‹ Leçons d'histoire ecclésiastiqueChapitre 23 sur 47 · LE CHRISTIANISME DANS L'EMPIRB ET LE MONDE · texte numérisé non relu

LE CHRISTIANISME DANS L'EMPIRB ET LE MONDE

L^s envoient partout fonder et diriger d'autres Églises, ou gouverner celles qu'ils viennent eux-mêmes de créer. Comme ^n Orient nous voyons dans toutes les contrées occidentales di'înnombrables évêques gouverner des Églises, se réunir ipar fois en concile , agiter toutes les questions de la foi et de la discipline, donner en un mot tous les signes d'une vie parfaitement puissante et organisée. — Ainsi tombent, pour 3.e redire en passant, toutes ces théories fantaisistes de l'école protestante et rationaliste sur l'incubation lente, pénil>le , irrégulière de l'Église , ses transformations , ses essais , ses tâtonnements, pour arrivera se donner sa constitution définitive : tous ces rêves d'une science historique de parti pris ou de valeur légère s'évanouissent devant les premiers rayons de la réalité. En réalité l'Église occidentale des premiers siècles , non-seulement vit puissamment , non-seulement s'étend partout, mais nous apparaît partout, dès l'origine, dans la forme qu'elle a toujours gardée et qu'elle tenait de son Fondateur. « L'Afrique, disait saint Augustin, n'a pas été la dernière des provinces à croire, car un certain nombre de nations barbares ont embrassé la foi après elle. » Or dès le temps de Victor I, de nombreuses réunions d'évêques se tenaient en Afrique. Innocent I affirme que l'Afrique tenait de saint Pierre ses premiers pasteurs , et, parlant de Carthage, Salvien nous atteste qu'« elle avait été nourrie jadis des propres enseignements des Apôtres. » Comme saint Irénée dans la Gaule, saint Cyprien ouvrait en Afrique une série de conciles, et le schisme de Novatien donna lieu à de nombreuses réunions d'évêques où se traitait cette grave affaire. Quant à l'Espagne on sait la valeur de la tradition qui lui donne saint Paul comme son premier apôtre. Les preuves les plus fortes appuient cette tradition que tiennent pour assurée saint Athanase, saint Cyrille de Jérusalem, saint Epiphane, saint Jérôme, Théodoret , saint Grégoire le Grand et saint Chrysostome. « Les Apôtres, dit

il*

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saint Hilaire de Poitiers, ont aussi établi de nombreuses Eglises, et cela dans toutes les parties de Tunivers , jusque dans les iles de TOcéan. Us ont préparé à Dieu d'innomr brables demeures Chaque ville possède son Eglise particulière (i). Dans Taffaire des tombés saint Cyprien se plaint d'un grand nombre (févéques qui ont déserté leurs sièges : que dire donc du nombre bien autrement considérable des évêques restés fidèles? Quand un évêquedu troisième siècle, Donatus de Carthage, condamna l'hérétique Privatus, il le fit dans une assemblée de quatre-vingt-dix évêques. En 240 les évêques d'Afrique se réunissaient à Lambèse au nombre de quatre-vingt-dix, et quelques années plus tard saint Cyprien présidait un très nombreux concile. Gomme l'Afrique avait reçu l'Évangile de l'Italie, l'Italie ne pouvait être ni moins bien constituée, ni moins bien dotée d'évêques et d'Églises. Un concile se tint à Rome dès le pontificat de Saint Victor I. Les pagi se trouvaient pourvus d'évêques, * comment les villes et les centres importants en auraient-ils été dépourvus? Dèce régnait et persécutait encore que l'iotrépide pape saint Corneille parvenait à réunir soixante évêques pour statuer sur le schisme de Novatien. « Il existe

encore, dit Eusèbe, une lettre du pape Corneille dans

laquelle il notifie les jugements qpi'ont portés tous les évêques, tant de l'Italie et de l'Afrique que des autres provinces de l'Occident (2). »

Nous pourrions multiplier les citations et les preuves, mais en voici plus quHl n'en faut pour établir la rapide et universelle diffusion de l'Évangile dans le monde entier. — Nous dirons plus : l'Évangile franchit rapidement ces limites : il profita des relations romaines avec les peuples barbares qui bordaient les extrêmes frontières de l'empire, et,

(1) Hilar., in Psal xiv, n. 3.

