ÉTAT DU MONDE AVANT L* BVANGILS
terrain ni matériaux. — La seconde appréciation prend ui^ route tout opposée et aboutit à une absurdité au moins égale. Le Paganisme n'est plus une monstruosité , un anéantissement de l'esprit et de la conscience dans l'humanité , c'est une des phases nécessaires et normales de son progrès. Le monde dut passer par le Paganisme pour arriver, selon la, loi ordinaire des développements, jusqu'aux croyances plus épurées et plus hautes du Christianisme. Ce second système, absurde en lui-même, puisque le Paganisme nous apparaît sous les traits manifestes de la décadence et de la corruption , est de plus absolument détruit par un fait. Ce fait immense, indéniable, décisif, c'est le duel à mort que se livrèrent le Paganisme et le Christianisme aussitôt qu'ils furent en présence.
Qu'était donc le Paganisme? D'où vient ce chancre hideux et meurtrier qui dévora l'humanité durant tant de siècles? Le Paganisme naquit directement et fatalement de la chute primitive de l'humanité. Par sa prévarication, l'homme se détourna de Dieu pour se donner à la nature inférieure. « Il préféra, dit saint Paul caractérisant d'un mot la chute de l'homme , il préféra la créature au Créateur. » Le drame de l'Éden avait quatre acteurs : Dieu, l*homme, le démon, la nature inférieure. Nous les retrouvons tous quatre dans la chute de l'humanité et le Paganisme qui en fut la suite logique et immédiate. Dieu resta dans le Paganisme ainsi que nous le verrons tout à l'heure, mais comme une idée vague et lointaine, comme un astre voilé et obscurci, qui ne projette plus qu'une indécise lumière. Le vrai Dieu de l'homme fut le démon, et comme le démon devait, pour ainsi parler, s'incarner en quelque chose, pour entrer en rapport avec le monde, ce fut sous le voile de la nature qu'il s'offrit constamment aux adorations et au culte de l'homme. Dans sa chute, l'homme, en reniant Dieu, s'était tourné vers la nature inférieure, ce fut elle qui
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82 ÉTABLISSEMBNT IT DIFFUSION DE L'ÂGUSE.
deviDl son Dieu. Le chemin fat rapide , et une fois entré dans l*adoratioQ de la natare , Thomme parcourut toute m» carrière d'extravagance et de corruption (1). Les forces de celte nature, ses phénomènes divers, ses multiples iii^ fiuences, devinrent tour à tour des objets de culte et d'ado* ration. L'homme, selon la révélation de saint Paul, trans* porta à tous les êtres de la création , jusqu'aux plus infioids, jusqu'aux plus ignobles, l'idée et l'image incommunicables du vrai Dieu. Mais la nature ne resta pas seule à disputera Dieu l'adoration de l'univers, l'homme, retenant la sacrilègB parole de l'Éden : Vous serez comme Dieu, poussa bientôt l'audace et la folie jusqu'à se décerner à lui-même les honneurs divins. Souvent il s'adora lui-même directemefit, toujours il adora ses vices. Du même coupquMl transportait à la divinité l'image des créatures inférieures, il y transporta les orgueils de son esprit, les immondices de son cœur, les crimes de sa vie. — Aussi le point de vue n'est complet, l'histoire du Paganisme n'est entière, que quand on scrute l'abîme des conséquences où la première erreur
(1) « Les indécences da culte de Bacchos àSicyone, Tobscénîté de ceïtH de Gérés et de Proserpine en Sicile où la grossièreté des paroles élait prescrite , parce que, disait-on , c'était ainsi qu'on avait arraché un sourire à la déesse au désespoir, l'infamie ^des mystères Sabaseens, sont des faits aathentiques. La fable de Pasiphaé, représentée dans les mystères de SafflOtrace, était la transplantation des plaisirs contre nature que nous avons va
faire partie des cultes sacerdotaux Un passage de Clément d'Alexandrie,
dans Eusèbe , prouve que ces institutions où les modernes ont cherché l'amélioration de la morale et la pureté du théisme , réunissaient la férocité et la luxure. Veux-tu, dit-il, voir les orgies des corybantes? tu n'y verras qu'assassinats , tombeaux, lamentations des prêtres. On a nié les sacrifices humains pratiqués dans les mystères , et l'on a soupçonné de calomnie les
chrétiens Matsindépendaannent du témoignage des historiens et des Pètes
de l'Eglise, celui de Porphyre, qu'on ne peut soupçonner d'un motif de haine, est positif et irrécusable. Dans les Dionysies, dit-il, à Chio et h Ténédos, un homme était immolé en mémoire de la fable de Baccbus, mis en pièces par les Titans. Il était si notoire, du temps d'Adrien, que les Mytbriaqaes étaient souillés par des rites pareils, qu'il crut nécessaire de les prohiber expressément. Ils subsistèrent malgré sa défense. » (Benjamin Constant.)
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