L'ÉGLISE DURANT L'ÈRE DES PERSÉCUTIONS
Si, abstraction faite du plan providentiel qui livrait TÉglise aux fureurs du monde pour faire apparaître le miracle de son indéfectible vie , nous raisonnons sur le temps , le milieu, les circonstances au sein desquels le Christianisme surgit, BOUS sommes amenés à affirmer qu'une gigantesque et effroyable guerre lui sera livrée. — Trois ennemis intercepteront sa route, s'efforceront de le renverser, et, s*i le peuvent à cause qu'il est de Dieu, le rempliront au a de douleurs, de troubles, de ruines et de désolation divin Fondateur de l'Église voyait cette nécessité inéluc quand il disait : Vom serez comme dans le pressoir f< aux pieds par le monde et traités comme des criminels iioés à la sentence et des troupeaux destinés à la bouch Jésus-Christ disait encore : Il est nécessaire que des i dates arrivent. Enfin il ajoutait : vous serez moqués à i de mon nom. Trois ennemis, trois guerres différentes désignés par ces trois paroles. L'Empire romain foi rÉglise dans un pressoir sanglant : les hérésies désoh la communauté chrétienne, et, avec les schismes, lui i cheront une foule de ses enfants : l'esprit humain , ; tantôt du sarcasme et tantôt du vain appareil de la sci(
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essaiera de triompher de la vérité de Jésus-Christ. — Impossible à rÉglise de vivre ses premiers siècles et d'atteindre aux splendeurs de son règne sans rencontrer ces trois adversaires, et, dans un duel terrible, de se mesurer avec eux.
Tout d'abord, TÉglise doit subjuguer les peuples, car il a été dit à son fondateur : Demande-moi, et je te donnerai toutes les nations pour héritage, et pour domaine les extrémités de la terre. Or, pour conquérir le vieux monde, il faat Tarracher à l'idolâtrie, et comme la dernière et universelle personnification de l'idolâtrie, c'est l'Empire romain, la conquête des peuples est subordonnée absolument à la défaite et à l'écroulement de l'empire idolâtre de Rome. Rome païenne a l'instinct de cette formidable alternative. Dèce redoute plus l'élection du pape Corneille que la présence d'un compétiteur. Aussi l'Empire romain s'arme-t-il de toutes ses forces, fait-il briller tous ses glaives , dresse-t-il ses échafauds, allume-t-il ses bûchers pour étouffer le Christianisme dans les plus effroyables tortures. Cette guerre étrange, ce duel incompréhensible commence à Néron , pour finir à Constantin, par la complète défaite de Rome païenne et la complète victoire du Christianisme.
Au plus sanglant de cette première guerre, une autre plus terrible ne cessa point d'être livrée à l'Église : la guerre de l'hérésie. L'Église n'avait pas vécu ses premières années, que des foules innombrables entraient dans son sein. Or, ce fleuve déjà si profond et si bouillonnant charriait des scories mêlées à l'or. Les passions humaines se faisaient jour au travers des préceptes de l'Évangile et des héroïsmes de la sainteté. Le juif mal converti gardait pour sa Loi mosaïque , et surtout pour les imperfections et le laisser-aller de cette Loi un amour qui se changeait aisément en froideur et en haine contre les perfections de la Loi nouvelle. Le païen regrettait ses mystères et ses initiations voluptueuses, la croix lui faisait horreur, et l'Évangile la chargeait d'un
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joug qu'il lui fallait secouer à tout prix. Le philosophe n'acceptait pas une croyance toute faite, et ne prétendait pas renoncer aux discussions de l'école et aux téméraires oppositions du savoir humain. Et ainsi de toutes ces passions comprimées et frémissantes, de toutes ces concupiscences Hagellées par la Loi du Christ , de toutes ces âmes irritées l'un pouvoir absolu autant que d'une vocation trop austère [K)ur leur lâcheté , trop sublime pour leur grossier sensualisme, jaillissaient des révoltes, qui bientôt éclataient en schismes et en hérésies. L'infamie du Paganisme reprenait Bon empire et multipliait ses souillures.
Enûn, à aucune époque, pas plus à la naissance du Chrislianisme que de nos jours, l'esprit humain ne supporta le joug de la foi. On pouvait le croire las des extravagances du polythéisme et des stériles déclamations de la philosophie : en réalité , il se montra l'adversaire acharné de la divine doctrine, qui lui donnait il est vrai la sagesse, la plus haute et la plus pure des sagesses , mais qui ne la lui donnait qu'en lui reprenant son orgueil et en lui interdisant les saillies désordonnées de ses rébellions.
Telles sont donc les trois luttes dont nous allons parcourir les péripéties formidables, et dont l'issue invariable sera le triomphe de Dieu sur l'homme, du bien sur le mal, de la vérité sur l'erreur. — 4* La lutte sanglante contre l'Empire î'omain , lutte qui donne à l'Église l'ère glorieuse des martyrs et à la vérité l'irréfragable confirmation du sang : 2** La lutte de l'erreur qui sert à l'épanouissement de la doctrine : ^* La lutte de la sagesse humaine qui vaut à la Révélation le ^nomphe sur l'orgueil de la raison révoltée.
Telles seront les matières que nous parcourrons dans la leçon quatrième et les suivantes.
Dans cette leçon quatrième nous ferons l'histoire de la première des trois luttes : la lutte du sang.
Et notre tâche y sera double : 1* Nous étudierons en général rère des persécutions, nous nous rendrons compte de cette terrible et glorieuse époque, nous en verrons la fécondité, nous en scruterons les sublimités et les richesses, nous esquisserons les grands traits , les circonstances générales de cette phase sanglante que traverse TÉglise. 2* Nout retracerons les différentes persécutions et nous reprendrons ainsi la suite des faits, laissée interrompue depuis le pontificat d'Anaclet, pour la continuer jusqu'à la conversion du grand Constantin et le règne de saint Sylvestre.
Ëtude générale sur les persécutions.
Un fait aussi immense et aussi extraordinaire que cette persécution de trois siècles , qui s'étend de TOrient à TOccident, embrasse tout l'ancien monde, compte ses victimes par milliers, semble les multiplier sous le glaive, si bien qu'après qu'on a cru vider l'Empire de la multitude chrétienne on voit l'Empire de plus en plus envahi , un tel fait doit avoir des causes proportionnées à son importance et à son étendue : nous commencerons par étudier ces causes. — Cette première étude nous amènera à une seconde, car il nous faudra étudier les prétextes que la rage des césars, la politique impériale et le délire populaire mettaient en avant pour sacrifier d'aussi innombrables multitudes, dont le seul crime, en face du Paganisme semblait être de n'en commettre point. — Enfin, bien au fait des causes profondes et des prétextes superficiels , il ne nous restera plus , avant le récit détaillé de chaque persécution, que de jeter sur leur physionomie générale un regard d'ensemble.
