LE CHRISTIANISME A ROME
ons , étouffer des procès , dissimuler des conversions nouelles, de peur de trouver trop et de trop illustres coupables frapper.
Un second point est plus facile encore à établir, c'est que î Christianisme, qui gagna dans la haute classe de si illus- 'es adhésions, s'adressa en même temps à la classe moyenne t au peuple (i), et y recruta les fidèles par milliers. Que du ômps même des Apôtres, Rome ait possédé une multitude le chrétiens , trois témoins irrécusables sont là pour TafOr- Der : les auteurs profanes : les faits historiques : les monu* nents. Tacite ne fait pas difflculté d'avouer que telle avait îté la puissance de propagation de la superstition nouvelle, telles la rapidité et l'étendue de ses conquêtes , que Rome ôt l'Empire se trouvaient pleins d'une grande multitude de ces disciples du Juif crucifié (2). Suétone, parlant des chrétiens et des Juifs qu'il confond ensemble , motive leur expulsion sous Claude sur ce que « ces vaincus » avaient la force et l'insolence de faire « la loi à leurs vainqueurs, » et il regarde ce qu'il appelle leurs agitations comme une source de dangers pour l'Empire. De cet inique jugement ressort au moins l'affirmation du nombre considérable des chrétiens au milieu de Rome dès le premier siècle. Quand, toute l'heure, TertuUien et les autres apologistes prendront solennellement la parole, ils pourront menacer l'Empire de n'être plus qu'une solitude , si les chrétiens s'en retiraient. — Du reste
(1) Beaucoup des inscriptions des catacombes révèlent des personnes de classe moyenne. —Saint Paul dans les salutations qui terminent sa lettre aux Romains s'adresse en général à des fidèles de moyenne condition. — Willmanns, Intcript,,u*
(2) Tacite, Annal, XV, 14. — Dans ce passage où Tacite parle de la mullUude des chrétiens, il les accuse d'être en haine au genre humain. Comment un secte obscure et peu nombreuse eût-elle pu justifier de pareilles expressions?— Voyez Milman, The history of Christian, — Sur cette « multitude, » voyez Saint Clément, ad Corinthios, encore Tacite, XV, 44. — Suétone, Varo, 31.
quand ces voix se tairaient, les faits parleraient assez 'd'eux mêmes. Dès la première persécutiop , sous Néron , il périt , de chrétiens une véritable multitude. Le fait seul d*avoir creusé, bâti, habité toute une Rome souterraine, d'avoir construit ces immenses catacombes, suppose un peuple entier d'ouvriers et de martyrs. — Les martyrs nous restent Si nous avions quelques doutes, quoique déjà impossibles, sur la vaste étendue de la chrétienté romaine de l'époque apostolique, ces doutes s'évanouissent devant le spectacle de cette Eglise primitive toute entière couchée dans la tombe < et immortalisée dans ses sépultures. Si les monuments sont les témoins irrécusables des conquêtes de la foi dans les familles illustres , ils n'ont pas moins de force quand ils affirment le nombre immense des chrétiens de Rome au premier siècle. Leurs innombrables loculi sont devant nos yeui, défiant nos chiffres , et laissant loin de la réalité nos supputations toujours trop timides (1).
II. L'Eglise sous l'apostolat de saint Pierre et de saint Paul. Telles furent, vues dans leur plus large perspective, les conquêtes de l'Evangile au sein de Rome païenne : reste à voir à l'œuvre les deux conquérants, Pierre et Paul, qui les accomplissaient miraculeusement. Nous continuons la trame de l'histoire.
!• Le premier soin de Pierre, dès que la foi commença à se répandre et la communauté chrétienne à se former, fut de consigner dans un Evangile et des Epîtres ses enseignements quotidiens. Marc son disciple fut par lui chargé de rédiger un second Evangile, qui fut comme le premier écrit sous l'inspiration et la dictée du Saint-Esprit. Répon-
(1) De'Rossi, Roma soterranea.
