LE CHRISTIANISME A ROME
sures pour assurer le gouvernement de TEglise , écrit sa seconde Épitre, annoncé son martyre, et jeté sur la fm des temps les mêmes regards prophétiques que son frère Paul. Les deux victimes étaient prêtes : elles furent toutes deux immolées, non pas à la puissance néronienne, mais à la gloire de Dieu et à celle de TÉglise (1). Une tradition constante fait foi que Pierre fut crucifié , et que Paul obtint du glaive l'immortelle couronne.
III. L'Eglise sons les premiers Papes. Poursuivons quelque temps encore la trame historique. Nous Tinterromprons pour étudier l'établissement et la diffusion de l'Église dans l'Empire entieretle monde, sauf à la reprendre, quand nous parlerons des persécutions.
Saint Pierre avait, comme nous l'avons vu, donné Tonction épiscopale à trois de ses disciples, Lin, Cletet Clément. Tous les Catalogues des Papes sont unanimes à donner pour successeur à saint Pierre, saint Lin qui, depuis dix ans, était associé étroitement aux travaux et à l'administration <le son maître. Il eut un court pontificat et mourut sous le glaive de la persécution en 67 (2).
(1) Le crociOemeiit de saint Pierre est attesté dans des documents de ta plus haute valeur : Saint Clément, V, 6. — Denys de Corinthe , V. — Eu- 8èbe, HisL, II, 25. — Eusèbe, 111, 1. — Tertullien, Prmscr., 36. — W., ^wpiae., 15.
Sïdûi Pierre fui crucifié la tète en bas. Sénèque témoigne que ce raffinen^ent de supplice n'était pas inconnu : Cons. ad Marc, 20. — Origène et Eusèbe l'attestent formellement. Eusèbe, III, 1.
Saint Paul fut décapité : Tertull., De prxscript,, 37. — Eusèbe, Hid. *cci., II , 25. — Lactan., De Mort, persec, 2. — Orose , Vil , 7. — Citoyen romain, il ne pouvait subir d'autre supplice.
I^ deux Apôtres subirent-ils leur martyre la même année ou à un an de distance? Les deux opinions sont soutenues. On trouvera les autorités •^iii militent pour l'intervalle d'une année dans Arevalo sur le Peristepha- «onde Prudence, XII, 5. — Duchesne , Lib. pont., p. IIS.
(2) Des décrets promulgués par saint Lin nous ne connaissons que celui
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Son successeur fut saint Clément (1), personnage patricien, conquête obtenue par les Apôtres sur la Rome païenne, disciple de Paul et associé à ses courses d'Orient, puis, à Rome, disciple de Pierre, et son collaborateur dans ses derniers travaux.
Il assista tout d*abord à la vengeance terrible que Dieu tira de Néron. Le tyran périt honteusement un an après le martyre des saints Apôtres. L'Empire vit passer successivement sur le trône impérial Galba, Othon et Vitellius, dont le règne trop court laissa respirer l'Eglise , et vit la justice divine s'appesantir sur les instigateurs de la persécution •néronienne.
Un événement plus grave et plus retentissant fut la ruine de Jérusalem et la dispersion du peuple Juif. Jésus-Christ avait prédit cette effroyable ruine ; ses larmes sur Jérusalem en avaient fait pressentir les douleurs, l'obstination des Juifs à repousser la Loi nouvelle et à se retrancher dans leur ville et leur temple comme en une forteresse d'où ils défiaient toutes les volontés et les desseins de Dieu, rendait de plus en plus nécessaire la destruction de la cité sainte et la dévastation du peuple déicide. La Providence, en donnant le trône impérial à la famille des Flavii, la chargea du poids de ses justices sur Israël et de ses miséricordes sur l'Eglise de Jésus-Christ. Jérusalem détruite, son temple dévasté , la nation autrefois élue jetée aux quatre vents du ciel, il devenait manifeste que le salut désertait Moïse pour se concentrer en Jésus-Christ. Par un même acte. Dieu punis-
qui défend aux femmes d^entrer dans les Eglises autrement que voilées. La préteotioQ goostique d'attribuer aux femmes une sorte de puissance sacerdotale rendait ce décret très important. — Consulter sur ce pape, la lettre àDiognète, Patrol. grœc, coll. 1172. — De'Rossi, Arch, Christ. Bollel., juillet 1864. — Matyrol. Rom.