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I. Les causes. Les causes des persécutions sont de deux sortes : les causes humaines y et, derrière elles, plus profonde, plus impérieuse, plus décisive, la cause divine. Sans doute» ce que voit et comprend de suite Thistorien, c'est cette double société , ce double monde en présence et se mesurant dans une guerre d'extermination : mais le «arnaturel déborde de cette sanglante page de l'histoire ecelésiastique , et, sans lui, sans une intervention divine faisant le fond du tableau, plus rien, ni ensemble ni détails ne restent compréhensibles. Ni les mille épisodes quiémaillent les persécutions n'ont plus d'explication raisonnable, ni les persécutions elles-mêmes ne sont plus intelligibles, soit dans l'atrocité et la persévérance de la haine, soit surtout dans l'héroïsme surhumain des victimes, leur invincible constance, leur victorieuse défaite.
1» Des causes humaines les unes, quoique très réelles I et très efficaces , restent néanmoins secondaires. Tout se I tournait contre les chrétiens; les passions populaires, les •vices du Paganisme contre leur innocence, leur patience invincible et leurs héroïques vertus. « Trois circonstances rendaient surtout la persécution épouvantable. Premièrement on méprisait les chrétiens; secondement on les haïssait; enfin la haine passait jusqu'à la fureur.... Si le Tibre 'était débor4é, si la pluie cessait d'arroser la terre, si les arbares avaient ravagé quelque partie de l'Empire, les îhrétiens en répondaient de leurs têtes : il avait passé en ^proverbe : Cœlum stetit, causa christianis. Pauvres chrétiens inpocents, pn ne sait que vaus imputer parce que vous ne vous mêlez de rien dans le monde, et on vous accuse de renverser tous les éléments et de troubler tout l'ordre de la jUalure ; et sur cela on vous expose aux bêtes farouches parce qu'il a plu au peuple romain de crier dans l'amphithéâtre :
Leçons d^histoire. — Tome I. 12
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Christianos ad leones (i). » — Qui le croirait? L^admiraHi
force des martyrs , qui émouvait et convertissait les m^
irritait, exaspérait les autres , et devenait la cause denou-
velles fureurs. Chaque vertu que pratiquaient les chrétieûs,
interprétée d'une manière sinistre par le Paganisme, pouvait
donner le signal de vexations sanguinaires. Leur piété qd
les faisait se rassembler dans Tombre et le silence et déserter
les tumultueuses orgies des faux dieux, était taxée de supers-
titution et d'impiété étrangère. Leur extraordinaire charité
pour les pauvres et les souffrants étonnait sans doute et
émerveillait les païens en grand nombre , mais trop souvent
on l'attribuait à des vues d'ambition et à des calculs de
prosélytisme. Que de fois les chrétiens furent accusés, comme
sous Trajan, d'entraîner la foule à leur société secrète et i
leurs perverses initiations I A l'origine on ne put croire à
leur chasteté : la société païenne ne supposait pas qu'une
assemblée pieuse pAt ^ tçftir sans que le culte de la divinité
ne s'y alliât h\xt orgies voluptueuses. Tout, jusqu'au baiser
de paix que se donnaient les fidèles, recevait de la foule des
interprétations infâmes. Puis quand la chasteté chrétieDi»
fut devenue un fait éclatant et irréfutable , c'est elle-mêtne
qui donna Heu aux plus ardentes et aux plus implacî
poursuites. La luxure païenne ne supportait pas d'être brisée
à des obstacles si nouveaux et si multipliés , et toujours,
même dans les conditions les plus élevées de la société, le
refus des vierges chrétiennes de consentir à des passions
dominatrices, les menait aux tribunaux, aux tortures, àla
mort. Nous avons vu précédemment que le christianisme
avait envahi le palriciat autant que la plèbe : les richesses
des convertis leur valurent bien souvent le martyre. A tout
instant se rencontrent dans les Actes des accusations et des
procédures dont la seule véritable cause est la rapacité d ufl
(1) Bossue(.
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proconsul ou d'un gouverneur et le parti pris de s'emparer, grâce à la peine capitale, de la fortune des accusés. Pour tout dire d'un mot la religion chrétienne heurtait si prodigieusement et par tant de côtés la société antique, les mœurs et les vices du vieux monde , que des haines sans cesse tenues en éveil et excitées par mille causes diverses ne cessaient plus un moment d'envelopper les fldèles et de les pousser au martyre.
Néanmoins là n'est point la cause profonde, éternelle, immuable , de la persécution contre l'Église. Cette cause il la faut absolument trouver dans le Césarisme. Le Césajisme et l'Église sont deux ennemis nés; impossible qu'ils ■vivent ensemble, plus impossible encore qu'une circons- 'lance quelconque les rapproche sans qu'un duel implacable ^n'ensanglante le sol qui les porte tous deux. Quant au fait, p est trop visible pour que nous ayons à le prouver, mais pfl nous faut le raisonner et l'expliquer, en montrant comtmenl ce duel entre le Césarisme et l'Eglise est un duel fatal tt une haine inéluctable. L'Évangile est le contre-pied du Césarisme. Le Césarisme opprime, écrase, broie l'humaftité; il se substitue à tout pouvoir légitime, et remplace le Jroit par la force brute. Non content de dominer les Refaire de l'homme sa propriété, sa chose, d'absor femille , de confisquer à son profit la société toute ei il prétend se rendre maître absolu des âmes , les enc ison culte, les plier à ses commandements. Le Cési changea de nom, jamais de doctrine et de tendan( tendance fut toujours de se substituer à la loi divine néantir la conscience en même temps que la liber fi'Êglise, c'est l'affranchissement de l'âme, la rêve •hoû absolue, sans capitulation ni compromis, de to ► âroils de l'âme, de toutes les libertés de la conscience.
(►^ne situation pareille , le Césarisme devait, ou étouffe gVisedans le sang, ou disparaître vaincu lui-même. Oi f
prend dès lors la persécution. — Chose étrange au premi^, abord! Qui ne se serait attendu à voir le peuple se falr» rallié de TÉglise dans cette héroïque revendication de ta liberté, de Thonneur, de la vertu? Il n'en fut rien : le peuf^t demeura constamment Tallié du Césarisme dans refFroyaUe ■ tuerie des persécutions. C*est que le Césarisme et le peupla étaient liés et solidaires Tun de l'autre. Le peuple faisait lui-même ses césars et les voulait selon ses goûts. Il subis* sait leur tyrannie, mais il leur commandait de Tamuser et. de le nourrir. Or TÉvangile , en éclairant , en purifiant le peuple, en lui enlevant le goût de ses grossières pâtures; Témancipait du même coup et le détachait de la fortune, des caresses, des menaces de César. Celui-ci le comprit vite et de là sa haine et sa guerre d'extermination. Quant à la plèbe qui voulait continuer son abrutissement, elle seconda ses césars.
2. Mais si la situation , le milieu , les circonstances , et, plus que tout le reste , le Césarisme voulurent cette longue et sanglante carrière de trois siècles de persécutions. Dieu, dans un dessein de sagesse et de miséricorde , la voulut d'une volonté plus absolue encore. Si , nous plaçant à ce sommet mystérieux de notre étude, nous nous posons cette question : Pourcyi ip^ ^'^ Sl^ S^ , i P jf^B W teUSi JCllitlBtffJLgLJ^^ teig.."°.g°^i^^ çj^RcmériE^sonTègne f^^ ift« mBr^ t out son sang ? Nous répondrons qu'il le^falïait à la fois : p^our Weu Tpour l'Église : pour le m<|uid e.
