‹ Leçons d'histoire ecclésiastiqueChapitre 17 sur 47 · ÉTAT DU MONDE AVANT L*ÉVANGILB · texte numérisé non relu

ÉTAT DU MONDE AVANT L*ÉVANGILB

Ajoutons une réflexion encore. Le Christianisme répondait aux plus pressants besoins des intelligences, des cœurs, des familles, des sociétés. Aux intelligences torturées par le doute , tuées par le scepticisme , révoltées par les grossières extravagances de l'Idolâtrie et les folies plus palpables encore des Philosophes , l'Evangile apportait l'apaisement délicieux de la vérité. Sans doute les âmes nobles et généreuses , assez héroïques pour préférer aux jouissances matérielles le trésor de la divine vérité , pouvaient seules conquérir l'inestimable trésor d'une révélation jaillie du ciel : mais au moins celles-là s'y précipitèrent en foule. De là cette multitude d'esprits cultivés qui, depuis Rome jusqu'aux extrémités de l'empire, embrassèrent le Christianisme et le gardèrent jusqu'au sanglant sacrifice de leurs biens et de leur vie. — Aux cœurs douloureusement écrasés sous le joug ignominieux des vices , engloutis dans un océan d'infamies, l'Evangile apportait l'affranchissement noble et délicieux de la vertu. Rendu enfin à la liberté de ses aspiraUons natives, trouvant dans la morale chrétienne la nourriture de ses plus nobles appétits, le cœur humain se donna à Jésus-Christ avec la joie de l'esclave dont on brise les chaînes et que l'on rend à la patrie. Tout ce qui restait dans la nature humaine d'inclinations pures, de désirs magnanimes, d'élans généreux, trouvait dans le Christianisme , de quoi se satisfaire pleinement et divinement. Nous pour- Tîons retrouver dans le langage des premiers héros chré-

libr. excursus, tom. II, pag. 279. -^ Suéton. , in Vespas^^ 4. — Tacit., Histor,, Vib. ▼, cap. 13. — SchimU, Héiîemp. du genre hum. — Champagny, Les Anfonûif.

Quant aux annonces du Messie faites au peuple Juif, reportez-vous aux passag. suiv. : Gen., m, 14; xxii, 18; xxvi, 4; xxviii, 14; xlix, 10. — Num., xxiii; xxiv, 17. — Deuter., xvm, 15. — Psal., ii ; xv; xxi; xxxix; u; xuv; cix. — Isaïe, xi, 1, 2. — Jérem., xxiii, 5. — Mich., v, 2. -- Uaïe, V, 4; ix, Ç; xlix, 4 et seq.; xlii, 6. — Eiech., xxxvi, 26, 27. — Ma- ^ach., 1, 10, 11. — Daniel, ix, 23, 27.

Leçons d histoire. — Tome I. 7

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tiens les traces visibles de cette joie intime, de cette dé] tation profonde, dont la révélation faisait inonder 1( âme. Ces ivresses descendaient avec eux dans les catai bes et les accompagnaient au martyre. Pour les autres âi celles qui demeuraient dans les ténèbres du Paganisme, foi chrétienne préparait de puissantes sollicitations : Tal tude des fidèles, surtout au milieu des tortures, les j dans une stupéfaction profonde, qui elle-même les po à rechercher ce qu'était une pareille religion et d'où, surgisi: saient de semblables héros. Sénèque , qui nous a conservf l'expression de ces étonnements, n'en profita pas sans doute; mais combien d'autres, moins enchaînés par l'orgueil, y trouvèrent l'occasion de la vérité et l'aurore du salut?

2. A cette préparation intime des âmes, Dieu ajouta une préparation toute extérieure : la préparation politique. Un obstacle insurmontable à la diffusion de l'Evangile eût été la multiplicité des nationalités. Des royaumes étrangers les uns aux autres, toujours en suspicion, souvent en guerre, ' eussent élevé devant les prédicateurs de la foi des barrières sans cesse renouvelées (1). La diversité des mœurs, des langues, des législations, des cultes, eût arrêté continuellement le travail évangélique, et rendu impossible l'unité si essentielle de la discipline et de la foi. Dieu y pourvut. Le dernier empire, le plus universel et le plus fort, abattit ces barrières , brisa les nationalités , broya la terre , fondit les peuples en seul tout homogène et admirablement lié. Dans toutes les parties du monde connu l'Evangile se trouva chez lui, et, triomphant de Rome, triompha du même coup de l'immense empire dont Rome était la tête, le centre, la vie.

