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CINQUIÈME LEÇON

L'ÉGLISE ET LES PREMIÈRES HÉRÉSIES

La période que nous parcourons est remplie par trois grandes batailles simultanées qu'engagea l'Église , où elle ^ploya des forces qui ne sont pas de la terre, et dont l'issue trois fois victorieuse lui assura l'empire des &mes et le rè- ^De des nations. Elle engagea la première contre la force flialérielle , la seconde contre l'hérésie , la troisième conlre les révoltes de l'esprit humain. Et la nécessité de cetfce triple lutte ressort de la situation môme que prenait l'Église en naissant sur la terre , de l'œuvre qu'elle accomplissait , des droits réclamés par elle , des prétentions qu'elle élevait de P&r Dieu à l'encontre de prétentions humaines et des revendications de toutes sortes des pouvoirs déjà constitués et des forces dès longtemps régnantes.

Il fallait à l'Église l'empire sur les nations , un empire visible, réel, profond, en même temps qu'étendu. Or, au moment où elle élevait cette prétention formidable, le césarisme, dans la plénitude de sa force et de son orgueil , régnait sur les nations et les retenait toutes dans une étreinte de fer. Qui ne voit la conclusion? Pour arracher les peuples à l'ignoble esclavage du césarisme et en constituer la grande et noble famille des peuples chrétiens, il fallut tout d'abord

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renverser le césarisme lui-même, eu engageant contre loi un combat à mort. Ce combat, nous venons d'en suivre les émouvantes péripéties. L'Église émoussa contre son sein immortel le glaive de TEmpire, elle paya sa liberté de tout son sang, elle acheta de sa vie le sol où elle devait s'établir et régner. Après avoir massacré ses fidèles durant trois siècles, les césars païens, las de tuer, s'avouèrent vaincus, et les césars fils de l'Eglise prirent leur place.

L'Église apportait à la terre et avait charge de maintenir entier et immaculé le dépôt des révélations divines et des préceptes divins. Or, dès longtemps les intelligences , dévoyées et cheminant par toutes les routes de l'erreur, se sont fait leurs symboles à elles , comme les cœurs se sont fait leur décalogueà eux. Quand l'Église leur aura imposé sa foi et ses commandements : sa foi qui dépasse la raisoa humaine de toute la hauteur des cieux, ses commandements qui retiennent la volonté dans des entraves douloureuses , que feront l'intelligence et le cœur humains? Ils appelleront à leur secours l'hérésie. L'hérésie capitule, elle ne repousse pas absolument et dans son entier le dogme chrétien, elle le façonne à sa guise, elle en retranche ou y ajoute ce qui plaît à son humeur et ce qui sert ses passions , elle le corrompt, comme dit saint Paul, par un mélange. Bien autrement tenace que l'empire matériel de Rome, l'hérésie intercepte à chaque heure, dans chaque siècle, le chemin de l'Église; dès sa naissance elle s'attache à elle pour ne la plus quitter, car l'hérésie, forte de toutes les faiblesses et de toutes les perversités delà nature déchue, est impérissable dans le monde comme cette nature elle-même est impérissable en nous. Aussi la lutte contre l'hérésie, contemporaine du berceau de l'Eglise, doit durer toujours, et la lutte que nous allons étudier, et qui n'embrasse que les premiers siècles, n'est que le début de celles qui rempliront tous les temps. Victorieuse contre les césars, l'Église le fut contre

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fhérésie , défendant pied à pied devant cet adversaire ]*enfemble de ses vérités divines, et maintenant entier et inviolable le symbole dont Dieu lui a confié le dépôt.

Différent de Thérésie et faisant cause commune avec le eésarisme, le philosophisme païen ne voulait ni de TEglise, ni de Thérésie; il voulait le maintien pur et simple des farcurs séculaires qui tenaient les intelligences enchaînées , et, par conséquent, il travaillait avec ardeur à la destruction du Christianisme. Nous nous occuperons tout à l'heure L ée lui, de ses prétentions , de ses efforts, de sa défaite.

Telle est notre marche avec les étapes fixées.

Dans la leçon présente et celle qui suit nous esquisserons la seconde des grandes luttes de l'Eglise aux premiers âges : sa lutte contre l'hérésie ; une leçon pour passer en revue les hérésies , une autre pour étudier les illustres défenseurs de la vérité.

Quand l'Eglise fit ses premières conquêtes, elle les fit sur deux éléments diversement corrompus : l'élément juif et l'élément païen. Le premier éprouve pour Jésus-Christ, sa divinité, sa doctrine si sublime, ses révélations si hautes et surtout sa morale si austère , une répulsion invincible , le païen cherche jusque dans le ciel chrétien la multiplicité de ses anciens dieux. Le juif ne veut pas de Jésus-Christ comme Chef suprême , Tautre prétend lui associer et même lui préposer d'autres divinités. Tous les deux refusent les solutions révélées des problèmes qui agitent le monde, et sur lesquels le Christianisme jette une lumière supérieure et surhumaine descendue des cieux ; tous les deux rêvent des spéculations plus en rapport avec leurs erreurs passées; tous les deux surtout cherchent à débarrasser leur raison