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émi à des besoins nouveaux, TËvangile de saint Marc, qui Jpour le fond semble assez uo abrégé de celui de saint Mathieu, se montre néanmoins sous une physionomie diffé* iiente. On voit qu'il est fait pour un milieu oh la Gentililé Hlomine, car il supprime tout ce que saint Matthieu consi- ^ait pour les populations de la Judée. On y sent partout ^ témoin oculaire , et quand Papias et Clément d'Alexandrie ne nous affirmeraient pas la coopération de Pierre , le : texte suffirait à la démontrer. Cet Evangile, écrit en grec, ffranchit de suite l'enceinte de Rome et se répandit dans les JEglises de la chrétienté. Dès le commencement du deu- ^ème siècle Papias nous atteste et son existence et l'approfiation dont l'avait revêtu saint Pierre et son immédiate i diffusion. Pierre lui-même composa des Epîtres, qui, par j la majestueuse gravité des enseignements , révèlent leur l origine et leur destination. Il importait à celui qui gouveri Bait l'Eglise entière de tracer à tous les chrétiens des règles f de conduite en face de la Gentilité et de la puissance civile, dont ils restaient les sujets. Dès l'exorde de la première Epître, qui regarde la chrétienté de Rome aussi bien que les Eglises du Pont, de la Cappadoce , de la Bithynie auxquelles elle est adressée, Pierre forme les fidèles à l'attitude ferme, patiente, intrépide, qu'exigent d'eux la persécution des Gentils et la pression des pouvoirs civils. Ils doivent rester paisibles et inofifensifs, mais garder leurs âmes libres et leurs consciences immaculées. , L'Apôtre créait aussi la famille, lui imposait une législation. Il terminait sa magnifique lettre en annonçant les persécutions et en enseignant les vertus que la communauté chrétienne y devrait produire et les espérances qu'elle y devrait garder. Il signe son Epître de Babylone : la Rome idolâtre méritait cette sévérité.
2. Pierre devait plus encore que des écrits à l'Eglise universelle dont il avait la charge : il devait pourvoir à sa
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complète et puissante orgaDisation. L'Eglise, corps mys que de Jésus-Christ, devait se constituer à Tinstar du coi^ humain , selon le profond enseignement que saint Paul do nait aux Corinthiens. La vie universelle devait s'y répand par de grandes artères , et fonctionner grâce à une harnao*! nieuse concentration des pouvoirs (1). De grands centres," des Eglises-mères devaient d'abord se former, afln que d'elles comme de hauts et puissants sommets, comme de ceiKl très féconds (2), la doctrine et les pouvoirs divins se répan-( dissent dans les sièges inférieurs, et de ceux-ci jusque] dans les moindres églises cl les plus lointaines extrémi-j tés (3). Pour plus de facilité et d'harmonie, et afin d'obte-] nir un fonctionnement plus puissant, Pierre adapta i l'empire spirituel des âmes l'organisation même de la Rome j terrestre et de son immense et merveilleuse domination. Rome restait la tête, l'âme, la vie de tout l'Empire; mais, aûn que ses ordres fussent plus sûrement transmis et sa
(1) Voici entre cent autres un texte formel de Tertuliien , Prmscr.,
« Aussitôt que les âpôtbes eurent reçu la force de TEsprit-Saint , qui devait, selon la promesse divine, leur conférer le don des miracles et de Is parole , ils se répandirent d'abord dans la Judée, attestant la foi en Jésus- Christ, et y INSTITUANT DBS ÉOLisBs. Puis s'élauçaut de là sur le monde, ils promulguèrent parmi les nations la doctrine de cette même foi ; et comme moyen de rendre permanent leur enseignement, ils constituèrbnt dbs ÉgU' SES DANS CHACUNE DES CITÉS ; el de CCS Églises primitives d'autres Églises emr prunlèrent l'étincelle de la foi et la semence de la doctrine ; et chaque jour de nouvelles chrétientés méritent de la même manière d' acquérir le titrs ^'Églises. »
(2) Voir saint Léon le Grand, Epist.^ xiv, ad Anast. Thess., n. 1.
(3) Nam quod sciscitaris utrum divisis imperiali judicio provinciis, ut duo métropoles fiant , sic duo metropolitani episcopi debeant nominari : non vere visum est, ad mobilitatem necessitatum mundanarum Dei Ecole* siaro commutari, honoresque aut divisiones perpeti, quas pro suis causis faciendas duzerit imperator. Ergo secnndum pristinum provincianim morem , metropolitanos episcopos convenit nominari. S. Innoc. I, Epist., xTin» ad episc Ânlioch. ap. Labbe, t. II, col. 1269. — Contra régulas nihil prag' malicum valebit, reguîœ Patrum teneant. Conc. Chalc, sess. IV, ibid,,l IV, col. 544.