(1) Pour cette préparation matérielle on trouvera d'excellents détails dans les Césars de M. Champagny, toni. I, p. 211.

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L'obstacle des nationalités en eût infailliblement amené on autre, celai des guerres^ Or, au milieu du tumulte et des bruits des camps, au sein des ardeurs de la lutte, de^ dévastations de la victoire comme des sanglantes détresses de la défaite, la voix de l'Evangile n'eût été ni écoutée ni même entendue. La prédication devenait impossible, et sur un sol remué et jonché de ruines l'édifice du Christianisme n'eût jamais pu s'établir. Dieu, à l'arrivée de son Fils, imposa la paix au monde. Rome victorieuse et repue n'occupait plus ses légionnaires qu'à garder ses conquêtes et à affermir sa paix.

La plus puissante centralisation qui se vit jamais acheva de disposer la terre au règne de Jésus-Christ. L'Eglise, dans le plan divin, était une vaste et puissante monarchie, dont Rome devait être la capitale et l'Evêque de Rome le monarque, partout entendu et partout obéi. Dieu ébaucha dans Tordre temporel ce qu'il avait dessein d'achever magnifiquement dans l'ordre surnaturel pour son Eglise. La Rome terrestre fut par lui dotée de la force, de la sagesse, de la grandeur, du prestige, qui firent d'elle la capitale du monde euiier(l). D'elle comme d'un centre unique jaillissaient toutes les lumières , partaient tous les ordres , s'échappaient toutes les puissances. Le monde voyait par ses yeux et vivait de son soufCle. Une autorité sans limite pliait toutes les nations à ses moindres volontés ; ses proconsuls, ses préteurs, ses gouverneurs, ses mandataires de toute sorte, transmettaient ses ordres jusqu'aux extrémités de l'Empire. « Ce que Rome savait , quel peuple, dit saint Léon, le pouvait ignorer? » Et ce que voulait Rome, quel peuple le pouvait contredire? Admirable dessein de Dieu ! Tout se trouve préparé pour l'Eglise. Elle s'emparera de Rome, remplacera par un empire spirituel le matériel et bestial empire, mais la

(1) Pour toute cette partie lire Bossuet, Hisl. univ, : Les Empires.

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poissance, la gloire, le prestige, la domination universeller elle les gardera et les éternisera.

3. Quoique d*un ordre inférieur, la préparation maté* rielle du monde à la venue de TEvangile ne doit pas éittf oubliée. La Providence s'en occupa comme du reste. EU^ fit exécuter à la Rome païenne des travaux gigantesques tl qui seuls pouvaient ouvrir au Christianisme un accès mk au milieu des nations. « Il fallait des communications par* tout faciles et partout rapides à TEvangile de Jésus-Christ' Rome les fraya aux apôtres catholiques en croyant ne lef frayer qu'à ses proconsuls et à ses armées. Les légionnaire^ creusèrent sans le savoir les grandes routes par où la véritf catholique s'en alla à son tour envahir et subjuguer les pettf pies, et, en rapprochant tous les pays de l'univers, ses loil préparèrent le développement simultané de la foi sur tooi les points de l'empire (1). »

Cette préparation matérielle n'embrasse pas seulement te monde Romain mais encore les peuples non subjugués, qoi en avoisinaient les immenses frontières, et que des rapports de commerce ou des traités d'alliance en tenaient rapprochés. Celui qui consulterait les ouvrages spéciaux sur le commerce des Romains, retendue et le nombre de leurs comptoirs, leurs longues navigations et le vaste réseau qu'embrassaient leur activité et leur puissance, resterait stupéfait des issues innombrables dont l'Evangile, grâce à l'Empire, pouvait profiter. La parole d'un Prophète sa réalisait dans sa plénitude: « Dieu s'élançait sur ses coursiers à travers le monde, et ses chars apportaient partout le salut (â). »

[{) De Place, Jésus-Chritt.

