INSCRIPTION ASSYRIENNE BILINGUE
(TT. A. I. n, pi. 13, Observe, 1. 27.)
Parmi les nombreuses briques sorties des mines de Ninive, nous avons déjà signalé celles qui nous donnent, pour expliquer un signe, la valeur idéographique et la valeur phonétique ; d'autres inscriptions nous donnent des mots, des phrases, appartenant à une langue inconnue que l'assyrien noua fera comprendre. Ces inscriptions bilingues présentent,
EPIGRÂPHIE ASSYRIENNE. 101
en eflTet, d'une part le mot original, la phrase primitive, d'autre part, sa traduction assyrienne et ces mots et ces phrases sont passés dans les inscriptions, avec leur valeur primitive dont le texte assyrien nous donne la traduction, avec l'idée qu'ils continuent de représenter pour les yeux, mais que les Assyriens prononçaient autrement. Ces mots sont bien des expressions phonétiques empruntées à une autre langue, et non pas des images.
L'inscription que nous avons reproduite nous donne un signe idéographique avec les flexions qu'il pouvait recevoir dans la langue primitive et que la colonne assyrienne nous fait suffisamment comprendre.'
Une autre inscription nous montre dans chaque colonne le mot kilam, auquel sont joints des qualificatifs : d'une part, nous avons des articulations qui appartieiment à l'assyrien, que nous lisons et que nous comprenons telles que tabuy siru^ insu^ etc., etc., ce sont des expressions parfaitement conformes au génie des langues sémitiques ; d'autre part, les mots tura^ higa^ dangUj sont des expressions que nous pouvons lire, mais que nous ne saurions comprendre, si ce n est que la traduction assyrienne vient nous en donner la signification. Or, ces adjectifs se retrouvent dans les textes assyriens, au milieu des inscriptions et s'échangent contre l'expression assyrienne, comme de véritables idéogrammes ; et pourtant ces expressions étaient bien originairement de véritables expressions phonétiques.
Un autre exemple (W.A.I. II, pi. 2) va nous faire comprendre les flexions verbales de cette langue par l'examen comparatif des deux colonnes de cette inscription.
Il est certain que le signe p^f^ est l'indicatif des racines verbales ; nous en avons la preuve, parce qu'il accompagne indistinctement toutes les racines qui figurent dans les inscriptions de cette nature.
Dans ce cas particulier, la racine est exprimée par I qui se traduit en assyrien par iskul, troisième personne du singulier aoriste kal du verbe sakal^ " il a pesé. ^^ Les flexions nous sont données dans les deux langues, et dès la seconde ligne, nous voyons que dans la première colonne la flexion du pluriel est exprimée par le signe qui correspond au pluriel assyrien iskiUu dans la seconde.
Le second paragraphe nous montre desformes pronominales dont F expression est bien caractérisée dans les deux colonnes; il suffit, en effet, de comparer les deux paragraphes pour se convaincre que la forme in na an lai is correspond à la forme is-kvr-lv^su exprimée dans le texte assyrien.
Mais, poursuivons le paragraphe suivant va nous confirmer ces premières indications en nous donnant des formes nouvelles sur lesquelles il ne peut y avoir d'incertitude
Nous voyons dans cet exemple le même signe indicatif d'une racine verbale, seulement la racine a changé; elle est représentée par le signe
et ce signe est traduit, en assyrien, par l'expression ismky 3* personne du singulier aoriste kal du verbe sarak '^ accorder. ^^ Ce monogramme a, en assyrien, deux significations, car nous voyons qu'il est également traduit par l'expression is/cun, 3^ personne du singulier aoriste kal du verbe sakan, '^ faire. ^^
Les flexions se reproduisent au pluriel de la manière que nous avons indiquée, et se développent dans les paragraphes suivants avec une évidence qui est rendue d'autant plus saisissante que la double signification assyrienne du monogramme ne permet pas de les confondre.
Mais je dois m'en tenir à ces généralités; elles suffisent pour vous donner une idée des difficultés qui nous attendent lorsque nous nous trouverons en présence des fragments de cette langue antique qui ont été conservés dans les textes assyriens.