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^puissance plus régulièrement imposée, elle avait associé ^ux grandes villes à sa tâche de régir le monde : Alexandrie (i) et Antioche (2), partageaient, sous ses ordres et Imtièrement soumises à son pouvoir, les honneurs de son ÎBUDense gouvernement. Pierre profita de Torganisation .iBvile pour créer les grands sièges qui , sous sa domination ^olue, devaient répandre la vie divine dans les vastes r'tcbtrées réunies et groupées autour de chacun d'eux (3). Il ^songea avant tout à Alexandrie la seconde ville de l*Emy pire, et y envoya Marc son bien-aimé disciple pour y fonder ^la seconde Église du royaume spirituel de Jésus-Christ. Aûtioche , où il avait après Jérusalem établi son siège , fut par lui élevée au rang de troisième siège de la chrétienté. C'est un an après l'élévation d'Alexandrie, en 43, qu*eut lieu celle d'Antioche.
t « Ainsi furent fondés tout d'abord par l'institution dij recte du Prince des Apôtres , comme l'enseignent saint i Gélase et saint Grégoire le Grand , les trois sièges patriar- ; eaux de l'antiquité : Rome d'abord, l'Église-mère et maî-
f tresse : au-dessous Alexandrie et Antioche , dans la subordination à l'égard de Rome. L'Église copiait l'Empire , en I attendant qu'elle le remplaçât. »
} Tels sont les événements qui remplissent et illustrent le ■ premier séjour de Pierre au milieu de Rome. Mais déjà f gï^ondait un orage qui devait l'en chasser et l'en tenir éloigné
(1) Saint Pierre y envoya son disciple Marc.
(2) Voir Thomassin , Discipl. eccl,, p. ï, lib. r.
(3) C'est ainsi que les plus imporlantes cités de l'Empire sont devenues ^ Eglises-mères et maîtresses d'un nombre plus ou moins considérable d'autres Eglises : Antioche dans le diocèse d'Orient; Alexandrie où saint ^erre envoya son disciple saint Marc dans toute la province d'Egypte ; Césarée de Cappadoce dans le Pont et la Cappadoce ; Ephèse dans l'Asie proconsulaire ; Thessalonique dans la Thrace ; Corinthe en Achaïe ; Sala- ^^^^ dans l'île de Chypre ; Rome dans tout l'Occident ; Carthage dans toute l'Afrique, et peut-être même dans une partie de l'Espagne; et Arles, Lyon ®t probablement Trêves et Mayence dans toutes les Gaules.
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durant plusieurs années. Les accroissements de la communauté chrétienne , Tinfluence que lui faisait prendre rillustration de plusieurs de ses membres, et aussi surtout Topposition bruyante et la haine tumultueuse dont les Juifs la poursuivaient , éveillèrent en Tannée 47 la susceptibilité et les rigueurs du pouvoir (1). Un édit de Tempereur Claude parut qui exilait tous les Juifs , et dans les Juifs comprenail les chrétiens. Suétone nous a fidèlement conservé la pensée intime du pouvoir dans cette tyrannique mesure. Rome païenne commençait à pressentir et à redouter des maîtres nouveaux. Pierre partit pour un exil de huit années et sa première visite fut pour Jérusalem , mais sa résidence la plus habituelle paraît avoir été Antioche , son premier siège. D'Antioche il dut sans doute rayonner dans les contrées de TAsie (2), multiplier partout les conversions des peuples et les fondations des Eglises, mais Tabsence de documents positifs nous défend toute affirmation spéciale. En 54 Rome changeait de maître, et de TinAécile Claude tombait dans le sanguinaire et abominable Néron. Avec Claude ûnisr saient les édits de proscriptions pour les chrétiens et les Juifs, et Pierre pouvait rentrer dans son siège et reprendre ses travaux suspendus.
(1) « L'agitation causée dans les quartiers juifs par les premiers succès de la parole apostolique ne s'était pas calmée. Quelque incident dot l'exaspérer et lui donner les proportions d'une sorte d'émeute. » Hist. des perséc, I, p. 18. — Voir aussi Suétone, VU, Clatid. —Dion Cassius, Hist, XL, n. 6.