Leçons d'histoire. — Tome I. 17

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des étreintes du a*edo catholique, leur cœur et leur sens des fardeaux iasupportables de la croix. Comme ils Toot fait daos tous les siècles, Torgueil de la raison et les convoitises de la chair ont produit les hérésies des premiers temps de l'Eglise. — Quelles sont ces hérésies? Au premier coup d*œil elles s'offrent à nous dans un inextricable désordre; jamais, ce semble, Tesprit humain, mis en ébuUition, emporté à d'incroyables effervescences, ne ût naître de plus bizarres , de plus incohérentes , de plus multiples chimères. Puis quand la lumière se fait dans cette masse informe, l'on ne tarde pas à voir se dessiner la première et la plus vaste hérésie, ou plutôt une famille entière d'hérésies, qui attire à elle, rassemble, s'efforce de fusionner en un seul corps de doctrine toutes les erreurs courantes, y compris des lambeaux d'un Christianisme défiguré. C'est la gnose , l'hérésie la plus vaste des premiers siècles. — Après la gnose vinrent d'autres erreurs qui eurent moins d'importance, causèrent moins de ravages, mais nous obligeront encore à esquisser leur histoire. — Telle sera donc la marche de cette leçon: !<> la gnose : ±^ les erreurs, contemporaines de la gnose et différentes d'elle.

I. La gnose (1). Qu'est-ce que la gnose en elle même? quelle est son origine? De quels éléments se compose-t-elle? Et, si elle en possède un, quel est son corps de doctrine? Puis ensuite, quittant ces données générales pou4? entrer dans les détails historiques , quelles sectes différentes composèrent la gnose? quelles sont les têtes de cette hydre, les membres divers de ce monstre?

(1) On trouvera dans les Evangiles et la crilique au xrx^ siècle de Ms'Maignan, une très claire exposition de la gnose. — Voy. aussi Massuet,lHiserl. in op. S. Irxn, — Lewald, De doctr. gnost. — Matter, Hist, du gnostic. — Mœlhcr , Essai sur le gnosticisme. — Baur , Hisl, de la Gnose.

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1. Il nous est facile, dès les temps apostoliques, de retrouver dans les écrits des Apôtres la première origine de la gnose. Des esprits inquiets, orgueilleux, amis des nouyeautés et surtout de Téclat de la gloire s'ennuient de la permanence du dogme prêché, s'accommodent mal de l'autorité inébranlable qui l'imposent à la raison, comme un bienfait sans doute, mais aussi comme un devoir, et surtout se sentent profondément humiliés de se voir mêlés à la foule, traités comme elle, ne possédant que ce qu'elle possède, n'ayant à croire que son credo, partageant avec elle les luyons de la même vérité. Ils rêvent une aristocratie de science : eux et les seuls initiés à des spéculations plus hantes , à une croyance plus profonde , tiendront le sceptre des idées, les autres seront le vulgaire, les grossiers, les matériels comme on disait dans le langage gnostique. Pour ce vulgaire la prédication des Apôtres sera bonne, Jésus- Christ sera le docteur de cette foule ; Rédempteur subalterne, ce démiurge suffira à la foule des imparfaits. Quant à eux, les « spirituels , » les gnostiques , ils puiseront à des sources plus divines un enseignement plus parfait. Telle est l'idée première de la gnose. Elle bénéficia de cet orgueil naturel qui traite de haut la plèbe , de cet attrait qui pousse à des initiations secrètes et à des enceintes réservées. Gomme l'orgueil ne marche jamais sans son cortège de vices , et que dé tous temps un Luther en révolte contre la vérité catholique doit être du même coup un moine cynique et débauché , les adeptes du Gnosticisme, à l'orgueil de la raison joignirent les ignominies de la chair , et de même que le révolté Allemand traînera après lui sa Gatherine , le premier gnostique Simon le Mage traînait après lui son Hélène la prostituée. Les siècles passent, l'hérésie garde ses ignominieux stigmates toujours. L'infamie gnostique s'étayait d'une ingénieuse effronterie. Après avoir déclaré la matière œuvre du mauvais principe, les sens, l'usage des sens, le mariage.

choses détestables et interdites , les gnosliqucs tirèrent cette conclusion qu'il fallait détruire les sens. Comment? Dam Tétreinte et Tétonflement de la volupté !

Telle est Torigine de la gnose, aussi simple qu'elle est honteuse. Mais quels en étaient les doctrines et les enseignements? Pour le bien saisir il est indispensable de jeter oû coup d'œil sur l'époque où la gnose prend naissance. Depnis les siècles l'esprit humain cherchait la solution des grand» problèmes qui pèsent sur le monde et la destinée humaine: Dieu, Tunivers, Torigine des choses, la présence du biefi et du mal, etc. ; il cherchait, et en dehors de la lumière révélée il n'avait rencontré que ténèbres et extravagances. Jésus-Christ par l'Eglise ayant illuminé ces formidables abîmes, les esprits humbles et sérieux s'en tinrent à ses solutions : les esprits orgueilleux dont nous faisions plus haut la peinture , s'irritèrent de ces révélations tonte faites et se passionnèrent à de nouvelles recherches. Ces recherches quelles pouvaient-elles être? Evidemment la reprise des extravagances anciennes mêlées aux révélations du Christianisme. Le Gnosticisme prétendit éclaircir tous les problèmes autrement et d'une façon plus sublime que ne le faisait l'Eglise, et ses solutions absurdes n'étaient que des réminiscences de l'ancienne philosophie. Nous allons en faire une esquisse rapide. — Qu'est-ce que Dieu? D'où viest le monde? Quelle est l'origine du mal? Que signifie cet antagonisme étemel entre le mal et îe bien? Qu'est-ce que cette association étrange entre ta matière et l'esprit? Biea n'était simpfe et sublime comme la réponse catholique? Les gnostiques en cherchèrent une autre en dehors de la foi et ne trouvèrent qu'obscurité et folie. Ne reconnaissant pas que le mal n*était que l'abus de la liberté, la violation des lois divines par un être libre , que par suite le mal n'est que la corruption ou la négation du bien, ils en firent une réalité à laquelle ils donnèrent une même existence et une

