SIXIÈME LEÇON
L'ÉGLISE ET LES PREMIERS DOCTEURS
A Tactivité fiévreuse de l'erreur l'Eglise opposait raelivité calme et puissante de la vérité. Au sommet de la défense était la Papauté dont les décisions souveraines faisaient dès lors victorieusement justice des audaces de l'hérésie. Unis au Siège infaillible, les évêques déployaient dans leurs provinces une vigilance égale et une égale vigueur. ^''leur soin , des conciles s'assemblaient , des décrets, mis aux souverains Pontifes , frappaient l'hérésie à mot rendaient aux âmes droites une paix lumineuse. Et puissance du Saint-Siège et des conciles, une phalange c vincibles docteurs prêtaient l'appui de leur science et leur zèle. Admirable conduite de Dieu I Chaque hérésie sait naître une gloire théologîque nouvelle, chaque h siarque voyait se dresser devant lui et s'attacher à ses quelque illustre docteur. — Nous ne contemplerons qu commencement de cette merveille, qui reçut, après C( tantin, lors des grandes hérésies, son plein épanouisserai Mais déjà que de noms et quels noms se presseront s notre plume F Quels développements splendides et qu confirmation invincible reçoit dans les trois premiers sièi notre dogme chrétîra î — Afin de procéder avec plus
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310 LA LUTTB.
méthode et de clarté dans cette étude, nous la partagerons eu deux parts : dans la première nous jetterons sur toute la doctrine des premiers Pères un coup d'œil d'ensemble : dans la seconde nous analyserons rapidement les œuvres | de chacun d'eux. '
Coup d'œll général sur la doctrine et les enseignements des premiers Pères.
Avoir, comme nous l'avons fait , dressé l'inventaire des premières hérésies , c'est avoir indiqué d'avance sur quels points précis porta l'enseignement des premiers docteurs, lis suivent pied à pied l'erreur, lui enlevant ses positions une aune, réparant ses ruines, reconstituant l'édifice des divines croyances qu'elle vient d'entamer.
1. Toute hérésie naît de la révolte et du libre examen : l'hérétique c'est l'homme qui, irrité des glorieux fardeaux de la foi , follement fatigué de se trouver enfermé dans la lumière divine, rejette cette lumière pour suivre ses infimes et ténébreuses pensées. Nous avons vu dès la naissance de l'Eglise les Apôtres , saint Paul à leur tête , se plaindre de ces téméraires révoltes de l'esprit humain en face des révélations divines et des devoirs sacrés de l'obéissance et de la foi. Les gnostiques faisaient fi de l'enseignement de l'Eglise vulgaire patrimoine des charnels , pour se composer eux-mêmes avec les inventions de leur raison délirante un symbole particulier. — Avant tout donc il importait d'établir la légitimité, la vérité, l'autorité absolues de l'enseignement de TEglise , afin de détruire le règne usurpé d'un Rationa-
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L*ÉGLISK BT LBS PRBlilBRS DOCTBURS. 311
e audacieux. C'est ce que ûrent avec autant de lucidité de vigueur les premiers Pères. Saint Paul avait comicé à poser l'inébranlable assise de renseignement traionnel , el à en démontrer la force. La vérité jaillit de elle remplit son Fils et son organe , THomme-Dieu us-Christ, elle est recueillie par les Apôtres, elle se transit aux successeurs des Apôtres , sous l'inspiration et la i|itrde de l'Ësprit-Saint. Ainsi par le canal visible et extéeur du sacerdoce légitime , avec le secours invisible de Esprit de Dieu, la vérité circule dans l'Eglise, traverse les iècles, toujours entière et toujours immaculée (1). — Tel t l'enseignement fondamental sur lequel appuient les pre j->ûiers docteurs, saint Irénée, TertuUien , Clément d'Alexan- ^ey Origène. Ils démontrent que là où est la tradition , là wt la garantie la plus haute contre l'erreur, puisque celte ffradition (2), outre le poids des siècles, outre l'assistance Ida Saint-Esprit, offre les plus divines marques : l'immuta- ^tilité, la sainteté, l'universalité. — En dehors de l'enseilignement traditionnel, l'hérésie, sans fixité, sans point 'd'appui , tombe d'abîme en abîme, se laisse emporter à tous les souffles de l'erreur, jamais une , ni consistante , ni imrffluable. Saint Cyprien développe admirablement cette vé- •rité dans plusieurs de ses ouvrages.
En donnant l'enseignement traditionnel comme la base et la garantie de la vérité , les premiers Pères n'avaient garde d'oublier l'autre source parallèle de la révélation :
(*) Voyez saint Clément pape, Ep. adCorinth,, c. 4. — Lettres de saint ^olycarpe, fragments d'Athénagore , saint Théophile, Ad Autolic. — Co- ^^^^r, U , présente ces enseignements des premiers Docteurs.
Voy. aussi Tertull., Apol, I, 15, 66, 67. — Saint Irénée , lib. m , 1 et 11. ■^ Polycarp. Ad Philop., c. 7. — Tertull., De prsBScript., 20, 27. — Irénée, «»îet., m, 4.
(2) Saint Clément , £/>û«r. V, c. 44. — Eusèbe, III , 36, — Slrom,, VI, Pfagr. 17. —Tertull., PrxscHpL.c. 38, c. 19. — Saint Irénée, Rxres., "^- ni , c. 2.
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reoseignement scripturaire. Coatiauellement ils cit6Qi l'Ecriture : ils la connaisseDl toute entière, ils foat mieux e»*^ core que d*eQ trauscrire de nombreux passages, ils s'im* preignent de son esprit , se remplissent de ses maximes el la font revivre dans leurs propres écrits (1). Il a fallu toute Teffronterie du Rationalisme allemand et du Rationalisme français, son plagiaire, pour oser, comme ils Tout fait, expliquer Torigine et flxer les dates des dififérentes parties du Nouveau Testament.
2. A cette question de renseignement révélé s'en ratta* chait intimement une seconde, celle de Taccord entre la raison et la foi. Comme elle le fera dans toute la suite des siècles, rhérésie exaltait la raison, répudiait la foi; rerreor ne voulut jamais de celte lumière qui éclaire trop ses révoltes et ses insanités. Dès Torigine nos Docteurs durent , en vengeant la foi , ses droits et ses prérogatives , démontrer qu'elle est pour la raison elle-même la plus magniQque do* talion et le plus sûr refuge. Clément d'Alexandrie, à la têtd de tous les autres , insista dans ses Stromates sur la nécessité pour la raison humaine d'accepter le secours de la foi, sous peine de rester dans la nuit de l'ignorance et de se briser à tous les écueils de l'erreur. A Celse qui reprochait au Christianisme d'être fondé sur la foi, Origène démontrait que la foi est le moyen le plus grand et" le plus noble , le plus universel et le plus facile de propager la vérité , qu'en elle est le soutien et l'épanouissement le plus splendide de la raison. Avant le grand docteur Origène les apologistes saint Justin, Athénagore, mais surtout Hermias avaient fait vivement ressortir les aberrations où était tombée la
(l) Pour passer tous les autres, saint Clément dans sa lettre aux Corl]}th.t Hermas, la lettre de saint Barnabe , la lettre de Diogndte , saint Polycarpe sont remplis d'allusions aux saintes Ecritures et mômd de citations précises.
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:WS0D abandoQDée à elle-même. Le spectacle de Tunivers jpeut bien, dit Théophile d*Antioche, nous élever à la conl^ssance de la vérité , mais la raison humaine affaiblie et "fiiaarrompue par le péché ne peut se tenir dans les régions •êm vrat, elle s'affaisse dans Terreur et une révélation divine iNjd devient indispensable.
3. La révélation elle-même, dans le double canal qui ïious la transmet, ne trouve que dans l'Eglise son support 'jBl sa garantie. On peut dire que si la foi est le salut de Vhomme, le salut de la foi c'est l'Eglise. Aussi les premiers Tjocteurs insistaient-ils avec une particulière énergie sur Texistence, la nécessité, les prérogatives de l'Eglise de Jésus-Christ, seule arche de salut pour l'humanité tombée. « Où est l'Eglise de Dieu, là est l'Esprit de Dieu. Or l'esprit est vérité. » « Dans l'Eglise se trouve l'unité de la foi et l'unité de la charité. » Et l'unité comment est-elle conservée au milieu de tant d'Eglises éparses dans l'univers ? Par la primauté de l'Eglise romaine, mère et maîtresse toutes les autres Eglises, centre infaillible oii convergent se réunissent tous les rayons de la lumière et de la vérité Dieu. « C'est dans cette Eglise et non ailleurs qu'il U chercher la vérité. » C'est cette autorité infaillible qui mai tient puissamment dans l'Eglise Vunité sur laquelle les p miers Pères reviennent continuellement (1). Cette unité double : elle est extérieure, excluant la pluralité d'Eglist elle est intérieure, excluant toute division, tout schisn toute révolte (2). L'Eglise est une par Jésus-Christ et ]
(1) Clément d'Alex/, Pxdag., 1. I, c. 6 ; Strom., L VII. — S. Jus D. cum Tryph,, n. 63, 117. — S. Irenée, Hxrei,, 1. I, c. 11. — Terti De prxscripl., c. 20; Id. ibid.<, cap. 42, 48; Adv, Hseres., l. III, c. Âpoîog., 23. — S. Irénée, Adv. Hseres., 1. III, c. 3, n. 2.
(2) Clém., PsBdag, I, 6; Strom, VII, 17. — Justin, Tryph. XLÏI Irén. 1, 10; Orig., in Jerem. l, 17.