L'œuvre devait être entièrement divine , et pour cela ne pas compter pour appui la faveur iiumaine ; accueillie et acclamée par l'ancien monde, l'Eglise n'eût plus été aux yeux trompés des générations quHme institution éclose sur la terre , née de l'homme , et ne devant sa vie qu'à la tolérance , ou à la faveur des puissances d'ici-bas. Dieu disparaissait et le caractère divin s'efTaçait du Christianisme. Il
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n'en pouvait êlre ainsi : les persécutions vinrent montrer au monde et à tous les siècles que le Christianisme n'était pas rhôte attendu et aimé de la société antique, une sorte d'épanouissement nécessaire de la philosophie, un progrès humainement logique de l'esprit humain, mais une doctrine étrangère et divine que la terre n'avait pu produire, puisqu'elle ne la pouvait même supporter.
L'Église elle-même eut besoin des persécutions. N'oublions pas q u'elle se recruta d'abc^rd dans le milieu dépravé du vieux monde. Ses éléments étaient retirés dune fange sans nom, les premières multitudes apportaient dans son sein les traces vives, les restes redoutables de leurs précédents excès. Cette situation périlleuse pour ne devenir pas mortelle à l'Église, réclamait impérieusement le secours de la persécution : d'abord pour opérer une épuration indispensable; ensuite pour imprimer vigoureusement dans les âmes et jusque sur la chair le sceau du Christianisme qui est le sceau de la croix. Si malgré le terrible épouvantail de la persécution des foules si nombreuses étaient poussées vers l'Église , et avec elles tant d'erreurs pernicieuses, tant de vices immondes, qu'il fallut rejeter et anathématiser, si taat d'hérésies et de sectes diverses désolèrent les premières années de l'Église , qu'eussent été ces hérésies, que fût devenu le nombre^ de ces sectes abominables , si la perséwitien n'eût arrêté le torrent et écarté tant de foules envabissantes? — Mais de plus, la perfection chrétienne était toute entière à créer. O r cette perfection jaillit toute entière de la croix et ne peut être jamais c^ue le fruit du ^ mart)[re. L- « Homme de douleurs » l*avait inaugurée au Calvaire , restait à l a faire passer d ans ses membres avec ses intrépides et héroïques applications. Il était plus que juste , il était nécessaire que le Christianisme commençât par le martyre, et qu'une doctrine, dont le fond et la suprême exigence sont de briser tous les liens terrestres pour faire
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preodre aax âmes un vol libre et fier vers des desUnéas éleraelles, s'inaugurât par de sanglantes immolations, hem' l ac tes des mart yrs resteront à jamais le code le plus saisifc ^ sant et le plus vrai de Ta vie et des vertus du chr étien ^
Xe vieux monde , lui aussi , avait besoin du long et terrible spectacle des persécutions, car deux choses lui étaiest indispensables pour sa régénération. 11 lui fallait degran^ révélations et de grandes le^ps de vertu : les trois siècles (Tés persécutions lui offrirent surabonaamment les unes et les autres. Si les martyrs apparaissaient radieux au sein des plus effroyables tortures, c'est qu'ils voyaient, comme leur chef saint Etienne, « les cieux entr'ouverts. » Première révéla^ tion immense : le martyre enseignait au vieux monde englouti dans son matérialisme abject , r existençe d'une aùtyg et radie use vie (1). L'inanité du culte des idoles , Texistencc du vrai et unique Dieu, la sanction des actions humaines, le prix divin de la vertu pour laquelle il faut sacriQer jusqu'à sa vie, la noble intrépidité qui brave la douleur et la mort pour conserver l'innocence : tout ce magnifique ensemble de grandeur morale, d'héroïsme et de perfection qui devait relever l'humanité nouvelle à une si prodigieuse hauteur au-dessus de l'ancienne , eut pour école le prétoire où comparaissaient les chrétiens et les lieux de torture où s'étalait intrépidement leur fîère et indomptable vertu. Sénèque nous a conservé , dans une lettre , l'effet produit sur les âmes sérieuses par ce spectacle (2). Tous, sans doute,
(1) Est-il nécessaire de rappeler comment notre grand poëte Corneille a magnifiquement, dans son Polyeucle, dramatisé ces idées et ces points de vue ?
(2) Dans une lettre à Lucilius, après avoir décrit les souffrances par lesquelles Thomme peut passer, <( ce n'est rien cependant, a]oute-t-iI , si on le compare à Taction du feu sur les membres, aux chevalets, aux lames ardentes , au fer parcourant de nouveau des blessures à demi fermées, pour les rouvrir et les creuser plus avant. Quelqu'un a cependant souffert tout cela et n'a pas poussé un gémissement. Je ne dis pas assez , il n'a
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témoÎD ce riche et voluptueux philosophe , n'avaient pas lecourage de conclure , mais tous demeuraient émus et pénétrés,. et combien de fois la constance des martyrs amena de subites et profondes conversions. Un dernier trait nousreste à toucher, et il n*est pas le moins important. L'immense majorité des peuples était écrasée sous le joug avilissant du Césarisme, et telle était la prostration des âmes que nul ne songeait plus à contester à César le. droit decet universel écrasement. César régnait en maîlre absolu sur les consciences, en même temps qu'il meurtrissait et déchirait les corps : le monde subissait cette effroyable tyrannie comme la plus naturelle des choses. On ne vivait et on ne mourait plus que selon le bon plaisir de César : Cœsar, moritim te salutant! Vint l'heure oti une race se leva, revendiquant, avec une énergie invincible, le droit de penser, de vouloir, d'être vertueux, de servir Dieu , de porter un front noble et une conscience immaculée : ce jour là le Césarisme fut vaincu : l'homme libre était fouetté au sang, torturé, mis à mort, mais il mourait libre, et sa ffiort était son plus assuré et son plus décisif triomphe. La liberté fut conquise quand le Christianisme' eut révélé à Thomme les trésors -d'affranchissement, de noblesse, depuissance , que renfermait la mort.
IL Les prétextes. Bien que le Paganisme ne s'inquiétât guère de prétextes et de procédures pour exterminer leschrétiens, néanmoins, comme par un reste de pudeur, il mit GQ avant des raisons de les poursuivre et de les torturer. Néron les accusa d'avoir incendié Rome. Avant lui, Claude, ainsi que nous l'apprend Suétone, les confondant avec les
pas même imploré de relâche. Que dis-je? Il n'a pas même daigné répondre ^'ïjuge. Plus encore : on l'a vu sourire, et son sourire était de bon cœur.» Sénèq., Épjjf. IXXVni.