(2) Habao., Orat, —- « Par leurs soins nous marchons sans craints sar toutes les routes, elles vaisseaux nous portent là où il nous plait d*aUer.« Saint Irénée, IV, 30. — a Chaque jour la main des légionnaires étendait l6 réseau des voies qui enlaçait l*£mpire. Ces chaussées grandioses ont ét^t

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n. Oppositions furieuges du monde païen au Christianisme. Ainsi le Cbristiaoisme ne survint pas dans le monde comme à Timproviste : le monde rattendail et se trouvait préparé à sa venue. Mais de là à prétendre qu'il se présenta dans une humanité amie et bienveillante, qu'il trouva partout un accès facile, que les âmes l'embrassé* rent avec enthousiasme, et que le monde s'y porta comme à un progrès impatiemment attendu et désiré, — il y atout QQ abîme. Les plumes rationalistes, pour se débarrasser de te que la diffusion de l'Eglise, ses conquêtes, son règne oat de merveilleux et de divin , tracent volontiers de celte ^iûlroduction des tableaux fantaisistes, destinés à dérouter les regards et à les détourner du miracle. La vérité la voici. Le Christianisme, en entrant dans le monde, y entra, selon la prédiction de Jésus-Christ, comme un agneau au milieu ^ loups. Les « loups, » c'est-à-dire le monde entier. Judaïsme et Gentilité, se rua sur lui, le déchira au sang, en dévora les chairs vives, et, si l'Eglise triompha du monde, si ^' « Agneau » vainquit et transfigura les loups, si le Judaïsme croula, si la Gentilité se convertit, si le colosse romain fut renversé, si les empereurs se firent chrétiens après avoir été durant trois siècles d'acharnés persécuteurs , si le Christianisme opéra cette œuvre absolument impossible de renverser de fond en comble un monde pour le refaire à neuf et le reconstruire tout entier : c'est que Dieu vivait dans l'EgUse,

Qe nos jours , carieusement recherchées ; on ne saurait imaginer un ensenible de routes à la fois plus majestueux et plus hardi. Elles franchissent les marais du Nord comme les sables du désert; poussent vers l'extrême Orient dans les solitudes abandonnées aujourd'hui aux ravages des noœaaes, des rives de la Méditerranée aux oasis du Sahara... Par ces liens ?«^lemcnt multipliés, les peuples, cantonnés jusque-là, se rapprochaient jusqu'à ne faire qu'un seul corps ; les relations de commerce et de société ^venaient plus fréquentes ; une langue commune , le grec , était parlée dans tODt l'Empire. » L'abbé Fouard , Saint Pierre et les origines du Christia- **w»«,p. 516, Paris, Lecoffre, 1886.

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c'est que TEglise est son organe, son mandataire et son ouvrier : A Domino factum est istud (1).

1 • Avant de discuter en détail les oppositions et les obstacles que rencontra le Christianisme, tranchons tout d*abord la question par un fait aussi immense qu'indiscutable. Ce fait est la guerre atroce que TEglise eut à soutenir avant de prendre possession du vieux monde et de le subjuguer. A Tétourderie ou à la mauvaise foi qui ne veut voir dans le Christianisme que le progrès et Tépanouissoment naturel de l'esprit humain et la succession des siècles , et dans son triomphe que Teffet logique , la marche nécessaire des choses, il suffit d'opposer le fait dont nous parlons. Durant trois siècles, le vieux monde rugit tout entier contre l'Eglise et s'efforce de la détruire. Le sang coule à flots, les victimes sont innombrables, les chrétiens périssent par milliers, tout se tourne contre eux, tout s'acharne à les perdre. Les plus graves auteurs du Paganisme, un Tacite, un Suétone, nous affirment que le grand crime des chrétiens est d'être un objet de haine universelle et d'universel mépris. Le Christianisme est traité dans ces auteurs de « peste pernicieuse, » et ceux qui le suivent de « criminels » coupables de tous les forfaits et dignes de toutes les condamnations. Les pouvoirs publics, les magistratures, les empereurs portent à l'Evangile une haine profonde, et ont juré de l'étouffer dans le sang. Les philosophes, les savants, les beaux esprits, ne se contentent pas de lui verser le rire, ils accumulent contre lui toutes les calomnies et tous les mensonges. Le peuple au moins l'accueille-t-il ? Nullement. Le peuple entre dans la conjuration universelle et y porte tout ce qu'il a naturellement de rage aveugle et d'inconscientes fureurs. Souvent, quand la loi dort et que quelque prince moins sanguinaire occupe l'Em-

(1) Psaume 117.