Leçons d'histoire. — Torae I. M
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l'Esprit-SaiDt qui la vivifleDt, en foo4 hd corps orgamâé^ foACtionoaat dans, la plénitude de la force et de kt san^ Tout ce qui se sépare d*elle languit et meurt;, tout c& q«Â reste en elle et participe aus; puissances de son unité , reti£« de cette unité, la vigueur »^ la, permanence, la fécondité et I& vie. Le lien de Tunilé dans TEglise est la communauté 4» foi (1) et de sacrements. Le moyen de cette unité est la sainte hiérarchie. Nous avons déjà eu occasion de citer de magnifiques paroles des anciens Pères sur rexten^ion prer digieuse et l'invincible cathaUcUé de TSgUse ^lûtable. Cesh là un point sur lequel ils reviennent saos cesse dans. lest. laite avec Thérésie. Toute la primitive communauté chiét tienne croyait à Tuniversalité de TEgUse. Symboles^, professions de foi, actes des-martyrs^ Uturgies^ canons apostd^ liques , décisions des Conciles, écrits des Apologistes et de» Docteurs, tout, dès les premiers siècles, nous feit foi de kt croyance des premiers fidèles à cet égja-d (2). C'est ave& cette arme que les polémistes repoussaient les prétentiomt de l'hérésie : elle n'occupait qu'un coin de terre et vivait une vie précaire et courte : l'Eglise de Jésus-Chrœt envahissait et remplissait le monde et devait compter s^ vie pas la durée des siècles (3). La sainteté eai constamment attribtrée par les premiers Pères à l'EgUse eomme sa propriété essentielle en mêmetemps que son plusindispensaUesigi»^ Comme aujourd'hui et avec une locidiéé parfaite, esr distinguait alors dans cette sainteté <teux poiatsi difierents : !& sainteté absolue de l'Eglise, qui s'appliqneà son origine, è sa fin , à ses moyens ; la sainteté variable et relative qui
(1) Ignat., Ep. ad PhikideL, n. III. — Justiir, Tffyph». UIIII, GXVI. - (2) De martyr, sanct, Polycarp.y n» î, XIX. — Ignafc, — aem., StromoL vu, 17. — Cyr., eat. XVlil.
(3) Clém., I. Cor., n^ 5. — Herm., PasL m ; 5îw. ÉX; Iren. I, it>; — Justin, Trypit. CXVI, CXVIil; Tert.,/wJ. VIÎ; #0%..XXXVIL — Ocig., Ceh. I, 67. - Clém., Strom, VII.
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l'ÉGUS£ £T LBS PREMlSaS DOCTEURS. 315
rde les effets qu'elle produit daos les &mes et les dé^epemeots qu'elle y prend. Les luttes avec les novatieos et
^ÊÊê montanistes servireat de bouoe heure à élucider un [rfoint essentiel de la doctrine catholique sur la sainteté de ri'%ii8e : la fieccabilité des ministres des sacrements et des tMppésentaïAs de Tautorité. L'effusion de la grâce n'est nul- , teient arrêtée par Tiadignité des instruments dont cette , -fràce se sert pour se produire. Enfin, aux trois précédents j 'Caractères, les Doctenrs des trois premiers siècles ajoutent, , ttvee «m égals sollicitude et VLoe pareille vigneur d'argap a^atatioii , VApattoUoité. Dès l'origine l'apostolicité est le ' fpnftti signe, l'infaillible sceau qui sépare la vraie Eglise
^fcs sectes hérétîqves. Se rattacher aux Apôtres (1), leur \ «iccéder légiUmement dans le gouvernement, conserver
• *rtact te dépôt transmis par eax de la doctrine (2) , s'api l^uyer en an iMt sous tous les rapports sur ces fondements ; ^éisraalables de l'Eglise t telb est la condition absolue
• 990T être de l'Eglise. Tertullien et saint Irénée terrassaient volontiers l'itérésie sous les coups de la prescription : « Vous
■ oe venez pas de la source, vous êtes récents, vous êtes 'i^Mer : comaieiit sertez-vous la vérité ? »
î 4» Assurer l'existence et la notion de l'Eglise , c'était «inislTuire et défendre la forteresse où tous les trésors de I 1* doctrine révélée se trouvaient invinciblement gardés, j Tout est Mttf quaud sauve est l'Eglise. Néanmoins les pre- L îaîers Père» défendaient aussi la Vérité pied à pied, et en- ; gageaient la lutte sur tous les champs de bataille où les menait l'hérésie (3). Or, nous avons eu occasion de le voir, la
(!) Ireo. rv, 26. — Tert., Cof. m«. IL
(2) Iren. IV, 26. — IrBtt. V, 90. — Clem., Strom, VII. — Tert., Prm- Wip. XXXH.
(3) On conwUera avec profit Touvrage de M»» Ginoulhiac , Hist, du ^ogm, chrét. pendant les trois premiers siècles.
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notion de Dieu fui celle que Terreur poursuivait et lacéraH avec le plus d*acharnement. Juifs et Judaïsants, païens, apostats, rationalistes, philosophes, hérétiques, tous, à des degrés et par des procédés difTérents, s'efforçaient de détruire le Dieu qu'annonçait TEvangile et qu'adorait TEgliae, le Dieu créateur des choses, unité en Essence (i), trinité en Personnes, Etre souverain, unique , Principe éternel et universel , qui a tout créé de rien , et auprès duquel rien d'incréé et d'éternel ne coexista jamais. Presque tous les hérétiques du premier siècle retenaient l'erreur de la philosophie païenne sur l'éternité de la matière , la dépendance de Dieu vis-à-vis d'elle, la dualité des principes , etc. Les Docteurs eurent à venger la notion divine des assauts de ces multiples erreurs, et tous, d'un coup d'aile, d'un essor, s'élevèrent dans leur tbéodicée à une hauteur très grande. Pour eux Dieu c'est l'Etre absolu , complet , l'existence pleine et infinie : Dieu n'a pas, il est. Il n'a pas la sagesse , la puissance, la bonté, la justice, il est tout cela. Cette confirma- ^ tion, que nous verrons renouveler dans le moyen-âge contre les erreurs de Gilbert de la Porée , eut dès l'origine une immense importance, à cause du Gnosticisme qui, séparant les attributs de Dieu de son essence, en faisait des Eons et donnait cours aux extravagances des émanations. — Les mêmes docteurs, en face des objections du Rationalisme sur l'existence du mal, la réprobation des méchants, les divers problèmes sur la Providence, furent amenés à la question de la conciliation des différents attributs de Dieu :
(1) Athenag., Légat pro Christ,, 6. — Tertull., Adv. Marcion., I, 3, 4, 5, il. — TertuU., c. 4. — Hermas. — Irénée, Hœres., IV, 2. — ThéophU., Adv. Autolic.,ly 3, 5.
Oa trouvera d'admirables défioitioos de 1à très sainte Trinité dans saint Ignace {Ad magnes, c. 13). — Saint Justin {Apolog,, I, n. 10). — Athénagore {Apolog., n. 3). — Saint Théophile d'Antioche {Ad AutoUc,, n. 15). — Saint Irénée {Ad Hxres., I, cap. 10). — Saint Clément d'Alexandrie {PaBdag., 1. I, p. 123).
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l'église et les premiebs docteurs. 317
Clément d'Alexandrie (1), Origène (2), Laclance (3), saint Irénée (4), Tertullien (5), s'attachent à démontrer qu'en Dieu la jastice qui punit n'est pas distincte de la Sagesse qui coordonne , de la bonté qui iiime, de la grandeur qui eiigB. -*- Dans ce premier âge deà Pères et des Docteurs le tnystère de la sainte Trinité ne donne lieu encore à aucune discuseiôû : le Symbole des Apôtres, les textes de l'Ecriture , les enseignements traditionnels affirment, avec la distinGtion des Personnes, l'unité de l'Essence. Aucun besoin de scfuter et de chercher à défendre ce profond mystère. Saint Justin dit : « Nous adorons Dieu le Père , Dieu le Fil«> Dieu le Saint-Esprit : » tous les autres docteurs ofifrent dans la même simplicité la même affirmation. Tous, après avoir affirmé la divinité du Père et celle du SaiûtrEsprit avec ce laconisme que permettait l'absence d'hérésie particulière sur ce point, s'appesantissent davantage sur la divinité du Fils et les notions théologiques de rincarnation. Le Gnosttcisme, nous l'avons vu, déchirait et ifiutilait la personne de l'Homme-Dieu. « La divinité de Jésus-Christ , dit le savant Mœlher, étant le fondement de tout le Christianisme, il est naturel qu'on en trouve des témoignages dans toute l'Eglise et à toutes les époques. Plusieurs ouvrages des Saints Pères contiennent sur ce sujet de huit cents à mille passages. » La divinité de Jésus-Christ était le grand et universel sujet sur lequel portaient forcéfflenl toutes les controverses. Juifs, païens, hérétiques se liaient sur ce dogme avec un égal acharnement: la défense suivit l'attaque, et fut vigoureuse et universelle comme le comportait un pareil intérêt. Pendant que les martyrs par
(1) Pxdag., II, 13.
(2) De Princip., lib, n.
(3) De ira Dei, c. vi.
(4) Iren., Il, 13;Iren.,III, 25.
(5)4dcer«. Marcion, II, 9-12.
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milliers mouraient pour affirmer que le Christ est Diea, «I: apposaient au Symbole catholique, pour signature, rem«>' preinte victorieuse de leur sang (1), les Apologistes et les Docteurs revêtaient cette affirmation de tout Téclat de leur, génie. Inutile ici de citer des noms propres, nulle exception n'est à relever dans les écrivains des trois premiers siècles^ et tel fut longtemps Tirrésistible entraînement de ces témoignages que les hérétiques eux-mêmes, les novatiens, les montanistes, les antitrinitaires, quand ils voulurent oe point se souiller aux impiétés païennes , durent confesser la divinité de Jésus-Christ. Beaucoup de gnostiques l'exagéraient à ce point que dans le Christ ils rejetaient la réalité de la nature humaine (2).
Quant à la passion et a la mort de THomme-Dieu , les premiers Docteurs eurent à la défendre contre les rêveries des gnostiques , qui n'attribuaient à Jésus-Christ que des souffrances imaginaires et fantastiques , ou voulaient qu^au moment de la passion la divinité eût quitté rHomme-Diea. — Les mêmes Pères eurent à repousser l'erreur des patripassienSf qui faisaient incarner et soufTrir le Père.
