‹ Leçons d'épigraphie assyrienne professées aux cours libres de la SorbonneChapitre 21 sur 33 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

19 avril 1869.

Messieurs,

Je vais essayer dans cet entretien de vous exposer la démonstration des principes qui doivent nous guider dans la lecture des valeurs comprises dans la seconde partie de notre tableau, c'est-à-dire des valeurs qui expriment des syllabes simples commençant par une voyelle.Examinons, par ex., les signes qui représentent les valeurs ar, t>, ur; notre démonstration s'appliquera à toutes les syllabes analogues.

Le signe ^ j ^1 \A\ correspond à l'articulation perse ar par

exemple dans le nom d'Ariamanès, le 'Aptapâfxyjvç des Grecs.

Si nous considérons les deux formes : en perse : Ariaramna et, en assyrien, Ar^cnra-am-na , il devient évident que le premier signe doit renfermer la consonne r avec une voyelle précédente. Il en est de même si nous considérons les deux formes des noms Artavardia^ Artakhsatsaf etc.

On remarque, quand le signe se trouve dans le corps des mots, que ce signe suit constamment un signe qui exprime une syllabe terminée par la voyelle a ; par ex. dans la trauscription du mom de la Perse. Nous lisons, dans le texte arien Parça, et nous trouvons dans le texte assyrien Pa-ar-ia. Ce signe exprime donc l'articulation de r avec la voyelle a initiale.

Nous pourrions nous assurer de la même manière de la valeur du signe qui exprime pareillement la syllabe tr, et qui se trouve dans des conditions analogues ainsi que de la valeur du signe qui exprime la syllabe ur. L'observation démontre que ces faits peuvent se généraliser et qu'on peut établir sur ces données lin principe constant de l'écriture assyrienne : il y a une relation nécessaire entre les deux signes qui se succèdent ainsi et qui, pour former une syllabe complexe, demandent à se réunir par l'intermédiaire d'une vocalisation commune. Le tableau des signes qui expriment les syllabes à la voyelle initiale se justifie donc, comme le précédent ; seulement nous nous trouvons en présence d'une difficulté d^une autre nature. Il est arrivé, en effet, que les articulations des muettes qui ne diffèrent que par la force ou la douceur de la prononciation avaient des représentants communs, ainsi on a constaté les différentes valeurs pour les signes suivants :

ab-ap ib-ip ub-up

agHik-ak ig-ik-ik ug-uk-uk

ad-at-at id-it-it ud-^t-ut

aZ'OS'-a^ iz'îS'i*^ uz-tcs-m

Le déchiffrement des noms propres des inscriptions trilingues n'a pas suffi sans doute pour justifier toutes ces valeurs et toutes ces nuances : mais il a suffi pour établir le principe.

Ainsi nous voyons, par exemple, que le signe ^^| répond à l'articulation ad dans le nom de A-ra-ka-ad-ri ; mais il correspond à l'articulation at dans celui de Ha-za-at^-e-ti .

Le signe ^^| ^^ I répond à l'articulation id dans le nom Pi'id'di-is'hii-ri'is et à l'articulation it dans celui de Mi-il-ri.

EPIGRAPHIE ASSYRIENNE. 71

Le dépouillement des noms propres des inscriptions de Ninive et de Babylone a achevé de nous donner la valeur intrinsèque des caractères syllabiques simples à la voyelle initiale qui s'articulent avec les muettes des différents ordres. Ce travail accompli,il nous reste à formuler les principes qui doivent nous guider dans la lecture de ces signes lorsque nous les rencontrons dans les textes. Ces principes s'appuient sur les faits qui résultent du déchiffrement et il nous suffit d'en étendre les conséquences. Mais alors, nous devons remarquer encoure ici que la lecture exige déjà une certaine intelligence du texte; car, pour pouvoir comparer les différents groupes, il faut savoir distinguer ceux qui peuvent appartenir à une même racine.

Prenons pour exemple la série des gutturales : les syllabes à la consonne initiale sont représentées par des signes qui correspondent aux articulations du a, du 3 et du p.

La série des signes exprimant les articulations de chacune de ces consonnes avec la même voyelle initiale, est exprimée par les mêmes signes.

Il s'agit de déterminer, dans le corps d'un mot, à laquelle de ces articulations appartient un signe donné : nous trouvons, par exemple, dans un groupe un signe qui répond aux articulations ag, oÂ, afe, dont le déchiffrement est certain ; il appartient à la série des gutturales, mais, dans le cas spécial, il doit particulièrement représenter l'une d'elles. Il est évident que cette opération n'est plus du ressort du déchiffrement et que la lecture ne peut être livrée à l'indécision. Pour arriver à déterminer ainsi la nature de la consonne comprise dans le dérivé, il faut trouver un autre dérivé de la même racine dans lequel la lettre indéterminé soit exprimée par des caractères qui ne présentent plus la même incertitude.

Ainsi les groupes ak-surduj ik-su-du, représentent des formes verbales qui dépendent d'une racine dont nous connaissons les [dérivés ka-sa^Uy korsordi. Ces dérivés nous montrent que la racine renferme un d et non pas un A ou un p.

La forme oMn se rattache aux formes que nous lisons : i-horbi à Ninive et i-gorbi dans les trilingues. Le signe incertain se lie donc aux valeurs des signes qui expriment les articulations ga ^iha et lui imposent Tarticulation locale qui lui convient.

La lecture seule du texte nous conduit à ce résultat, et non par la transcription que le sens de la racine peut nous imposer.

