TROISIÈME LEÇON
ÉTllBLISSEMENT ET DIFFUSION DE L'ÉGLISE.
Quatre théâtres différents , représentés par quatre noms , circonscrivent pour nous l'œuvre entière de rétablissement et delà diffusion de TEglise de Jésus-Christ : Jérusalem, Rome, l'Empire, les Gaules.
Née au Calvaire, TEglise catholique , arrosée du sang divin, marquée du signe de la lutte et des stigmates du martyre , se recueille un instant au Cénacle, puis en surgit avec une invincible puissance. L'Evangile retentit dans Jérusalem et toute la Judée, bientôt il rompt cette trop étroite barrière , et s'étend dans tous les pays d'alentour. Pierre fonde déjà partout des Eglises, Paul entreprend ses courses apostoliques, les autres Apôtres partent pour leurs missions diverses. A ce début, des milliers de fidèles composent TEglise, le « reste d'Israël forme avec les Gentils la famille des enfants de Dieu. — Rome est bientôt conquise, Pierre y a placé le siège de sa domination et la désigne au monde comme la capitale du nouvel empire. De Rome^ Pierre envoie partout des ouvriers évangéliques et des fondateurs ^'Eglises. A Rome Paul fait retentir cette grande voix « qui ne sera plus enchaînée. » La puissance romaine les écrase Vvm et l'autre, mais pour en être elle-même bientôt vaincue.
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122 AtABUSSIMBNT et DIFPaSION DB l'âguss.
— Comme une mer qui monte avec une irrésistible force k Christianisme envahit déjà l'Empire tout entier. Les chrétiens sont partout, Tacite les nomme multitude, ils occupe^ tous les postes, deviennent la majorité de toutes les villes, et TertuUien peut dire que, eux retirés, le monde ne seratt presque plus qu'une solitude. Des peuples entiers tombent coup sur coup sous le joug de Jésus-Christ, et les liniites immenses de l'Empire romain deviennent trop étroites poof l'Evangile, qui en franchit les barrières, et fait chez les Barbares des expéditions et des conquêtes que Rome ne connot jamais. — Ces trois études pourraient suffire, mais nous ne saurions rester étrangers aux détails de l'évangélisation de la Gaule. Après avoir suivi les vastes envahissements da Christianisme de Jérusalem à Rome, et de Rome dans tout l'Empire, nous nous restreindrons, dans les Gaules, à une étude plus étroite mais non moins chère à nos cœurs.
Avant de terminer ce préambule, lisons une admirable page de Bossuet qui l'achèvera magnifiquement. « La promptitude inouïe avec laquelle se fit ce grand changement est un miracle visible. Jésus-Christ avait prédit que son Evangile serait bientôt prêché par toute la terre. Cette merveille devait arriver incontinent après sa mort. Il avait dit « qu'après qu'on l'aurait élevé de terre, » c'est-à-dire qu'on l'aurait attaché à la croix, « il attirerait à lui toutes choses. » Ses Apôtres n'avaient pas achevé leur course , et saint Paul disait déjà aux Romains, « que leur foi était annoncée dans tout le monde. » 11 disait aux Colossiens que l'Evangile « était ouï de toute créature qui était sous le ciel, qu'il était prêché, qu'il fructifiait, qu'il croissait par tout l'univers. » Une tradition constante nous apprend que saint Thomas la porta aux Indes , et les autres en d^autres pays éloignés. Sous leurs disciples il n'y avait presque plus de pays si reculé et si inconnu où l'Evangile n'eût pénétré. Cent ans après Jésus-Christ, saint Justin comptait déjà
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l'église a jâbusalbm. 123
parmi les fidèles beaucoup de nations sauvages, et jusqu'à ces peuples vagabonds qui erraient de çà et de là sur des chariots sans avoir de demeure fixe. Ce n'était point une vaine exagération, c'était un fait constant et notoire, qu'il avançait en face des empereurs et à la face de tout l'univers. Saint Irénée vient un peu après, et on voit croître le dénombrement qui se faisait des Eglises. Si peu qu'on avance on est étonné des progrès qu'on voit. Au milieu du troisième siècle Tertullien et Origène font voir dans l'Eglise des peuples entiers qu'un peu devant on n'y mettait pas. Ceux qu'Origène exceptait , qui étaient les plus éloignés du inonde connu , y sont mis un peu après par Arnobe. Aprè3 qu'il eut fait voir par une si longue expérience qu'il n'avait pas besoin du secours humain ni des puissances de la terre pour établir son Eglise, Dieu y appela enfin les empereurs, et fit du grand Constantin un protecteur déclaré du Christianisme. Depuis ce temps les rois ont accouru de toutes parts à l'Eglise, et tout ce qui était écrit dans les prophéties touchant sa gloire future s'est accompli aux yeux de toute la terre (i).
Premières conquêtes de TÉglise.
L'Église de Jérusalem.
Dans Jérusalem l'Eglise vit ses premiers jours et accomplit ses premières merveilles. — Puis la scène s'agrandit ; les œuvres s'étendent , les Apôtres se dispersent , Paul fait de la Gentilité sa conquête plus particulière , Pierre exerce
(1) Bossaet, Hist. univers.
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déjà dans leur plénilude ses pouvoirs souverains. — À ( deux études nous en ajouterons une autre comme résumé^;.| nous jetterons un regard sur cette communauté de Jérosa* lem, le type et le modèle de toutes les Eglises qui déjà »^ fondent en tous lieux.
I. Les premiersîours de TEglise. Le Calvaire : le Se- : pulcre : le Cénacle renferment les premiers jours de la vie de TEglise catholique.
Au Calvaire elle naît, elle sort, nouvelle et mystérieuse Eve, de Textase du nouvel Adam. La prophétie de Jésus- Christ se réalise : Quand f aurai été élevé de terre f attirerai tout à moi, celle de David reçoit aussi son accomplissement. — Incontinent après avoir dépeint le drame terrible du Golgolha, les souffrances du crucifiement et les affres de la divine agonie, David fait apparaître , jaillissant de cette souffrance et de cette agonie même, TEglise chrétienne : Je chanUrai votre gloire au sein d'une immense Eglise. Soyons attentifs i ce grand mystère ; car quel sera le devoir de Thistorien de TEglise si ce n*est d*en raconter la merveilleuse naissance et d'en scruter les premiers instants ? Dès la croix l'Eglise se trouve vivante et constituée, la scène du Calvaire concentre et résume tout ce que le cours des siècles ne fera plus que déployer successivement. — L'Eglise de Jésus-Christ devait renfermer tous les peuples, et unir dans son enceinte dilatée , la Gentilité avec le Judaïsme. C'est le mystère qui s'accomplit à la croix, c'est la fusion qui s'y opère (1). — L'Eglise de Jésus-Christ c'était la réconciliation du monde, sa sanctification, son salut; par elle et elle seule l'homme pouvait se réconcilier à Dieu et s'élever jusqu'à ses desti-
(1) « Legem mandatorum decretis évacuant ut duos (populos) cotM û* semetipêo» (Ephes., ii, 15).
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l'église a Jérusalem. 125
fiées éternelles. Or c'est à la croix que Jésus-Christ « renversant la muraille de séparation, nous a réconciliés » avec Dieu. — L'Eglise vit de la foi, c'est la foi qu'elle annonce et c'est par cette foi qu'elle maintient son unité, illumine les âmes , triomphe du monde, et amène toutes les générations au salut. Et qu'est cette foi ? L'Apôtre répond : « La foi au sang du Christ. » Sur une terre coupable, au milieu d'une humanité prévaricatrice, la vraie Eglise ne peut se présenter que teinte du sang de l'expiation. — Avec la foi les Sacrements forment la vie en même temps que la raison d'être et la mission sanctificatrice de l'Eglise. Or tous les Pères ont fait cette profonde remarque que les sacrements dont l'Eglise a la dispensation ont jailli du côté entr'ouvert de la divine Victime. — Enfin l'Eglise, c'était le bouleversement et la rénovation de tout un monde : à la croix s'inaugurent pour TËglise ces formidables puissances d'ébranlement et de résurrection. La nature entière entre en des commotions violentes, l'humanité descend du Calvaire se frappant la poitrine, et les morts sortent vivants de leurs tombeaux. Telle est l'Eglise au Calvaire : la mort de THomme-Dieu qui la fait naître la dote de tout ce qui sera sa force, sa gloire et sa mission (1).
Au Sépulcre, où la Résurrection inaugure la vie nouvelle du Christ, l'Eglise entre dans un nouveau degré de vitalité. Elle était créée au Calvaire, mais ses fondements humains et visibles y étaient encore étrangement faibles et ébranlés. Les douze sont, ou fugitifs, ou traîtres, ou renégats ; ils dorment ou ils fuient. Après la mort de leur Chef, ils doutent, et leur angoisse semble absorber toutes les assurances de vie et de triomphe qu'il leur avait si souvent données. L'œu-
(i) Matlh., XXVI, 37 et seq. — Jean, xix. — Matth., xxvi, 63-64. — Luc, xnu. — NaUl. Alex., Hist. etcl, I, c. 1. — Plutarq., de Orac. defecL, VU, p. 651. ~ Tacit., Annal., XV, 44.
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vre de la Résurrection sera de donner aux chefs de celte Eglise rindomptable force , la foi invincible , Tinexlinguible parole, qui doit, en traversant tous les siècles, convaincre ' le monde entier de la vie de son Rédempteur et de la réalité de son salut (1). « Au troisième jour il ressuscite: il paraît aux siens qui l'avaient abandonné et qui s'obstinaient à ne pas croire sa résurrection. Ils le voient, ils lui parlent, ils le touchent, ils sont convaincus. Pour confirmer la foi de sa résurrection il se montre à diverses fois et en diverses circonstances (î2). » Il emploie quarante jours à converser avec eux, et à achever de les instruire. Les plus importantes révélations leur sont faites sur la constitution, la mission, les pouvoirs, la destinée, les épreuves, les détresses, les triomphes de TEglise. La Papauté, déjà dessinée, apparaît dans sa grandeur dernière, la Catholicité et les autres notes de TEglise sont clairement indiquées. « Telles sont les instructions que reçurent les Apôtres. Sur ce fondement douze pêcheurs entreprennent de convertir le monde entier qu'ils voyaient si opposé aux lois qu'ils avaient à lui prescrire et aux vérités qu'ils avaient à lui annoncer. Ils ont ordre de commencer par Jérusalem , et de là de se répandre par toute la terre pour « instruire toutes les nations et les baptiser au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. » Jésus-Christ leur promet « d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles » et assure par cette parole la perpétuelle durée du ministère ecclésiastique. Cela dit il monta aux cieux en leur présence (3). » Après les fécondes souffrances du Calvaire, et les « gloires» du Sépulcre , viennent pour l'Eglise les jours du Cénacle (an. 35). Elle s'y enferme et s'y recueille, elle y prie, elle
(1) Corinth., xv, 3, 14.