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Juifs, eo fit des agilaleurs publics et des séditieux. Quand il fut trop bien avéré qu'ils étaient les plus fidèles sujets de l'Empire et n'eutraieut dans aucune des conspirations et des ' séditions populaires si fréquentes de la Home impériale, force fut de trouver d'autres chefs d'accusations. Voici les trois qui furent le plus constamment au service de Tinigoe cruauté des empereurs.
Le premier était une accusation d^athéisme. Dans de nombreux actes des martyrs, c'est le reproche que les juges mettent en avant. Les chrétiens sont dos impies qui ne reconnaissent pas de divinités. Deux points de la foi chrétienne et de la profession de cette foi amena le Paganisrae à fonder ses rigueurs sur ce prétendu athéisme : le premier était la nature même de la Divinité, le second la nature da culte à lui rendre. Le Dieu des chrétiens avait un triple caractère que méconnaissait absolument l'idolâtrie : il était unique, immatériel, sans appellation ni désignation distioctive : or, pour le Paganisme, ne pas adorer Us dietix^ c'était n'en plus reconnaître aucun. — Dire que Dieu n'a ni forme, ni couleur, ni figure , que rien en lui n'est accessible aux sens, c'était encore là le nier et l'anéantir. Et comme à cette question presque continuellement posée au martyr : « Quel est le nom de ton Dieu ? » le martyr répondait : « Notre Dieu n'a pas de nom , » Dieu étant le Dieu unique, aucun nom n'est nécessaire là où aucune confusion n'est à craindre, — les païens, qui ne pouvaient s'élever si haut, et qui nommaient pour dieux Jupiter, Neptune , Mercure , etc., ou n'ea connaissaient aucun et demeuraient athées, jugeaient les chrétiens d'après eux-mêmes. — De plus, le culte tout spirituel que les chrétiens rendaient à Dieu demeurait inaccessible au grossier matérialisme du païen , et là où il n'apercevait plus l'éclatante mise en scène du culte des fausses divinités, il jugeait qu'aucun culte n'existait plus et concluait à l'athéisme.
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Les accusations sur les mœurs des chrétiens furent (i*un grand secours et d*un continuel usage dans la première période des persécutions. Les calomnies les plus abominables^ les bruits les plus absurdes, les accusations les plus infâmes circulaient dans toute la société romaine, imprégnaient les foules, ébranlaient les meilleures natures et, la légèreté et la prévention aidant, convertissaient en juges iniques les plu? graves et les plus fermes esprits. Tacite, sans plus de réflexion et de recherche , déclarait les chrétiens coupables de tous les forfaits. — Pourtant l'évidence se fit jour impérieusement, et dès le temps de Trajan, Tinnocence des mœurs chrétiennes devint un fait indiscutable et la persécution dut recourir à un nouveau moyen.
Ce moyen qui, plus ou moins, persévéra sous des noms différents et avec de légères modifications, c'est Taccusation d'être en opposition avec les lois des empereurs. Tout ce qu'il y eut de procédures quelque peu sérieuses se basa sur ce chef d'accusation. Ainsi, ce n'était pas précisément par raison de religion, mais par raison d'État, que les chrétiens étaient poursuivis. Leur prétendu athéisme lui-même ne devenait un crime que parce qu'ils refusaient l'encens aux dieux « de l'empereur. » Depuis Trajan, les chrétiens furent condamnés comme faisant partie de sociétés secrètes prohi-
ni. La marche générale. Quant aux phases diverses et aux diverses circonstances des persécutions, nous allons en dire rapidement un mot.
De Néron à Constantin, la persécution est permanente; elle ne sévit pas toujours ni partout avec la même fureur,, il y a des moments de trêve; tantôt l'Orient est ensanglanté, tandis que l'Occident est plus paisible et vice versa, mais lesédits de proscription sont toujours dressés et le glaive n'est
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jamais remis au fourreau. Dix ou douze fois, la persécution devient atroce : elle s'étend, elle multiplie ses victimes; elle mérite dans Thistoire d'être flétrie du nom du tyran qui la suscite et en dirige les fureurs. — D'ailleurs, dans chacun des trois siècles durant lesquels elle s'étend, elle revêt un caractère, et pour ainsi s'exprimer, une physionomie particulière. Néron et Domitien confondent juifs et chrétiens dans la même haine, ils proscrivent et tuent en masse sans songer même à étudier ce vaste procès. — Au second siècle, la haine est forcément moins aveugle ; les vertus chrétiennes ont déjà jeté trop d'éclat pour permettre les confusions premières , la voix des apologistes s'est fait entendre , les sublimités de la nouvelle croyance ont été exposées, l'édit persécuteur paraît moins sûr de lui-même; sans se retirer jamais, parfois il s'atténue, le glaive impérial se repose. Alors le plus ou moins d'intensité de la persécution dépend de toutes sortes de causes locales et particulières, par exemple des dispositions des gouverneurs, du nombre et du zèle des délateurs, des haines et des tumultes populaires,' etc. Une tendance assez étrange se fait jour. On voudrait souder le Christianisme au Paganisme , on consentirait à l'admettre, si lui-même consentait à n'être qu'une des formes de l'idolâtrie. De Marc-Aurèle à Dèce, ce travail impossible est plus ou moins poursuivi.' Septime Sévère avait trop de relations avec les grandes familles chrétiennes de Rome pour ne pas essayer cette fusion , Marc-Aurèle-Antonin l'accentua davantage encore, et dans le culte de Mithras qu'on répandit dans l'Empire , on fit entrer d'assez nombreux élé^ ments chrétiens. Le successeur d'Héliogabale , Alexandre- Sévère fut plus épris encore de cette chimère. Pour montrer à l'Empire , par son exemple , que cette fusion du Christianisme et du Paganisme était possible , il fit placer dans son Lararium, à côté des faux dieux, les statues de Jésus-Christ et de plusieurs patriarches. Après la persécution de Maxi-
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min, Tempereur Philippe Arabs, se rapprocha si fort des chrétiens que l'histoire agite le problème de sa propre conversion. Quant à Timpératrice , elle était certainement chrétienne. Durant cette seconde période le fléau des chrétiens resta l'édit de Trajan contre les hétairies. Comme le Christianisme ne cessait pas d'être considéré comme société secrète, cet édit donnait à toutes les autorités locales des armes toujours prêles et toujours sûres contre les chrétiens. — Dans la troisième période toute tentative de fusion disparaît, toute tolérance cesse, tout répit expire. L'empereur Dèce inaugure une ère effroyable de tortures et de sang. On n'a plus même recours aux prétextes, on néglige jusqu'aux calomnies , la voix de la raison est étouffée , les apologistes n'élèvent plus que des protestations inutiles, c'est une guerre à mort contre le Christianisme qu'il faut à tout prix anéantir : l'Empire nage dans le sang.