En général, les formules dogmatiques des Docteurs des premiers siècles sont admirables de netteté et de justesse : néanmoins, la nouveauté de la polémique, l'extrême délicatesse des sujets, la multiplicité des erreurs à combattre, leur fit risquer parfois des expressions qui furent blâmées et rejetées depuis. Une distinction malheureuse de quelques docteurs grecs, comme Théophile d'Antioche, entre le Verbe
^1) Presque tous les actes recueillis par Ruinart reuferment cette magnii)que coofessioQ de foi. Voyez-la surtout daus les actes de saint Ignace, de sainte Félicité, de saint Polycarpe.
(2) Saint Ignace, Ad Ephes.^ c. 18. — Id„ Ad Rom., c. 3 et 6. — - /d, Ad Smyrn.^ cl.— Id., Ad Polycarp,, c. 1. — Episl. Eccles, Smym., XVII, 3.
Voy. Maran, DiviAit. D, N, J, C, Manifesta in trad.
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l'église et LKS PRKMIBBS DOCTEURS. 319
, iatérieur et le Verbe extérieur donna lieu à des erreurs po-
:Btiyes. Le mot « substance, » ouaux, appliqué, tantôt à TEss^ce divine, tantôt à une personne seule engendrait de regrettables malentendus. Mais ces difQcultés et ces nuages ne firent que mieux mettre en lumière la souveraine autorité de TEglise enseignante et Timmuable force du dogme
' révélé. Hors de TEglise une équivoque enfante des dissidences profondes et des sectes sont divisées sans remède :
- dans l'Eglise, le pape se prononce, le concile déQnit avec le pape, tout se calme, se soumet, se réunit dans l'unité d'une
' même confession de foi (1)«
5, Les mêmes Pères qui eurent à combattre ces erreurs sur Dieu eurent à défendre l'homme, son origine, sa nature, ses prérogatives, sa destinée, les grandeurs merveilleu-
; ses dont la munificence divine l'a honoré. Presque toutes les hérésies des trois premiers siècles mutilent la notion de l'homme, et, partant des erreurs de la philosophie païenne, le découronnent et le dégradent en le séparant de Dieu, en le divisant d'avec lui-même et en le livrant aux brutales
^ étreintes du fatalisme. L'hérésie, en faisant l'homme l'œuvre et la victime du mauvais principe, niait du même coup
I le récit catholique de la création, la ressemblance divine,
I la noblesse native dans laquelle nous fûmes constitués par Dieu. A rencontre de cette désastreuse erreur les Pères rappellent avec énergie notre noble et divine prérogative de la ressemblance avec Dieu. Saint Irénée et Tertullien se sont montrés les plus victorieux défenseurs de cette vérité fondamentale. — Mais les mêmes hérésies divisaient l^homme, en composaient deux êtres dissemblables et en lutte éternelle. Les Pères faisaient eux aussi remarquer que, par suite du péché, il y a en l'homme malaise et révolte,
(1) Terlull., Advers, Marcion., — Ireo., IV, 37.
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que, seloD le mot énergique de saint Paul, « la chair combat contre Tesprit et Tesprit contre la chair (1). » Mais ce que les Pères attribuent au péché, les hérétiques l'attribuaient à un vice de création, à une union en Thomme de deux principes inconciliables, violemment et iniquements retenus ensemble par une volonté perverse du Créateur. On comprend combien Terreur gnostique sur la nature et Torigine de rhomme devait influer sur la notion de son perfectionnement. L*hérésie, qui ne reconnaissait de bon en Thomme que i*esprit, livrait la chair à toutes les dégradations et la vouait à toutes les infamies. Les Pères eurent constamment à revendiquer les droits de la chair à la vénération, la sainteté, la gloire future de la résurrection et des destinées immortelles. A un autre point de vue encore, Torgueil hérétique méconnaissait la véritable éducation spirituelle de l'homme. Pour le Gnosticisme la perfection consistait, non plus dans la foi, la grâce et les œuvres, mais dans IdL science, celte science trancendentale des initiés, des spirituels, des gnostiques, — Le Hbre arbitre périssait plus que tout le reste dans les théories du Gnosticisme et des erreurs multiples qui en découlaient. Ces gnostiques faisaient du mal un être; ils lui attribuaient la même existence et la même puissance qu'au bien î l'homme était fatalement possédé du mal par le fait même de sa création. La même création qui le faisait bon par son âme, le faisait mauvais par sa chair. Les docteurs, saint Justin, Théophile d'Antioche, Clément d'Aleian* drie, Méthodius, saint Irénée défendaient vigoureusement la notion et la réalité du libre arbitre (2), et, en même
(1) La Virginité de Marie trouva dans les premiers Docteurs comme dans dans tous les autres, de victorieux athlètes. Voy. TertuH., Adv. Mûreûm., l IV, c. 10. — /d.. De carn. Christ, c. 17. --«. W., Adû. Marcion,, c. 10. — La croyance aux Anges ne cessa non plus d'être défendue. Voy. Clément Alexandr., Slrom., VI, n. 17; mais surtout les œuvres de TAréopagite.
(2) Justin, Apolog., XVII; IL — Apolog., VII. — Théophil. Antioch., Xd
f l'église et LBS PRBIIIBRS DOCTEURS. 321
tjemps, découvraient dans la faute originelle le point de dé-
^jart et la source du mal et de la souffrance dont nous voyons
k création inondée. Dieu avait fait Thomme bon, mais « le
l^éché était entré dans le monde, et par le péché la mort. »
[ . Mais comment la faute originelle est-elle effacée ? Com-
«ent l'homme retrouve-t-il l'innocence perdue? Comment
flBt-il, malgré sa faiblesse et le brisement de son antique
^diate, rendu capable de conquérir sa destinée éternelle?
:'Par la grâce que lui a méritée le Rédempteur. Les premiers
•- Pères parlent aussi de la grâce. Sans doute cette grâce en
'•ële-même demandera des siècles à s'élucider et à développer
\ks richesses et aussi les obscurités et les profondeurs de sa
^mystérieuse essence, il faudra le double effort des hérésies
^ ^i pervertiront et des docteurs qui élucideront ce dogme pour
fgu'il arrive, en passant par saint Augustin, saint Thomas
tf Aquin, le saint Concile de Trente, à son plein et parfait
■ épanouissement : mais déjà, aux premiers siècles, les Pères
i sont unanimes à professer l'existence et la nécessité de cette
grâce. Voyez Hermas (1), saint Irénée (2), Origène (3).
, L'existence de sacrements, canaux naturels de la grâce,
• était par les Pères des premiers siècles tellement crue et
; professée qu'ils considèrent ce dogme comme en dehors et
, au-dessus de toute discussion. Sans doute le mot lui-même
de Sacrement est, dans l'usage des Pères, d'un emploi pos-
. teneur, mais la chose ils la connaissent, ils l'expliquent, et
^ bientôt, contre les erreurs gnostiques et presque toutes les
[ hérésies des trois premiers siècles, ils sont amenés à la dé-
; fendre dans de puissantes professions de foi.
Aulolyc. — Clément, Strom., II, 4. — Iren., Advers. Herses,, surtout : IV, 38 el 39. — Tertull., Advers. Marcion., II, 7. — Tertull., Advers. Hermog,, — Iren., IV. — Tertull., De anim., XL.
(1) fastor, I, 3 ; Stm., IX, 13 ; XIV.
(2) Saint Iren., III, 17; 11,2, 3.
(3)Ce?f*., VI, 2; VII, 23, 24.
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£QtroD8 mainlenant dans Tétade détaillée des œavres de ^acuB de nos premiers docteors.
Étude détaillée des premiers Docteurs.
S8L\ùi€lément de Rome (1), Texilé de la Chersonèse ei te martyr, ouvre la glorieuse liste des anciens Pères. Ayant eu occasion d'en parler ailleurs nous ne faisons que rappeler ici ses œuvres. Les unes sont authentiques : la première Ëpître aux Corinthiens. Saint Clément écrivit- il une seconde Épître à la même Église? Le fait est douteux. Soflt aussi considérées comme douteuses deux « Epîtres aux Vierges, » que Ton trouve dans Gallandi , et que Migne , de nos jours, a publiées dans sa collection des Pères grecs, — D'autres œuvres, attribuées à saint Clément, sont évidemment apocryphes, ce sont ; les Décrétales, les Canons des Apôtres, les Constitutions des Apôtres^ Il paraît probable qae ces œuvres viennent du deuxième ou du troisième siècle, aa plus tard du quatrième^ et elles sont pour l'histoire de la primitive Eglise de très précieux documents. D'autres ouvrages apocryphes ont aussi été publiés sous le nom du sùoi pape : les Homélies Clémentines^ les dix livres des Réco§$dlions. Ce dernier ouvrage est une sorte de roman où est racontée la conversion de Clément à la vérité chrétioflae; on y rencontre des vestiges assez reconnaissables du Gnosticisme.
(t) Voir s«roe Pèfe, Iren., Hseres., III, n. 3. — Clera. Alex., Strom», IV, 18. — Orig., Deprincip.. II, 3. — Epiph. , ffa?m., XXVII, 6. -Easèbe, Hist., III, IV, 6. — Hieron., Calog., 15. — Rufin, Rièf, in Clmrecog. — Augustin., Epist. LUI ad Generos, —Optât, De schism. Don.,l lH, c. 3.
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l'ÉGUSB et les PBSMl£RS DOCTEURS. 323
I EpUre catholique de saint Barnabe. Nous connaissons ha
t Bacnabé que les Actes des Apôtres nous montreoi duraat
[ qoelqiïe temps compagaoD de saint Paul : c'est à lui que les
^ docteurs des premiers siècles attribuent uDanimement TEp^
trequi porte son nom, et si Eusèbe et saint Jérôme la rangent
parmi les avT^«YO{i«>«, c'est simplement qu'ils Tercluent des
Ecritures canoniques. Des critiques modernes se sont élevés-
i^ee plus de fougue que de poids contre cette Epître (i),
r que rantiquité chrétienne admettait sans conteste (2) et qui
Bsnferme- un grand nombre de beaux et solides enseigne-
JMits sar la divinité de Jésus-Christ, Tinoamation, la justi-
icatîon et la grâce, le jugement et la résurrection future, etc.