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e parallèle avec le bien. Pour eux il y eut deuz princides <iiofies : Dieu et la matière éternelle. — De cette

mière erreur en naissait fatalement une seconde qui isot Dieu du monde. Le monde étant mauvais, Dieu ne

vait avoir rien de commun avec lui. Mais alors d'où ti-

^41 stm existence? Ici se place la série extravagante des destinée à expliquer Torigine de la matière en dehors

l'action imnoédiate de Dieu. Des gnostiques les uns adiieUaient avec Platon une matière passive et inerte , les au- 1res av'ec la philosophie persane en faisaient le mal lui*, tiême : dans l'une comme dans l'autre de ces deux opinions Il matière était le siège d'une puissance mauvaise. Dieu et ^e ^ient deux principes opposés et ennemis. Mais pou- JsiUm isoler ces deux termes au point qu'il n'y eût plus iticuBe influence de l'un sur l'autre, de Dieu sur la ma- ^e? Evidemment non. Alors les gnostiques supposaient tûtre Dieu et la matière une série d'êtres intermédiaires ou £^, tous émanés de Dieu, mais de moins en moins parfaiteoaent. Parmi ces êtres émanés de Dieu dans une perfection ^roâssa-ate , il en est un que les gnostiques appellent le ^(^^r§e : c'est lui qui s'est chargé de créer l'univers : aussi ®û porte-t-il la responsabilité comme d'un acte mauvais. Il a emprisonné le principe spirituel dans la matière, il a enfermé iniquement les âmes dans la chair. Ce démiurge est ^ Eon sacrilège et cruel. C'est par lui que l'homme est une créature malheureuse, fatalement vouée au mal et à la doukur — Ce sort de l'humanité a ému de compassion un autre Eon qui est venu la délivrer. Cet Eon ne s'est pas fait »^omme : il n'aurait pu sans se souiller s'unir à la chair; le ^fps de l'Eon rédempteur était, <m absolument fantastique, û^ formé d'une substance éthérée et céleste. Du reste ce ^empteur n'est pas Dieu, il n'appartient qu'à un anneau ^e l'immense chaîne des Eons. En quoi consiste le rachat et '® salut de l'humanité? Dans la connaissance de la gnose;

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science transccDdantale et réservée que les psychiques o& grossiers ne peuvent connaître et que seuls les pneumatiques, les spirituels, peuvent embrasser. — Tel est le fond de ]a gnose, la note dominante ^ àulouv de laquelle viennent se grouper une foule de différentes variations, dont nous jugeons superflu ici de rendre compte en détail. Détachons néanmoins de cet ensemble un point plus important que les autres, et demandons-nous comment la gnose traitait Jésus- Christ. Cette hérésie, comme toutes les autres, comme notre Rationalisme contemporain, comme les erreurs de tous les temps, manifesta deux tendances : elle tint compte de Jésus- Christ, elle chercha à Texpliquer en Tamoindrissant. La grandiose et divine figure de Jésus-Christ remplit si bien le fond de l'histoire, Jésus-Christ renferme si bien en lui « toute plénitude, » il est si manifestement la pierre angulaire qui supporte tous les événements, le fondement sur lequel les siècles historiques reposent, qu'il est devenu impossible de passer sans le voir et de dogmatiser sans tenir compte de lui. Libre à Terreur de le découronner, mais le discuter il le faut. Les gnostiques le discutèrent donc. Mais qu'en faire? Là est tout le nœud de la question. Si on lui laisse sa divinité , si on en fait le « Fils du Dieu vivant, » il est le dernier maître et le suprême dominateur ; sa parole est le dernier mot de toute chose, sa révélation la plus haute science qu'il soit donné à l'homme de posséder. Pas d'autre gnose pour les anges comme pour les hommes , pour le ciel comme pour la terre , que la science transcendante qui est la sienne et qui est en même temps celle de- son Père qui est le Dieu Très-Haut. Les gnostiques qui isolaient Dieu du monde ne voulaient pas que , en dehors de leur gnose , patrimoine des seuls initiés, TEon rédempteur ait donné à l'humanité la science divine dans sa plénitude et sa profondeur. Ils le distinguaient absolument du Dieu suprême, inconnu, inaccessible; ils en faisaient une émanation comme les autres; et

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loique supérieure, cette émanation commune à d'autres iSenlevait pas moins à Jésus-Christ son titre de « Fils uni-

ae de Dieu. » C'est contre cette impiété gnoslique que saint

lui dans plusieurs dé ses Epîtres établissait avec une si îde force la divinité de Jésus-Christ et sa qualité incom-

anicable de Fils unique du Père. Déjà la gnose juive avait iventé pour rabaisser THomme-Dieu ses interminables « gé-

alogies (i), » dont seront plus tard formés les Bons.

Telle est, dans son fond et dépouillée des détails extraagants qui la surchargent, cette hérésie, qui ravagea toute I^Eglise des premiers siècles, se couvrit parfois d'infamies

licibles, etlivra toujours à l'Evangile une guerre acharnée. Parcourons rapidement les sectes diverses qui la compo-

èrent en la modifiant sans cesse et sans fin.