S'il nous plaît maintenant de connaître par sa physionomie d'ensemble une persécution , jetons-y un rapide regard. — Bien que dans les périodes aiguës des persécutions , nous voyions périr des foules parfois innombrables , innumeros, ingens multitiido, nous disent les historiens profanes : d'ordinaire les empereurs et leurs délégués faisaient un choix. Les dignitaires ecclésiastiques étaient avant tout recherchés et arrêtés, après eux les fidèles que la noblesse de leur origine, l'intrépidité de leur zèle et l'influence qu'ils avaient acquise sur la communauté chrétienne, désignaient plus que les autres aux fureurs de la tyrannie. Ils étaient torturés pour servir d'épouvantail aux autres. Tel est le sens de beaucoup de sentences capitales : « Un tel est condamné aux flammes vengeresses , ou au glaive vengeur afin que les autres soient effrayés. » Toujours ce calcul du Paganisme était déjoué , la vue du martyre n'avait d'autre effet que d'enflammer et de façonner la multitude aux combats , et ce choix des plus illustres tournait contre le Paganisme en
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metlaDt en scèoe et en exposant à Tadmiration de tous d'invincibles héros. Rappelons-nous la lettre de Sénèque à Lacilius. — Le plus souvent le dernier supplice était précédé de la prison. Les martyrs y gémissaient parfois de longs mois, mais les cachots, transfigurés par leurs vertus, réchauffés par le saint enthousiasme de leur amour, devenaient ' vénérables comme des églises; la prière y était incessante, la prédication y retentissait en accents intrépides, et le chant des hymnes y perpétuait cette joie chrétienne que TApôtre avait si formellement Recommandée. D'ailleurs la prison n'était pas une école de vertus pour les seuls mar- \ tyrs, les fidèles que la persécution épargnait encore se faisaient de la visite de leurs frères le plus sacré et le plus impérieux des devoirs. De même qu'aux approches d'une persécution les prêtres et les diacres allaient de maison en maison pour exhorter les fidèles à demeurer intrépides, de même, quand la persécution avait éclaté, étaient-ils plus soigneux encore de visiter dans leurs prisons ceux que la proximité du supplice pouvait exposer à quelque défaillance. Le soin des confesseurs occupait du reste la communauté entière, et quand la tyrannie interdisait aux fidèles rentrée des prisons, ils parvenaient presque toujours à gagner les geôliers par argent. — Les tortures par lesquelles la constance des confesseurs était exercée furent innombrables et affreuses. Tout ce que la cruauté la plus ingénieuse peut inventer de douloureux et d'insupportable fut mis en œuvre contre les chrétiens, et tels étaient le nombre, la variété, l'intensité des tortures par lesquels passait un martyr que la mort n'est qu'un jeu au prix des souffrances qui y conduisaient. — Or c'était là que la puissance divine attendait à la fois les victimes et les bourreaux, les victimes pour les revêtir d'une force absolument surhumaine, les bourreaux pour les confondre et parfois pour les convertir. La force d'àme des martyrs était prodigieuse. L'antiquité profane
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compte peut-être uq Régulas pour un héros de la souffrance iûtrépidemeat supportée; elle célèbre ce fait avec Tenthousiasme de Tadmiration : qu'est-ce cela au prix de nos martyrs? Pour un héros profane , FÉglise compte douze millions de héros (1) 1 Et dans ce nombre combien de tendres enfants, de délicates jeunes Glles , de vieillards affaiblis par le poids des années? Or tous, également, affrontaient Tappareil de la justice , la férocité populaire , Teffroyable assemblage de tous les supplices à la fois. Rien n'égalait leur calme, leur présence d'esprit , leur puissance au milieu des plus affreuses douleurs. Leurs réponses aux juges, en plein tribunal, réduisaient Taccusation au silence et ravissaient d'admiration tous ceux qui les avaient entendues : leurs réflexions, leurs saillies sublimes durant le supplice , les apostrophes ou véhémentes ou ineffablemeat douces qu'ils adressaient à leurs bourreaux ou à l'assistance révélaient d'une façon plus saisissante encore la force et l'esprit divin dont ils étaient animés et soutenus. On comprend le soin que l'Église, depuis le pape saint Clément, prit de recueillir ces magniflques paroles des martyrs et de garder dans une impérissable mémoire, pour l'instruction de tous les siècles, le tableau
(1) Les ennemis da Christianisme que Tuniversité et le haut enseignement officiel ont jetés si nombreux dans la lutte actuelle, s'efforcent, comme Havet, Aube, Vachereau, de nier le grand nombre des martyrs. Ces témoins prodigieux les gênent et leur nombre plus prodigieux encore dérange leur calcul.
Il nous importe grandement de maintenir le prodige du nombre de nos martyrs. — Voici sur les seuls martyrs de TEmpire romain , les sources que l'on pourra consulter : Tacite, Annal., XV, 44. — Eusèbe, Chronic, l. II. — Clemens, ad Corinth., c. vi. — Justin, Dialog. cum Tryph., n. 112. — S. Irénée, Hxres., 1. IV, c. 33, n. 9. — Eusèbe, Hist , VI, c. 2, l. — Ad Domit. et Didym., apud Eusèbe, Hist., VII, 11. — S. Cyprien, Epist., 77. — Chronicon Paschale. — Lactance, De morte persecut., c. vi, XV. — Id., Instit. div., l. V, c. 11. — Sulpice Sévère, Hist, sacr.,l. Il, c. 32. •— Le plus absolu et le plus concluant de tous les documents nous est maintenant fourni par l'étude des Catacombes et l'Hagiographie. Voir avant tout de'Rossi.
Leço.ns D'msTOiriE, — Tome I. 13
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vivant de leur altilude et de leurs actes, jusque dans kl affres de leur intrépide agonie. — Cette sollicitude de l'Église les suivait jusqu'après leur mort. Le soin de leur sépol* ture était pour les fidèles Fun de leurs devoirs les plus sacrés c'est pour eux que se creusèrent les merveilleuses catacoflh bes de Home, et que de bonne heure les arts multiplièrent leurs chefs-d'œuvre. Le jour, de leur mort était consigné avec soin , leurs fêtes se célébraient avec pompe et enthousiasme , et les tombeaux des martyrs furent pour TÉglise des premiers siècles, en même temps que Tautel du sacrifice, le centre des réunions saintes et la chaire d'où partaient les enseignements de la foi.
Étude détaillée des persécutions.
Désormais jusqu'à Constantin tous les événements de l'histoire de l'Église sont étroitement liés à l'événement qui les domine et les embrasse tous : la persécution. Durant cette période de trois siècles tout reflète une teinte sanglante , tout semble se préparer et s'accomplir en vue du martyre. La papauté ne cesse pas de s'empourprer dans son sang, la vie de l'Église est la vie du combat, les premiers écrivains sacrés n'entretiennent la communauté chrétienne que des mâles vertus de l'immolation ; l'apologie tient un rang éminent dans la littérature sacrée; le culte ne connaît guère que les pompes sévères des catacombes ; l'histoire entière a pour champ d'action le champ même du combat.
Mais au milieu même de ce combat terrible se développent des faits qu'il nous importe d'enregistrer. Les premières hérésies , les schismes naissent des scories charriées
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dans TEglise. Avec ces maux en viendront d'autres qui affecteront la communauté chrétienne elle-même : ferments de révoltes, divisions, chutes déplorables. — En face de ces ombres et pour les dissiper, des prodiges de sainteté, des lumières étincelantes, les premiers docteurs, les Apologistes, les Pères Apostoliques.