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;}ire, lui seul, dans d'implacables mutioeries, se rue sur les chrétiens et les massacre. Tels sont les faits. Pour les nier, il faudrait détruire l'histoire et se jouer insolemment de la vBiémoire du genre humain. Or ces faits établissent avec la fiernière évidence que le Christianisme s'est établi, en dépit cde toutes les forces humaines et soutenu seulement par sa divine origine et la toute-puissance de Dieu.

2. Que si nous voulons maintenant analyser cette opposition multiple que l'Eglise rencontra dès sa naissance : voici ce que l'histoire nous en dira.

La première et la plus générale des causes qui suscita les haines sanglantes contre l'Eglise fut une raison d'Etat. Le Judaïsme et l'Empire idolâtre de Rome se trompaient grossièrement sur les prétentions, les droits, l'autorité de Jésus- Christ et de son Eglise. Jérusalem prétendait sauver conti'e lui sa nationalité et sa loi ; Rome croyait se défendre d'un iiaurpateur ; l'une et l'autre refusaient de reconnaître que le Fils de Dieu ne subjuguait la terre que pour la sauver, ; q^e César continuerait à recevoir ce qui revient à César, à charge seulement que désormais l'humanité rachetée et éclairée allait « rendre à Dieu ce qui est à Dieu. » Avec la persécution juive l'Eglise eut donc à subir les haines et les jalousies furieuses de l'Empire romain.

Derrière la raison d'Etat et plus haut qu'elle s'élève 1^ conscience publique. Elle aussi se tourna contre Jésus-Christ €t tomba sur l'Eglise de tout le poids d'une illusion indignée. Habitué à concevoir Dieu et à l'adorer sous des symboles sensibles, plaçant la divinité dans l'idole, le Paganisme ne put se faire à la notion toute immatérielle du Dieu des chrétiens. Pour lui les chrétiens étaient des impies , des néga- Wrs des dieux de l'Empire, des athées (1). Cette accusation

(<) Voyez M. Tabbé Martigny, Dict. des aniiq, chrét,, à rarlicle ; CalomnU.

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116 ÉTABLISSEMENT BT DIFFUSION DE L*ÉGLISB.

reparaît coDliauellemeot dans les interrogatoires des martyrs, ce reproche d'athéisme ne cesse pas d'y être formulé. De là encore ces perpétuelles questions faites aux chrétiens : « Quel est votre Dieu? » « Que fait- il? » a Où est- il ?» La passion religieuse s'arma donc contre le Christianisme de fureurs qui dépassent toutes les autres , et restent toujours les plus persévérantes et les plus implacables.

Aussi intime, mais ignoble, était dans le Paganisme le rèyne de la pft^^ ipft viriftft. Nous ne reviendrons pas sur les peintures faites plus haut de la corruption grecque et romaine. Concluons ici qu*un duel à mort devait nécessairement se livrer entre l'Evangile, qui apportait toutes les vertus et le Paganisme qui déiûait tous les vices. Pas une loi, pas un ordre, pas une parole de Jésus-Christ qui ne dévastât le cœur humain , qui n'ensanglantât l'âme et la chair de l'homme, n'enlevât de la famille et de la société les passions charmantes, les voluptés enchanteresses, les idoles chéries, oh tous les penchants mauvais se trouvaient légitimés et déiûés. Le Christianisme arrachait au monde sa Vénus couronnée de roses, l'abattait lui-même sur un calvaire pour l'y couvrir de sang et de meurtrissures et le jeter dans l'agonie et la mort. Qu'on ne dise pas que la société païenne, lasse de volupté et saturée de ses vices, appelait de ses vœux une religion chaste, austère et mortifiée, jamais la nature humaine , telle que nous la connaissons et l'expérimentons chaque jour, ne trouvera en elle-même la haine de la volupté et l'amour de la douleur et du martyre.