(2) Les preuves abondent qui établissent l'érection de très nombreux sièges épiscopaux dès les temps apostoliques. S. Basile , EpisL., cic, ad Amphiloe. — Mansi, Concil, II, 518, 573. — Eusèbe, Hist, VIL — Soiomène, Hist. eccles,, VII, 19. — Tillemont, Hist., VIII. — S. Augustin, Contr. Donatist.f cap. xv. — Salvien, De gub. Dei, 1. VII, cap. xvin. — S. Cyprien parle déjà de son temps du « grand nombre d'évèques » <^ Afrique, De laptis, n. 6. — Moricelli, Afric. sacra, t. I, p. 30. — Voir pour Térection des sièges d'Espagne, Dom Chamard, Les Églises du monde romain, pag. 146. Nous nous occuperons spécialement^ plus loin, des sièges de la Gaule.
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Rome avait le plus grand besoin de' son Apôtre et de son Chef. Car, suivant la prédiction du Sauveur, les faux christs et les faux prophètes dévastaient déjà la chrétienté. Simon le MagicicD , que Pierre avait autrefois vaincu dans la Samarie , travaillait activement à Rome à corrompre les premiers fidèles, et, en leur offrant, unies à des lambeaux de christianisme, des rêveries judaïques, des initiations secrètes, surtout les facilités de la volupté, il en avait déjà séduit, corrompu et enrôlé un certain nombre. Il jouait le miracle , et déjà un nombreux cortège le suivait dans ses prédications et ses prestiges. Nous verrons tout à l'heure son châtiment.
Quand Pierre eut raffermi les faibles, consolidé son œuvre, achevé la constitution de son Église de Rome , il songea à remplir, dans les contrées de l'Occident, la mission d'Apôtre qu'il avait , à deux reprises, déjà exercée dans les provinces d'Asie. Mais avant de quitter Rome, il imposa les mains à Lin, l'un de ses plus fervents disciples, et le chargea du gouvernement de la communauté chrétienne de Rome. D'antiques monuments, des traditions vénérables, nous montrent le Prince des Apôtres , le Chef universel de l'Église , évangélisant l'Italie et y visitant les Églises déjà fondées. « Le vénérable Bède, un biographe grec du huitième siècle, reproduit par les BoUandistes , un auteur syriaque du sixième publié par le cardinal Mai* nous montrent l'Apôtre évangélisant jusqu'à la Grande-Bretagne, qui, depuis l'expédition de Plautius, était devenue d'un accès facile comme toute province de l'Empire. L'Espagne le vit aussi, et il est probable qu'avant de rentrer à Rome il visita la côte d'Afrique, de sorte que tout ce qui devait former le patriarchat d'Occident aurait été parcouru et sanctifié par lui (1). »
Durant les courses apostoliques de Pierre , l'Apôtre Paul
(1) Dom Guéranger, Sainte Cécile.
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viol à Rome. Après avoir, comme nous Tavons vu haut, appelé à César, il y fut envoyé, prisonnier à la vë mais jouissant néanmoins d*une liberté assez lar^ vaquer au grand œuvre de Tapostolat. 11 dut cet adoi: sèment à la bienveillance du centurion Jules qui lui son salut (1), et aussi sans doute aux hautes influences qt^.] la communauté chrétienne pouvait dès lors faire a^ir. l£' prêcha le salut aux Juifs sans les convertir, mais , parfii les fidèles, son apostolat fut merveilleusement fructiie«É* Tous pouvaient l'approcher, et, comme sa lettre Tavait fak universellement connaître et apprécier, tous venaient ch«^cher auprès de lui la lumière et le salut. Saint Luc est formel sur ce point (2), et un passage de TEpître au Philip^piens nous montre saint Paul en rapport avec la plus haute aristocratie romaine et les membres même de la famille de l'empereur (3). Dès Tannée 56, le gendre de Pomponiit Grœcina avait reçu de Néron la charge de préfet de Rom^ et plusieurs raisons sérieuses portent à croire qu'il était chrétien. Vers la fin de ce premier séjour de saint Paul à Rome eut lieu la fameuse séance du prétoire, où l'Apôlre comparut devant ce que Rome comptait de plus illustre, rendit magnifiquement compte de la foi chrétienne , et fît dans la ville une universelle et profonde sensation. Burrhus, préfet du prétoire, Sénèque le consul assistaient par droit et par devoir aux audiences de cette nature. La lettre aux Philippiens témoigne du grand éclat qu'eut cette audience, dont la fin fut l'acquittement de l'Apôtre. Libre de quitter Rome, où alla Paul? Probablement en Espagne. Saint Clément affirme que saint Paul alla jusqu'at«5 extrémités de VOccident, L'auteur du Fragment (Muratori) parle du dé-
(1) Actes, xxvii, 1 , 31.