(2) Bossuet, Hi$L univers. Jésus-Christ.
(3) Bossaet, Hi$t. univers.
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L^ÉGLISB Â JÉRUSALEM. 127
y attend ces forces de TEsprit-Saint qui lui sont promises, qui lui doivent soumettre la terre entière et dominer tous les temps. La tempête et le feu inaugurent TEglise nouvelle comme ils avaient inauguré Tancienne Alliance (i). « Le Saint-Esprit descend au temps arrêté. Les langues de feu tombées sur les disciples de Jésus-Christ marquent Tefficace de leur parole ; la prédication commence (2), les Apôtres rendent témoignage à Jésus-Christ, Ils sont prêts à tout souffrir pour soutenir qu'ils Tout vu ressuscité. Les miracles suivent leurs paroles. En deux prédications de saint Pierre huit mille Juifs se convertissent, et, pleurant leur erreur, ils sont lavés dans le sang qu'ils avaient versé. »
IL Travaux des Apâtres. Sortie du Cénacle l'Eglise ne cesse plus un instant de grandir. Trois points nous doivent ici occuper : — les travaux et les premières conquêtes des Apôtres : — les difficultés qui naissent tout d'abord dans l'Église grandissante, et aussi les premières luttes qu'elle a à soutenir : — enfin les écrits apostoliques , les récits divins qui éclairent et soutiennent sa marche, et con-
(1) Mack, Pensées sur Vivén. de la Pent., Tub., 1835 —Hess, HUi, et écrits des Apôtres. — Slolberg, t. V et VJ. — Tillemonl, I, p. 108. — Act, des Apôtres, — Bossuel, Hist. univers.
(2) La fête de la Pentecôte amenait à Jérusalem une foule presque corn, parable à celle de Pâques. — Cette foule était composée, non-seulement des Juifs de Judée, mais encore de ceux qu'on appelait « Juifs delà dispersion , » qui s'étaient mêlés quelque peu à la gentilité et habitaient les pays les plus divers. « Parlhes , Mèdes , Élamites , Mésopotamiens , habitants de Cappadoce, du Pont, de l'Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d'Egypte, de Lybie limitrophe de Cyrène. Il y en avait de Rome, tant Juifs de race que prosélytes, d'autres étaient de Crète et d'Arabie» (Act., ii, 9, U).
C'est cette foule qu'attirent le mystérieux tumulte et les prodiges du Cénacle. Bientôt Jérusalem s'émeut toute entière , et, malgré les haineuses wlomnies des Pharisiens, les conversions se multiplient et l'Eglise se forme.
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sigDeat pour tous les siècles une parlie de renseignemeolj révélé.
1* Pierre, Paul, les autres Apôtres sont les premimi héros de TÉglise et ses premiers conquérants. Pierre cooh^ menée le grand œuvre en sa qualité de chef suprême : k grâce qui foudroie Saul sur le chemin de Damas le lui envoid pour collaborateur infatigable et invincible frère d'armes : le reste du collège apostolique quitte bientôt Jérusalem pour se rendre aux plus lointaines missions. Telle est la suite da premier progrès de TÉglise.
Dans tous les travaux d ej^ierr e, nous ne pouvons ne pas considérer le^chef de rÉglise et le vicaire de Jésus-Christ. Partout nous trouvons Pierre à la tête des affaires importantes. C'est lui qui préside rélect ion de saint Matthia s, lui qui, après la descente du Saint-Esprit, i naugure la prédicy .tion évangélique, lui qui p arle au nopa fJQ tO"*^ «njïiiUeu da sanhédrin, lui qui prononce la prem[èr e excommuDicatiqu et inflige la première peine canouiqiLe , lui qui, en dépit de tous les préjugés et de toutes les oppositions, o uvre à h G entilité rac cès de TËglise, lui que les autres Apôtres, que PauL.iai-niême iostruit par Jésus-Chris t, viennent visite r pour çoj3férer. Quand se tient, comme nous le verrons tout à l'heure, le premie r concile de Jérusalem , c' est Pierre qui le préside (1). Il est incontestable que Pierre travaillait plus que loiTs Tes autres à la fondation et à l'extension de l'Église de Jérusalem ; bientôt cette extension fut telle qu'il fallut instituer des ministres chargés de suppléer dans les offices de charité les Apôtres absorbés dans la prédication et l'administration des sacrements. Sept diacres furent ordonnés,
(1) Sar cette prééminence de la position et de Tiniliative de Pierre, yoir les Actes : i, 6. — Actes, i, 8; i, 15, et suiv.; lu, IC etsuiv.; iv, 19; viii, 20-23; IX, 31, 32; X.
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dont le premier et le plus illustre, Etienne, deviendra le premier matyr(l). Avec les succès de TÉglise commencèrent ses persécutions, et, par un prodigieux retour, avec ses persécutions se fortifiaient et s'étendaient ses succès. Déjà Piere et Jean s'étaient vu battre de verges pour leur intrépidité à confesser Jésus-Christ (2). Le saint diacre Etienne fut bientôt lapidé (3), et ce crime fut le signal d'une persécution générale dans l'Église de Jérusalem (-4), persécution qui dura environ trois ans (36-39). Les fidèles chassés jusqu*en Syrie et dans les pays d'alentour y apportèrent la semence de la foi qui incontinent y produisit une riche moisson (5). Philippe évangélisait puissamment la Samarie et convertissait l'un des premiers officiers d'une reine d'Ethiopie. Déjà la ville de Damas se remplissait de fidèles , et Saul , encore persécuteur, y courait pour arrêter la céleste contagion de la foi. Vers ce temps nous retrouvons Pierre dans la Samarie, affermissant les Églises et les constituant (6). C'est là qu'il livra au premier des hérésiarques et des simoniaques , Simon le Magicien, le combat terrible qu'il acheva à Rome sous les yeux de l'empereur Néron (7). Pierre visitait les communautés qui surgissaient déjà de toutes parts et inaugurait dans la Judée et les pays voisins ce grand ministère qui devait bientôt embrasser le monde. Il inaugurait aussi son souverain et infaillible magistère , car une vaste question, toute remplie de difficultés, toute grosse d'orages, commençait à surgir. Jusqu'ici ce sont les restes
(1) Consulter Noël Alex., DUsert., VII , avec la note de Mansi. — Baron., An., 34. — Saccarelli, An., 33, n. 4. — Tournely, De ordine, quœsl. Ti , art. 3.
(2) Acles , IV, 3.
(3) Actes, VII.
(4) Actes, vm, 1.
(5) Actes , XI , 19.
(6) Acles, vni, 14.
fT) Actes, vm, 20-23.
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sauvés de la maison d'Israël qui forment TÉglise chréti le temple existe encore, on s'y rend encore pour prier. Apôtres tolèrent jusqu'à un certain point les pratiques saïques, le moment n'est pas venu d'urger sur un point Dieu du reste se chargera de trancher bientôt lui-même la destruction de Jérusalem et du temple et la dispersion peuple Juif. Mais quant à l'admission de la Gentilité l'Église, la question urgeait et réclamait une immédiate solution. Pierre était sans doute dans une anxiété poignante r tout Juif avait horreur du contact des païens, et l'idée seok de les admettre en communauté d'Église était pour lui Tia^ piété même et le sacrilège (1). Le Ciel intervint et commeoi^ cette longue intervention, qui devait assurer dans tout te cours des âges l'infaillible vérité du Siège souverain. Piene eut une vision dans laquelle la Gentilité lui était désignée comme une proie et une providentielle capture, et, ses instincts de Juif se refusant à comprendre le sens de cette vt- / sion. Dieu lui amena incontinent aprè s, dans le ç^pturiott ^ ; Corneille, le représentant de la Gentilité et le noble fils de patriciat romain, proie qui lui était ordonné d'accueillir, et qu'il accueillit dèsjors sans appréhension. Ainsi JPierredjUt . naiHa première et la plus importan te des décisions dog maliques (2).
(1) Actes, XX, 14.
(2) AemarquoDs comment devant ce fait tombent les systèmes fantaisistes d'une école historique contemporaine, d'après laquelle une rivalité profonde sépara saint Pierre et saint Paul. Saint Paul se faisant le défenseur ardent en même temps que l'Apôtre de la Gentilité : Pierre restant le Juif opposé à Pélément étranger, à la Gentilité dans l'Église. — Voir Gorini» Défense de l'Église, t. ], c. 1, n<» 3 et 4.
Cette admission des Gentils dans l'Église fut l'un des événements les plus graves des premiers jours de l'Église. Pierre dut imposer sa suprême autorité et Paul ne cessa dans ses Épitres d'inculquer la nécessité de celle admission. Rom., i, 16; ni, 9; iv; x, 12. — Galat., iv, 11; v, 6.
Avec une mauvaise foi insigne ou une honteuse ignorance presque tous
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C'est Pierre encore qui fondait les grands sièges. L'ilstre ville d'Antioche avait déjà reçu la bonne nouvelle de la )uche des premiers fidèles de Jérusalem que la persécution 'ait chassés jusque dans Tîle de Chypre et la Cyrénaïque qui de là y étaient venus prêcher la foi aux Gentils. Cette 'emière semence germa vite, et quand toute une riche'mois- )n parut au jour, l'Église de Jérusalem y envoya Barnabe, arnabé s'adjoignit bientôt un compagnon de travail qui 'était autre que Saul, naguère le persécuteur, maintenant > « vase d'élection » et l'ardent Apôtre de Jésus-Christ. Tel jt l'accroissement de cette communauté d'Antioche, qu'elle e tarda pas à effacer Jérusalem et devenir le centre du Chrisianisme en Orient. Ainsi allait s'accomplir sur Jérusalem 'oracle divin qui n'en faisait plus qu'une solitude et une uine , et l'Évangile, repoussé par le peuple déicide, passait L la Gentilité. Antioche obtint cette dignité éminente quand Pierre y transporta la chaire de sa primauté (i). Et quand Pierre quitta Jérusalem pour Antioche, Antioche elle-même Q'élait qu'une dernière étape avant Rome , le siège définitif et éternel de la Papauté. I nnocent I nous a c onservé une t raditio n d' après laquelle un e réunion générale des Aj)ôtres aurait eu lieu à Antioche présidée par saint Pierre^ et à la' smte de laq u elleje s fidèles i^nreniîenQ^m ie Chrétiens. D'Antioche Pierre rayonnait dans la Palestine , et entreprenait la conquête des provinces d'Asie. Le Pont, la Cappadoce, la Galatie, la Bithynie, reçurent de lui, avec la connaissance de la vérité , la semence des florissantes Églises , presque
les auiears universitaires font de Pierre Tennemi obstiné de la Gentilité ; le Juif entêté au particularisme de la loi mosaïque.