Une quatrième opposition , aussi furieuse et aussi tenace que les précédentes , avait sa racine et son point d'appui dans ^^orglifiiLpu les faiblesses de l'esp rit humain. A Tapparition du Christianisme trois systèmes de philosophie avaient prévalu et se partageaient les esprits cultivés : or tous trois devaient être et furent en effet les adversaires implacables de la doctrine divine. Le Stoïcisme, que l'irréflexion donne

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souvent comme une préparation immédiate à la philosophie évangélique , naissait de Torgueil et n'eut pour TEglise d'abord qu'un profond dédain, puis ensuite, à mesure qu'elle triomphait, qu'une haine aussi profonde qu'elle fut cruelle. Sénéque dédaigna, Marc-Aurèle se fit persécuteur : toute l'école stoïcienne, partagée en ces deux sentiments, resta rebelle aux leçons d'humanité, de douceur, d'humilité qui sont le fond invariable de la doctrine de Jésus-Christ. -^ L'Epicuréisme, plongé tout entier dans le bien-être et les voluptés des sens, se trouvait placé par là môme dans une opposition plus formelle encore avec l'Eglise, et poussé à la rejeter et à la persécuter avec plus de fureur. — Enfin , les esprits que la désespérante roideur du Stoïcisme rebutait et auxquels le brutal matérialisme d'Epicure inspirait trop de dégoût, s'étaient, en désespoir de cause, jetés dans leSepticisme pyrrhonien. L'élite des beaux esprits de Rome en était là, et c'est sur leurs lèvres que nous recueillons les intarissables sarcasmes à l'adresse des croyances et des superstitions chrétiennes (1).

A ces quatre raisons, pliis profondes et plus générales s'en ajoutent d'autres locales et particulières. La haine dont était assailli le christianisme fut avivée d'abord, dans tous

(l) Si l'on fouillait les monuments et si l'on recueillait les traits semés dans les auteurs païens on dresserait une interminable liste des noms injorieux prodigués aux chrétiens par la société romaine. Athm (Justin., Â^ùi,, I, II. — Athénagore, LtgaU, 3. — Min. Félix, Octav. %). Magi, Mor ^fui, impoitores, Superstitionis novx, pravx, exitiabilis atque maleficx (Suétone, Nero, XVI. — Pline, EpisL 07. — Tacite, Annales, L. XV, 44. — Voir aussi les monuments épigraphiques, Gruter, p. 238. Baron., Amales, an. 304, IX). Malidsemones (Lucien, Mort, de Pérégr.) Bestiarii (Tertull., Apolog., XLII). — L'éloignement que devaient par conscience témoigner les premiers chrétiens pour les pratiques du Paganisme, les fêtes de ndol&trie, les réjouissances publiques, les solennités nationales tonjours souillées d'impuretés et de superstitions, leur fit donner presque constamment Tépithète d'ennemis publics. Extranei, factiosi, m lisse àvrinitaUs atque mperii, sacrilegi, profani, etc.

les rangs de la société par l es, perles et les détriments qu^il fais&U^gbir. Le Christianisme étant le bien, la justice, b vérité, la vertu, il était naturel que ceux qui bénéficiait, de ridolâtrie et exploitaient la superstition publique au profit de leurs intérêts et de leurs lucres souffrissent de larges dommages, et par conséquent rendissent en haine ce qu'ils perdaient en profit. Cette cause, bien que secondaire, agit souvent dans le cours des persécutions avec une étonnante énergie. L'Eglise cojppta autant d^^ja.Qmi8 j[u'elle faisait d e déposs^ésT Les prêtres des faux dieux perdaient leur influence sur les foules et l'abandon des temples irritait plus . encore leur rapacité qu'il n'humiliait leur orgueil. Dans plusieurs centres populeux, de véritables émeutes sont suscitées par les ouvriers, les marchands, les faiseurs d'idoles, les décorateurs de temples, toute la nombreuse corporation des gens qui vivaient de l'idolâtrie. Les riches ne pardonnaient pas de leur côté les idées d'affranchissement, d'égalité, de bienfaisance qui ressortaient du Christianisme comme le fruit de sa fleur. Et, chose étrange! le bas peuple servit dans ses projets de persécutions la classe noble et opulente. L'esclave était tombé trop bas pour vouloir de la liberté. Ainsi pour des raisons diverses, mais toutes fécondes et puissantes , de toutes les classes de la société surgissaient contre l'Eglise naissante des adversaires , des persécuteurs et des bourreaux.

