supposons d'abord la valeur bien établie, et nous ne nous préoccupons que des moyens de l'exprimer avec les ressources qui nous sont fournies soit par les caractères latins, soit par les caractères sémitiques.
La transcription des mots écrits en caractères syllabiques simples n'offre aucune difficulté. — Quand le mot est formé de syllabes à la consonne initiale, on réunit chaque syllabes par un trait d'union et le mot se présente épelé, si je puis m' exprimer ainsi, d'une manière satisfaisante pour l'œil, qui suit les différents caractères dont le groupe est formé et pour la voix qui en réunit naturellement les différents éléments phonétiques.
Les difficultés commencent quand ces syllabes se trouvent en contact avec les signes syllabiques à la voyelle initiale ; ils forment alors une syllabe complexe.
J'ai dit que les Assyriens avaient deux manières d'exprimer la syllabe complexe. Quand elle est exprimée par deux signes, quelques personnes ne mettent pas de trait-d'union entre les deux syllabes qui se succèdent, de sorte qu'elles écrivent : na-ra am = na-ram.
Il est certain que, dans l'ensemble du mot, il n'y a pas entre les deux syUabes ra et am la même relation qu'entre les deux syllabes na et ra puisqu'ell(îs se fondent en une syllabe complexe ; aussi, pour faire sentir cette différence, j'avais songé à réunir ces deux syllabes par une liaison d'une autre nature : na-ra^^am.
J'ai abandonné celte notation qui ne me paraît pas répondre à un besoin sérieux.
Enfin, on a voulu tenter les deux systèmes et on a écrit :
na-ra'^am = naram.
Je ne vois pas l'avantage de cette superfétation.
Ce détail cesse d'avoir son importance du moment où on est convenu que la transcription ne donne que la valeur de chaque caractère pris isolément, comme nous donnons à chaque lettre de nos alphabets un nom qui est nécessaire pour indiquer la présence de telle ou telle lettre dans le corps d'un mot et qui se fait sentir quand on l'épelle, mais qui disparaît quand on vient à réunir les éléments de ce mot dans une lecture courante. Il en est de même en assyrien. Nous pouvons indiquer les caractères de chaque groupe parleur appellation syllabique; mais nous articulons ces groupes dans leur ensemble avec la prononciation conventionnelle la plus rapprochée de celle que nous croyons avoir surprise, de sorte que nous prononçons naranij quelle que soit la manière dont le nom est écrit. Mais si nous voulons faire comprendre, par la transcription, les caractères qui le représentent dans un passage donné, nous sommes bien obligés d'écrire isolément chaque caractère ; dans tous les cas, notre transcription nous fait perdre, comme dans tous les systèmes graphiques, le cachet particulier que l'écriture consacrée imprime à un texte.
Sommes-nous plus heureux avec l'écriture sémitique ?
Lorsque nous écrivons Sk, nous nous trouvons en présence d'un mot dont l'aspect rappelle dans toutes les langues sémitiques l'idée du Dieu suprême :
ùS]
mais notre transcription répond-elle aux caractères dont les Assyriens se servaient pour l'exprimer soit phonétiquement soit idéographiquement? — Evidemment non.
Il est bien certain que les transcriptions en caractères sémitiques, même avec le secours incertain des points massorétiques, ne rendent pas plus la prononciation assyrienne que notre transcription en caractères latins, et, avec ce système, l'écriture et la langue se trouvent doublement défigurés sans aucun avantage. — Est-on plus heureux en supprimant les points massorétiques ? — Je l'ai tenté, et je ne crois pas devoir y persister. Il vaut donc mieux laisser à cette langue l'écriture que vingt siècles lui ont
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consacré et c'est à nous qn'il appartient d'apprendre à la lire dans ses caractères. Mais avant qu'ils nous soient devenus familiers, voici, pour mon compte, la convention à laquelle je propose de s'arrêter et qui devient facile à comprendre si on sépare le fait de la transcription des caractères du fait de la transcription de l'idiome.
Je n'emploierai d'abord les caractères latins que pour donner dans les transcriptions la valeur intrinsèque de chaque caractère, en les transcrivant toutefois avec la valeur qui leur convient et en réunissant, par des traits-d'union, les difiérentes valeurs qui appartiennent au même groupe. Si le groupe est phonétique, je me sers de caractères italiques avec quelques modifications pour les articulations propres aux langues sémitiques et qu'il est facile d'indiquer par un point ou un accent.
Je n'emploie les caractères sémitiques que dans la discussion des textes, lorsqu'il s'agit de faire comprendre une racine ou les rapports que l'assyrien peut avoir avec les autres langues sémitiques.
Mais, comme les mêmes caractères assyriens sont susceptibles d'un double rôle, qu'ils peuvent être employés phon^étiquement ou idéographiquement, j'écris les caractères du groupe idéographique en caractères italiques majuscules pour avertir que les caractères ne doivent pas être pris avec leur valeur syllabique, et pour conserver, autant que possible, dans la transcription, Taspect général du groupe. Ainsi le groupe que je figure ainsi :
na-bu-na-'id.
est un groupe phonétique, tandis que le groupe
est un groupe idéographique. L'ensemble des signes qui composent ces deux groupes se prononce « nabuna'id^ » en conservant à l'ensemble la prononciation qui nous est indiquée par la valeur phonétique des signes qui transcrivent l'idéogramme. Pour transcrire les monogrammes qui ne sont pas employés dans le corps des mots ou ceux dont la valeur phonétique n'est pas déterminée, on écrit la valeur de transcription sans en désigner les parties : sarru^ lisan, etc.
Nous terminerons cet entretien en remettant sous vos yeux le tableau des signes qui expriment les syllabes simples du syllabaire assyrien.