(2) Euseb., Hist., VI.

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plus avide que ses marchands, plus rapide que le commerce de Rome il fonda plus d'Églises que les autres n'établirent de comptoirs. Ecoutons encore le savant bénédictin dont le travail nous est ici d'un si grand secours. « L'influence romaine s'étendait beaucoup plus loin qu'on ne croit généralement Monsieur Reinaud, l'un des plus savants orientalistes de rinstitut de France, a lu, il y a quelques années, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres et publié dans le Journal Asiatique un curieux Mémoire, où il établissait, sur des preuves nombreuses et péremptoires, qu'à partir da triumvirat de Marc-Antoine et d'Auguste , le commerce des Romains avec l'extrême Orient prit une extension extraordinaire, que de nombreux comptoirs furent créés sur les côtes de Malabar, dans l'île de Ceylan, etc., que la langue grecque devint la langue officielle de la Bactriane et de la cour de Kanichka. Ces découvertes historiques ont évidemment une grande importance pour la question de la diffusion de l'Evangile. Elles élargissent dans des proportions immenses le champ déjà si vaste de l'apostolat chrétien, et donnent aux paroles de Jésus-Christ : Allez , enseignez toutes les nations^ un sens qu'on leur avait trop facilement dénié jusqu'ici (1). x>

2. Notre élude devrait se terminer ici , mais une erreur historique des plus importantes nous force à y donner de nouveaux développements et à envisager notre sujet sous un nouveau point de vue. Incapable de réfuter les preuves de la diffusion immédiate de l'Évangile dans le monde romain et les nations barbares elles-mêmes, l'école rationaliste a prétendu que ces succès évangéliques étaient de simples courses, d'éphémères prédications, et que l'Évangile passait sur le monde, comme ces ombres froides et stériles qui

(1) Dom ClMraart, Les Églises du monde r&main.

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glissent sur la campagne sans y rien laisser de vital et de * permanent.

Non, il n'en fut pas ainsi : partout où le Christianisme fut prêché, il prit racine, des Églises furent fondées, des évêques furent consacrés, des pasteurs 6xes gouvernèrent ' des troupeaux stables et des communautés chrétiennes fermement établies et complètement organisées. La plupart des faits allégués plus haut ont la double force de démontrer la diffusion de la foi chrétienne dès les premiers siècles et la constitution ferme et complète des Églises qui professaient cette foi. — Nous pourrions donc nous en contenter. Nous y ajouterons néanmoins de nouvelles preuves qui achèveront de faire tomber Téchafaudage des théories protestantes et rationalistes sur les origines du Christianisme. Nous pouvons dans l'exposé de ces preuves remonter jusqu'aux Apôtres eux-mêmes. Saint Paul ne se contente pas de prêcher, il fonde. Il constitue , il organise , il écrit aux Eglises fondées par lui , il leur envoie des règlements disciplinaires, il y place des évêques , chargés eux-mêmes de multiplier les prêtres et de consacrer d'autres évêques. Saint Pierre fonde les grands sièges d'Antioche , d'Alexandrie et celui de Rome qui les domine tous. Des Églises-mères se forment d'abord , et autour d'elles se groupent , dans une hiérarchie puissante, la multitude des autres Églises. Les premières années de la seconde moitié du premier siècle sont à peine écoulées , que nous entendons parler partout des successeurs des premiers évêques , et les différents sièges conservent religieusement la chaire de leurs pontifes : preuve invincible que la prédication apostolique ne fut pas une prédication nomade et éphémère, mais que partout, elle laissait des créations stables et vigoureuses. Écoutons ud témoin autorisé entre tous par l'époque où il écrit et la pénétration qui le caractérise. « Les Apôtres, dit TertuUien, annoncèrent dans le monde la doctrine de Jésus-Christ, et

