LB CHRISTIANISME A ROME
» humain (i). » Texte précieux autant qu'effroyable! Il nous fait irrévocablement foi de la merveilleuse extension du Christianisme dans TEmpire et jusque dans le sein de ! Rome, mais il nous prouve aussi avec quelle inique frivo- I lité et quelle sanguinaire saos façon le Paganisme puissant i et lettré comptait se comporter envers la doctrine du Dieu fait homme et crucifié pour le salut du monde. Cette persécution néronienne ne fut pas seulement affreuse par le nombre des victimes : une immense multitude , dit Tacite , elle le fut aussi par le raffinement des tortures. Nous aurons occasion de nous y étendre plus loin quand nous traiterons spécialement des persécutions (2). Elle finit par son excès même, quand les bourreaux fatigués eurent horreur du massacre.
Cette persécution n'atteignit pas Tapôtre Pierre, mais elle fut Tannonce de son prochain martyre et de la longue et sanglante tempête, où, durant trois siècles, TEglise de Jésus-Christ devra vivre et lutter. Une ère nouvelle est ouverte, un signal est donné, désormais plus aucune sécurité û est laissée aux chrétiens : on pourra les épargner, mais les lois de l'Empire permettront toujours de les poursuivre. Jusqu'ici une partie seule de la formidable prophétie de Jésus-Christ s'est réalisée : « Vous serez à cause de moi en haine au genre humain tout entier ; » c'est maintenant « devant les rois et les gouverneurs , » et les proconsuls et tous les représentants de la puissance civile que l'Église sera traînée. — Paul, qui vient de rentrer à Rome, n'y vient plus que pour livrer le grand combat et unir son sang comme sa gloire au sang et à la gloire du Vicaire de Jésus- Christ. Un éclat subit que jette Pierre précipite le martyre
(1) Tacite, Annal, XV.
(2) Nous verrons alors sur des témoignages irrécusables que cette persécution atroce ne fut pas un fait isolé, circonscrit dans Rome, maig qu'elle «'étendit dans TEmpire.
Leçons d'histoire. — Tome I. 10
170 ÉTABUSS£M£NT ET DIFFUSION DE l'ÊGLUE.
des deux Apôtres. Pierre se retrouve en face de l'igaoble Simon le Magicien (i), qui de plus en plus audacieux vient d'annoncer à Rome entière, Néron à sa tête , qu'il va, par la puissance divine dont il est rempli , s'élever comme le Christ dans les cieux. Rome est assemblée sur la voie sstcrée où Ton a dressé la loge de Tempereur. Suétone, qui raconte ce fait, dit simplement : « A peine cet Icare se futil lancé qu'il alla tomber près de la loge de l'empereur qui fut inondée de son sang. » Un mystère lui échappait. C'est à Pierre que fut due l'ignominieuse défaite de l'hérésiarque , c'est Pierre qui foudroyait l'erreur en même temps qu'il affermissait la vérité.
Paul , depuis sa rentrée à Rome , l'aidait puissamment dans cette lâche que rendait plus ardente la proximité du martyre. Ce sont ces derniers travaux et ces suprêmes conquêtes qui , en irritant Néron , décidèrent de la perte des deux grands Apôtres. Paul, outre ses relations avec les familles patriciennes , où le mouvement chrétien s'accentuait chaque jour davantage , pénétrait à la cour de César et ravissait à l'idolâtrie et au crime jusque les courtisanes et les plus chers favoris de l'empereur. Néron exaspéré fît comparaître Paul devant lui , et condamna à la prison celui qu'il allait perdre sans retour. Paul le savait, et dans sa lettre à Timothée nous lui voyons prendre ses dispositions dernières et surtout épancher avec un nouvel abandon l'inépuisable tendresse de son cœur. Quant à Pierre, sa gloire d'apôtre et de conquérant ne le désignait que trop bien aussi aux fureurs de Néron. C'est au mois de juin 67 que nous devons reporter le martyre de saint Pierre et de saint Paul, après que saint Pierre eut pris ses dernières me-
(1) La réalité historique de Simon le Mage a été parfaitement établie, contre Bdyr (Gnas^ chrétienne, p. 310), par Hilger, dans la Gazette de Bonn, livr. XXI, p. 48. — Arnobii , Disputât, adv. Cent., II, 7 (Galland., l. IV, p- 150). — Clemenlis , /îecoôfni^., I, 72 ; II, 7 ; — Hom., II, 2^.
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