Le but premier de cette lettre et qui la rattache à TEpître
tta Hébreux , est d'établir l'abolition de la loi mosaïque et
^substitution d'une alliance nouvelle à l'ancienne alliance
f ânparfaite et vieillie.
I lettres de saint Ignace. Nous ne les rappelons ici que pour
j ne pas laisser dans notre liste d'interruption et de lacune r
I BOUS en avons parlé plus haut. La netteté et la force avec
j fesqudîes^ le saint martyr professe la prééminence de T Eglise
ie Rome sur toutes les autres Eglises devait armer les pro*
testants contre l'authenticité de ces lettres. C'est ce qui
«priva. Profitant de quelques interpolations glissées dans \&
teste original ainsi que de quelques divergences de copies ,
ils ont cra pouvoir rejeter comme inauthentiques les Epî-
très de saint Ignace : mais vainement : la saine critique a
ftttt justice de ces attaques sans valeur et la patrologie a
conservé intact son précieiix dépôt (3).
Samt Polycarpe, le glorieux martyr que nous avons vu à
(1) Oa trouvera une solide réfutation dans Alzog, Palrolog., p. 42.
(2) Clem. Alex., Sirom., II, 15, 18, 20. —M. XV, 8, 10, IT. — Origène, Contr. Cdj., I, 63. — W., De princip., III, 2. — Eusèbe, Hist., III, 25. — Hieron., Ceial., c. ^.
(3) Les premiers Pères connaissent et citent les lettres de saint Ignace.
Digiti:
Rome UD inslaot et qui fut immolé à Smyrne sous Marc- Aurèle, était disciple des Apôtres et étroitement lié à saint Ignace. Ses écrits ont une telle portée dogmatique, ils opposent si victorieusement Tanliquité de nos dogmes et la croyance de la primitive Eglise aux innovations et aux mutilations hérétiques, qu'il fallut bien tenter tous les moyei» d*en ébranler l'autorité séculaire : aucun n'a réussi. — Le martyre du saint donna lieu à une lettre fameuse envoyée par TËglise de Smyrne aux autres Eglises , et qui contient elle-même des documents dogmatiques de la plus haate valeur. La catholicité de l'Eglise , la divinité et l'adoration de Jésus-Christ, Je culte des Saints, celui des saintes Reliques, y sont très formellement enseignés.
Il nous reste de Papias , écrivain apostolique assez diversement apprécié, des fragments d'un ouvrage que l'on pourrait intituler : Explications des discours du Seigneur, On sait que Papias est le premier peut-être qui ait formulé explicitement Terreur du Millénarisme (1).
La Lettre à Diognète, soit-elle de saint Augustin ou plutôt d'un auteur inconnu, est une œuvre de grande beauté et de haute valeur. Il y a là toute une exposition à grands traits de la religion chrétienne. Ecrite à un païen illustre, (xp TKTToç,) qui demande compte du miracle de -la propagation évangélique et veut connaître l'attrait mystérieux qui attire le monde au Christ et à sa doctrine, la lettre expose parallèlement les défauts du Paganisme et du Judaïsme et la perfection dogmatique et morale de la religion chrétienne. Nos principaux dogmes catholiques sont touchés dans l'Epîtreà Diognète, où la beauté du style et la noblesse des conceptions en relèvent admirablement la sublimité (2).
(1) Voy. Hieron., Catal., c. 18. — Gallandi, Proleg., c. 11. — Halloix, Vit. S. Papix.
(2) Gallandi, Proleg., c. 11. — Héféié, EpisL ad Diogn,, Lips, 1862. — Alzog, Prair., Gaume, p. 59.
Digiti:
L*ÉGLISB BT LES PREMIERS DOCTEURS. 325
Lr Pasteur d'Hermas (1), diversement apprécié par les anciens, soumis à de violentes critiques chez les modernes, n'en reste pas moins une œuvre remarquable. Son auteur, prêtre vivant dans les environs de Rome, peut-être frère du pape Pie I, le composa comme une exhortation à la vie chrétienne et la pénitence, en y mêlant néanmoins bien des points dogmatiques. — L'œuvre est-elle d'une même époque et d'un seul auteur? Des critiques expérimentés et savants Tout nié, et ont prétendu, non sans vraisemblance, que dans son entier elle est l'assemblage de deux ou trois œuvres différentes. — Quoi qu'il en soit, le livre du Pasteur se compose de trois parties. Dans la première, les Visions, la Vérité ou un Ange , apparaît à l'auteur sous la forme d'un Pasteur (IIoifjLV), et lui fait une série d'exhortations sur la pénitence, le réveil de la ferveur, la pratique des vertus chrétiennes. Les calamités par lesquelles passait alors l'Empire, servent à Hermas de conflrmation et d'appui, et l'amènent à faire apparaître les terribles perspectives de la fin du monde et de l'Antéchrist. Dans la deuxième partie , les Préceptes, Hermas renferme douze commandements sur les points principaux de la perfection chrétienne. La fin de l'ouvrage intitulée les SimilitudeSf fait apparaître sous une série de comparaisons, les vérités dogmatiques et morales. C'est dans cette troisième partie que se lit la similitude de la « Tour » si admirée et si digne de l'être, oii la naissance , la structure, les développements de l'Eglise sont décrits avec tant de bonheur. — Les points de doctrine traités dans le livre du Pasteur sont aussi nombreux qu'importants. L'unité et la Trinité en Dieu, la divinité de Jésus-Christ, la réalité de sa nature humaine, les trésors de sa Rédemption, l'innocence primitive, la chute, la réintégration de l'homme dans la grâce, son libre arbitre, son infirmité personnelle,
(1) Beaucoup d'anciens Pères en ont parlé avec éloge. • <
Leçons d'histoire. — Tome I. 19
Digiti:
3*26 LA LUTTB.
sa puissance avec le secours de Dieu , Texisteuce et les propriétés des divers Sacrements, le jugement futur, trouvent, tour à tour dans Hermas une exposition suffisamment exacte et toujours attachante.
« Pendant toute la période du moyen-âge on a considéré comme des productions de Tère apostolique et attribué à saint Denys TAréopagite les célèbres ouvrages : Des noms divins, De la Hiérarchie céleste, De la Théologie mystique. Aujourd'hui, il n*est plus douteux que ces écrits remarquables et dont l'influence a été si grande, datent seulement de la fin du cinquième siècle. Ils n'ont absolument rien de cette simplicité qui caractérise les Pères apostoliques (1). » Après les Apologies de Quadrat, évêque d'Athènes, d'Aristide, philosophe, adressées à l'empereur Hadrien; après celles do l'évêque de Sardes Méliton, de l'évêque d'Hiérapolis Apollinaire, de Miltiade, écrites pour Antonin et Marc- Aurèle, Apologies dont nous ne pouvons plus guère que par les louanges des anciens apprécier la valeur, nous arrivons de suite aux œuvres si puissantes et si belles du prêtre et du martyr Justin (2). — Depuis sa conversion à la foi, Justin consacra à la défense de cette foi sa vie entière en attendant qu'il la scellât de son sang. Tour à tour en Occident et en Orient, dans l'enceinte des premières écoles chrétiennes, sur le passage des empereurs, au milieu des païens et des hérétiques , il éleva en faveur du Christiafiisme calomnié et persécuté une voix puissante. Ses principales œuvres sont ses Apologies et son Dialogue avec le Juif Tryphon. Dans ses Apologies, comme nous l'avons vu , il fait un tableau parallèle et toujours saisissant de l'iniquité des procédures contre les chrétiens et de la pureté, de l'innocence, de la sublimité de cette religion
(1) Alzog, Palrolog. — N'oublions pas que d'autres autorités tieDnenl ê sentiineat contraire.
(2) Voy. les Proieg. Maran, Gallandi, et OUo. — Héfôlé.
l'église et les premiers docteurs. 3-27
«oatre laquelle on s'acharne.»— En même temps que le Paganisme persécutait les fidèles comme violateurs des lois «t contempteurs des dieux de TEmpire, les Juifs les accusaient d*impiété envers le Dieu de TAncienne Loi, et ne pouvaient adnaettre que Moïse s'effaçât devant Jésus-Christ. Le Dialogne avec le Juif Tryphon expose la légitimité, la nécessité et le bienfait de cette subslHution. — Dans d'autres écrits Justin discute non plus avec les Juifs mais avec les païens, il leur montre toute l'immoralité et l'absur» dite de leur mythologie. Les traditions dont ils n'ont que des restes salis et méconnaissables, les chrétiens les possèdent, grâce aux sources inspirées où ils les puisent , dans toute leur intégrité et leur fraîcheur. — D'autres ouvrages nous sont signalés par Justin lui-même ou par les auteurs du temps, mais ne nous sont pas parvenus : ce sont un traité du Psautier, un livre sur l'dme, un Aperçu sur toutes les hérésies. — Avec saint Justin l'exposition dogmatique est pins harmonieuse, plus savamment présentée. Aux confessions de foi que nous avons déjà rencontrées chez les Pères quile précèdent, saint Justin ajoute un exposé merveilleusement explicite du mystère entier de l'Eucharistie. Il a sur Jésus-Christ cette belle et neuve idée des préexis- ^tes influences du Verbe dans le monde, dès avant son incarnation. Ces semences de vérité répandues dans le Judaïsme et jusque dans les traditions de la Gentilité, c'est le Verbe seul qui les versait et les faisait éclore , avant la grande moisson de l'Evangile. De là ce mot de Xhyoç ampt^oe- "^oçque lui donne le saint docteur (i). — Une seule erreur, ^ encore est-elle sans importance, se montre au sein de cette puissante orthodoxie : comme Papias, saint Justin enseigna le Millénarisme.