(2) Actes, XX VIII, 30, 31.
(3) Philipp., I, 13.
(4) Philipp., 1,14.
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part de saint Paul pour l'Espagne. Un assentimeot una- Dime des Pères et des Docteurs (1) nous amèoe à la même affirmation. De l'Espagne l'Apôtre se rendit très certainement en Orient, car nous l'y retrouvons absorbé dans les labeurs apostoliques. Il visite Colosse, Ephèse où il laisse comme évêque son disciple Timothée. Il évangélise l'île de Crète dont il fait évêque Tite, un autre de ses disciples.
Durant ces courses apostoliques de saint Paul à travers les Eglises d'Orient , Pierre rentrait à Rome vers l'an 62. Vers le même temps, révêquedu second siège, saint Marc, recevait à Alexandrie la couronne du martyre. Antioche perdait son évêque Evodius auquel succédait l'illustre saint Ignace dont Rome plus tard contemplera le glorieux martyre. Rome offrait alors à Pierre le fruit des travaux de son vicaire Linus et surtout la riche moisson spirituelle préparée durant les années de l'apostolat de saint Paul. L'Église augmentant chaque jour davantage , Pierre donna la consécration épiscopale à un noble romain de la gens JEtni- ^^a, Clétus, et l'adjoignit à saint Lin. Un autre nom illustre se montre à côté des deux précédents. Clément, d'origine pratricienne et fervent disciple de saint Paul, que nous verrons désormais travailler dans Rome à l'agrandissement ^e la foi.
Ces mêmes accroissements avaient forcé Pierre à quitter sa première et humble chaire de l'hypogée Ostrianum, pour se placer plus au centre de la vaste cité, dans la pleine aristocratie, chez les Cornelii et les autres grandes familles. Cette seconde chaire fut toujours dans l'Église l'objet de la PÏus profonde vénération. De cette chaire « l'Apôtre uni- Ci) Eusèbe et Origène seuls ne meDtioDDeot pas ce fait qu^afôrment tous les autres Docteurs : Athanase, ad Draconl., n. 4. — Cyrill., Hierosol. Ca- ^cket., n. 62. — Epiphan., HsBret, xxvn, n. 6. — S. Hieron., in Isate, xi , ^* etinimo*, cap. v. — Théodoret, in Epist. ad Philipp,, c. i. — D. Clia- ^&rd,£^|. du inonde rom.,p. 147.
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versel » gouvernait TÉglise entière, et lui imposait di ses décrets souverains. Au témoignage de Bède, il tua que TEglise de Rome célébrerait la fête de Pâ< le dimanche, et que ce dimanche serait toujours cei qui suivrait le quatorzième jour de la lune de mars. N verrons celte question grandir, parfois devenir péni et acrimonieuse , mais se terminer au triomphe de la P»; pauté.
Jusqu'ici, sauf le bannissement momentané sons Claudf et le procès de saint Paul , TÉglise de Rome a pu se déve-! lopper et s*étendre sans rencontrer de sérieux obstacles. L'heure est venue , où Dieu la mesure avec les forces di colossal Empire. L'ignoble Néron est tout désigné pourb première de ces horribles boucheries qui, durant trois siècleSt rempliront le monde de sang, l'Eglise de glorieux martyres; et la haine populaire qui déjà, au témoignage de Tacite, poursuit le nom chrétien de toutes parts , se fait l'auxiliairo acharné du premier persécuteur. En 64 , Néron , pour jouir du spectacle d'un grandiose incendie , avait mis le feu à Rome. Rome s'indigne, le tyran tremble pour sa popula* rite. « Afin , dit Tacite , de calmer l'irritation générale. Né- » ron produisit des accusés , il soumit aux tourments les » plus raffinés des hommes détestés pour leurs crimes , et » que le peuple désignait sous le nom de chrétiens. Ce nom ^ » leur est venu de Christ, qui, sous l'empire de Tibère, avait » été mis à mort par le procurateur Ponce- Pilate, ce qui » réprima pour un instant cette pernicieuse superstition. » Néanmoins le torrent déborda de nouveau, non-seule- » ment en Judée où il avait pris sa source , mais jusque » dans Rome même où viennent se rendre et se perpétuent » tous les crimes et toutes les turpitudes. On saisit d'abord » ceux qui avouaient, et ensuite, sur leurs dépositions, » UNE MULTITUDE IMMENSE, moins convaincue du » crime d*incendie que d'être en butte à la haine du gewe
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