Nous pourrions justifier ainsi la lecture de Tune des triples valeurs des signes qui représentent ik et itk et de toutes les articulations des muettes que nous avons indiquées.

La transcription préalable de la racine doit être tellement indépendante du sens du verbe que nous pouvons nous trouver en présence d'une forme qui réponde à deux racines différentes que le sémitisme de chacune d'elles justifie, et par leur forme et par leur signification. Nous devons cependant en dégager la véritable transcription.

Nous rencontrons par exemple, dans unpassage des inscriptions d'Assarhaddhon le groupe que nous lisons Ur^na-aS'Si'dk et dont la dernière articulation est incertaine.

Si nous consultons le dictionnaire sémitique, nous voyons que cette forme peut se rattacher à deux racines : i\m et pM , qui ont deux significations bien différentes. — Nous lirons cependant unassik, parce que nous trouvons, dans un passage identique, le dérivé : tMia-as-si-ku qui rattache le signe ik à la série des signes korki-^u et, dès lors, à la racine pm qui veut dire '^embrasser. ^^

Et nous ne le rattachons pas à la racine ^w qui veut dire " mordre. ^

Mais nous lirons le nom d'un chien de Sardanapale :

Mu-^iOrsi-J^u gcH^su.

Il nous reste encore à parler d'un signe qui représente les trois articulations du n à la voyelle initiale ; c'est le signe :

Le dépouillement nous montre qu'il s'agit d'un signe à la voyelle initiale il suffit de lire les noms de Vrvœ-ahrku et de Boràhrtar.

Ces deux noms nous indiquent déjà la relation qui existe entre ce signe et les articulations du n ; la position de la syllabe nous montre que la valeur du signe commence bien par une voyelle et que cette voyelle est un a.

Lesnomspropresne nous donnent pas d'exemples pour justifier les trois nuances de la vocalisation, mais la lecture des textes ne nous per-

EPIORÂPEIE ASSYRIENNE. 73

met pas d'incertitude à cet égard. Nous lisons, en effet, dans les inscriptions de Ninive et de Babylone :

arroràh " mois pa4iÀh " adorateur u-rvruh " route

Ces exemples nous donnent donc la certitude des trois vocalisations, puisque nous trouvons le même signe après ceux qui expriment des syllabes terminées par a, i, u.

La lecture de ce signe ne présente donc aucune difficulté puisqu'il ne s'agit que d'une nuance dans la vocalisation.

Avant d^en finir avec les signes qui expriment les syllabes simples, il me reste encore à faire une remarque importante sur l'ensemble du système graphique anarien.

Nous avons vu que certains caractères de l'alphabet phénicien n'avaient pas de représentants dans le système graphique anarien. Ce sont les articulations qui dépendent des lettres 5r, ?i, i, n» >*• En revanche, le syllabaire anarien présente un caractère qui n'a pas de correspondant dans l'alphabet phénicien.

C'est le signe ^^^ , nous le transcrivons par une apostrophe ; mais nous devons nous demander quelle est la valeur de ce caractère dans la lecture des textes.

Si nous consultons les noms propres des inscriptions trilingues, nous trouvons que ce signe ne correspond à aucune articulation déterminée dans l'idiome des Perses ; on le rencontre vingt-sept fois dans vingt-cinq noms propres.

Une figure jamais au commencement des mots; à la fin, sa présence ne paraît rien ajouter au nom transcrit ; au milieu, il paraît destiné à réunir deux syllabes simples qui ne peuvent se contracter pour former une syllabe complexe .

-ffïnsi-'-ar-st " Xerxès ^^ Narburnch'-dd " Nabonid ^^ Ar^ar^-Àl " Arbèles ^^

Ces deux derniers noms nous conduisent à examiner son rôle en dehors des noms propres.

Dans le mot na—id nous voyons, par la comparaison de la racine à laquelle nous pouvons rapporter ce mot, qu'il paraît représenter un n et uni mais le mot arba nous montre qu'il remplace également un y.

Quant à sa valeur primitive, nous devons nous arrêter, car nous ne connaissons pas encore toutes les ressources du système phonétique assyrien. Ce que nous pouvons comprendre, c'est que ce signe joue un rôle important dans l'écriture assyrienne, et il suffit, pour nos études élémentaires de l'avoir indiqué. Ce signe joue évidemment un rôle à part, car nous avons constaté une série de signes pour répondre aux articulations dos dix-sept consonnes, et nous ne pouvons rattacher ce signe à aucune d'elles. Il ne représente pas une voyelle, puisqu'il n'ajoute rien à la vocalisation, il ne transcrit pas non plus les articulations d'une des lettres pour lesquelles nous n'aurions pas d'autre représentant, de sorte que, d'une part, ce signe reste sans correspondant dans l'alphabet hébraïque, et, d'autre part, les articulations de ces lettres restent sans correspondant dans le syllabaire assyrien.

Il existe donc, dans l'alphabet hébraïque, un certain nombre de lettres qui sont pour nos transcriptions comme des lettres mortes dont nous ne pourrons nous servir que lorsque nous aurons préalablement compris et interprété les expressions dans lesquelles nous les introduirons ; en attendant, il faut étudier ces expressions dans leur forme originelle.

Je ne sais si les Assyriens connaissaient le jeu des racines trilitères et l'importance que ces groupes ont prise dans les études philologiques sémitiques. Nul ne peut nous le dire encore ; cependant, les Assyriens écrivaient leur langue avec une pureté qui nous prouve qu'ils n'étaient pas étrangers aux connaissances grammaticales que chaque peuple doit avoir.

Page 1