Notre marche sera celle-ci, nous signalerons simplement tes faits et ces illustrations à mesure que nous les rencontrerons sur notre passage. — Sauf à les étudier en détail plus tard sous des titres spéciaux.
I. Persécation de Néron. Tacite en est le témoin , Dieu permettant ainsi que le plus grand historien de Rome prêtât aux origines chrétiennes la confirmation de sa véracité et de son génie. Peut-être suspecterait-on une plume chrétienne : comment suspecter le témoignage de ce païen ?
Tacite conflrme d'abord ce que d'autres documents établissent: du temps même des Apôtres, Rome, par un miracle de Dieu, regorgeait de chrétiens : ils sont déjà multitude. — Leur situation dans Rome est nettement tracée par Tacite : ils ne sont coupables d'aucun méfait; loin de conspirer contre TEmpire ils en sont les sujets les plus fidèles. Quel est leur crime? D'être haïs du genre humain. Confirmation saisissante de la prophétie de Jésus-Christ! Leur vie chaste , charitable , pieuse irrite Itf grande Babylone : ils sont haïs du vice comme la lumière est haïe des ténèbres (1). — Tandis que les Juifs sont courtisans et agréés de Néron (2), les chrétiens contredisent et exaspèrent par leur vie pure cette société romaine saturée de vices. Néron va en profiter.
(1) Ucile, Annal,, XV, U.
(2) Voir Hausrath et Mommsen. •<- Voir aussi Josèpbe, De vila sua, 31. -Tadte, ilnn., XV, 61.
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Poursuivi de la haine du peuple pour avoir voulu incendier Rome (1) , Néron donna le change et jeta les chrétiens en proie aux fureurs populaires. La persécution fut ce qu'elle devait être sous ce monstre : incroyablement atrçce. Les chrétiens recherchés, poursuivis, trahis, dénoncés, fureat arrachés de partout et remplirent les prisons pour faire bientôt à eux seuls les frais d'une grande fête populaire que Néron donna durant le mois d'août 64 à la ville de Home (2). Il n'y eut dans cette persécution d'égal à l'effroyable cruauté des supplices que le nombre incalculable des saints qui y périrent. Tacite raconta en détail ces horreurs (3); tous les apologistes chrétiens en conservèrent la mémoire (i), le paganisme en resta profondément impressionné (5). Quant à la communauté chrétienne, loin d'être anéantie, elle redevint rapidement multitude.
Gardons-nous de croire que la persécution de Néron s'arrêta à Rome. Les documents les plus graves établissent qu'elle s'étendit dans l'empire pour y multiplier les martyrs, et ils font justice des assertions contraires de Dodwâl et de tous les autres, que le désir d'arracher de l'Eglise l'auréole de ses martyrs préoccupe beaucoup plus que la loyauté historique (6).
Saint Pierre, écrivant aux chrétiens d'Asie, les fortifie
(1) « Pour faire taire ces rumeurs Néroa produisit des accusés. » Tacite, Amal., XV, 4i. — Saint Clémeat, ad Corinth., 5. — Sulpice Sévère, II, 29. — Orose, VII, 7.
(2) Friedlaeader, Mœurs romaines, t. II, p. 25.
(3) Annal, XV, 44. — Juvénal, I, 155-157.
(4) Saint Clémeat Rom., ad Corinth,, 6. — Sénèque, Epii., 14. —Id. Epii., 78.
(5) Sénèque, Ep., 78.
(6) M. Duruy se signale entre les autres par ce genre de déloyauté, Hisi, des Romains, t. IV, p. 508. — Rendons cette justice à M. Aube, qu'il se montre ici plus véridique et plus loyal. Hist. des persécui., p. 99 et 100. — Quant à Renan, il est comme toujours Indécis et fuyant : Les Apôfres p. 349. — 11 dit tour à tour le pour et le contre. Antéchrist, p. 555.
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contre la persécution qu'ils subissent. Or cette lettre doit Blre rapportée au temps de Néron (1). — Saint Méliton (2) et Tertullien (3), disent clairement que Néron fut persécuteur de rÉglise chrétienne. — Laclance est plus formel encore (i) ainsi que Sulpice Sévère dont le texte ne peut s'entendre que d'une persécution générale (5). Quant à Orose il parle d'une poursuite des chrétiens « dans toutes les provinces (6). »
La persécution dura vraisemblablement jusqu'en 68, date de la mort violente et du châtiment de Néron.
II. Persécation de Domitien. L'Église respira sous les premiers Flaviens, Vespasien et Titus. Ces empereurs aimaient les Juifs et accordèrent volontiers aux chrétiens une demi-faveur.
Monté sur le trône en 81 , et après quelque modération et quelque sagesse, Domitien se montra vite ce qu'il était en réalité « une portion de monstre » comme l'appelle Tacite. 11 dissipa le trésor; il eut recours pour le remplir aux vols et aux proscriptions et , une fois engagé dans cette voie , il rappela vite toute la férocité de Néron. Domitien commença par un orgueil sacrilège une carrière de crimes qu'il devait terminer sous le poignard de la conjuration. Dès l'année 86 il se fit décerner les honneurs divins qu'il obtint sans peine des Romains dégénérés et avilis. Vers l'année 89, au temps ^Q la disgrâce de l'honnête Agricola, sous le consulat d'Aurélius Fulvus , ennemi déclaré du Christianisme , et malgré
(1) iPetr., IV, 12-16.
(2) Dans Eusèbe , Hi$t., VI, 24.
(3) Terlull., ApoL, 5.
(*) D$ Mort. persecuL
(S) Sulp. Sev., Chron., H, 41. — Voir le commentaire de Sulpice Sévère, par M. de'Rossi, Bull. 1865, p. 93.
(C) Adv. pag., HUl., VII, 5.
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la présence au consulat d'un chrétien illustre, Aciiius Gla* brio, Ton vit poindre l'ère sanglante de la persécution. Dîh mitien tenait de Vespasien, son père, une haine profonda contre les philosophes avec lesquels il confondait les chrétiens , il tenait de Néron les instincts sanguinaires du p^* sécuteur : ces instincts éclatèrent déflnitivoment en Tannée' 94. La persécution s'inaugura par le plus illustre martyre. Du fond de TAsie Mineure, saint Jean fut amené à Rome, et, par ordre du tyran, plongé près de la porte Latine, dans une chaudière d*huile bouillante (1). Un grand miracle fut accordé à TÉglise pour la fortifier dans sa lutte; le saint Apôtre sortit de l'huile brûlante comme d'un baia salutaire qui lui rendait sa vigueur. Vaincu par un miracle qui dut avoir dans Rome un retentissement profond, Demi* tien n'osa plus affronter la lutte et relégua saint Jean dans : l'île de Palhmos. C'est là que TEsprit-Saint fit apparaître au martyr les grandioses perspectives de la vie de l'Église, des révolutions qu'elle allait traverser, des catastrophes où l'Empire qui la persécutait devait si prochainement périr, et de l'écroulement plus effroyable encore du monde à la fm des temps. De Pathmos , d'où la mort de Dioctétien le fit sortir, vers l'an 96, saint Jean, âgé de 97 ans, retrouva sa chère Église d'Asie Mineure, et, avant de mourir, laissa comme le plus précieux des héritages cet incomparable Évangile, dont on pourrait croire qu'il fut composé dans les cieux. A cet évangile, destiné surtout à venger la divinité de Jésus-Christ des négations et des blasphèmes de l'hérésie, l'apôtre, saint Jean joignit deux Lettres où sa charité ardente se mêle à la vigueur de sa foi. Il mourut à Éphèse à l'âge de cent ans (2).