11 importe aussi de grandement tenir compte de s calomnies lancées à flots sur Jes chrétiens, de tous les points du monde a la fois. La haine des Juifs commença à les répandre (1),

(1) Vorrsur cette propagande juive tant en Occident qu'en Orient: Justin, Dialog. cum Thryph., p. 243. -- Orig. in. Cels,,\A,vi. — Polycarp., Epist. ad Smyrn., n. 9. — Athenagor., Légat, n. 13. — Tillemont, Hist. ecclés., t. I, pag. 155.

On accusait les chrétiens d'idolâtrie : (Terlull., Apolog., xvi). — Jls adoraient un malfaiteur crucifié : Justin, Dialog., XCIII. — Tacite, Annal, XV,

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la Gentilité s'ea empara pour les multiplier et les aggraver. Sans même qu'elle se donnât la peine d'étudier et de rechercher, la société païenne accueillit sur les chrétiens les bruits les plus extravagants et les calomnies les plus atroces. Et telles furent sur ce point la légèreté et l'injustice des meilleurs esprits, que des hommes graves et savants comme l'historien Tacite, se firent l'écho imbécile de ces infamies du vulgaire. Les chrétiens formaient une secte abominable, impie, sans religion, sans Dieu; perturbateurs publics, ils conspiraient contre la paix du genre humain , leurs assemblées n'étaient qu'une ignoble occasion de débauches et d'infamies sans nom ; leur culte exécrable réclamait le sang humain et voulait, pour victimes, de petits enfants, dont les initiés dévoraient la chair ! La bêtise s'unissait au crime, les chrétiens pour Dieu reconnaissaient un âne qu'ils adoraient et invoquaient. Telles sont quelques-unes des calomnies que la crédulité vulgaire accueillait avec la plus entière assurance et que les ennemis de la religion chrétienne exploitaient partout habilement. A voir l'insistance que les apologistes mirent à les réfuter, nous pouvons juger des ravages qu'elles causaient dans la société païenne et des obstacles qu'elles suscitaient à l'Evangile.

Une circonstance désastreuse vint prêter à ces calomnies une force nouvelle en les revêtant des dehors de la vérité. La parole divine ne tarda pas à se réaliser : Oportet hœreses ^8«c. D es sectes abominables pullulèrent bientôt de tous

63. — Min. Félix, p. 86. — Ils adoraient une tête d'âne : Oclav., p. 83. — Tacit., Butor, 1. v. — Terlull., Apol., XVI. — Ils adoraient Sérapis: Vopiscas.^Ils adoraient des choses inf&mes : Lucien, in morie Peregrin.,p. ^94. Mamachi, Aniiq. Christ., 1, 130. — Ils tuaient des enfants pour manger lear chair : Min. Fel., p. 9. — Alhenagor., Légat, n. 3. — Théoph. d'Ant., Aulolic., n. 4. — L'inceste leur est obligatoire : Min. Félix ; Corn. Fronto, Adv, ChHtt,

Une liste complète de ces calomnies se trouve dans l'ouvrage de Kor- ^ûold, Pagan, Obtrectat., Lubech, 1703.

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ÉTADUSSKMENT ET DIFFUSION DB l'ÉGUSE.

c^ èa^ et comme toutes se prétendaieat issues de la religioa chrétienae , le vulgaire prit aisément le change, mettant sur i le compte des chrétiens les abominations des gnostiques que" TEglise rejetait avec horreur et anathématisait sans pitié.

Inutile d'entrer dans plus de détails, ce qui précède fait amplement justice de Terreur historique et dogmatique que . nous avions à cœur de repousser, et d'après laquelle la dif- . fusion de l'Eglise chrétienne perd tout caractère divin ^ miraculeux , pour n'être qu'un fait historique ordinaire et naturel. — Entrons maintenant dans le récit même de cette diffusion , le miracle apparaîtra plus manifeste encore et plus éclatant.

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