[i) Voyez, sur cette question : Semler, Initia SodeL Christian. Antioch., HaUe, 1767. — Euseb., Hist., I, lib. 3, cap. 30. — Origène, tom. VI, in Luc. —Saint Jérôme, Catal. !•'. —Saint Innocent, Épist., 18. — Le pape -GeUse, Cotic., t. IV, p. 1262. — Raban-Maur, Vie de sainte Madelaine,
C'est entre les années 37 et 39 quMl faut probablement placer la fondalion de l'Église d'Antioche.
1 32 ÉTABLISSEMENT ET DIFFUSION DE l'ÉGLISE.
entièrement conquise» sur la Gentilité. Après un minist^, dans l'Asie dont il est difficile d'assigner le temps , mat»! dont les fruits furent merveilleux, Pierre voulut revoir Jérui-j salem : c'était pour lui aller au devant de la persécution: (41-44) ;*Hérode Agrippa, qui venait d'y entrer sur les or-^dres de l'empereur Claude et avec le titre de roi, voulant; plaire aux Juifs ses nouveaux sujets, fit trancher la tête i; Jacques le Majeur, et jeter Pierre en prison (!). On sait' comment le Prince des Apôtres fut délivré de ses fers par un miracle dû aux ferventes et universelles prières de la communauté chrétienne. Délivré de la prison d'Hérode, Pierre part pour Rome sa capital e (vers l'an 42), d'oii désormaîs'notis le verrons présider aux conquêtes comme au gouvernement de toute l'Eglise. Nous interrompons son histoire pour la reprendre tout à l'heure quand nous étudierons , non plus à Jérusalem et dans l'Asie seulement la diffusion du Christianisme, mais à Rome, d'où il prend son plus puissant et son plus vaste essor. Passons aux victoires et aux conquêtes de Paul.
Paul foudroyé et converti sur le chemin de Damas (an. 37) est par Dieu destiné au plus fructueux et au plus rude de» apostolats , il va achever l'œuvre de Pierre dans l'Asie Mineure , devenir l'Apôtre de la Gentilité , travailler dans une large mesure à la fondation de l'Eglise romaine et à la conversion de l'Occident, puis , avec Pierre dont il aura été l'infatigable collaborateur, il scellera à Rome par son illustre martyre l'œuvre de toute sa vie. Mais comme il faut que sa mission soit tout d'abord reconjiue par l'autor ité légitime» Paul va. trouver ÎPierre , le Docteur indéfectible , « demeure quinze jours avec lui pour conférer son Evangile avec le sien (2). » Peu de temps après nous le trouvons à Antioche
(1) Actes, XII.
(2) Il est difficile de déterminer en quelle année naquit le grand Apôtre
l'église a jbbusalbm. 133
avec Barnabe et bientôt, d ans cette même ville, de laïques qu'ils étaient encore Ton et l'autre, ils sont élevés à répiscopat et désign és pour rapostolat plus spé cial des Gentils. — Désormais Paul est apôtre , il fait des courtes apostoliques dont le succès égale le nombre et l'étendue, il s'entoure de disciples qu'il sacre évoques et qu'il laisse au gouvernement des Eglises qu'il a fondées. Au début de ces courses commencées en Tan 43, quand Pierre évangélisait et conquérait Rome y Paul entamait profondément à Chypre l'une des plus antiques et des plus nobles familles romaines par la conversion d'un membre de la gens Sergia , le proconsul , S ergius Paulu s(l). Puis il se répandait dans les diverses parties de l'Asie Mineure. Revenu de ces premières missions àAntioche, il trouve cette Eglise agitée par les prétentions des Juifs qui voulaient assujettir les Gentils aux rites de Moïse, il part pour Jérusalem, y rencontre Pierre fugitif de ^ Rome (2) (de 50 à 52), ainsi que Jacques et Jean. Dans le premier des Conciles , Pierre prend la parole , dirige leji^bat, indique la solution, et « l'Espril-Saint » décide que
EoTan 37, au martyre de saint Etienne, c'est un viavioç un «jeune homme » ; leme peu précis qui signifiait l'intervalle entre l'enfance et l'âge mûr.
Vers le temps de son martyre, dans sa lettre à Philémon, il se nomme tf 0» YieiUarçl» » Comme 09V9 SdYQnS} du reste, qu'il mourut en l'ao 67 ^tt 68, concluons quMl naquit dans les premières années de l'ère chré- Uenne.
Né d'une famille juive, à Tarse en Cilicie, Paul passa ses premières années dans l'étude assidue de la Loi et la pratique d'un art manuel (Act., xvui, 3). — Vers 12 ans il fut envoyé à Jérusalem afin d'y compléter ses éludes et s'élever au titre de rahbû Cette éducation toute juive en fit un ennerai passionné de Jésus-Christ, et sa haine lui créa bientôt une infiuence considérable dans la cité déicide. Il partait pour Damas afin d'y organiser «ne persécution violente contre les chrétiens, quand, d'un persécuteur Dieu , subitement , en fit un Apôtre.
(1) Actes, XIII, 13 et suiv. — On trouvera dans la Sainte Cécile de dom Guéranger les détails sur ce Sergius P. et la gens Sergia, chap. III.
(2) Pierre fut, avec tous les Juifs, chassé de Rome par un édit de Qaude. Voir Suétone, Claud., XXV.
Leçons d'histoire. — Tome I. fa
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t oute impos ition des rites mosaïque s est défendue à Tégart des Gentils (1). — Après cette solennelle assemblée PaA repaT't^ouf de nouvelles courses apostoliques (2). (Vers Tao* 53). Après avoir visité les Eglises déjà fondées dans TÂ^: Mineure, il gagne la Phrygie , séjourne dans la MacédoiDe« va à Athènes où il fait retentir TAréopage de sa puissante prédication, puis se Gxe pour un an et demi dans i'opuleott Corinthe. Partout Paul laissait après lui de florissantes» Eglises que gouvernaient ses disciples, formés à sa doe* trine et à son zèle, et sacrés de sa main. Après Corintha Ephèse reçut TApôtre (vers Tan. 55) et avec lui le bienfait de la foi. Une émeute populaire, là conune en tant d'autres lieux, assaillit Paul, le chassa, mais pour le faire triom* pher ailleurs. — Déjà Rome réclamait le glorieux Apôtre, et s*il ne s'y rendit pas encore, au moins écrivit-il à TEglisd qui y grandissait tous les jours la plus royale de ses Epîtres. Il devait s'y rendre lui-même, mais en captif de Jésus- Christ. En Tannée 57 ou 58 il est à Jérusalem exposé i toute la fureur des Juifs, d'où le tirent les gouverneurs romains. Il parle à ces rejetons de la vieille Rome, il les fait trembler parfois sous sa parole, mais échoue devant leur frivole légèreté, et, sur sa demande, est par eux, envoyé à Rome pour comparaître devant César (3). (Vers l'an. 61). C'est là qu'avec Pierre , tout à l'heure , nous le retrouverons.
Donnons maintenant un regard rapide aux travaux des autres Apôtres. Suivant une tradition éminemment respectable, tous les Apôtres avant d^ seLSépare r, se p artagèreoU^ monde et rédigèrent en commun le symbole jie la foi (4).
(1) Actes, KVi
(2) Acles, XVII ; Actes, xv; Actes, xvni; Actes, xx. (3)Act€s, xxi-xxv.
(4) Sur cette tradition voyez Ruffinus, Exp09. symbol, — Trorabelli, 1^
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l'église a JÉaUSALEU. 135
ean, le disciple bien-aimé, consacra son apostolat à TAsie; a résidence la plus habituelle paraît avoir été Ephèse. Nul loute que cette « colonne de TEglise » ne soutint le Chrisianisme dans cette vaste contrée ; tous les monuments nous lésignent l'apôtre saint Jean , comme ayant exercé une inluence considérable sur les Eglises de l'Orient. Vers la fin lu premier siècle, cette influence le désignait trop bien iMji fureurs de Dioclétien pour que la persécution ne le vînt ms chercher au milieu de ses travaux et de ses succès. Nous e verrons à Rome , condamné à un affreux supplice mais sauvé par un éclatant miracle. 11 survécut aux autres Apôtres ôt mourut vers l'an 101. Ecrivain sacré le plus sublime, il reçut de la dictée de l'Esprit-Saint d'admirables pages, et de la postérité le titre d'Aigle de Pathmos. — L'apôtre saint Jacques , le frère , c'est-à-dire , dans la langue hébraique , le parent du Seigneur, fut évoque de Jérusalem. C'est dire quelle âme grande et forte, quelle puissance de doctrine et de sainteté tous reconnaissaient en lui. Les Juifs eux-mêmes firent assez taire leur haine et parler leur droiture pour lui donner le surnom de Juste. Mais la fureur de la persécution ûe lui accorda pas moins la gloire du martyre. Vers l'an 62 saint Jacques fut dénoncé par le grand-prêtre Anne comme violateur de la loi. Il eut pour successeur sur le siège de Jérusalem Siméon le Juste. L'autre Jacques , frère de Jean, reçut la couronne du martyre vers l'année 44. Sur les autres Apôtres les données sont rares et très éparses : leur oeuvre, fut de porter la foi dans les portions les plus éloignées de Vuaivers; ils fondèrent très certainement de nombreuses Eglises. C'est à eux que Ton doit le Christianisme dont , à iiieu des siècles de là, on retrouva les vestiges demi-effacés. Mais leurs sueurs demeurèrent plus obscures , leurs con-
^dcrament., t. Il, dissert iv. — Noël Alex., i^r siècle, dissert. xx. — Tillc- °^<^ût,ilfA»oife»,t. I,p.392.
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1 36 ÉTABLISSEAIENT ET DIFFUSION DE l'ÉGLISE.
quêtes rnoios illustres, et leur martyres moins bien connus. Voici ce que les trad liions et les monuments nous donnei^ de plus certain. Saint Matthieu demeura d'abord dans te Judée où il écrivit son Evangile , puis partit pour Tlndd et l'Ethiopie (i). Philippe paraît avoir consommé sa longaa carrière dans la Phrygie (2). Saint André se rendit en Scythie , évangélisa la Thrace et TEpire , et fut crucifié à Fatras en Achaïe (3). Saint Thomas pénétra jusque chez lc$ Parthes, prêcha dans la Perse et poussa probablement ses conquêtes jusqu'aux Indes (4). Saint Jude, le frère de saint -Jacques le Mineur, choisit pour champ d'action la Mésopo* tamie que parcourut aussi saint Simon le Cananéen (5). Saint Barthélémy , qu'on croit êtt'e le Nathanaël de l'Evangile; exerça son apostolat dans les Indes et subit le martyre en Arménie (6). Saint Mathias, substitué au traître Judas, entra en Cappadoce , suivit les bords de la mer Caspienne et fut martyrisé en Colchide (7).
