‹ Leçons d'épigraphie assyrienne professées aux cours libres de la SorbonneChapitre 9 sur 33 · AN IS KUR MIS SU · texte numérisé non relu

AN IS KUR MIS SU

MaisquelétaitcenomîLesvaleursphonétiquesqu'ilappliquaitaux signes qui le composaient lui donnaient les plus étranges articulations. Cependant

le docteur Hincks ne se découragea pas. Les campagnes de ce roi étaient dirigées contrôles peuples qui bordaient le littoral delà mer Méditerranée; les noms d'Ascalon, Damas, Sarepta, dont la lecture ne souffrait aucune difficulté, lui en donnaient la certitude. On lisait, en effet :

As - ha - lu - na Ascalon, ^^ l'hébreu ^'iSptt;», la'Ao-xaXwv des Grecs.

Di - mas - ka " Damas, ,, Thébreu ptroT, la Aajuuzo-xôç des Grecs.

Sa - ri - ip-tav " Sarepta, „ la Fonderie, rsi» , la liçfKx» des Grecs. Or, parmi ces noms, il voyait apparaître celui d'une ville qu'il lisait :

Ur - sa - Il " im - mi et celui du prince qui régnait, à cette époque, sur cette ville, se lisait:

Ha - za ' M ^ a - u

Il était facile de reconnaître sous ces formes les noms de " Jérusalem ^^ la caStm^ de la Bible, la 'lepoo-dXy/xa des Grecs, ainsi que celui de " Ezéchias, ^^ (n^pîn) le roi du pays ainsi désigné dans les inscriptions :

Ya ' u ' da - a "la Judée ^^

Dès lors, il n'était pas téméraire de supposer quele groupe qui renfermait le nom du prince assyrien dont la Bible nous a transmis la défaite devait

ÉPIGBAPHIE ASSYRIENNE. 39

être " Sennachérib. ^^ Mais alors il restait à établir par quelles séries de combinaisons les Assyriens nous transmettaient, avec leur écriture, une forme que Ijt tradition des Juifs et des Grecs nous avaient appris à prononcer Sennachérib.

On comprit bientôt que ce nom était écrit, comme la plupart des noms propres assyriens, en caractères qui devaient être pris avec* leur valeur idéograpliique. Il s'agissait de déterminer la valeur de ces caractères.

Nous avons vu que le système graphique assyrien présente des signes isolés qui répondent à une idée exprimée par le texte perse. La plupart de ces signes se rencontrent dans la composition des mots, mais alors ils ont une articulation diflTérente de celle que nous serions autorisés à leur supposer par les transcriptions perses. — Ainsi, les inscriptions trilingues nous permettent d'observer que le signe suivant :

qui signifie " Dieu, ^^ se prononce en assyrien

i - lu

Quand nous rencontrons ce caractère dans le corps d'un mot, nous voyons qu^il a la valeur de an.

L'analogie des déchiffrements égyptiens nous portait à croire que les signes devaient conserver leur valeur quand ils avaient un rôle idéographique; il n'en était rien. La comparaison des passages identiques nous montre que le monogramme est traduit par des caractères phonétiques qui ne laissent aucun rapport de son entre la valeur phonétique et la valeur idéographique du signe.

Il est facile de comprendre immédiatement que le nom de Nabuchodonosor se présente sous deux formes ; l'une est sa forme phonétique dans laquelle nous retrouvons les articulations mêmes que nous ont transmis les Juifs et les Grecs ; l'autre est la forme idéographique qui nous le cachait sur le rocher de Bisitoun. Quant au nom de Sennachérib, il ne nous était encore révélé que sous la forme idéographique.

Les textes assyriens avaient donc deux manières de rendre la même idée, idéographiquement et phonétiquement. Quand l'idée est ex-

primée par un signe isolé, c'est un monogramme ; quand Tidée est exprir mée par une suite de signes, c'est un idéogramme.

Mais maintenant, puisque la prononciation des expressions idéographiques ne peut résulter de la valeur ordinaire des signes, comment pourra-t-on arriver à la lecture? Le principe est encore très-simple; Tapplication en est seule difficile ; il suffit , en eflfet , de rencontrer dans des passages identiques la même expression exprimée de deux manières différentes; l'une d'elle donnera la prononciation assyriennç.

Cependant, il se présente une autre difficulté ; nous avons vu dans les textes trilingues que le même mot du texte perse était exprimé tantôt idéographiquement, tantôt phonétiquement, mais lorsque nous ne serons pas guidés par ce point de comparaison, nous pouvons nous demander à quels symptômes nous devrons reconnaître un groupe phonétique d'un groupe idéographique ? Il y a là une difficulté sérieuse dont il n'est pas toujours facile de triompher, nous ferons toutefois la remarque suivante.

Un signe idéographique, qui représente par lui-même une idée, ne la représente que comme une image, s'il est nécessaire d'ajouter une série de symboles pour représenter une idée , ces symboles ne peuvent s'altérer, dès lors le groupe reste invariable, quelles que soient les flexions que l'idiome lui impose et qui pourront venir s'ajouter au groupe sans en altérer les signes.

Il nous suffit pour le moment d'avoir constaté ce fait qui peut être érigé en principe ; nous reviendrons par la suite sur la manière de lire ces expressions qui se rencontrent non-seulement dans les textes assyriens, mais encore dans les inscriptions qui nous ont été laissées par les différents peuples qui ont employé la même écriture.

Page 1