FRAGMENT DES SYLLABAIRES ASSYRIENS
■ (IT.A./. Il, pi. 2.)
Ces syllabaires se composent de tablettes d'argile sur lesquelles on voit les signes disposés sur trois colonnes : la colonne du milieu renferme le signe ou le groupe à expliquer , celle de droite présente la valeur idéographique, celle de gauche, la valeur phonétique ; maisjemehâte d'ajouter qu'il ne faut pas exagérer l'utilité pratique de ces documents. Au premier
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abord, il est assez séduisant de pouvoir puiser à une pareille source pour expliquer les mystères de l'écriture assyrienne ; mais quand on vient à les parcourir, on ne tarde pas à se convaincre de ce qu'ils ont d'insuffisant pour nos études élémentaires; et, ce qu'ils ont d'insuffisant, vient particulièrement de ce que nous ne pouvons encore les comprendre dans leur ensemble et dans leurs détails. Lorsque nous lisons, par exemple :
da-an
dan
gurTusu
korcd
kal
gu-rvrsu
li-ib
lit
gunrU'Su
il est bien certain que l'idée que nous nous faisons de ces tablettes paraît juste, mais nous arrivons à ce résultat par la comparaison des textes qui nous ont déjà fait connaître le double rôle du signe polyphone et ses diverses interprétations.
Voilà pour le déchiffrement, et je crois que nous ne pouvons pas aller au-delà.
Je dois cependant m' expliquer sur ce que l'on entend par un procédé auquel on a donné le nom de " déchiffrement par nécessité philologique.^/ M. Oppert, qui a usé le premier de ce moyen d'investigation, en a obtenu d'heureux effets; il l'affirme, et rien ne peut faire suspecter la sincérité des résultats auxquels il est arrivé par l'application de ce procédé.
Un signe inconnu, dit-il, se trouve dans un groupe ; les traductions des inscriptions perses nous démontrent le sémitisme de la langue assyrienne ; nous ne devons donc chercher dans les formes verbales que celles qui sont d'accord avec la grammaire sémitique. Nous avons, par exemple, le mot:
Cette forme est un participe commençant par le signe mu et se terminant parle signe rib ou Wp, la lettre compliquée du milieu est encore inconnue; les deux dernières consonnes du radical trilitère sont donc r et b. Mais quelle est celle qui se trouve contenue dans la lettrecompliquée dont nous cherchons la valeur? Nous l'indiquerons provisoirement par X.
La forme grammaticale ne peut être un niphal, car le participe de ce genre serait mu XXa rib ; nous aurions donc ainsi pour le caractère cunéiforme une valeur u XX a^ ce qui ne se peut pas. Elle n'est pas,
nou plus, un participe d'iphtaaJ, car alors nous devrions former un mot mu X tar rih et le caractère aurait la valeur plus étrange encore de X tar. Le mot soumis à notre examen ne peut donc être qu'un participe soit de paël soit de shaphel; dans le premier cas, il serait mu- Xar-rih ; dans le second mvrs<LSrrih la lettre compliquée a donc une valeur Xar ou une autre saX.
Quant au premier cas, nous connaissons déjà toutes les valeurs se terminant en aTj sauf nar^ rar^ lar. Aucune de ces dernières valeurs substituées au caractère ne donne une signification plausible. Examinons donc les valeurs que Ton peut admettre dans le cas où la forme serait un shaphel. Presque toutes les syllabes de cette catégorie ont déjà leurs représentants excepté sah, sasy sas^ si nous substituons dans le mot la première de ces valeurs, nous obtiendrons munsahr^iby c'est-à-dire un participe shaphel bien connu, dont la signification est, en hébreu, dans la voix correspondante duhiphil anno " faisant la guerre. ^^
L'exemple de M. Oppert, en fait, est heureux, mais il ne présente rien de concluant; je ne parle pas de la difficulté première dont M. Oppert aurait dû tenir compte et qu'il n'a pas soulevée, car, à priori, rien •ne lui permettait d'attribuer au dernier signe la valeur de rip ou celle de rib parce que c'est un signe éminemment pholyphone qui se prête à beaucoup d'autres valeurs, et dès lors il n'est pas permis d'affirmer que les deux dernières lettres de la racine soient r etb, — Cet exemple ne peut donc nous servir de base à une généralisation; aussi, toutes les valeurs que M. Oppert a obtenues par le seul procédé de la nécessité philologique, ont été abandonnées quand elles n'ont pas été appuyées d'une confirmation résultant d'un passage des Syllabaires ou de la comparaison des textes.
Les valeurs du signe P^^ que M. Oppert lisait zil ou nis attendent encore leur confirmation.
La valeur de tas attribuée au groupe ^ [ 1 1 ^^T est reconnue fausse aujourd'hui et la véritable lecture de ces signes révèle une forme verbale, spéciale à l'Assyrien, que la. nécessité philologique n'aurait pu dévoiler.