(1) Il y a incertitude sur ce point. Socrate, Rufin et les historiens qoi les suivent veulent que saint Mathieu ait évangélisé TEthiopie ; tandis qae saint Ambroise , saint Jérôme , dans son matyrologe , les Menées le font Tapôtre des Mèdes et des Parthes.
(2) Papîas qui fut évéque d'Hiérapolis en Phrygie rapporte qu'il connut saint Mathieu, qu'il connut ses filles et apprit d'elles les miracles opérés par Tapôtre (Voy. Pair, grecq., t. XX, p. 298). — Qément d'Alexandrie et Polycrate d'Ëphèse font une mention explicite de ces filles de saint Mt' tbieu que Polycrate appelle « de grandes lumières de l'Eglise d'Asie. »
(3) Nous avons, sur ce point, le témoignage d'Origène, Comment. in G6nés. — Eusèbe, Hist., III, 2. — Pair, grecq., t. XX, p. 216.
(4) Origène, loc. citât.
(5) Hégésipe, Patr. grecq., t. XX, p. 252.
(6) Eusèbe , Hist. Patr. grecq., t XX, p. 455,
(7) Un immense événement, mais dont Dieu voulut se réserver tout le secret, eut lieu du vivant des Apôtres; nous voulons parler de la vie, de la mort, de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. Confiée à Saint Jean, Marie fut l'âme, la lumière, la force, le charme, le soutien de l'Eglise naissante. •— Suivant une très solide tradition, les Apôtres assistèrent à sa sainte mort, et constatèrent la merveille de son Assomption. Saint André de Crète, in Dormit. SS. Deiparx. Bibl. Pair., t. X, p. 655. — Saint Jean,
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l'église k JÉRUSALStf. 137
2« Telles sont les notions toute sèches de la Géographie apostolique. Mais il nous faut pénétrer dans Tintime de rœuvre , en étudiant quelles difQcultés accompagnaient la transformation du vieux monde sous le souffle de la parole des Apôtres , quelles questions surgissaient de toutes parts dans cette cooimunauté chrétienne formée brusquement et sans transition en plein milieu de la Gentilité et composée d'éléments si profondément divers et divisés. La solution de ^63 difficultés , la réponse à ces questions entrent pour une part très large dans les sollicitudes, les travaux, les souffrances de rÉglise durant toute la période apostolique : ne pas les étudier et ne pas en tenir compte, ce serait effacer Tune des plus importantes pages de l'histoire de l'Église. ^— Ces questions , qui presque toujours furent si vives et s'emplirent parfois de tant d'acriçionie, naissaient de trois différentes sources. D'abord deTétat des intelligences au moment de l'apparition du Christianisme : en second lieu du mélange des Juifs et des Gentils dans chaque communauté chrétienne : enfin de la position même de l'Église en plein cœur de la société païenne.
Quand se leva sur le monde des âmes le soleil de la vérité catholique , il eut à dissiper deux différentes ténèbres , les , ^ines chez les Gentils (4), les autres chez les Juifs. — Trois choses sont absolument nouvelles et paraissent inacceptables
Damascène , Homil. H in Dormit. B. M, V. — Nicéphore. — Sophronius. — Mbanase. — Voir tous ces témoignages dans le Traité des Fétet chré- <towe«, de Benoit XIV.
(i) Cette étude est des phis importantes à cause des sophismes accumulés sur les origines du Christianisme par les incrédules et les Rationalistes. Pour les sommités universitaires , pour Havet : Le Christian, et ses origi- ^<; pour Vacherot, Religion; pour la Bévue des Deux-Mondes, pour les journaux qui, comme le Temps, se parent de dehors scientifiques, le Christianisme Q^est qu^une évolution de THelléoisme.
^Qtre cet adversaires , il suffit de montrer la philosophie païenne telle ^'elle est; le sensualisme païen dans sa réalité hideuse; la vie païenne telle qu'elle était comprise et pratiquée , non pas seulement par la foule ,
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138 ÉTABLISSEMENT ET DIFFUSION DE L*iGLISB.
au païen. C'est d'a bord renseignement d'auto rité^laréip- ; , - - .vulaiion toute faite^ imposée à resprit par une IntellJgfiBC? /ui»p*^^upérîêû^. « Les Gentils cherchent la sagesse ,» disait saint Paul. Ils cherchent, ils veulent trouver eux-mêmes, ils repoussent la foi , ils abhorrent le mystère , ils voient dans l'Église une nouvelle école philosophique, oCi l'on peut applaudir ou contester, s'incliner ou refuser la croyance. Cette tendance toute rationaliste se glissa jusque dans la communauté chrétienne du premier siècle, et saint Paul dut plusieurs fois la combattre avec énergie. En second lieu, l'élévation de l'homme à une vie, des espérances, des destinées et aussi des devoirs surnaturels, tout un ensemble de moyens surnaturels pour enfanter et soutenir ce tte surna- / ' turelle existence dépassait rintelligence du Gen til de toute :' l^'^SuteùV dès cïeux. Quels efforts il fallut, quelles luttes, quels persévérants enseignements, quelle parole lumineuse et énergique fut nécessaire pour transfigurer ces âmes toute matérialisées, ou plutôt bestialisées par le Paganisme l De là cette insistance de Pierre et de Paul dans leurs divines Epîtres à inculquer aux païens le dogme de la divinité de Jésus-Christ, et, par Jésus-Christ, de l'élévation de la nature humaine à une surnaturelle et divine grandeur. Une troisième vérité faisait plus d'horreur encore
mais par les Sages ; yie qui était le contre-pied absolu , la négation complète du Christianisme.
Pensées, conduite, maximes, tendances, volontés, tout dans le psi^o exclut le Christianisme et réciproquement. — Cette thèse s'établira victorieusement en confrontant les maximes et les préceptes évangéliques avec les maximes et les préceptes des philosophes païens. Voyez donc : Platod Hépubl., I, n. 4. — Celse, liv. vin, 69. —Tite-Live, 1. xlv, c. 28. — Tacilei Annal,, 1. ii, c, 24. ; Hist.^ 1. iv, c. lxxxii. — Suéton., Vies de Néron, dt m., de Tite. — Justin, HUt., XXIV, c. 6 et 8. — Timée, 1. x. — Arislole, Fol., Vil, c. i7. — Diogèoe Laërce, 1. u, c. 6. — Athénée, 1. xiii. Aussi le Paganisme professa-t-îl pour la doctrine et la morale chrétienne horrear, haine, mépris. —Tacite, Annat., 1. iv. — Cels., III, n. 10. — Pline, Lettre à Trajan. -— Tcrtull., Apolog., III. — Surtout les AcL martyr.
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l'éguse a jérusalkm. 139
et suscitait des résistances plus désespérées : c'était laj;évélatioD de la croix , Verbum crucis. Cette parole terrible, '^ si grosse de sacrilices et de martyre, si terriblement oppo- ^* sée à tous les instincts de la nature, était, nous apprend saint Paul , pour les païens « une parole de folie ; » prêcher la croix , Thumiliation , la pauvreté , la douleur volontaire , c'était prêcher une extravagance^ Jusqu'au sein des plus florissantes Églises cette opposition se fît jour, se traduisit par d'amères récriminations et des protestations insolentes. Saint Paul dut foudroyer souvent ces orgueils , et pleurer des larmes désolées sur ces chrétiens en révolte contre'ridée chrétienne de l'expiation, et « qui marchaient en véritables ennemis de la croix. 11 fallut des efforts inouïs et des lattes sans nombre pour découronner la Vénus païenne et faire tomber l'antique prestige de la volupté.
Chez les Juifs l'état des intelligences pour être différent li'en offrait pas moins à la parole apostolique les plus tenaces résistances. Le Juif ne peut se résoudre à voir Moïse s'effacer et Jésus-Christ apparaître (1). Mêgiejconverti , le Juif ^ccepte la s upériorité de la Loi nouvelle sur l'anc ^epûe qu avec une^ s orte de terreur naïve (2). Pour lui, renoncer à Moïse est toujours**une impiété. Rien ne fut plus difficile à déraciner que cette disposition , rien ne reparaît aussi fréquemment dans les Épîtres apostoliques. Avec Moïse les Juifs retenaient, même après leur conversion, les pratiques tout extérieures de la Loi, et y attachaient opiniâtrement le salut (3). Saint Paul devait parfois frapper de ses foudres ces esprits entêtés à préférer la « lettre qui tue à l'esprit qui vivifie. » Les plus dociles se soumirent, mais un assez grand nombre désertèrent et devinrent îa proie des sectes judaïsantes, que nous verrons pullu^
(^) Voir TépUre aux Hébreux.
(2) Rom., IV. — Galat.
(3) Rom., II, 25-29. — Galat.
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140 ÉTABLlSSaiIBNT ET DlfFUSi02f DE L'ÉGLISE.
1er dès le temps des Apôtres et désoler les chrétientés. Cet état des esprits en face de la vérité catholique s'df^ gravait d*une circonstance , pleine par elle-même de péi^ et de dirPicultés : le mélange des Juifs jBt des Gentils d i presque toutes les Églises. Ces deux éléments si hétérog^ se'fûsiôônaieDt avec une peine infinie. Le concile de Jérusalem , nous l'avons vu , fut rendu nécessaire par une que^ relie violente entre la Gentilité et le Judaïsme, et lapressioa exorbitante que celui-ci voulait exercer sur celle-là. Rome vit bientôt la même désunion surgir pour la même cause , aggravée encore par un orgueil commun (1). Les Juifs pré* tendaient soumettre les païens convertis à leurs rites mosaïques : les uns et les autres se méprisaient et se dénigraient mutuellement. Les Juifs reprochaient à leurs frères les folies et les turpitudes de la Gentilité, les païens jetaient à la face des autres le souvenir infamant du déicide. Il fallut toute Tâme et tout le cœur du grand Apôtre pour réprimer cette scandaleuse rivalité.