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comme moyen de fixer et de perpétuer leur parole, ils constituèrent des Églises dans chacune des cités. De ces Églises premières d'autres Églises empruntèrent la semence de la doctriDe et l'étincelle de la foi, et chaque jour encore de nouvelles communautés chrétiennes surgissent qui méritent à leur tour le titre d'Églises. » Que devient, devant ces faits et ces témoignages, cette Eglise primitive de l'invention de Monsieur Guizot, cette Église qui d'abord n'est qu'une association indécise , sans lien, sans pouvoir, sans hiérarchie, puis se façonne durant une seconde période en une société démocratique, et finit enfin, après des essais et des transformations diverses, par affecter la forme que nous lui voyons et offrir aux regards une hiérarchie de pouvoirs distincts et constitués ? Voilà comment dans l'école rationaliste s'écrit l'histoire !

Concluons nous autres avec le savant Mœlher. « Dans la vaste étendue de l'Empire romain , les plus grandes villes avaient été gagnées à la cause de l'Évangile et de l'Église, soit par les Apôtres eux-mêmes, soit par les plus distingués de leurs disciples : du moins c'étaient eux qui y avaient jeté la première semence. Dans toutes ces villes, des communautés considérables et florissantes existaient déjà dès les temps apostoliques. En général quand nous examinons d'un peu près les travaux des Apôtres , nous remarquons qu'ils visaient surtout à se fixer dans les grandes villes afin de poser les fondements de l'Église sur un terrain solide rayonner de là sur les pays d'alentour. »

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194 ÈTABLISSIMIIfT ET DIFFUSION DB L*ÉGLISB.

Le Ghristianlsme dans les Ganles.

Notre étude sur la propagation et rétablissement de TEglise se terminerait ici si nous ne voulions donner une mention toute spéciale à notre patrie. D'ailleurs un intérêt des plus sérieux nous y engage : une désastreuse école his» torique a traversé cette grande question de l'origine de nos Eglises nationales et Ta iniquement ravagée. Ce qu'une antique croyance et de vénérables traditions gardaient depuis de longs siècles, ce qu'attestaient des monuments de la plus incontestable valeur, une école du dix-septième siècle, légère de science et opiniâtre dans ses partis pris, s'efforça de l'arracher de la foi et de l'amour des peuples : rien ne trouva grâce devant cette critique exagérée et Iracassière, pas même ce fait de simple bon sens, à savoir que nos Eglises des Gaules ont en comme la plupart des autres, une origine apostolique (i). A défaut de monuments il nous faudrait, d'instinct, nous rattacher à cette croyance, car sans elle jamais nous ne pourrions comprendre pour quelle

(1) Mais à quelle époque, définitivement, faut-il faire remonter la propagatioo de ta foi et la fondation des Églises constituées dans les Qai^?

Nous répondrons que les Apôtres eux-mêmes ou leurs disciples immédiats fondèrent nos premières ÉglUes-mères , depuis la Méditerranée jusqu'à rOcéan; puis, à la fin du premier ou au début du ii*» siècle, une phalange de nouveaux Apôtres perfectionnèrent l'œuvre des disciples immédiats de Jésus-Christ. Eusèbe nous a révélé ce grand fait historique; d'autres documents nous permettent de compléter son témoignage (Dom Gbamard, Les Églises du monde romain, p. 256).

Le texte de Grégoire de Tours , que l'on oppose à ce sentiment, montre seulement, ce que d'autres preuves établissent, à savoir que, hormis les choses dont il est témoin oculaire , Grégoire de Tours a montré parfois une érudition incomplète et une critique en défaut.

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