2. Nous retrouvons dès le premier siècle les principales êtreurs dont se formera la gnose dans une première classe J^d'héréliques qui tous, en même temps qu'ils corrompent la .doctrine chrétienne, se donnent comme le véritable Messie : f>osithëe, Simon le Mage (2), Ménandre, les Êbionites, Cérinthey , fe« Nicolaïtes. — Simon admet comme Dieu suprême , infiniment élevé au-dessus du Dieu des Juifs, un Dieu absolument inaccessible, qui réside dans le Pléroma, n'a pas créé le monde, et ne peut avoir aucun rapport avec lui. La déesse créatrice du monde est l'Ewota; d'elle sortirent les séries des dieux ou Eons, dont le premier usurpa l'empire du monde, en chassa sa mère Ewota, et se mit à renfermer dans

(1) « Hogavi... ut denuntiares quibusdam ne aliter doceren , nequeintenderent fabulis et geoealogiis ioterminatis. » I Tim., i, 4.

« ... Stultas autem qusestiones et genealogias... devita. » Tit. m, 9.

« Non intendeotes judaïcis fabulis. » Tit. i, 14.

«Non doctas fabulas secuti » II Petr., i, 16

(2)Iren., I, 23. — Origen., Contr. Cels., VI, 11. — Hieron. in MaHh., c. 24. — Clem. Alex., Strom,, II. — Clem., Recogn., I, c. 72. — Eusèbe, II, 13.

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des corps les âmes immatérielles. De là. les malheurs de Thumanité. Quant à soa rédempteur, sou Christ , il n'i souffert qu'en apparence* La vraie force et puissance de Dieu était lui , Simon. •— Ménandre enseignait au fond la mêom erreur, il se plaçait au-dessus des anges (ou Eons) et S6 donnait la mission de délivrer les âmes injustement enfermées dans la matière. — Cérinthe, aux erreurs précédentes j sur le Dieu suprême et incommunicable, sur la création par \ un Eon sulbaterne ou Ange, etc., ajoutait une profession de * foi plus impie sur Jésus-Christ. Jésus*Christ n*est qu'on * homme que le Logos a visité et rempli un instant, mais a | quitté ensuite, de sorte que quand Jésus-Christ a souffert et ! est mort, il n'était qu'homme. Cérinthe rejetait du Nouveau j Testament tous les livres, sauf l'Evangile de saint Matthieu, | et il forgea un livre, prétenSu inspiré , qu'il nomma son ' Apocalypse, — Les ébionites niaient absolument la divinité j de Jésus-Christ. — Quant aux nicolaïtes ils sont surtout ' connus par les débordements de leurs mœurs.

Parmi les hérétiques de la deuxième classe , le Gnosticisme se précise et se développe. — Avec Carpocrate , la gnose n'a presqu'aucun contact avec la doctrine chrétienne; Jésus-Christ n'est qu'un homme, sa doctrine un simple système de philosophie. La seule condition du salut est de se séparer de la matière, de renoncer aux religions vulgaires, et de s'élever, avec quelques intelligences privilégiées, Pythagore, Platon, le Christ, dans les hautes régions de l'esprit. Le spiritualisme de cette erreur n'en arrêta pas la corruption profonde. Carpocrate, comme Platon , voulait la communauté des femmes, et basait sur les crimes de la chair le culte de la divinité.

Avec Basilide nous retrouvons le système des émanations successives. Du Dieu inconnu, incommunicable, sortent des catégories d'êtres de perfection décroissante , des ciels différents peuplés d'êtres de moins en moins dignes de la di-

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l'église BT LB3 PRBMlàRBS HÂRéSIBS. 297

lité. Comme dans les autres systèmes gnostiques uq ange leur crée le moDde, le souille par le mélange des âmes des corps, et y introduit la douleur'. Un Eon supérieur, Noue, vient le sauver en descendant dans Thomme nommé P«J8U8, sauf à le quitter quand cet homme souffrira et mourra. ™n le voit, tous ces hérétiques , selon Texpression admirapUe de saint Jean , déliaient Jésus-Christ, brisaient le lien de •fanion hypostatique, et, précurseurs d'Arius et de Nesto- Idus, niaient absolument \^ réalité de THomme-^Dieu. — t€ontemporain de Basilide, Valentin (1) se rendit à Rome itersTan 140 pour y introduire son Gnosticisme, dont le ^fimd ne diffère pas de ce que nous venons de voir, mais {dont le mécanisme est plus compliqué et dont Texposition j vise à plus de science. Comme les autres gnostiques, Valentin paraît surtout préoccupé d'isoler Dieu de la création et ! d*expliquer dans celte création la présence et la lutte du F bien et du mal. Du Dieu primordial, incommunicable, nais- !- sent des séries d'êtres dont l'ensemble forment le Plérôma , ^ opposé au néant, (xevwpia.) L'Eon, Opoç, retenait dans un r lien commun tous ces êtres dans la sphère spirituelle qui I était leur royaume. Mais l'un deux , 2o<pta, ambitionna une J union impossible avec le Dieu suprême et primordial. De \ sa déception amère naquit un être informe et malheureux, Achamothy qui, errant en dehors des sphères lumineuses , et, communiquant au chaos des germes de vie, donna naissance aux corps, pendant que ses désirs célestes de l'union avec Dieu faisait naître les âmes. Ces deux mondes des

(1) C*e8t surtout dans les ouvrages de saint Iréaée et de TertuUiea qu*il ta chercher les explications et les détails sur ce système des Valentiniens, qui forme une véritable mythologie chrétienne, dans laquelle , sous des images sensibles, il y a évidemment des idées spéculatives. -* Alzog, Bût, — Epiph., £r»r.,36,t. I, p. 262sq. — Iren.,1, 12; II, 4. — Epiph., Sxr., 33, 1. 1, p. 214 sq. — Epiph., Hxr., 32. — Tertull., Adv* Valent, c. 4 et 38. — Theodoret., lib. i, c. 8. — Iren., I, 12. — Epiph., Hser.y 1. 1, p. 232 sq. — Tertull., Adv. Valent. Hser., c. 4.