Aux apologistes qui précèdent nous devons joindre Athé^
(l)Z)id., LXI.
nagore qui présenta aux empereurs Marc-Aurèle et Commodft un écrit intitulé : Legatiopro Christianis, « Ambassade pour les chrétiens. » Dans une belle et forte langue , avec une énergie calme et une logique sûre d'elle-même, Athénagore repousse les accusations iniques que Ton fait peser sur le Christianisme, il établit Tinnocenceet les vertus des fidèles, et en appelle de l'injustice des procédures à l'équité des empereurs. — Dans un écrit intitulé : De la résurrection des morts, le même écrivain développe toutes les preuves sur lesquelles s'appuie ce dogme fondamental.
Théophile d'Antioche, doit être par la nature de son ouvrage : les trois livres à Autolyque , rangé parmi les apologistes. Cetautolyque, païen instruit et influent, avait jeté le ridicule sur le Christianisme , et Tévêque Théophile le réfute dans un style riche et une verve soutenue. Comme plusieurs des précédents docteurs il fait ressortir la beauté grandiose et pure de la révélation chrétienne parle contraste des absurdités du Paganisme et de sa dégradante théologie. — A propos de la foi dont son adversaire repoussait le fardeau , Théophile montre combien la foi est d'ua usage et d'un besoin universels : rien dans le monde, pas même les secours de la vie matérielle, sans la foi. Nous trouvons dans ses ouvrages quelques inexactitudes , parfois des formules un peu confuses, mais aussi et souvent des démonstrations et des tableaux d'une grande beauté (1).
Nous possédons à'Hermias une très spirituelle satire des philosophes païens : Les philosophes moqués. Nous aurons plus loin l'occasion d'y revenir (2).
Clément d'Alexandrie est une des gloires les plus complètes et les plus pures de la Patrologie des premiers siècles. — Dans un premier ouvragé, Exhortation aux Gentils, il prend
(1) Voy. les Prolegom. de Gallandi et Otto, t. VIIl. Sur son Mm à Autolic, Voy. dans Eusèbe, IV, 4,9, 20. — S. Jérôme, Calai., c. 25.
(2) Voy. Deutioger, Esprit de la iradit. chrét., p. 133.
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' l'église et les PRBMIBBS DOCTEURS. 3^29
j -à partie successivement la théologie, la philosophie, la i. poésie des païens , et montre combien tout y est rempli de folies, de cruautés, d*impuretés et d'infamies. Si la fable ; nous représente Amphion et Orphée attirant tous les êtres ' jusqu'aux plus insensibles par la douceur enchanteresse de \ leurs accents : la réalité dépasse la fable : le Verbe divin , ! enchanteur plus victorieux» attire le monde par la suavité ^ de ses enseignements. A ce premier ouvrage Clément . d'Alexandrie en ajouta d'autres : le Pédagogue en. trois livres, les StromateSy un écrit de quarante-deux chapitres ^ intitulé : Quel riche sera sauvé? opuscule plein de force et - de charme, qui mène le riche, non pas au désespoir, mais à Tespérance, s'il écoute la voix de la vérité et sait féconder ses richesses. D'importants ouvrages sont perdus : Adumhrationes ou explications de certains passages de l'Écriture , : des traités sur le jeûne et V abstinence , sur la calomnie , sur la patience , sur Vâme^ sur la Providence , sur la Pâqtie et les Canons ecclésiastiques. — Dans son Pédagogue, Clément . d'Alexandrie pose les fondements de la vie chrétienne, règle les actes du chrétien et oppose aux excès et aux déprava- ' tioûs du Paganisme les chastes et sublimes préceptes de Jésus-Christ et de son Église. — Dans ses Stromates ou Tapisseries, le saint docteur plus explicitement que dans ses autres ouvrages poursuit le but qui paraît avoir été celui de toute sa vie : il établit les rapports entre la foi et la raison , la théologie et la philosophie , et montre combien , sans détruire ni opprimer la raison, la foi et la lumière révélée prêtent à l'homme de force et lui communiquent de richesses. Le rôle de la sagesse humaine est de disposer l'âme aux révélations plus hautes de la foi. Sans la foi, non seulement l'homme est un être découronné, mais il reste une victime mutilée et mouran-te, puisque, en dehors de la foi, il reste en face d'abîmes sans clarté ni issue, blessé des traits mortels de ses ignorances et de ses erreurs. « La foi
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n'est pas moins nécessaire à la vie' spirituelle que la respiration à la vie sensible. » Le titre de Fouvrage : « Tapisseries » ou Mélanges indique et légitime le désordre qui y règne : Clément nous avertit lui-même qu*il a procédé comme les Grecs, et qu'il a laissé régner un certain désordre dans ses explications afm qu'on fût, pour s'en rendre bien compte, obligé de les lire toutes et attentivement. Malgré quelques défauts ce dernier ouvrage de Clément d'Alexandrie peut passer pour l'un des plus remarquables monuments de la littérature chrétienne des premiers siècles. Encore ces défauts viennent-ils plutôt chez ce docteur d'un excès de ses précieuses qualités, de la hauteur de ses vues en spiritualité et d'un amour trop peu réglé des états extraordinaires et des perfections inaccessibles au commun des âmes. — Nous trouvons dans Clément d'Alexandrie de belles et complètes confessions de foi sur tous nos dogmes catholiques. Plusieurs d'entre eux ont en lui les confirmations les plus remarquables de force et de netteté. La vraie Église est la plus ancienne : elle est catholique : elle est visible : elle est la racine de la sanctification et la source du salut. — Mais, ne l'oublions pas , sous peine de méconnaître la grande valeur de Clément , son œuvre par excellence fut de créer, en face de la philosophie païenne, une philosophie chrétienne, où la raison aidée de la foi et la science soutenue par la révélation, montent à des hauteurs réservées et ont des essors nouveaux et sublimes.
Origène (1). Quelles splendeurs se rattachent à ce grand nom! Splendeurs qu'ont pu voiler quelques nuages, mais qui doivent, même à travers des défaillances, nous rester vénérables et sacrées. Origène est incontestablement l'un des hommes les plus extraordinaires de l'antiquité chrétienne
(1) Voy. Huet, Origeniana. — De la Rue, Op, Orig., Migne, t. IV. Hé fêlé.
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L ÉGLISE ET LES PREMIERS DOCTEURS. 331
.' par la prodigieuse étendue de sa science, la pénélration 4e son génie et l'audace généreuse de ses invesligations. D'une activité sans limite, naélé à tout le mouvement intellectuel de son époque, et quelle époque ! tour à tour ou plutôt simultanément, homme d'études profondes et homme de mouvement, professeur à l'école catéchétique d'Alexan- 4rie, pèlerin de la science à travers tous les grands centres ^eù s'agitent en désordre le Philosophisme, Thérésie et la Térité, en commerce de lettres avec les plus puissants esprits du temps, catéchiste des impératrices et des empereurs, toujours travailleur infatigable, partout il enseigne, il prêche, il fonde des écoles, il fouille les bibliothèques, il réunit les manuscrits, il rassemble à la fois tous les maté-
■ riaux de ses ouvrages, et il épuise toutes les richesses que la science peut lui offrir. Homme étrange ! « au milieu des préoccupations, des soucis, des fatigues d'une vie traversée par tant d'épreuves, il trouve le loisir et le moyen de composer six mille ouvrages , dit saint Epiphane, c'est-à-dire: plus de mille homélies, des scholies et des commentaires sur toutes les parties de l'Ecriture sainte depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse. — Origène est un des hommes qui ont passionné davantage l'opinion : personne n'a jamais reçu plus d'éloges ni plus d'anathèmes. On dirait que son nom n'admet pas la modération dans la louange ni dans le blâme, tant il a été tour à tour décrié par les uns et exalté, célébré par les autres (1). » — Quant à sa vie elle-même, miracle d'activité et de travaux, nous pouvons ainsi la résumer. Dès ses premières années nous le voyons tel qu'il ne cessa de se révéler, chercheur infatigable autant qu'intrépide de la vérité et de la science , fatiguant Léonides son père de ses questions prématurées. A dix-huit ans, il a déjà exhorté son père au martyre et occupe dans l'école chrétienne
(!) Mg' Freppel, Origène.
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d'Alexandrie une chaire, où se pressent à Tcnvi chrétiens» juifs, idolâtres, hérétiques. Ses persécutions commencent avec sa gloire. Obligé de quitter Alexandrie, il entreprend plusieurs voyages ou de science , ou de zèle et de charité. En 214 nous le trouvons en Arabie, en 216 il fonde à Césarée près de ses deux amis Théoctiste et saint Alexandre un nouvel et célèbre enseignement. Bientôt en 218 il en fait autant à Antioche. C'est de là que son évêque Démétrins 1 d'Alexandrie, première cause de son départ et maintenant . jaloux d'un éclat dont il illustrait d'autres villes, le rappela. Durant son retour, passant par Césarée, Origène fut ordonné j prêtre par ses amis Théoctiste et saint Alexandre. Démétrius ] en fut irrité, et profitant d'un acte qu'un zèle indiscret avait j autrefois fait commettre à Origène, il le dénonça aux évèques du monde entier. Origène commence alors une vie où les tribulations ne cessent plus de s'enlacer aux travaux. Démétrius, probablement» dévoré de jalousie , le fait, dans deux conciles, condamner et dégrader. Il se réfugie à Césarée où il fonde définitivement une école qui devient florissante, les évêques se partagent à son sujet en deux camps opposés et Origène achève sa vie au milieu des haines aussi ardentes que le sont les témoignages d'admiration et de fidélité. A la persécution intérieure, celle de l'Empire idolâtre joint ses fureurs et ses dangers. En 252, quand Dèce inonde l'Orient du sang chrétien, Origène est jeté en prison, et y subit les tourments les plus cruels dont il meurt deux ans après.