(1) Un senUment opposé veut que saint Clet ait précédé saint Clément sur le trône pontifical. Nous nous appuyons sur le Catalogue des Papes, sur saint Optât et sur saint Augu stin.
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^11 doDC le déicide et robstination impie d^Israël, et en même temps forçait en quelque manière, par la destruction de leur culte, ses malheureux enfants à se réfugier dans TEglise chrétienne, seule dépositaire désormais de la révélation, de la grâce, du salut.
Ce terrible événement eut, selon la prophétie de Jésus, des signes et des précurseurs. Dès les années 38, 39, 40 s'étaient entendus « ces bruits de guerre, » ces tumultes et ces agitations des peuples ; un esprit de rébellion traversait la nation Juive et laissait pressentir sa suprême catastrophe. Des agitateurs et des imposteurs , « faux prophètes et faux christs, » poussaient de toutes parts le peuple à la révolte ; les fléaux et la misère, et plus que le reste les vexations des gouverneurs romains prêtaient à ces dispositions mauvaises une violence de plus en plus impossible à maîtriser. D'ailleurs tout tombait en dissolution dans ce malheureux peuple, sa vie sociale comme sa vie religieuse ; le culte chancelait, la vertu de la Loi était morte, l'ordre entier des lévites et jusqu'au souverain pontificat, déchirés par des rivalités d'ambition, succombaient sous le mépris universel. La ruine s'avançait à grands pas (1). Un Jésus sinistre en criait sur les remparts la venue prochaine, des visions effrayantes paraissaient dans le ciel, le temple était rempli de voix désolantes, mais plus terrible et plus désolante que tout le reste, était l'obstination du peuple Juif à périr. En 66, Cestius Gallus ouvre la campagne des Juifs par un revers qui , eo fanatisant ceux-ci, les jette dans une confiance insensée, tandis qu'il réveille Rome et lui fait tourner vers la Judée un regard plus ferme et plus menaçant.
Flavius Vespasianus reprit la guerre et la poussa avec une vigueur mesurée, mais implacable. En 68, Néron péris-^ sait et Rome, après Galba, Othon et Vitellius se donnait Fla-
(1) Lire les magnifiques pages de Bossuet , HUt, univers.
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174 ÂTABUSSKMSNT ET DIFFUSION DE L*ÉGLI$B.
vius VespasiaDus pour empereur. Nous conDaissons déjà cette famille des Flavii. Adoptée par les Pomponii, elle avait été puissamment travaillée par Tintrépide chrétienne Pom- i ponia Grœcina. Les monuments nous montrent une branche presqu*entière de la gens Flavia conquise à TËvangile, Tautre branche, restée païenne, montait avec Vespasien sur le trône impérial et recevait de Dieu le mandat terrible de châtier la nation Juive et de la disperser. Titus, le ûls de Vespasien, acheva de remplir ce mandat. Chose étrangei Il avoua lui-même que tout, dans cette guerre, était mystérieux. Les obstacles qui Teussent dû arrêter tombaient devant lui , la nation juive presque entière s'était refoulée vers Jérusalem comme dans un filet (1). Titus veut épargner ces malheureux, il est forcé de les détruire, il ordonne qu'on sauve au moins leur temple, un soldat poussé (2), dit l'historien Josèphe, par une force divine, y provoque un incendie qui le dévore, sans qu'aucun effort pour le sauver puisse réussir. Toutes les prophéties s'accomplissent à la lettre. Celles de Moïse (3), celles de Daniel (4), celles de Jésus- Christ (5) , qui avaient dépeint cet horrible désastre dans ses plus minimes circonstances. Aussi les chrétiens s'étaientils tous enfuis à Pella, laissant la cité désormais maudite à sa « suprême et définitive désolation. » Autant le crime des Juifs avait été monstrueux , autant la vengeance divine fut implacable. Rien, dans aucune histoire, à aucune époque, en aucun genre de calamité, ne ressemble à la catastrophe où s'abîma la nation Juive. Dui»ant le siège, la ville de Jérusalem, véritable image de l'enfer, mêlait les crimes aux dou-
(1) 2 J00,000 Juifs dans Jérusalem et les aleotours : Flav. Joseph., De heU. Judaic, VI, 9. — 600,000 dans la ville môme : Tacite, Hist, V, 3.
(2) Flav. Joseph., De bello Judaic., VIT, 24-26.
(3) Deat., xxx».