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âmes et des corps furent unis par la tentative malheureuse du démiurge né d*Achamoth et de là le malaise et la douleur dans notre création. C'est pour rétablir Tordre et réintégrer les êtres ainsi perdus par Achamoth et le démiurge né d'elle, que de nouveaux Eons surgissent, le Christ et TEsprit- Saint, qui viendront sauver le monde. Par eux le Jésus, pure créature, devient capable d'enlever les hommes tant à la domination de la matière qu'à la tyrannie de Moïse et de sa loi cérémonielle. Quels seront les élus? Ceux qui, devenus entièrement spirituels, pourront, dépouillés d'âme et de corps , rentrer dans le Plérôma. — Les OphiUs adoptèrent presque en entier le gnosticisme Valentinien , à d'autres extravagances près. Déçue dans son espoir de se réunir au Dieu incommunicable, 2(xpta se partagea entre l'esprit et la matière et donna naissance kJaldabaroth créateur de l'univers. En se mêlant à la matière Jaldabaroth s'y détériora, devint furieux et cruel , et créa de la mer un espritserpent qui se fit l'ennemi de son créateur même et détourna les hommes de lui. Un Christ céleste s'unit à un Jésus et délivra le monde. — Saturnin dogmatisait sous l'empereur Hadrien. Son système n'est, comme les autres, qu'un assemblage de lambeaux mutilés de Christianisme, de rêveries des Alexandrins , de folies ajoutées à des folies. Les Eons nés du Dieu primordial, pèchent et tombent. Au plus bas de la chute se trouvent les esprits des sept planètes qui créent le monde et les hommes, mais d'une façon incomplète, imparfaite et avec la douleur. Le Père suprême en a pitié : plusieurs seront sauvés, mais non pas tous. — Bardesane, né vers 154, appuya sa gnose surtout sur le dualisme. Les deux principes, bon et mauvais, ont toujours existé. La matière étant essentiellement mauvaise, ni les corps ne peuvent ressusciter, ni Jésus-Christ n'a pu prendre un corps véritable. — Tatien, contemporain de Bardesane, laissa voir des germes goostiques jusque dans les ardentes apologies

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il fit d*abord du Christianisme, puis il ne tarda pas à se lier dans les folies de Valentin. Il paraît avoir surtout in- ^té sur la perversité native de la matière. Il condamnait ^ mariage comme une impureté, voulait consacrer sans vin le saint sacrifice, et insistait sur une prétendue opposition <»tre l'Ancien et le Nouveau Testament. — Marcion et Cer- 'êm se firent avec les données gnostiques un sytème à eux. Ils retranchèrent de la gnose toute Tinextricable histoire des émanations. Pour eux il n'y a que deux principes des choses, d>soluiDent opposés, celui du mal et celui du bien. Le principe du mal ou matière a produit toute une série d'êtres : mauvais. Le dieu mauvais avait, avec la matière préexistante et éternelle, façonné le monde : de là le mal dans notre ^création, de là encore la répudiation et l'anathème de tout ce qui tient à la matière et en découle. Moïse et tout TÂn- ' cien Testament, œuvre du mauvais dieu, sont mauvais comme ayant reconnu et servi le Créateur. Le bon principe pour anéantir l'œuvre du mauvais avait envoyé un Christ , mais seulement avec l'apparence d'un corps. Le Christ avait sauvé tous les négateurs et les insulteurs du Principe créateur du monde, par exemple, Caïn, les sodomites. Judas; il avait condamné les autres, les patriarches, les prophètes. Marcion déduisait les faibles el les ignorants par de vertueux et austères dehors , en même temps qu'il attirait les autres par les facilités d'une morale sans frein comme sans sanc* tien. — Hermogènes enseigna, comme tous les autres gnostiques, les deux principes coéternels, l'un du bien, l'autre du mal, mais il s'opposait au système des émanations ou Eons.

3. La gnose se mourait dans le mépris et la lassitude, quand une nouvelle secte reprit en partie ses doctrines pour ï^onquérir sa domination : nous voulons parler du Manichéwne (i). L'entreprise vaste et hardie de Manichée fut

(1) Voy. Herbelot, BibUoth. Orient., art. Manie; — de Beausobre, Hist. ^tiq, de Manichée.