(1) Tertullien, Prescript., 36. — Renan lui-même à été forcé de reconnaître la certitude matérielle du fait. Antéchrist, p. 197-209.
(2) Quand la paix fut rendue à l'Église , le lieu où saint Jean avait subi le martyre de l'huile bouillante fut consacré par une basilique du titre de
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A Rome la persécution de Domitien augmentait ses fureurs it multipliait ses victimes (année 95). Tandis que Néron l'était presqu'exclusivement attaqué au nombre, Domitien, lans négliger la multitude, porta sa rage sur les plus illus*. res chrétiens de sa famille et de sa cour. Il avait précédemnent élevé aux honneurs du consulat un chrétien fervent, ^lavius Clémens, l'époux de Flavia Domitilla, et adopté les ieux fils de Sabinus, frère de Clémens. Mais la voix du ^ng fut chez lui plus faible que celle de la cruauté, Flavius Ulémens fut, d'après le récit de Dion Cassius, accusé de Christianisme (1), et périt avec beaucoup d'autres chrétiens 30US la hache du licteur. De ces personnages illustres et de ces Flavii chrétiens, ceux qui échappèrent à la mort subirent la confiscation des biens et l'exil. Flavia Domitilla fut exilée dans l'île de Pandataria; une autre Flavia Domitilla , la vierge qui avait repoussé l'hymen d'Aurélius, fut relé* guée dans l'île Pontia (2). Ces exécutions indigûèrent jusqu'aux païens eux-mêmes, quand, au martyre de Flavius Clémens, Rome vit s'ajouter celui d'Acilius Glabrio (3).
L'Empire entier voyait ce que contemplait Rome (4) : le sang chrétien coulait de toutes parts, et l'Eglise subissait la plus épouvantable tourmente. Elle dura (5) jusqu'à ce que
Saint-Jean près la porte Latine. — A Éphèse sa sépulture fut honorée , BOUS le règne de Constantin, par Téreclion d'une magnifique église.
(1) Suétone, Domit., 15. — Dion Cassius, LXYII, 13. — L*accusation d' « athéisme » n'avait pas alors d'autre signification que celle de christianisme. — Voir S. Justin, Apol., 6, II. — Apol., 3, — Eusèbe, Hist., IV, 15. — Lucien, Alexandre, 25, 38. — Gibbon, History of tht décline and fall of ihfi Homan empire, c. xvi.
(2) Voir Eusèbe, Hist., III, 18.
(3) Un texte de Dion Cassius nous fait clairement entendre que beaucoup ^'autres chrétiens illustres souffrirent le martyre dans le môme temps : «Uoi toXXoi. — Pour le martyre de Atilius Glabrion, voir le même Dion. ^orniL, LXVIl, 13.
W De la plus haute aristocratie la persécution tomba rapidement dans le bas peuple et y fit d'innombrables martyrs. (5) Nous savons sur d'irréfragables témoignages que la terrible persé-
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fut comble la mesure des crimes de Domitien, et que s'appe-, santit sur « cette bête féroce, qui ne semblait se plaire qu'à lécher le sang de ses proches, )> le châtiment que ses crimes n'avaient que trop bien mérité. Le 18 septembre de Tannée 96 une conjuration de palais se forma contre le tyran qui périt ignominieusement sous le poignard (i).
III. Persécution de Trajan. Pendant que le doux et honnête Nerva succédait à Domitien et donnait deux années de paix à l'Église, le trône de saint Pierre passait de saint Anaclet à saint Evariste. Les premiers temps de ce pontificat furent florissants et tranquilles : Nerva révoquait les édits d'exil de Domitien, les chrétiens rentraient dans leurs églises. Le plus illustre, l'apôtre saint Jean, quittait Pathmos et était rendu à l'amour et à la vénération de l'Asie. A Rome saint Evariste installait définitivement dans vingt-cinq sanctuaires les vingt-cinq prêtres chargés d'administrer la Ville éternelle. Les travaux des catacombes se poursuivaient avec zèle, et les grandes familles où le Christianisme ne cessait plus de faire des progrès ouvraient elles-mêmes de nouvelles hypogées. Mais un nouvel orage allait éclater sur l'Église.
Aux Flaviens précipités du trône impérial par la chute de Domitien, succédèrent avec Trajan (an 98) les Antonins, et à la paix accordée par Nerva succéda une nouvelle guerre faite à l'Église par le Paganisme irrité de ses défaites autant que des accroissements de son ennemi. Trajan, à des qua-
cution de Domitien sévit en Italie, sur tout le littoral de TÂsie Mineare, à Antioche, en Syrie, en Lydie , en Mysie, jusque sur les rives du Pont- Euxin, en Bithynie.
(l) Suétone, Domit., 15, 16, 17. — Dion Cassius, LXVII, 15 et suiv. - Aurélius Victor, Epilome, XI, 11-12.
La cause de la conjuration et les conjurés païens sont parfaitement connus et signalés ; ce qui n'empêche pas le déloyal Renan d'attribuer aax xîhrétiens la mort du tyran. Renan, Evangil,, p. 338.
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lités réelles , mêlait bien des vices , et surtout gardait sur le tr6oe les instincts de légalité brutale du soldat parvenu. Un exemple de cette inintelligence sanguinaire dans le maniement de la justice est resté fameux. L'un de ses gouverneurs, Pline le Jeune, proconsul de Bithynie, lu une consultation étrange, à laquelle Tempereur fait uc et une réponse plus étranges encore. De plus en plus rassé en face de Tinnocence reconnue, du nombre ii des chrétiens, et aussi des édits qui ordonnent de les cher et de les punir comme des malfaiteurs, Pline à Trajaa ses manières de procéder, en insistant sur ! cultes de la procédure. D'abord il lui a été impos découvrir en eux le moindre crime : « Je n'ai de autre chose, dit il, qu'une ridicule superstition. » D les chrétiens ne prennent d'autres engagements s renoncer à tout ce qui est mal : « Ils s'obligent dai cérémonies et leurs mystères, non à des actions crin mais à ne commettre ni larcin ni adultère, à ne poi quer à leur parole et à ne point dénier un dépôt. » vérité est victorieuse : nous voilà déjà loin du c quement inconsidéré de Tacite : Race de gens coup tous les crimes. Et leur nombre devient éclatant leur innocence. Pline continue : « Cette contagion j non-seulement les villes, mais les bourgs et la campj telle sorte que les temples des dieux sont presque dése — Que fait Pline ? « J'ai puni, dit-il, ceux qui ont éU ces et convaincus (2). » Convaincus de quoi ? « De mettre ni larcin ni adultère, de ne point manque parole, de s'obliger dans leurs assemblées et leurs n à ne point commettre d'action criminelle!... » Voil était la logique du Paganisme aux abois. Trajan
(1) Pline, Epilr., X, n. 97,
(2) Pline, td., id.