Enfin la situation de TËglise au milieu mêmedelasocié{s^ païenne était pleine de difTicullés et de dangers, il nes'agis* sait de rien moins que dérégler la conscience et la conduite de rindividu, l'organisation de la famille, les droits et les devoirs de tous à Tégard de la société. — Dans quelle mesure le païen converti pouvait-il se répandre dans la société, prendre part aux emplois publics, paraître dans les fêtes nationales, participer aux pompes du dehors? Et sans étendre la question ni l'élever si haut, comment se devait conduire le fidèle dans le commerce ordinaire et la vulgarité quotidienne de la vie, entouré qu'il était d'idolâtres, obligé de vivre et d'agir au milieu d'eux et d'agiter avec eux ane multitude d'intérêts communs (2)? Autre grave question :
(1) Rom.» IX, X, XI.
(2)ICorinlh.,x, 19-33.
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L*ÉGL1SS A jéaUSALBM. 141
dans quelle mesure l e fidèle devaiUl dissimuler sa foi, et quand était-il oblig e "(Je Ta produire et de la défendre pubïiquement (1)? Les Apôtres devaient trancher ces difficultés et mille autres semblables : ils le faisaient dans leurs pré^ dications et le rappelaient et le fixaient dans leurs Epîtres. — L'organisation de la famille réclamait aussi de nombreuses et de pressantes décisions. A peine épanouie la fleur chrétienne fit respirer au monde les parfums de la virginité volontaire. Les âmes éprises de Dieu renonçaient aux affections de la terre , le s^vœux de continence furent contemporains de la n aissance de rEgîise. Mais il importait de régler méme~ces élans magnanimes et d'apporter à cette héroïque immolation la maturité et la prudence , afin que le trouble et la désunion ne ravageassent pas les familles sans profit pour la vie religieuse (2). Si la virginité volontaire soulevait les plus graves questions, le mariage était Dca moins fécond en difficultés de toute sorte. Les unions entre pa ïens et fidèle s, la conversion de Tune des deux peo'tîes, les dangers d'entraînement , de séduction , d'apostasie, le danger d'intolérables sévices dans une union de religion opposée, tous ces points demandaient les solutions les plus délicates et les plus sages (3). L'éducatijm de J*enf apce était toute ent ière à créer. Dans la société antique, l'enfant livré aux esclaves, presqu'entièrement étranger à ses parents, croissait sans amour, se desséchait comme une Aear sans soleil et sans eau , et ne donnait ensuite à la société que vices et stérilité. Saint Paul consacra largement sa parole et sa plume à cette œuvre aussi fondamentale que nouvelle de l'éducation (4). Au-dessous de l'enfant était l'es*
(1) I Corinlh., X, 27-28.
(2) I Corinlh., vu.
(3) 1 Corinlh., vu.
(4) Il Cor., XII, 14. — Ephes., vi , 1; v£, 4. — Colos., m, 20 ; m, 21. — I Tim., V, 10. — Tit., ii , 4. — I Tim., n, 15.
142 ÉTABL1S3BMSNT ET DIFFUSION DB L*£GUSB.
elave : question immense encore et. toute hérissée de difficulté! L'émancipation prématurée des esclaves eût ëk désastreuse, si elle eût été possible. Désastreuse, parce que tel était leur nombre que leur affranchissement subit, en déplaçant brusquement l'équilibre social, en ouvrantà toutes les passions et à toutes les représailles un accès impétueux, eût jeté le vieux monde dans d'intolérable convulsions. Il fallait donc préparer l'œuvre sans la brusquer. Les Apôtres y employèrent toute la délicatesse de leur charité et la sagacité de leur prudence. Les Epîtres
de saint Paul sont, en maint endroit, le code le plus merveinéusement sage sur cette vaste et formidable gu^oa de Tesclavage et du prdTérarlàt.""-^Tlestartfune dernière qliestion capitale. Placée au milieu de la société civile, en face des puissances séculaires, PEglise, divinement introduite dans le monde avec d'incontestables droits, avec une inaliénable prééminence, avait n éanmoins envers FEta t de nécessaires devoirs. Le Maître avait dit : « Rendez à César ce qui est à César. » Mais dans quelle mesure? Mais jusqu'à quelle limite? Mais de quelle manière? Là était la question, dont Jésus-Christ avait laissé à son Eglise la solution dernière. Avant toutes choses il y avait deux époques à préciser, car dans chacune d'elles les devoirs des fidèles devaient être très différents : l'époque de l'établissement de l'Eglise par la souffrance et le martyre : l'époque du plein épanouissement et du règne de cette Eglise pour le bonheur et la force des sociétés. Quand l'Eglise prend naissance, il importe que l'on sache que ce n'es t pas un partj jaolitigfl^ qui se forme , mais que c'est la vérité divine qui s'introduit dans le monde et y prend sa place nécessaire^ ittYipJ§l>ki ëterhèllë. Comment s'établira la vérité catholique? Indépendamment de toute force et de toute protection humaines. C'est le point essentiel du plan divin. Trois siècles de persécutions le manifesteront au monde; trois siècles durant
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l'Église a Jérusalem. 1 43
esquels les fidèles devront subir l'oppression inique de la orce, devront mourir sans se plaindre ni résister. Sur ce )oint les ordres des Apôtres furent rigoureusement gardés, amais, comnie le déclarait hautement Tertullien , jamais [ans un e période de trois siècles de persécutions et de vio^ gp^es, un chrétien ^ ne prit part à aucune résistance ni mcune rébellion contr e les pouvoirs oppresseurs qui les persécutaient. Mais si les fidèles subissaient sans révolte le nartyre, ils le faisaient en revendiquant héroïquement 'affranchissement de leur âme et le droit inaliénable deserm Dieu, « de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Nous le v^errons plus loin , les persécutions eurent sous ce rapport une incalculable portée, elles fixèrent pour toute la suite des siècles les limites du pouvoir civil, elles brisèrent entre les mains du césarisme Tignoble sceptre qui abaissait et captivait les âmes comme il asservissait les corps. Le martyr qui mourait pour sa foi mourait libre, il triomphait de César au moment même où César semblait complètement triompher de lui. La lecture des Actes des martyrs ne peut laisser aucun doute sur la toute-puissance de ces morts endurées librement au nom des droits de Dieu et de la liberté des âmes (1).
Telles sont les questions que les Apôtres eurent à trancher dès les premiers jours de l'Eglise. Ils le faisaient le plus souvent de vive voix, et leurs préceptes passaient aux Eglises par le canal de la tradition. Parfois ils livraient par écrit ces leçons dictées par la Sagesse divine , et révérées à l'instant même parmi les fidèles comme la parole de Dieu. -— Nous voici amené à parler des écrits des Apôtres. Dieu île voulut pas que sa parole et ses révélations fussent entièrement le patrimoine de l'enseignement oral ou Tradition,
W) On trouvera dans notre ouvrage, saint Paitl éiudié, etc., des déve- •oppemenls complets de tout ce qui précède.
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144 KTABLIS^BMBNT £T DIFFUSION DB l'ÉGLISB.
il eu coDsigoa une partie dans des écrits inspirés dont Tensemble forme ce que nous nommons le Nouveau TestatnerU. Nos courtes explications tomberont sur trois points : la raison d*ôtre de ces écrits : leur énumération : la réfutation invincible de Torigine que leur assigne Terreur protestante.
3. Les Apôtres écrivirent sous la dictée de Dieu pour des besoins qui surgissaient et que des circonstances très
f diverses faisaient naître. I/Eglisevivait e t fonc tion nait dan s ^on entier, la foi reliait les fidèles^ le s en seignements divins
• coulaient à pleins bords, la lumière révélé£inondait les âmes, que pas une ligne du Nouveau festaineût n'ét ait encor e ^m£Osée (1). L'Ecriture naissait a vec les circonstances . —
(1) Ce fait absolument irréfutable établit la valeur de la Tradition et ruine toute la ttiéorie Protestante de l'Ecriture , règle unique de la foi.
Il y eut , dès les temps les plus anciens , beaucoup d'écrits attribués aux Apôtres, qui ne sont pas compris dans le canon du Nouveau Testament. Ils durent leur origine en partie à des traditions, en partie à uoe fraus pia, dont on se servait pour leur donner plus d'autorité et d'influence. Cf. Fabric. Cod. apocryph., etc. Ruitenslok, Inst. hist. ecclesiasl. , i, I, p- 161-169. Les livres appelés Canones (85), ConsHluUones (lib. Yni) et le Symbolum Apost, sont d'une autorité très grande. Les deux premiers ouvrages sont évidemment anciens. Cf. Tillemont, t. II, p. — NaL Alex., HUt. eccl ««c.,I,diss. 18, t. IV, p. 409 sq. Cf. l'excellente critique de Drey, dans ses Nouv, recherches sur les const, et les canons des Apôtres, Supplém. crit. et bist. à la littérat. de l'bist. ecclésiast. Tub., 1832 ; ouvrage préparé par de nombreux travaux , surtout de Beveridge , dans ses Remarques sur les Canones apostol. et dans son Can. Ecclesixprimitivse vindicatus et iUustratus. Lond., 1678,in-4o.— Alzog, Hist. de VÉgl, t. I.
Quant à l'origine du Synâ. Apost., elle se rattache à la tradition, d'après laquelle les Apôtres , avant de quitter Jérusalem pour se rendre dans les différentes parties du monde, qu'ils avaient tirées au sort, rédigèrent une courte formule de foi (<iup.6oXov) , qui dut servir de norme à leur enseignement et de règle de foi aux chrétiens. Voyez d'abord Rufin, in Expos. Symb. Apost. et dans Homil, de Symb. attribué à saint Augustin. Cf. Fabric. V, m, p. 339 sq. — Nat. Alex., Hist, eccl. sxc, I,di8s. 12 (L IV, p. 299-311), juslifle celte tradition, ainsi que BoUand., Act. Sanct., ad diemlS jul. Par contre, Tillemont, du Pin, et d'autres la rejettent. Quand ce symbole n'aurait pas été rédigé par les Apôtres, toujours est-ce d'après cette règle de foi courte et précise que les Apôtres restèrent unanimes dans leur en-
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l'église A JÉRUSALEM . 145
Voici les motifs les plus ordinaires qu*eurent les Apôlres de consigner par écrit leurs enseignements. Ils fondaient une Eglise, ils Tévangélisaient, ils la remplissaient des grands souvenirs de la Rédemption , des préceptes de la loi nouvelle, de toutes les leçons sorties de la bouche de THomme- Dieu. Tant que leur présence la garantissait, l'intégrité de ces enseignenoents ne courait aucun risque, mais eux partis, leurs successeurs désiraient un mémorial de leur doctrine , afm de ne s'écarter d'eux d'une ligne ni d'un iota. Les Apôtres laissèrent donc des écrits aux principales Eglises qu'ils avaient évangélisées. — Certains points plus délicats du dogme ou de la morale demandaient la précision plus grande et plus solide de la formule écrite. — D'ailleurs l'écrit demeurait alors que la voix de l'Apôtre s'était éteinte, et, répandu parmi tous les fidèles , lu dans les assemblées , expliqué et développé par les disciples , il devenait un écho impérissable des premières prédications. — De plus l'Eglise naissante ne tOTdapas à être ravagée par l'hérésie, qui mentait effrontément à la parole des Apôtres , la travestissait , r « adultérait, » comme s'en plaignait saint Paul, et jetait ainsi une perturbation désastreuse dans les souvenirs des fidèles. Les Apôtres envoyaient à ces communautés ébranlées et chancelantes des écrits où l'Esprit-Saint lui-même formulait la doctrine venue de Dieu et altérée par les hérétiques. — Fréquemment encore le but de ces pages divinement inspirées envoyées aux fidèles était leur consolation et leur soutien au milieu des persécutions qui ne tardèrent pas à les assaillir de toutes parts. — Enfin comme des sentinelles vigilantes les Apôtres veillaient à la sainteté des
seignement (I Cor., xv, 3-4; — Heb., vi, 1-3); cette formule, transmise d'abord de vive cote, fut rédigée plus tard par écrit, et avant la fin du !«' siècle en s'augmentant dès que les premières hérésies commencèrent à germer. Voy. Méyers, De Symb. Apost. Utulo, origine et de antiquissimis eccles. temporibus auctoritale, Trev., 1849. Cours d'Hisl., d'Alzog, 1. 1.