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d'uDÎrenuD corps de doctrine, en une religion universelle^ les traditions persanes, le Gnosticisme de Basilide, le Bouddhisme, et le dogme de Mithra; de constituer le tout en société secrète , de piquer la curiosité des uns par les appa* rentes profondeurs de son symbole , d'exalter Forgueil des autres par le faste et la pompe de ses initiations et les assurances d'une doctrine transcendentale , d'enchaîner les volontés de tous par Tattrait de la volupté et la licence des passions. Pour Manichée, il existe deux êtres primordiaux et éternels : la lumière et les ténèbres. Chacun de ces deux êtres donne naissance à des séries d'êtres opposés, lesquels se constituent en sphères ou royaumes divers, ayant chacun leur chef. Le principe bon est, lui et sa création , tout lumière et tout bonté. Le principe mauvais, avec les êtres qui en émanent, est ténèbres, chaos, crime, perversité. Ces deux principes sont en guerre perpétuelle. Pour combattre efQcacement son ennemi , le boa principe créa Vhomme primitif et l'unit aux cinq éléments les plus purs : la lumière, Tair, le feu, l'eau, la terre. Cette créature primitive , fille du principe bon, faillit être vaincue et mutilée dans la lutte contre le mal. Alors intervint la mission , l'œuvre d'un autre produit du Dieu bon le Çwv 7cv6\>(Aa, « l'Esprit vivant. » — Bref, pour faire grâce des»détails, l'empire des ténèbres dans sa lutte contre l'empire de la lumière, franchit ses limites, se mêla au royaume lumineux, et de ce contact de bien et de mal, d'ombre et de lumière, l'univers fut formé. Tous les êtres qui le composent sont plus ou moins parfaits, selon qu'ils participent plus ou moins à la matière lumineuse, cette matière répandue partout comme une âme vivifiante sous le nom de Jésus, Jésus passible. Emprisonné plus ou moins dans tous les êtres, le « Jésus passible » aspire à être délivré. Infiniment au-dessus de lui se trouve le fils de VHomme primitif y âme lumineuse que le contact de la matière ne viola jamais. C'est lui qui

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«si le vrai Rédempteur du moude. Du sein du soleil où il ! réside, sa mission est de recueillir pour les puriûer toutes les portions de lumière éparses dans Tunivers. Pour remplir plus puissamment cette mission il est descendu ici-bas dans un corps imaginaire.

Comme nous Tavons dit , les Manichéens formaient une société secrète. La secte était ordonnée hiérarchiquement. Elle se composait d'un chef suprême, de douze maîtres, de soixante-douze évêques , plus des prêtres , des diacres , des élus, etc. Des initiations successives élevaient les adeptes, à travers cinq degrés, jusqu'au faîte de la science et de la perfection. Leur culte, toujours renfermé dans le secret, était infâme et abominable. D'ailleurs, profondément hypocrites et rusés, comme le sont tous les sectaires, ils se mêlaient aux chrétiens , et l'œil le plus vigilant avait souvent peine à les découvrir.

En résumé, les sectes gnostiques et manichéennes renversaient dans leurs théories extravagantes le Christianisme tout entier. Là furent le danger et le désastre de ces rêveries. Tous les dogmes catholiques disparaissaient sous cette f< d'incohérents systèmes : l'unité de Dieu, la création, le pe originel, Tlncarnation, la Rédemption, la divinité de Je Christ, sa grandeur, ses pouvoirs,'son rang au-dessus de t( créature, la résurrection des corps, l'inspiration égale deux Ecritures, la distinction du bien et du mal, le 1 arbitre, l'efficacité et la sainteté des sacrements, la légitii du mariage. Cet exposé , en faisant voir la perversité de sectes, montre l'urgence des efforts que fit la vérité ca lique pour en triompher. — Elle en triompha, comme triomphera toujours et de toutes les erreurs, mais ces ad saires abattus, d'autres surgirent; le Gnosticisme n'avait achevé son œuvre de destruction que déjà d'autres hérés d'autres portes de l'enfer s'essayaient contre la « pier coatre laquelle rien au monde ne doit jamais prévaloir.

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II. Les autres hérésies. La gaose renfermait plos ota moins explicitement toutes les erreurs , à ce titre elle es^ rhérésie universelle, la grande hérésie des premiers siècles^ 1 passant par les transformations et les remaniements qu'il J plaft à chaque chef de secte de lui faire subir. — Après ellef \ les attaques se précisent; la bataille, après avoir été géaé- j raie, se concentre sur certains points principaux. Dans les j siècles qui nous occupent, de la naissance de TEglise i 1 Constantin , ce « travail d'erreur » se commence pour m .^ 6nir qu'avec le monde. Deux grands assauts vont être diri- \ gés, l'un contre l'Ëglise, l'autre contre son chef Jésus-Christ, i Un groupe d'hérésies s'efforcera de nier l'Eglise; un autre .j commencera , contre Dieu , les Personnes divines en Dieu,, et surtout cootre le Fils de Dieu, une guerre implacable, dont la période suivante verra se déployer les grandes puissances et les dernières fureurs.

1 • Les erreurs qui combattent et détruisent la notioD de l'Ëglise sont celles des montanistes et des novatianistes. Les montanistes déplacent dans l'Église la règle de la foi et le centre de l'autorité. La constitution divine est rénve^ sée pour faire place au Prophétisme permanent. On voit quelle affinité a cette erreur avec l'erreur protestante : ce que la Bible sera plus tard pour la Réforme, le Prophétisme l'est pour Mon tan. Inutile de dire quelle imposture et quelle supercherie était ce Prophétisme , dont les accès d'épilepsie ou les fureurs diaboliques faisaient tous les frais. Par un autre côté encore Montan détruisait la notion de l'Eglise. Pour lui l'Eglise n'était pas l'œuvre de Jésus-Christ qui l'avait laissée à l'état d'ébauche imparfaite, mais bien du Paraclet, qu'il était lui-même lui Montan, ou du moins dont il avait reçu la plus large effusion. Telle avait été Tœuvre divine : d essais en essais, d'ébauche en ébauche, elle n'acquérait que par Montan sa perfection suprême et

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son dernier achèvement. Que dira autre those le réformateur Luther? Quelle est donc vraie la parole du Psalmiste : « Impii in circuitu ambulant (1)1 »