Deux choses sont à étudier dans cette grandiose illustration de l'Eglise des premiers siècles : tout d'abord des œuvres aussi étonnantes par leur nombre que par leur valeur. — Ensuite les inexactitudes, les obscurités, les erreurs vérita» blés, que des amis trop dévoués refusent à tort de reconnaître, que des ennemis implacables transforment en crimes^ où une critique sage doit savoir dispenser le blâme et l'excuse
Digiti:
L*ÉGLl&E ET LBS PHBMIBES DOCTEURS. 333
dans une mesure équitable et eu dehors de toute passioa. Nous pouvons ranger en quatre classes les travaux d'Ori- ■ gène : ses travaux d'enseignement : d'exégèse : de polémique: de morale. — La méthode du grand docteur dans son enseignement est aussi vaste que puissante. Il prend son disciple en plein cœur du Polythéisme, et comme il possède à fond toute la philosophie païenne , il commence par en parcourir toute la suite, répudiant les erreurs , recueillant les vérités qui y restaient enfouies comme des diamants dans la fange. Origène ne s'attachait à aucun système, il les étudiait tous et les mettait tous à profit. Mais ce n'était là pour lui qu'un travail tout préliminaire : le dernier mot de la sagesse humaine était pour ce maître chrétien à peine le balbutiement de l'enfance. Bientôt ces disciples préparés par les quelques lueurs de la philosophie profane, il les introduisait dans l'éblouissante clarté de la philosophie révélée. Et son vol progressif allait des notions de la foi les plus élémentaires jusqu'aux dogmes les plus sublimes. A ses leçons orales Origène voulut joindre un travail écrit, une sorte de Somme résumant ses enseignements, et il composa son Périarchôn, ou « Livre des Principes, » ce trop fameux ouvrage qui lui attira tant de persécutions et de chagrins. Comme nous le verrons tout à l'heure, la pensée du livre û'était pas sans danger, les explorations de l'auteur dans des régions encore peu pratiquées, l'exposèrent à des erreurs dont il ne sut pas toujours se garantir. L'idée-mère d'Origène, qui était celle de Clément d'Alexandrie et plus ou moins de toutes les écoles caléchétiques de l'Orient, était l'accord de la raison et de la foi, du dogme révélé avec les données philosophiques ; terrain glissant, marche périlleuse, où les pas les plus fermes ont pu chanceler. Le Périarchôn traite de Dieu, de la Trinité, des Anges, du monde, du Dieu de l'Ancien Testament, de la question du bien et du mal, de l'Incarnation, de la Résurrection, du libre arbitre, de la fin
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334 LA LCTfB.
du monde, de Tinspiration et de l'interprétatioa de rEcrilore Sainte. — Le labeur de l'enseignement, quelque vaste qu'il pût être , ne fut qu'une phase de ce grand œuvre. Origène absorba sa vie entière dans des travaux d'exégèse. Et ces travaux furent doubles portant à la fois sur le texte de l'Ecriture et sur son interprétation. Sur le texte son œuvre fut immense. Il mettait en regard, dans des tables juxtaposées, les différents textes et les versions principales que l'on possédait de l'Ecriture, il les comparait, les rectifiait, les corrigeait les unes par les autres , afin d'obtenir tout d'abord un texte irréprochable. C'est ce travail préparatoire, auquel la vie d'un homme ordinaire n'eût pu suffire, qui nous a donné les Tétraples, Hexaples, Octaples, Ennaples, selon que quatre, six, huit, neuf textes étaient dressés parallèlement. Après le texte, l'interprétation du texte devint l'objet de tous les soins du grand docteur, et ces nouvelles œuvres se comptent par mille. On peut juger de son activité en sachant que sept notaires ou secrétaires se succédaient pour écrire sous sa dictée , et que des copistes en plus grand nombre mettaient au net le texte sténographié des notaires. Dans son interprétation de l'Ecriture, Origène, sans abandonner le sens littéral, se livre surtout aux sens mystiques : là fut pour lui l'exagération et l'écueil ; il poussa à des extrémités presque dangereuses les tendances de l'école d'Alexandrie à commenter mystiquement l'Ecriture en négligeant beaucoup trop le sens littéral. Son principe était excellent, quand il établissait que la pensée divine, qui fait le fond des Ecritures, renferme derrière la lettre des immensités cachées et des trésors infinis, que s'en tenir servilement à la lettre c'est se priver de ce que la pensée divine contient de plus sublime et de plus exquis. Mais il exagéra ce principe jusqu'à l'abus et le pressa jusqu'à l'erreur, quand il prétendit qu'une quantité de passages de l'Ecriture n'ont pas de sens littéral. Origène a commenté presque tous les livres de l'Ecriture. —
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l'église et les premiers docteurs. 335
Comme apologiste et polémiste, Origène donna à la défense delà foi son plus parfait ouvrage, son Traité contre Celse, Celse avait tour à tour attaqué tous les dogmes du Christianisme, employant toutes les armes, sciences, raisonnements, témoignages, calomnies, sarcasmes, tuant sous le ridicule ce qu'il trouvait inattaquable à la discussion. Origène marcha contre cet adversaire avec la double puissance de son savoir et de son génie. Il commence par renverser tout Tédifice d'accusations construit par Celse et qui semblait redoutable, puis il démontre la vérité du Christianisme sur tant de preuves et avec tant de force , que Terreur no peut plus même balbutier une défense ni risquer une apologie. — Beaucoup d'œuvres importantes d'Origène sont perdues : ainsi dix livres de Stromates , des traités de la Mmrrection, du Libre arbitre, de la Pâque, Un recueil intitulé : Philocalie nous a conservé les plus beaux passages des œuvres d'Origène notamment du Périarchôn. Les pertes les plus regrettables nous privent des ouvrages qu'Origène composa si nombreux sur les sujets divers de la morale. Deux traités nous restent intitulés ; Tun De la prière, l'autre : exhortation au martyre. Ses lettres sont presque toutes peràûes. Les homélies qui nous restent, en nous révélant dans Origène un orateur, trop fécond sans doute et qui se répète, Doais un orateur populaire, simple, clair, plein de verve et ^ft piété, nous font regretter la perte de toutes celles dont la longueur des siècles et la négligence des copistes nous ont privées.
Impossible d'étudier Origène sans étudier ses erreurs, ^Wit le bruit qui s'est attaché à ce nom a donné à ces erreurs d'éclat et de gravité. — Or dans cette étude , il faut , croyons- ^0^8, soigneusement distinguer entre les erreurs d'Origène, et les erreurs qui, sous le nom â'Origénisme, ont été gros- *^^s, accentuées, envenimées par des disciples passionnés, ^t ont fini par mériter les censures de l'Eglise. — Quant aux
Dîgiti:
erreurs même d^Origène» elles sont véritables, et il est inutile de les vouloir dissimuler. Origène , en dépit de son ex* traordinaire génie, de sa droiture, de sa foi profonde, de son acquiescement absolu aux enseignements de TËgiise, a été victime de sa fécondité, de la nature quelque peu audacieuse de ses tentatives , du milieu où il étudia et enseigna, et aussi sans doute des souvenirs que la philosophie platonicienne avait malgré lui laissés dans son intelligence. Origène, sans avoir été jamais entêté ni opiniâtre, s'est dans le cours de son œuvre immense, plusieurs fois trompé. Voici ses erreurs à leur degré différent de gravité. On lui reproche d*avoir appelé le Fils une création du Père , mais en plusieurs endroits de ses ouvrages il s'exprime sur la Trinité avec une irréprochable orthodoxie. Ses opinions sur l'activité infinie de Dieu, d'où il déduit des créations non interrompues, sont au moins téméraires. Voici plus grave. Selon lui les âmes préexistent : Dieu au commencement créa tous les êtres spirituels, il les créa identiques, anges, âmes humaines et démons : s'ils diffèrent, la différence est due à leurs mérites. Une autre erreur importante touche au mystère formidable de l'expiation. Origène suppose d'abord une expiation successive des âmes : ce qui le rapproche de la métempsycose; il enseigne que même en enfer, même pour les démons, la purification est possible , ce qui lui fait nier implicitement Téternité des peines. Certes ce sont là des erreurs, et ces erreurs sont graves, mais ne l'oublions pas, celui qui les émet n'est pas un orgueilleux opiniâtre, mais un génie qui aime Dieu et l'Eglise, qui reconnaît leur autorité souveraine , et auquel sa témérité n'enlève jamais une humble et charmante candeur. Trop nourri des spéculations platoniciennes , trop emporté dans le domaine philosophique et rationnel , il risquait de se fourvoyer dans ces régions si neuves et si inexplorées. N'oublions pas non plus que cet explorateur parfois malheureux disait d'un cœur
Digiti:
l'église £t lbs premiers docteurs. 337
ferme et avec un amour qui ne s*égara pas : « pour nous BOUS restons inébranlables dans la doctrine de Jésus-Christ. » On pourrait par ses propres ouvrages corriger beaucoup des erreurs qui signalèrent ses premiers enseignements; et pour être juste envers ce grand homme, il faudrait tenir compte de ces subséquentes rétractations. — Quant aux erreurs qui reparurent et furent plus nettement formulées par ses disciples, au quatrième et au cinquième siècles, nous aurons lieu d'y revenir. Ce sont ces erreurs qui, sous le nom d'Origénisme, méritèrent les condamnations de TEglise.
Origène eut, comme nous Tavons vu, des amis aussi dévoués que des adversaires implacables. Comme plusieurs ont laissé des écrits , il convient d'en dire un mot. Parmi les protecteurs et les amis, saint Grégoire de Néocésarée a laissé un Panégyrique d'Origène , une Exposition de la foi , Metaphrasis in Ecclesiasten ^ une Epître canonique ou règle pour les pénitents. — Jules V Africain de Nicopolis en Palestine composa des travaux d'histoire sous le nom de « Chronographie. » D'autres œuvres sont douteuses. — Pamphile de Bérythe, fondateur delà bibliothèque de Césarée, écrivit de concert avec Eusèbe une Apologie d'Origène , fit un velle édition des Septante d'après les Hexaples , et pe divisa en chapitres le livre des Actes. — Denys le Granc verti et formé par Origène, succéda à celui-ci et à H< d^ûs la direction de l'école d'Alexandrie, puis, deve 247 évêque d'Alexandrie, combattit avec ardeur les h( naissantes de.Sabellius et de Paul de Samosate.