Leçons d'histoire. — Tome I. 9
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Eglises, et quand surgissaient des abus, quand étaient si gnalés des vices , à ces maux et à ces ruines ils opposateol la vigueur pénétrante de leurs écrits : admirable et to«^ puissant remède qui réveillait les endormis et ressuscita^' les morts.
Après ce que nous venons de dire, un mot suffira sur la nomenclature même des livres du Nouveau Testament Avant toutes choses il fallait déposer dans la mémoire da
inonde Tabrégé au moins des œuvres^ des vertus, des discours, des nairacles de l'Homme-Dieu. L'humanité, comme le prêchait saint Paul, « ne devait plus savoir qu'une chose, Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié : les Ev angiles fur^ ce divin mémorial (1). Les trois premiers, composés dès les premières années de TEglise (2), répandirent la vie du Christ dans la Judée, TAsie Mineure, TOccident jusqu'aux extrémités du monde; le quatrième, celui de saint Jean, venu plus tard, fut écrit pour mettre dans une nouvelle et plas éblouissante lumière la divinité de Jésus-uhrist , que les premiers hérétiques s'efforçaient déjà de voiler. — La seconde chose que l'humanité devait renfermer dans un impérissable souvenir, c'était la forma tion , les débuts , le s miraculeuses conquêtes de ITglise , et aussi ses premières luttes et ses précoces persécutions : les Actes des Apôtres sont cette histoire chère et sacrée. — Mais dans cette Eglise se feront toujours sentir les mêmes besoins de lumière, de direction, de consolation, d'encouragement; Terreur fera durant tous les siècles son même travail de corruption et de ruine : la même perfidie devra trouver devant elle la même
(1) Les Êvangélistes ne firent que mettre par écrit un Evangile oral primitif que les fidèles méditaient sans cesse et s'apprenaient entre eux sous la garde vigilante des Évéques et la pleine autorité de l'Eglise.
(2) Selon l'opinion la plus sérieuse, l'Evangile de saint Mathieu fut écrit environ dix ans après l'Ascension.
Saint Marc ne fit que consigner les souvenirs et les prédications de saint Pierre.
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l'église À JÂROSALBM. 147
infranchissable barrière : te l sera le rôi ejmultiple des Epîtres. Dans ces écrits les Apôtres parleront à tous les âges diTEglise, et trancheront, pour les générations de tous les siècles , les difficultés que nous avons en partie énumérées plus haut (i). — Enfin Dieu, sans déchirer entièrement l'avenir
(1) Voici, dans leur ordre, les Epîtres canoniques, c^est-à-dire reçues dans rSglise comme écritures inspirées. EfHlres de saint Paul. ~ Eptlre aux Romains, Saint Paul y traite les plus profondes questions de la Aédemplion, de l'appel des peuples à la foi, des mystères insondables de la grftce. Il y donne sur la complète organisation de la société chrétienne de nombreux enseignements. — I'« Epîlre aux Corinthiens. Saint Paul s*y élève d^abord avec une grande énergie contre les rivalités et les désunions causées par Tesprit d'orgueil , contre le rationalisme qui tue renseignement doctrinal delà révélation. Il règle des points d'une extrême importance sur le mariage et l'état de ^virginité, développe avec une admirable lucidité la thèse de l'unité de l'Eglise, de sa vie divine et de ses dons surnaturels. Puis il établit fortement le dogme de la résurrection des corps et ouvre sur le drame de la résurrection générale quelques profondes perspectives. — Dans une seconde Epîlre aux Corinthiens l'Apôtre complète ses enseignements précédents, et en ajoute d'autres sur le sacerdoce de la Loi nouvelle, ses grandeurs et ses puissances, et aussi ses luttes et ses perpétuelles persécutions. B trûle longuement de l'aumône, puis revient sur le sacerdoce et l'apostolat que les premiers hérétiques et les faux frères ne cessaient de dénigrer dans sa personne. — Aux Gâtâtes, tombés presque tous dans les erreurs des Jodaisants, il établit le dogme fondamental du salut par Jésus-Christ et par Jésus-Christ seul , et l'inutilité de la loi mosaïque, ce qui en est la conséquence. — L'Epîire aux Ephisiens développe dans toute sa sublimité le dogme rappelé aux Galates, et énumère les richesses inouïes de la Rédemption en Jésus-Christ. Après Jésus-Christ vient l'Eglise, dont l'Apôtre fait magnifiquement contempler la divine unité et la vitalité indéfectible. L'Ëpître se termine par des enseignements pratiques de la plus haute portée. — Aux f^hUippiens, Paul , alors prisonnier à Rome , révèle toute la tendresse de son cœur. — Aux Colossiens il développe comme aux Ephésiens le grand mystère de la Rédemption. — Dans les deux Epîtres aux Thessaloniciens nous trouvons de précieux détails prophétiques sur la fin du monde. — Dans les trois Epîtres à Timothée et à Tite, ses disciples, il trace les règles de la vie sacerdotale. — A Philémon il dépense son grand cœur à supplier pour un esclave. — Aux Hébreux doublement ébranlés par l'erreur et la persécution, saint Paul rétablit la doctrine sur le salut par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, puis console et fortifie cette Eglise affligée.
Voici le reste des Ecritures canoniques du Nouveau Testament : — EpUre de saint Jacques. — Deux Epilres de saint Pierre. — Trois Epîtres de saint Jean. — EpUre de saint Jude. — Apocalypse.
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ni nous mettre en pleine lumière , voulut néanmoins Uragg
pour l'instruction et la consolation de ses enfants l esgpranjljt
lignes de Thistoire prophétique de TE^Uâa. Les fidèles dei premiers temps lisaient dans VAvQcabiPse les arr êts (jh> h Justice contre Rome idolâtre et persécutrice : nous aubret,, venus après, nous y lisons l'annonce des dernières cattstrophes du monde et du suprême triomphe de TEgliseife Jésus-Christ.
m. L'Eglise de Jérusalem. Avant de reprendre, i Rome , le Gl du récit historique et la suite des dévelo}^ ments et des conquêtes de l'Eglise, il nous faut nous arréteft ne fût-ce qu'un instant , au spectacle de cette communauli, chrétienne de Jérusalem , type suave de toutes celles cpf déjà se formaient partout.
!• La première chose qui frappe nos regards dans 1» communauté chrétienne, c'est le sacerdoce, et dans et; sacerdoce la hiérarchie. La ligne qui sépare le prêtre du laïque , le clergé , l'Eglise dirigeante et enseignante de II foule enseignée et dirigée des simples fidèles , se laisse cli^ rement apercevoir dès le premier instant. Ce corps enseignant se montre et agit dans une pleine lumière etavecoof pleine autorité (1). Jésus-Christ l'a d'abord façonné loi-
(1) Voir pour rélablissemeot divin du sacerdoce catholique, ses charges» ses prérogatives , ses pouvoirs , ses fonctions : Jean, x, 26, 27. — I Tla.» m, 15. — Ephes., iv, 11-14. — Jean, v, 36; x, 38; xv, 24. — MaUh.,x» 1-8. — Marc, xvi, 17-20. — Jean, xiv, 12. — Conf. Act., ir. — I Cor.,xfl*
— Heb., II, 17; vu, 17; ix, 28; x,10. — Conf. Jean, m, 14, 15.— Malth., XXVI, 26 sq. —Luc, xxn, 19-20. — I Cor., xi, 23-26. — Jean, xx, 19-2Î.
— Luc, V, 16; VI, 12; ix, 18-28. — Jean, c. xvii, — Luc, xi, 1 sq. — Act., I, 14, 24; vi, 6; viii, 15, 24; xiii, 3. — Jean, i, 42. — Matth., xvi, 48. — Jean, x, 11. — Malth., xviii, 18. — î Corinth., iv. — II Corinlh» IV. — Hebr.