Dans la question des rebaptisants une erreur, prise à la lettre et poussée à ses dernières conséquences, aurait eu pour efifet de détruire aussi la notion de TEglise , en détruisant sa visibilité. Cette erreur contre laquelle saint Cyprien ne se mit pas assez en garde , en refusant à Thérétique la transmission de la grâce, la faisait dépendre des dispositions du ministre. Sans doute, si Tordination manque, si la juridiction est rompue, etc., les pouvoirs s'arrêtent; de même que si la matière ou la forme sont altérées, le sacrement est nul; mais là n'était pas la question. Le baptême validement conféré par un hérétique était nul aux yeux des rebaptisants, nul par le fait seul qu'il venait d'un hérétique. Cela n'était pas sans rapport avec la pernicieuse erreur que nous signalions : la grâce dépend de la disposition du ministre; comme cette disposition est invisible , nul ne sait plus s'il reçoit la grâce, s'il est enfant de Dieu, s'il est de l'Eglise. L'Eglise cesse donc d'être une société visible pour n'être plus qu'une association invisible et insaisissable. L'hérésie a toujours affectionné cette erreur qui lui ménage dans Tobscurité un si commode refuge.

C'est là que fatalement doit conduire toute révolte contre l'autorité de l'Eglise, témoins Novat et Novatien. Quand on opposait à Novat qu'il se séparait de l'Eglise , il répondait qu'il était en communion avec les martyrs qui sont dans le ciel : toujours une invisible Eglise. Novatien pour expliquer son schisme ajoutait à la proposition insensée de Novat que

(1) Le MonUnisme affectait une grande sévérité c|^ principes et beaucoup d*aastérité extérieure. Il condamnait les secondes noces, défendait la fuite dans la persécution, ajoutait des jeûnes à ceux de l'Eglise en les déclarant obligatoires, prononçait Tirrémissibilité des péchés graves commis après le baptême, et niait, pour ces péchés , les pouvoirs de l'Eglise.

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l'Eglise abusait de ses pouvoirs, qu'elle avait besoin réforme, que son indulgence pour les tombés la reni désormais indigne d'être Tarche du salut. Poussant {Sitif loin encore dans l'hérésie, il nia absolument que TEglisï! eût le pouvoir de remettre les péchés. C'était d'un coupU-. détruire tout entière, en niant sa mission et jusqu'à sa raî-» son d'être.

Peut-être pourrions-nous parler ici d'une erreur qui, saits avoir à beaucoup près la gravité des précédentes, sans entsh mer l'Eglise dans sa notion et ses propriétés, sans nier aucail ', de ses pouvoirs, dénature, au moins pour une période, fe; mode de son existence et de son règne ici-bas. Nous voulons parler de l'erreur des millénaires. L'Eglise militante, dit h. théologie catholique , changera, d'un coup , sans transition, ■ sa couronne d'épines contre sa couronne éternelle dans les cieux ; du champ de bataille elle doit être incontinent introduite dans les gloires et les délices de son éternel triomphe. Tel est le sens des révélations et des prophéties consignées dans l'Evangile et les écrits des Apôtres. Les millénaires voulaient une transition entre les douleurs terrestres et les joies du ciel, et , trompés par quelques textes mal interprétés par eux, ils supposaient à l'Eglise, sur la terre, un règne de . mille ans, durant lequel elle préluderait par des splendeurs et des joies terrestres à ses surnaturelles joies et ses éternelles et divines splendeurs. C'était un reste des idées et des espérances judaïques; cetteerreur, sansimportance, durapeiu

2. D'autres s'attaquant à Dieu même, se multiplièrent avec une effrayante profusion, et, après avoir désolé l'Eglise des premiers siècles, nous réservent, confondues dans le Rationalisme, leprs dernières ruines et leur dernière perversité. Sous le nom générique d'antitrinitaires , nous verrons les hérétiques qui surgissent à la fin du troisième siècle agiter le quatrième et le cinquième de leurs négations,

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ift leurs intrigues, souvent de leurs fureurs. — Ces héréitiques se divisent en deux classes, caractérisées par le genre d'attaque qu'ils dirigent contre l'Etre de Dieu et la plus grande de ses œuvres, Tlncarnation.

La première classe s*en prend à la personne de Jésus- Christ, nie sa divinité et refuse de voir en lui autre chose qu'un ange, un philosophe. Ce sont les rationalistes de Tépoque, qui, peut-être fatigués des exaltations du Gnosticisme, se jettent dans Texcès opposé d*un sec et froid raisonnement. Les gnostiques voyaient partout des émanations divines, les antitrinitaires de la première classe ne voulurent voir Dieu nulle part. Pour les gnostiques tout était foi, pour ceux-ci tout fut raisonnement humain ; pour les premiers le péché était inévitable, pour les seconds il n'existait probablement pas. — Théodote le corroyeur, après avoir par lâcheté renié Jésus-Christ dans la persécution de Marc-Aurèle paya d'effronterie et déclara qu'il n'avait en cela nullement renié Dieu. Jésus-Christ n'était qu'un homme, conçu, non du Saint- Esprit, mais selon l'opération commune de la chair. — A la même négation subversive du Christianisme, Théodote le banquier y disciple du précédent, ajoutait une étrangeté : selon lui Jésus-Christ, médiateur des seuls hommes, était bien au-dessous de Melchisédech, médiateur des anges. Cette erreur fit donner à ses disciples, d'ailleurs peu nombreux, le nom de Melchisédéchiens. — ArUmon ne voyait en Jésus- Christ qu'un pur homme , mais le voulait conçu du Saint- Esprit. — Les Aloges étaient les disciples de Théodote, qui, à leur négation de Jésus-Christ, ajoutaient de sacrilèges mutilations de nos Evangiles. — L'indigne évêque , Paul de Samosatûy consomma par l'hérésie sa vie de faste et d'orgueil scandaleux, tant il fut vrai toujours que la plante vénéneuse <ie l'hérésie demande pour y croître le fumier du vice. Outre qu'il rejetait la divinité de Jésus-Christ, il niait la trinité des personnes divines : Dieu le Père existait seul réelle-