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son proconsul une réponse cligne de la demande, aussi inw que et aussi insensée : « Vous avez suivi, mon cher Pline, la marche qu'il fallait tenir à l'égard de ceux qu'on accuse d'être chrétiens. Il ne faut faire aucune recherche contre eux ; mais s'ils sont dénoncés et convaincus, vous devez les punir. » Il faut entendre ici Tertullien foudroyer de sa voix tonnante ces imbéciles cruautés (1). « Ordonnance impériale, pourquoi vous mettre ainsi en contradiction avec vous-même? Si c'est là un crime, pourquoi en interdire la recherche? Mais si vous en interdisez la recherche, d'où viennent vos refus d'absolution? » En dépit de cette contradiction flagrante la persécution suivait son cours et le doMxTrajan ensanglantait Rome et l'Empire du plus pur et du plus illustre sang chrétien. Outre les édits de proscription de Néron qui n'avaient pas été effacés des lois de l'Empire (2), Trajan se fit contre les chrétiens une arme terrible de son décret sur les hétairies ou assemblées secrètes. Fort de ces ressources il ne cessa plus de torturer une religion que d'instinct il haïssait, comme d'instinct le vice hait la vertu. Le pape saint Clément que nous avons vu se démettre du souverain pontificat en partant pour son exil de la Chersonnèse, ayant été signalé à Trajan comme perturbateur, un ordre parti de Rome lui valut la couronne du martyre, il fut précipité dans la mer avec une ancre au cou (3). A Jérusadem saint Siméon fut sacrifié aux accusations des délateurs que la ligne de conduite adoptée par l'empereur multipliait partout. A Ronoe s'illustrait dans le martyre la dernière chrétienne du sang des Flaviens. Nous avons vu plus haut Domitien exiler dans
(1) Tertullien, Apol., 2.
(2) Duruy se trompe grossièrement quand il attribue à Trajan le premier édit de proscription contre les chrétiens.
(3) Nous suivons le récit de saint Jérôme et d'Eusèbe qui reculent jusqu'à la troisième année de Trajan le martyre de saint Clément. — Sur son martyre voir saint Jérôme, Apol. adv. lïuff., IX. — Goncil. de Vais. — Acta Celm. — Bulletin, 1870, p. U8.
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deux îles sauvages de la Méditerranée les deux Flavia Domitilla, dont Tune était à la garde <}e deux saints, restés fameux dans les fastes de TÉglise, Nérée et Achillée (1). Les deux saints confesseurs eurent la tête tranchée. Flavia Domitilla avec ses deux suivantes Euphrosine et Théodora fut brûlée vive à Terracine. L'autre Flavia Domitilla, épouse de démens, leroiina probablement dans l'île de Pandataria sa carrière d'exilée.
Rome vit un plus illustre martyr encore; le vénérable évêque d'Antioche, saint Ignace, la lumière et l'apôtre des Églises d'Asie, lui arriva enchaîné et destiné par Trajan aux bêtes de l'amphithéâtre. Son voyage d'Antioche à Rome fut à la fois une course triomphale et un voyage de charité (2). A Smyrne il visita l'illustre Polycarpe, comme lui disciple de saint Jean, et affermit les fidèles par fea parole et ses exemples (3). Ses lettres portaient au loin la lumière et le feu aux Églises que sa parole ne pouvait plus atteindre. De Smyrne il écrivit aux Églises d'Éphèse, de Magnésie et de Traites. Sa magnifique épître aux Romains le précéda de quelque temps et jeta dans cette Église avec les flammes de Vamour du Christ les ardeurs magnanimes du martyre. Dans ses différentes lettres, recueillies par saint Polycarpe au nombre de sept, à côté des aspirations véhémentes de la piété se trouvent rigoureusement formulés les points les plus importants du dogme ; la doctrine catholique y est si nettement, si lumineusement exposée, qu'il a fallu l'ignorance ou la mauvaise foi de nos historiens modernes pour oser présenter sur l'organisation, la constitution, la hiérarchie, la croyance des premiers siècles des systèmes de pure fantaisie comme des points acquis et d'indiscutables réalités. Chose infiniment remarquable entre beaucoup d'autres, dans
(1) De'Rossi, Roma SoUerra, t. l, p. 180, 181. — Buiiefm, 1874, p. 19-21,
(2) Saint Polycarpe, ad Phil., 9. — Saint Ignace, ad Rom., 9.
(3) Saint Polycarpe, ad PhiL, 9.
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sa lettre à TÉglise de Rome, le martyr Ignace consigne II croyance, dès lors universelle de la primauté de cette Église sur toutes les autres ; à la suscription se lisent ces paroles :
« à cette Église qui occupe le siège supérieur. » Ignace.
n*était encore qu'à Troade quand il écrivait ainsi aux Romains; dans le reste de son voyage il écrivit aux Églises de Philadelphie et de Smyrne ; enfin le 13 des calendes de janvier, à Tépoque des jeux publics, au milieu du concours des fidèles qu*il bénissait et exhortait , il se dirigea vers Tamphithéâtre que depuis si longtemps il réclamait de ses vœux. Les bêtes, en le dévorant, firent de lui « le pur froment broyé pour être offert au Christ. » Les quelques ossements que laissa leur férocité furent payés au poids de Tor et remportés en Asie par les fidèles d'Antioche : Rome garda, avec son impérissable souvenir, la gloire de Tavoir possédé.
Saint Evariste mourut lui-même peu après l'illustre évêque d'Antioche, vers Tannée 108. En même temps s'envolaient au ciel d'autres martyrs. Saint Hermès honoré dans Rome d'une magistrature, un tribun nommé Quirinus dont la fille du nom de Balbina légua à l'Église un joyau précieux : la chaîne dont saint Pierre avait été lié dans son cachot. Les dernières rigueurs de la persécution de Trajan furent affrontées par le pape saint Alexandre , successeur de saint Evariste. C'est à ce pape que la liturgie sacrée doit la mémoire de la Passion de Notre Seigneur au canon de la messe. C'est lui encore qui ajouta ces paroles : Quipridie quam pateretur, composa plusieurs prières, et rappela l'usage de mêler l'eau au vin dans le calice. Saint Alexandre mourut (1) vers lafiû du règne de Trajan que la justice divine attendait et frappa à Sélinonte, ou dans les commencements du règne de son fils adoptif et de son successeur Hadrien. Hadrien et saint Sixte
(1) On trouvera dans Paul Allard , Hist. des persécutions , la discussion relative à ce saint martyr, 1. 1 , 214. — Voir aussi Northcote et Brownlow Rom. SoUeran,