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l'église a jéfiUSALSM. 1 49
e de sa divine main , la Pentecôte a versé sur lui l'effuiîon de la grâce , Dieu lui a donné ses pouvoirs : le voici |our les siècles le mandataire de Dieu auprès des hommes , *largé de par Dieu pour les hommes d'un ministère qu'aucime autorité humaine ne pourra légitimement entraver, qu'aucune persécution humaine ne saura vaincre. Ce clergé aura pour première fonction de prêcher la parole sainte, d'annoncer Jésus-Christ, d'illuminer le monde en dissipant la nuit des erreurs. Dieu crée ses prêtres « comme de grands astres chargés d'éclairer le monde. » Et comme à leur parole il faut un signe qui la fasse reconnaître, un cachet divin qui en révèle l'origine et l'infaillible autorité, Dieu y attache le sceau incommunicable du miracle. A cette première fonction du ministère sacerdotal s'en ajoute une autre : offrir le grand sacrifice de la Nouvelle Loi, continuer ^mystérieusement l'immolation du Calvaire , et éterniser sous les signes sacramentels du pain et du vin , le sacrifice de Melchisédech. Mais comme c'est auprès d'une humanité coupable et malade que les prêtres de Jésus- Christ sont 1 Qé^yutés, la troisième de leurs divines fonctions sera de I « ï^emettre les péchés. » Le péché remis et l'innocence \ rendue, la vie divine coulera à pleins bords dans la commuîiauté chrétienne par le canal des Sacrements. Au Sacrifice ^^ à la réception des Sacrements s'ajoutera la prière : le premier spectacle que nous offre l'Eglise est un spectacle
<ie prière : « Or ils persévéraient unanimement dans la
prière à Dieu. »
L'idée de Sacerdoce est intimement liée à celle de Hiérarchie. Jésus-Christ constitue cette hiérarchie , et dès les premiers jours de l'Eglise nous la voyons puissamment fonc- ^ïonner. Un dès premiers soins des Apôtres est de perpétuer lepiscopat. Eux-mêmes choisissent parmi leurs disciples ceux qu'ils croient capables de porter le redoutable fardeau, et ceux-ci à leur tour reçoivent Tordre d'en faire autant et
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150 ÉTABL1SS£MBNT ET DUFUSiON DE l'ÉGLISE.
d'ordonner « ceux qu'ils trouveront aptes à instruire et diriger les autres. » Chaque évêque régit une Eglise particin Hère (1), y est souverain, mais dans des limites détemânées. Dans l'enceinte de sa communauté ou Eglise parties- Hère, l'évéque exerce tous les pouvoirs : il instruit rt administre, il corrige, il légifère, il choisit et ordonne ks simples prêtres , il les admoneste, il instruit leur procès^ il les reprend publiquement quand leurs fautes exigent cette sévérité. Au milieu de tous ces évêques , au sein de tontes ces Eglises, Pierre exerce son droit souverain de primauté, il les visite, les admoneste, les fortifie, partout nous le voyons dominer en elles selon la plénitude des pouvoirs que lui a conférés Jésus-Christ. Au-dessous des évêques sont les prêtres qui commandent aux fidèles dans la mesure restreinte d'une autorité déléguée, et qui ne GomoiandeDt qu'à charge pour eux-mêmes d'obéir. Les monuments qoi établissent la supériorité de l'évéque sur les simples prêtres sont innombrables dès les premiers siècles (2). Partout, dans chaque Eglise constituée, nous trouvons l'évéque seul
(1) C'est la troisième et dernière de nos hiérarchies ; et , comme noas avoos dit : Diea est le chef du Christ, le Christ est le chef de l'Église oa de Tépiscopat, nous disons encore troisièmement : Tévêque est le chef de réglise particulière (Dom. Gréa, DeVEgUetdesadiv. const.).
Unitatem firmiler tenere et vindicare debemus, maxime episcopi, qui ia Ecclesia prœsidemus, ai episcopalum quoque ipsum unum atque indimsum probemut,,, Episcopatu$ unus est, etc. S. Cypr., De unit. EccU d. 5.
II Tim., H, 2. — Tit., i, 5. — I Tim., v, 17. — Apoc, c. ii et m. — Ep. ad. Smyrn., c. 8; ad Magn., c. 6; ad Trallian., c. 2, et autres pass. Cf. ad. Philad., c. 3. "Ooot -yàp 0eou eîcriv xai' lecroO Xpi<rroî>, ouTOt («rà toj imaxôirou eîaiv. Ad Polycarp., c. 6. Tô itnaxoizta irpocr^x^Te, îv* xai é 0ebç 0{ji1v.
(2) C'est surtout dans les lettres de saint Ignace (f 107), Père des temps apostoliques, que la prééminence des évêques sur les prêtres est miseea relief : « Obéissez tous à votre évêque comme Jésus à son Père , et aox prêtres comme aux Apôtres. Honorez les diacres comme la loi de Diea; que toutes choses se terminent dans la paix du Seigneur. Et puisque Tévé* que tient la place de Dieu, et le prêtre celle de l'Apôtre, soyez soumis à Tévêque comme à Jésus-Christ , aux prêtres comme aux Apôtres ; ainsi l'ont ordonné les Apôtres eux-mêmes. »
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LÉGLISS À JÉRUSALEM. 151
)i unique chef suprême de la communauté, et il a fallu oute Timpudence hérétique pour oser contester cette consitution primitive du Sacerdoce catholique. Le nombre des )rétres s^accroissait avec les besoins des fidèles. Après 'évêque et le prêtre nous trouvons dès les premiers jours le TEglise le diacre. L'ordre des diacres remplissait des 'onctions de charité au milieu des fidèles, mais aussi s'élevait incomparablement plus haut, puisqu'aux diacres TEçlise demandait qu'ils fussent « pleios de TEsprit-Saint et ie la vérité , » et qu'elle leur confiait l'administration du baptême et la prédication de la parole de Dieu. Celait par rimposition des mains que l'on était élevé à ces trois degrés de la hiérarchie ecclésiastique (1).
2. Quant au cuUe une distinction est tout d'abord à faire qui n'est pas sans importance, entre l'Eglise de Jérusalem et les autres fondées sur son modèle , mais au milieu delà Gentilité et d'éléments païens. Les fidèles de Jérusalem unirent, dans une mesure tolérée et surveillée par les Apôtres, la fréquentation du temple, la participation aux rites mosaïques avec la profession de la foi de Jésus-Christ et la pratique des vertus plus excellente de la nouvelle Loi. Ce mélange fut permis à leur faiblesse , aux difficultés des circonstances , et aussi , comme le dit saint Augustin , à un certain respect que méritait l'Ancienne Alliance. La religion mosaïque « déjà vieillie était près de sa fin, » mais il convenait à son origine, sa mission, ses œuvres, les gloires véri-
(i) Ad., VI, 1. — Act., vu; viii; xu, 38, 40; cf. I Tim., ni, 8.
U est question aussi, dans le Nouveau Testament, de diaconenei et de prétrtstes, auxquelles étaient confiés le soin des malades , la surveillance et l'instruction (Rom., xvi, 1, i^ ^uxx&voç Til., ii, 3, i^ irpsoêuTiç) . On les prenait ordinairement parmi les veuves, rarement parmi les vierges. ITim., ^t 9< Quant i Tintervention des femmes dans TEglise , saint Paul dit forïûeUemenl, I Cor., xiv, 34 : Mulieres taceant inEcckiia.
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152 ÉTABLISSEMENT ET DIFFUSION DE l'ÈGLISE.
tables de soo passé, « de ne la mettre au tombeau qu'ayee .,décence et honneur. » — Dans les autres Eglises pre»qu*exclusivement formées d^éléments païens, ce mélange,;; s'il eut lieu, ne souffrit que des exemptioos bien légèreff, -^ et le culte prit de suite sa forme exclusivement chrétienne. Le fond des assemblées était toujours la prière , la lec* ture, Toffrande du Saint-Sacrifice. En entrant dans le lieu de la réunion et en se retrouvant dans la famille, les premier» chrétiens se donnaient le baiser de paix (1). Puis on se mettait en prière , et dans cette prière s'observa de suite la touchante coutume de faire mention des frères absents ou défunts. A la prière succédait la lecture de l'Ancien Testament d'abord , mais auquel on ne tarda pas à ajouter celle des Evangiles et des écrits des Apôtres. Divers passages des Epîtres de saint Paul et des écrivains apostoliques nous témoignent que dès le commencement de TEglise , le chant des psaumes et des cantiques pieux était en usage dans les assemblées. Dès lors aussi la partie enseignante, les évêques, faisaient aux fidèles des exhortations et des commentaires de doctrine sur le texte sacré précédemment lu. Une particularité , disparue avec le besoin qui la faisait naître , signalait ces primitives assemblées : le Baptême ou la Confirmation conférait avec la grâce gratum faciens, la grâce gratis data;\e don des langues, des prophéties, de doctrine, reposait sur les fidèles , et les évêques ou les prêtres présents les laissaient parler pour Tédification de tous (2). Les femmes seules étaient exceptées (3), et des règlements faits par les Apôtres maintenaient Tordre et empêchaient les abus. Le repas fraternel ou agape accompagnait souvent dans les assemblées saintes les autres exercices de piété (4). Mais la
(1) s. Justin, Apolog., i^67.
(2) I Corinth., xii.
(3) I Corinth., xii.
(4) 1 Corinth., xj, 20. — Actes, vi, 2.
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l'égusb a Jérusalem. 1 53
partie la plus importante et la plus sacrée de l'assemblée tbrétienne fut toujours ce que les Actes appellent la fraction du pain, Toblation sous les espèces du pain et du vin du grand Sacrifice de la nouvelle Loi. On joignit d'abord strictement, comme le fit Notre Seigneur, le Sacrifice à Tagape, puis quelques inconvénients forcèrent les évoques à séparer du festin divin de TEucharistie le festin terrestre , d*où la sainteté se retirait peu à peu. Les collectes pour les frères indigents sanctifiaient aussi les assemblées des fidèles. Nous voyons saint Paul en introduire et en maintenir l'usage avec une grande énergie.
Dès les premières années de l'Eglise, bien que la prière, les bonnes œuvres, « la fraction du pain, » fussent choses assidues et journalières , des jours de fête étaient observés. A Jérusalem les fidèles gardèrent le jour du Sabbat. Ailleurs le dimanche obtint rapidement la prééminence.
3, L'autorité du Sacerdoce s'exerça de suite avec une pleine vigueur. Les Apôtres frappaient de peines disciplinaires les fautes graves, ils excluaient des assemblées les scandaleux, et réprimaient sévèrement les frères dont la conduite devenait un danger pour la communauté entière. Saint Paul se montrait sévère envers le clergé de Corinthe qui par faiblesse ou calcul avait laissé un inccsle impuni. Et si les mœurs étaient l'objet de l'active vigilance des Apôtres, l'intégrilé delà foi trouvait en eux des défenseurs encore plus intrépides et plus en éveil. Ils exigeaient à la parole de Dieu la soumission la plus entière, et retranchaient de l'Eglise tout audacieux qui la voulait adultérer. « Un ange venu du ciel n'y changerait pas un point impunément! » (i).
(1) Gai., I, 8, 9. — TH., m, 10. — Il Petr., ii, 1-10. — Cf. II Ep. ^e saint Jean, n, 12. — Rom., xvi, 17. — II Thess., m, 14; et Iren.,
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154 ÉTABLISSBIfBNT ET DIFFUSION DE L'ÂGLISB.
4. N'ayons garde de détourner les yeux d'un suave fécond spectacle. Daos cette Eglise des premiers jours, Jérusalem, et plus tard à Ephèse, la Vierge Marie, Mén: de Dieu, « Reine des Apôtres, » Patronne de l'Eglise^ « Secours des chrétiens, » recueillait dans la plus larg» mesure, les témoignages de vénération et d'amour de la communauté chrétieone. Dès lors elle soutenait les Gdèles, consolait les affligés, relevait les faibles, illuminait les' aveugles. Dès lors « elle terrassait les hérésies, » elle appuyait la saioe doctrine, et répandait à flots dans l'Eglise naissante les richesses et les suavités de son maternel amour (i).