Parmi les adversaires d'Origène citons rapidement <iitt8, évêque d'Olympie, puis de Tyr, et martyr sous Diin en 311. Nous avons de lui : « le Bouquet des Viei traité sur l'excellence de la virginité , « du libre ar 6t « de l'origine du mal , » contre les gnos tiques et ïeurs néoplatoniciennes, « de la résurrection, » « deî turcs : » écrits composés contre Origène. En oppositic
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tendances spéculatives de l'école d'Alexandrie , Méthodins " ■ s'efforce de faire prévaloir le réalisme chrétien. Sa manièrfr *■; noble , gracieuse et poétique rappelle la manière de Platon. '^' De sa réfutation de Porphyre et de ses commentaires sur la Genèse et le Cantique des cantiques il ne nous reste qm quelques fragments.
Avec saint Irénée, évêque de Lyon, nous retournons à une gloire chrétienne moins éclatante peut-être que celle d'Origène, mais aussi moins voilée d'ombres et moins tourmentée d'orages. Saint Irénée nous offre l'une des plus pur^ et des plus riches sources de la croyance et de l'enseignement de la primitive Eglise. On se rappelle cette exclamation d'an savant professeur de Halle : « Si les livres d'Irénée sont authentiques , il ne nous reste plus qu'à nous faire tous catholiques romains I » Pourquoi cette conclusion ? C'est que tous les points niés par la Réforme comme des superfétations et des corruptions papistes que l'Eglise des premiers siècles ne connaissait pas , ont été explicitement exposés par saint Irénée de Lyon. En le lisant on croirait lire une réfutation du Protestantisme, et aussi des rêveries impertinentes des sceptiques de l'Allemagne contemporaine , tant les hérésies se ressemblent , tant la gnose fut la sentine et l'égoût d'où s'écoulèrent les extravagances et les impiétés de tous les âges. Comme l'hérésie inaugurait déjà la marche qu'elle n'a plus cessé de suivre , qui est de voir dans l'Ecriture la seule règle de la croyance, et de corrompre en même temps cette Ecriture, de la mutiler et de l'interpréter selon les caprices et les besoins de ses multiples et changeantes erreurs, saint Irénée lui porte un coup mortel en établissant qu'il n'y a pas d'Ecriture sans l'Eglise , pas de croyance possible fondée sur l'Ecriture, si une autorité souveraine et infaillible n'en détermine le sens. — Mais où est l'Église? où est ce tribunal souverain et infaillible? Où est dans l'Eglise le centre d'unité et le fondement du pouvoir? Le saint
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|Miear répond en afDrmant avec une netteté et une force pns égale : la primauté de TEglise de Rome , maîtresse et Irioe de toutes les autres Eglises. Et qu'entendre par TE- ^ae romaine? Il faut entendre Tévêque de Rome, le Pape, ^ «iccesseur de Pierre, Pierre lui-même continuant dans ses ttccesseurs les pouvoirs et les privilèges si formellement accordés à lui-même par Jésus-Christ. Les ignorants de nos fmtSj quand fut définie au concile du Vatican Tinfaillibilité itt Pontife de Rome, crièrent à la nouveauté : les premiers ^èr^s la reconnaissaient et TafArmaient ! — Nous ne pouvons Buivre saint Irénée à travers tous les dogmes qu'il confesse fti établit avec une vigueur remarquable : cet admirable Docteur nous est le plus précieux témoin de la croyance catholique des premiers siècles. Plusieurs ouvrages ne nous sont point parvenus, mais nous possédons son plus important qui suffit à sa gloire, c'est son traité contre les hérétiques. Il nous reste de Coins, prêtre romain, qu'Eusèbe appelle «un homme très savant, » quelques fragments conservés dans saint Jérôme, Théodorel et Photius. Saint Jérôme décorait de l'appellation « d'insignis » son traité contre le Montanisme. Théodoret lui attribue un autre beau traité contre Artémon et Théodole. — D'autres œuvres plus importantes et aussi maltraitées parle temps sont celles de sdÂniHippolyte. Disciple de saint Irénée, fixé à Rome et activement mêlé aux luîtes contre les antitrinitaires, saint Hippolyte composa un grand nombre de traités d'exégèse et de polémique. Il ne nous reste que quelques opuscules , un cycle pascal , des fragments recueillis dans d'autres Pères. Saint Hippolyte étudia le premier peut-être la mystérieuse question de ^origine, la nature, le règne de l'Antéchrist, et nous a laissé un traité intitulé ; « Demonstratio de Christo et Antichristo. >> Avant de clore la liste des premiers Pères qui ont écrit eu grec, nous devons parler d'une œuvre à la fois médiocre et obscure, mais que récemment des agitations de sectaire
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ont réveillé de son Irop juste sommeil : il s*aglt du livre des Philosophumena. Ou possédait déjà des fragments de cet ouvrage, qu*0Q attribuait, quoique bien à tort, à Origèoe, quand, en 1851, l'ouvrage presque entier fut retrouvé et publié à Oxford. Le livre des Philosophumena est-il l'œuvre d'un hérétique ou d'un de ces hommes, si fréquents alors, qui, ayant quelque temps soutenu la bonne doctrine, tombaient ensuite dans le schisme ou l'hérésie? ou bien le livre, bon en lui-même, fut-il retouché et augmenté par quelque auteur en rupture de communion ecclésiastique? Aucun document précis ne nous permet de répondre à ces questioos d'ailleurs sans aucune importance pour un ouvrage qui lui-même n'en a pas. Les « Philosophumena » paraissent être bien plutôt un assemblage de textes pris à divers auteurs qu'une œuvre originale. L'auteur, voulant prouver que toutes les hérésies prennent leur source dans la philosophie grecque , dans la mythologie , dans les rêveries des astrologues , passe en revue tous les sy tèmes de philosophie , toutes les extravagances de l'idolâtrie , toutes les folies de la science astrologique, et leur compare les erreurs régnantes. La thèse n'est ni originale ni puissamment soutenue; rien ne sauve les Philosophumena du vulgaire et du médiocre. D'où vient donc le bruit qui se fit de nos jours sur un livre que l'antiquité paraît avoir à peine connu? La fin de l'œuvre nous donne le mot. L'auteur déverse l'injure à pleine bouche contre deux papes irréprochables et vénérés, Zéphirin et Calliste. Le fait de quelque prélat mécontent, qui , repris par un pape, accuse ce pape et l'injurie, est un fait vulgaire en histoire. Les naïfs savants qui ont voulu élever avec un aussi insigniûant épisode tout un échafaudage d'accusations contre la Papauté en seront certainement pour leurs frais (i),
(1) Resterait à parler d'HégésippCf mais nous en avons fait unemenlioa suffisante dans le cours du récit.
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f Telle est en résumé la liste des premiers Pères grecs : rate une autre série s'ouvre à nous , celle des Pères latins. ^-' Le premier nom qui se rencontre est celui d'un apolo- |p8te: Minucius Félix, Dans une belle et forte langue, Mil^ncius, mettant en scène un païen et un chrétien, et leur 'ftusant engager une discussion parfois violente toujours ^mée , nous a laissé un exposé précieux des attaques du Paganisme et de la défense des premiers chrétiens. Cette •Apologie est intitulée : Octavius (1).
, TertuUien. Ce nom rappelle à la fois Tune des gloires les ^lus élevées de la Patrologie , Tune des chutes les plus la- -fiaentables que l'esprit propre et l'insubordination à l'Eglise 'aient causées. N'en doutons pas, une grande mission avait été providentiellement confiée à Tertullien. Nous l'avons vu, '8on époque est une époque d'ébullition et d'effervescence. L'apparition du Christianisme, sa prédication, ses succès, ses extraordinaires conquêtes, ont réveillé le vieux monde de son sommeil; il se redresse, il s'agite, il entre dans les tumultes de ses suprêmes convulsions. Toutes les voix se croisent, tous les cris se mêlent, toutes les oppositions s'entrechoquent. L'Empire rugit contre l'Eglise et ameute par- ^ut contre elle l'effroyable multitude de ses bourreaux. L'hérésie fait mille efforts pour donner le change, et prendre la place de la vérité , ses échos sont multiples et puissi ®t ils remplissent le monde. Au-dedans, le sein de l'Eg 6st déchiré par les révoltes de ses propres enfants , les a Sô multiplient , les vices débordent souvent de cette soc chrétienne formée d'éléments si difficiles et si peu aj ^^x mâles austérités de la croix. Il faut, sinon plus de scie que n'en prodiguent les autres docteurs, au moins une ^ plus puissante , une arme qui frappe plus fort, une mas qui écrase, il faut le bruit de la foudre, il faut le rugiî
{i)Migne, t.I-VI.