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ment ; le Fils et le Saint-Esprit étaient de simples attributs de la divinité. Le Christ, d*abord pur homme, mérita par ' ses vertus d'atteindre à Dieu. On s'est étonné que les Pères du concile d'Antioche, assemblés contre Paul de Samosate, aient rejeté le terme de « consubstantiel au Père, » ofxooudtoç, appliqué au Verbe, mais c'est que cet hérétique entendait par ce terme nier la distinction des Personnes'divines.

La seconde classe des antitrinitaires (i) dirige spécialement contre la sainte Trinité les attaques dont les autres visaient plus particulièrement la divinité de Jésus-Christ. Pour Pî'axéas, Noët, Bérylle, Sabellius, il n'existe qu'un Dieu unique, sans distinction de Personnes. Le Père qui est ce Dieu unique s'est seul incarné. Sabellius est celui de ces différents hérétiques qui formula avec une netteté plus audacieuse cette hérésie. Dieu, enseignait-il, est une unité sans distinction; Dieu est monade. Dieu, parfaitement un à l'exclusion de toute personne distincte, prend trois formes, se révèle sous trois aspects ; chaque aspect naît de différentes manières d'agir de Dieu. La monade divine devient Père quand Dieu crée, Fils quand il rachète l'homme, Esprit-Saint quand il anime l'Eglise. Cette monade divine, Sabellius la voulait répandue partout, ce qui le fit rapidement tomber dans le Panthéisme , et l'amena à enseigner l'éternité de la matière (2).

Telles sont dans un tableau trop rapide les hérésies des premiers siècles : les voilà : mais ce que nous n'avons pu leur donner c'est la vie et le mouvement ; nous les décrivons telles que nous les voyons, dans le dessèchement et l'immobilité de leur sépulcre, mais qui saura les faire revivre dans le tumulte de leur activité, l'audace de leurs agissements,

(1) Voy. Baier, Dis$. hist. de antilrinit. — Mœlher, Âthanas, — Tertall., De praBscripL, 53. — Eusèbe, V, 28 ; VII , 30. — Epiphan., Hxre$, 54. — Théodoret, Hxres, Fab., II, 5.

(2) CeUe hérésie porta tour à tour plusieurs noms : Modalisme , Monarchisme, hérésie des patripassiens, etc.

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lit puissance fascinatrice de leurs initiations ou de leur ratiohtlisme? Qui saura peindre leur prestige en face des corrupliODS du vieux monde? Et si chacune d'elles eut ce prestige et cette puissance, que dire d'elles toutes réunies ? Comment décrire ce gigantesque « travail d'erreur » circulant dans la société entière pour la corrompre?

L'hérésie s'appuyait sur trois forces qui lui donnaient une immense et irrésistible puissance d'entraînement. Bien loin de contrarier, comme le faisait l'Evangile, le courant des erreurs vulgaires et des orgueils de la philosophie, l'hérésie prenait les idées régnantes comme point de départ ; elle se livrait au souffle de la faveur du moment, et composait son symbole de toutes les inventions et les rêveries chères aux intelligences. De plus l'hérésie évitait avec le plus grand soin le sanglant voisinage du Calvaire. Jamais le glaive de la persécution n'eut pour elle de tranchant. Elle se donnait bien comme chrétienne, quand il fallait pénétrer dans la masse des fidèles et les séduire , elle était chrétienne pour voiler traîtreusement aux fidèles innocents la honte de ses turpitudes et de ses crimes; elle ne l'était plus quand il fallait mourir. Enfin le grand levier qu'elle faisait mouvoir pour soulever le monde, c'était le vice permis et adulé , la volupté devenue légitime et sainte. Quelle force I Tandis que le Christianisme comprimait la nature en de sanglantes et douloureuses entraves , l'hérésie lui accordait les faveurs de la plus complète liberté. Le Christianisme c'était la pénitence, la mort à soi-même, la persécution du monde, le martyre : l'hérésie c'était la puissance enchanteresse du crédit, des honneurs, de la volupté I « Ah! s'écriait saint Paul, vous êtes les forts, et nous sommes les faibles; vous obtenez tous les honneurs et nous sommes des rebuts (1)! » — Or, avec ces immenses ressources et cette

(1) Saint Paul, I Ck)rinth., cap. iv, vers. 10 et seq.

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plénitude de puissance, les hérésies mouraient rapidemeid les unes après les autres; rameaux détachés de r^rbre^ fSuilles mortes et errantes, vagues bouillonnantes dV' bord, brisées ensuite dans leur propre effort et évanouief < une vaine et impuissante écume , tant de sectes si aeerédi- ! tées et si influentes disparurent , laissant d'elles-mêzo^s i peine un nom et un souvenir. Du sein de ces brouillards le soleil de la vérité catholique se d^geait d'heure es heure et montait majestueusement à Thorizon.

M ff J W I

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