Cette Eglise allait grandissant et s'étendant chaque jour davantage : nous venons de suivre à Jérusalem et daos rOrient ses premiers développements, nous allons maintenant contempler ses divines conquêtes dans les vastes pays de rOccident.
Le Christianisme à Rome.
Pierre arriva à Rome vers Tannée 42. L'empereur Claude régnait depuis deux ans. La ville des Césars avait déjà reçu la parole divine, Jésus-Christ y comptait déjà des sujets et FEglise un noyau de fidèles. Vraisemblablement, ce noyau s'était formé de Juifs convertis, que chaque Synagogue comptait dans son sein et dont elle versait dans TEglise le
Contra hœr., m, 3, n. 4. — I Cor., xi, 19. — Cf. MaUh., xviii, 7. —Jean, II, 16. — II Jean, v, 9. — Cf. Luc, ii, 34, 35.
(1) Nous donnerons au 2e vol., leçon XI Y®, le tableau complet de l'Eglise des premiers siècles.
LB GHRISTIANISIUB A ROMS. 155
((ffltiogent faible saos doute, mais cher et précieux. Les ' monuments profanes nous fout foi que la colonie Juive était à Rome puissante et nombreuse (i). Elle occupait dans le Transtévère un établissement considérable, et, si nous en (S'oyons un mot du poëte Ovide, leurs synagogues étaient visitées par la haute société romaine, au moins à titre de curiosité. C'est, comme il le faisait toujours, au milieu d'eux que le Prince des Apôtres se ûxa, eux qu'il évangélisa les premiers (2). Deux époux Juifs se ûrent dès ces débuts les intrépides collaborateurs de l'Apôtre, Aquila et Priscille, auxquels plus tard Paul rendra un si magniûque témoignage. Mais bientôt nous trouvons saint Pierre en relation
(1) Dans les salutations qui terminent ta lettre de saint Paul aux Romains, la plupart des noms, sinon tous, sont des noms Juifs. Preuve irréfutable des succès de la foi de Jésus-Christ dans la colonie Juive de Rome.
Pour qui voudrait reconstituer , dans sa physionomie particulière , la ^\e \aive à Rome au temps des Apôtres , nous signalons les passages suivants des auteurs à consulter : Mai, Script, vêler., tom. III, 3« partie, p. 7 et 98. — Appien, De bello Mithr., 117. — Cicéron, Pro Place, 28. — ioseph., Anl, judaic., xiv, 12. — Cicéron, Pkilipp., 1, 2, 12, 42. — Suétone, Jul, Cxi., 84. — /d., Ocl, Aug., 93. — Joseph., Anl, jud., XX, 8. — Horace, Sal,, «,68 et 69. — Orelli , ïmcript. sélect , 2522, im, — Tibulle, 1,3. — Ovide, Ars, amat., 1, 6. — Horace, I, Sût.» IV, 142. — Tacite, HUt., V, 5. — Philon, Légat, ad. cai. — Stace, I, SU9., V, 72-74. — MarUal, I, xlii. — Tacite, HUt., V, 5.
(2) Saint Pierre se fixa en plein quartier juif, au Transtévère et à la porte Capène. — Bientôt Tlntolérance juive chassa, de ce quartier, Pierre qui alla se fixer sur le mont Aventin au lieu où s*éleva depuis TEglise de sainte ^ngque , et où Aquila et Prisque avaient leur demeure (Rossi , Bulletins, °ïai et juin 1867).
{^risque et Aquila étaient de fortune considérable. C*est par eux que , vraisemblablement, Pierre pénétra dans la haute aristocratie romaine et convertit les Pudens.
Se rapprochant plus encore des quartiers des Patriciens, saint Pierre ha- ^»lt ensuite le Viminal.
Le nombre toujours croissant des catéchumènes le contraignit de s*éloi- Wf un peu, entre les voies Salarienne et Nomentane, en un lieu plein ^'eau, près le cimetière Ostrien (Voy. de'Rossi, Del luogo appellalo « ad ^(ipream »). — Là fut la vénérable « chaire» où il enseignait.
156 ÉTABLISSBMBNT BT DIFFUSION DB L*É6L1SB.
avec im noble patricien. Du Transtévère son influence vie* torieuse passait au quartier de la plus haute aristocratie. — » El ici, il importe de bien définir le double point historique, que nous prétendons assurer, i* Dès la carrière apostoliqi» de saint Pierre et de saint Paul, Borne comptait déjà une multitude de chrétiens : â^ le Christianisme pénétra concurremment dans toutes les classes de la société romaine, 3 ne fit pas ses seules conquêtes dans le peuple, mais il obtint de presque toutes les hautes familles un large contingent.
I. Multitude des chrétiens dans Rome. Commençons par établir le point le plus neuf, à savoir que Taristocratie romaine reçut largement la grâce de la foi. Ce point, longtemps négligé par l'histoire ecclésiastique faute de données assez nombreuses et assez positives, vient de recevoir de la science épigraphique et de la savante exploration des catacombes la plus vive lumière et en même temps le plus inébranlable appui. Le chevalier de*Rossi, en exhumant la Rome souterraine des premiers jours du christianisme, en faisant parler la pierre, en forçant tous les monuments à des révélations aussi inattendues que concluantes , nous fait arriver à cette conclusion magnifique, que la foi de Jésus- Christ fut presqu'aussi largement accueillie dans les grandes familles que dans le menu peuple , et que le Patriciat romain et même les familles impériales livrèrent un grand nombre de leurs membres aux vertus et aux sanglants héroïsmes de la vie chrétienne et du martyre (i). La famille juive d'Aquila et Priscille était en relation avec Pudensle Sénateur : « C'est là , dit de'Rossi, un des faits de Thistoire
(1) On consulte rjBi avec le plus grand fruit sur cette importante question la collectioQ des Mémoires du chevalier de'Rossi — ou encore, si l'on veut moins s'étendre, la « Sainte Cécile » de Dom Guéranger.
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I LB CHRISTIANISME A BOMB. 157
jebrétienoe de Rome les mieux établis par les moDuments. » jJBaint Pierre , leur hôte , dut donc être mis eu relation avec Jcette famille sénatoriale des Pudens. Mais ces Pudeos, d*auifres monuments nous les montrent mêlés à la gens Cornelia. {Or on sait que les Cornelii formaient Tuoe des branches de ^^aristocratie romaine les plus antiques et les plus illustres; {ils commandèrent les armées, cent fois conduisirent Rome fà la victoire, et le nom de Scipion est le synonyme même ; de la gloire militaire. Saint Pierre connaissait déjà cette famille, on se rappelle la série de miracles, qui, en Ju- ; dée, dès les premiers jours de l'Eglise, ût entrer un Cor- • itôlius comme prémices de la Gentilité dans la communauté chrétienne (1). De proche en proche, de famille en famille, le Christianisme gagnait rapidement dans le Patriciat romain. ' Une autre illustre famille était celle des Pomponii, qui ne tarda pas à s'allier à celle des Cœcilii , et par les Cœcilii à se trouver en rapport d'intimité avec les Cornelii. C'est ainsi que tout nous ramène à Pierre, l'hôte des Cornelii, l'ami et le père dans la foi du sénateur Pudens. Ces alliances qui amènent la gens Pomponia comme nécessairement au Prince des Apôtres, ouvrent sur un fait de l'histoire pro- . fane un jour tout chrétien. Tacite nous parle d'une illustre matrone Pomponia Grœcina , séparée du monde, vivant de longues années dans une retraite austère, comparaissant devant un tribunal de famille (î2) comme accusée de superstUion étrangère (3). Cette héroïque chrétienne, que Tantiquité
(1) Un ouvrage rempli de la scieDce la plus consciencieuse vient de paraître que l'on consultera avec fruit sur cette question , Histoire des persécutions, par P. AUart, 1. 1, p. 14. Paris, Lecoffre. —Voir aussi Mk^ Gerbet, Esquisse de Rome chrétienne,
(2) Voir sur ce tribunal, Denys d'Halicarnasse, Arch., 11, 25. — Pline, Hist. nalur., XIV, 14. — Suétone, Tibère, 35.
13) Tacite, Annal, XII, 32. — Un petit-fils de Pomponia Grœcina, Pomponias Grscinus, mourut chrétien ainsi que l'atteste son épitaphe retrouvée <lan8 les catacombes.
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ecclésiastique coanafl beaucoup plus sous son surnom de Lucine , joua uo rôle considérable dans Tévangélisation de la Rome païenne (i) et jeta les semences de la foi dans h famille des Flavii , destinée à TEmpire.
Durant ce temps Tapôtre Paul entamait une autre famille illustre, celle des Sergii (â), que nous trouvons de bonne heure alliée aux ^Emilii , d'où elle tire son surnom de Paulus. Les Sergii, d'autre part, s'étaient alliés aux Cœcilii, et, par eux, se trouvaient ramenés à l'influence de Pierre. Quand saint Paul convertissait à Chypre un Sergius-Paulus, il ne faisait donc que continuer et étendre le vaste mouvement commencé par Pierre et qui entraînait vers la foi da Christ les plus illustres représentants de la noblesse romaine. Pour peu que nous poussions nos investigations à travers les monuments de l'ancienne Rome , les noms des grandes familles surgissent toujours plus nombreux dans les fastes chrétiennes. De Pomponia Grœcina et de Plautias son mari (3), naît une Plautia , qui , mariée à un Flavius, donne naissance à une Plautilla, fervente disciple de saint Paul. Une autre illustre jeune fille de la gens Flavia, Petronilla, initiée à la foi par saint Pierre, voue à ce père un immense et inviolable attachement. Désormais l'aristocratie toute entière donne de ses fils et de ses filles à la foi du Christ, la cour impériale se remplit de chrétiens, la famille des empereurs en compte dans ses rangs, le sénat ouvre à la religion nouvelle son inaccessible enceinte, les hautes magistratures sont remplies souvent par des fidèles, l'heure viendra où la haine impériale devra amortir les persécu-
(1) Dans l'hypogée ouverte par elle rous son domaine de la Voie Appienne ont été retrouvés les noms illustres des Cœciili, Cœciliaoi, Attici, Amici , toutes familles alliées à la gens Pomponia.
(2) Act.,xiii.
(3) L'illastralion d'Aulus Plautius était grande dans Rome. C'est à lui qu'on devait la conquête définitive de la Grande-Bretagne. Il fut consul subrogé en Tannée 29 et reçut les honneurs de l'ovation.
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