ment delà bête fauve. La cause chrétienne a tout cela dan$ Tertullien. Il lutte à lui seul contre la triple armée des eiïnemis de l'Eglise à ses premiers jours. 11 terrasse Tidolâtrie" représentée par TEmpire, il foudroie toutes les hérésie ensemble, il prend corps à corps les vices qui travaillent la communauté chrétienne et engage avec eux un duel à mort. « Rarement on trouvera réunis une impétuosité aussi vive, une dialectique aussi claire et aussi puissante, une éloquenceaussi victorieuse avec tant de sel et de causticité. Comme Origène chez les Grecs, on peut, dit Vincent de Lérins, le regarder comme le prince de nous tous. Oi!i trouver en effet un homme plus docte que lui, plus versé dans les choses divines et humaines? Son merveilleux génie embrasse toute la philosophie, toutes ses sectes, tous ses auteurs, toutes leurs disciplines , tous les événements et toutes les sciences. Il y a en lui presqu*autant d'idées que de mots , et chaque idée est une victoire (1). » Assurément cet éloge est mérité, mais Tertullien subit comme tous les hommes les désavantages même de ses qualités. Sa force va souvent jusqu'à la rudesse, sa concision jusqu'à l'obscurité, son originalité jusqu'à l'incorrection. Son impétuosité et sa fougue font sans cesse craindre qu'il ne garde pas la mesure ; on pressent pour cette irrésistible marche qui brise tous les obstacles le bond qui la jettera dans quelque précipice. — Comme sa mission fut triple et regarda tout ensemble l'Empire idolâtre et persécuteur, les hérésies, les vices et les vertus des fidèles et l'éducation chrétienne à laquelle il était urgent de les façonner, les œuvres de Tertullien se partagent en trois classes, selon qu'elles s'adressent à chacun de ces trois besoins. — Contre l'Empire idolâtre il composa, vers l'an 201 , son immortelle Apologétique, Jamais avec tant de puissance, avec un aussi merveilleux éclat, avec une aussi
(1) Saint Vincent de Lérins, Commonil. cité par Alzog, Palrol. '
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nte logique, on n'avait dévoilé les crimes du Paga- , les folies de ses symboles, les iniquités sanglantes ses persécutions, et aussi l'impuissance de ses efforts et hontes de sa défaite; et, en parallèle, la sainteté du HTstianisme, les vertus des fldèles, leur étonnante con- Bte envers leurs persécuteurs, leur force divine dans les torments. Trois autres ouvrages : Aux nations : le témoi- Uige de rame : à Scapula, complètent l'Apologétique en I développant les plus importantes parties. — Ce que TA- Wogétique fut contre le Paganisme le livre des Prescriptions fut contre l'hérésie, nouveau coup de massue, nouveau igissement victorieux, nouveau chef-d'œuvre. Tertullien 'attaque à l'hérésie de la même manière et avec la même que saint Irénée, Elle est d'hier : le Christianisme est toujours. Elle naît au hasard, on ne sait comment, on lésait d'où : l'Eghse vient des Apôtres, elle sort de Jésus- ^fist, elle est de Dieu. Inutile de discuter en détail les erfeurs hérétiques : l'hérésie n'a pas même droit à la vie. * Qui êtes-vous? D'où venez-vous? Vous êtes d'hier, vous Wnez de naître; avant-hier on no vous connaissait pas! » Qui ne croirait entendre quelque Bossuet interpellant les Novateurs du seizième siècle? Contre les hérétiques il com- P<>8a d'autres traités particuliers : du baptême, contre Marcion, contre les Valentiniens, contre Hermogènes , contre Praxéas, *^^la chair du Chmt, de Vâme contre Hermogênes. Plusieurs ^ ces traités furent composés après la chute du malheureux \ docteur. — Ses œuvres sur les vertus ou les vices ou les devoirs des chrétiens ne sont ni moins nombreuses ni moins îftmarquables , quoique Tertullien y pousse souvent sa force Jusqu*à la dureté, et que la rigidité montaniste y dépare bien des endroits. En i 96 il composa une exhortation aux martyrs. Ce sujetne cessait jamais d'être pratique : un autre ne l'était P^ moins dans les intervalles de prospérité et de paix, alors ?ue les chrétiens, trop mêlés aux infidèles, couraient risque
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de partager leurs dissolutions et de contracter leurs souillures. Là est ridée-mère des traités contre les spectacles^ swf l'idolâtrie, duscorpiaque, sur Vomement des femmes, smla pudeur, sur le voile des vierges. Le caractère de la vie chré* tienne est Taustérité et la componction : Tertullien Tensei* gne dans son traité sur la Pénitence, Restait la famille i constituer sur les bases nouvelles de TEvangile : TertulHea le tente et y eût merveilleusement réussi, si l'hérésie M l'avait déjà séduit et dévoyé. On peut lire dans ses lAtrès à sa femme le magniOque tableau qu'il trace du ma* riage chrétien.
Si pour les classer on se met au point de vue de s» chute, les ouvrages de Tertullien se divisent aussi en troi»^ catégories : les ouvrages qui précèdent très certainemeat cette chute et sont absolument orthodoxes ; ceux dont la date est douteuse; ceux qui appartiennent sans conteste pos* sible à la période montaniste. Voici la liste de ces der* niers : Ad Scapulam, de corona, de fuga in persecutionôf Scorpiacey de exhoiUatione castitatis, de m^nogamia, de pudi^ citia, dejejunio, develandis virginibus, adversus Marcionmt. adversus Valentinianos, adversus Praxeam, de carne ChrisUt de resurrectione carnis, de anima (1). Cette lamentable chute elle-même du grand docteur, qui la causa? Sans doute, comme tant d'autres, quelque orgueil froissé. Cette âme de feu, cette nature de bronze pouvait bien écraser magaifi* quement des phalanges entières d'ennemis, et enflammer les fidèles dans les combats de la vertu : elle n'eut jamais la patience du bien. Tertullien brisa vraisemblablement soû orthodoxie à quelque écueil que rencontra son amour-propre.
(1) Voy. Hesselberg, Vie et écrits de TertuU. — Pamelius. — Le Nourry (apud Migne, ser. lat., 1. 1. -^Voy. surtout le bel ouvrage de M^rFreppel. — Un ouvrage pourra être de grande utilité aux ecclésiastiques , c*esl /« TertuUianus praBdicans, par Mich. Vivien, Avenion., 1855.
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^mba comme tombe tout géaie auquel Thumililé fait dé-
cms Cyprien consola l'Église d'Afrique de la perte soa premier docteur. Converti à la foi chrétienne, >mme du monde et de rhéteur qu'il était, Cyprien comça en 246, pour la poursuivre jusqu'au martyre, une re de science, de luttes, de bonnes œuvres et de vertus, lèle des évéques vigilants et intrépides, il s'épuisa en ts, toujours ardus, souvent victorieux, pour chasser de troupeau la double contagion du schisme et de l'hérésie ; 'Église ne trouva pas de son temps de défenseur plus pide et plus puissant. Comme nous avons déjà esquissé vie nous allons ici droit à ses œuvres. Une première sés'attaque au Paganisme et s'ouvre par le beau traité de vanité des idoles. Contre les Juifs il écrit celui des témoi" xs. Toutes les questions qui s'agitent, les dangers que snt les fidèles, les attaques que subit l'Église provoent tour à tour son ferme et lucide génie. Dans la grave "aire des chrétiens qui avaient failli en face des tortures il terpose l'autorité de sa doctrine et compose son traité des es. Dans l'autre affaire plus grave encore, celle du isme de Novat et plus tard de Novatien, contre des enneplus redoutables et en face de dangers plus pressants, 1 écrit son chef-d'œuvre, son livre de l'unité de l'Église. A l'instruction des fidèles il consacre une plume infatigable. Son traité de la grâce de Dieu, sa lettre à Démétrien, son opuscule sur le mainiien des vierges^ son traité de la mortalité, celui de la prière, ceux des bonnes œuvres, de la patience, deVenvie, témoignent autant de sa sollicitude pastorale que de sa féconde et solide intelligence. Admirateur de Tertullien et profondément versé dans les œuvres de celui qu'il n'appelait jamais que « le Maître, » saint Cyprien montre plus de souplesse, de candeur, de grâce que lui. Sa force ne Vempêche pas d'être délicat et tendre, ce que Tertullien ne
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fut jamais. — Nous trouvons dans saÎDt Cyprieo , outre confirnnalioQ de tous nos dogmes, de précieux détails surdiscipline ecclésiastique des premiers siècles; mais oit doctrine jette le plus victorieux éclat, où son témoi, est d'un poids invincible, c'est dans la défense de FÊgl contre le schisme, dans la profession de foi sur la prims du Saint-Siège. Saint Cyprien restera toujours Tun des |rfiif ^ fermes boulevards de la vérité catholique contre les efîortiJ des révoltés de tous les temps.
Au moment où écrivit un des auteurs les plus élégants des premiers siècles, Àinobe, le Paganisme travaillait sur* tout à cacher les hontes de sa Théogonie sous le voile des interprétations mystiques : Arnobe déchire ce voile impitoyablement , et montre le Paganisme dans toute son ignominie. — « Peut-être, dit Alzog, a-t-on cru Arnobe plus orthodoxe qu'il ne Test réellement. »
Lactance termine, non sans gloire, la liste de nos premiers docteurs. Lactance fit vraisemblablement ses études sous le rhéteur Arnobe , et devint vers 330 le précepteur du fils de Constantin. Dans ses Institutions divines composées pour amener à la foi chrétienne les esprits cultivés , il s'adresse beaucoup plus à la raison qu'il n'enseigne la vérité révélée. Comme les apologistes ses prédécesseurs il insiste sur la folie et l'incohérence du Paganisme, puis dans la seconde partie de son ouvrage il expose les éléments généraux du Christianisme. — Dans son traité de l'ouvrage de Dieu^ Lactance élève l'âme à Dieu par l'exposé des merveilles de l'homme , œuvre par excellence de puissance et de sagesse divines. Le livre de la colère de Dieu explique aux infidèles dans quel sens la langue chrétienne applique à Dieu ce terme de colère, dont les païens s'étaient scandalisés. L'excellent opuscule de la mort des persécuteurs^ en nous doDoaotde saisissantes pjsintures des persécutions^ nous révèle les châtiments terribles et continuels dont Dieu punissait les bonr-
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|paQx de son Église. — Sans méconnaître les services réels pie rendit Lactance à la cause chrétienne, n'oublions pas (de son peu de précision dogmatique lui a fait trop souvent lITenser la saine théologie. Quant à Télégance de son style il l'ampleur quelque peu pompeuse de sa manière, elles lui lût fait donner le nom de Cicéron chrétien.
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