SEPTIÈME LEÇON
TROISIÈME LUHE CONTRE LE PHILOSOPHISRE i
païen.
Il était juste que conquérant le monde TÉglise engageât contre les deux forces qui possédaient le monde un combat décisif. Quelles étaient ces deux forces? Le pouvoir public et Tesprit humain. Le pouvoir public c'était Rome, c'était Tempire idolâtre : l'Église en triompha en versant les flots intarissables de son sang. L'Esprit humain , ce fut l'hérésie d'abord , puis à côté de l'hérésie , le Philosophisme psuen : l'Église triompha en versant, non plus son sang, mais sa vérité, mais sa lumière, mais les intarissables flots de sa divine splendeur. La première phase de celte lutte contre l'esprit humain est close pour l'époque qui nous occupe : l'hérésie, sous les mille formes qu'elle a prises, se meurt ou est mourante, ou mourra dans les années qui vont suivre : reste une autre attaque de l'esprit humain, celle du Philosuphisme. Que celle-là fut terrible aussi !
Entre le pouvoir et le peuple , plus puissant qu'eux , plus tenace, plus impérieux dans ses volontés, plus implacable dans ses haines, plus victorieux dans ses œuvres, se place ce que nous nommons Tesprit public : c'est la réunion des let-
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'^^rés et des savants, philosophes, littérateurs, artistes, hisrioriens, poètes, tout ce qui forme dans une société son aristocratie intellectuelle, tout ce qui régit le domaine des •idées, et impose à la foule la dictature de ses opinions. Or, ^tte puissance est formidable. Elle triomphe de toute autre -puissance, et n*est elle-même vaincue par rien. Les hommes ^ fassent, les dynasties changent, les empires s'affaissent, les -totees croulent : Tesprit public survit et règne sur toutes ces ruines. C'est lui qui domine dans une république le peuple souverain, lui qui dans les monarchies et les empires se glisse dans le secret des conseils, franchit les degrés du U'dne, et dicte aux maîtres qui le croient régir les plus des- ' potiques sentences. L'esprit public domine par cette force mystérieuse de l'idée, auprès de laquelle la force matérielle De peat être quelque chose qu'un instant; il domine parce que d'ordinaire il s'empare de l'éducation , et façonne à son gré toute génération qui se lève ; il domine parce qu'il dispose des moyens les plus multiples et peut manier toutes les armes à k fois. Quand il accorde sa grâce et sa protection, ses favoris montent aux plus hauts sommets de la fortune; qaand il les retire , « la roche tarpéienne est près du Capi- ; tote, » et la chute suit l'élévation.
Or Dieu qui voulait établir divinement son Église , c'est- ' à-dire sans aucun appui humain, ou mieux en dépit de toutes les puissances et de toutes les oppositions humaines , Dieu ne tint pas plus compte des faveurs de l'esprit public que de la protection des césars. Comme il permit que la force matérielle assaillît et ensanglantât son Église, il permit à la force intellectuelle de lui livrer de plus rudes combats et de lui vouer de plus implacables haines. D'ailleurs si nous nous souvenons de l'état du vieux monde à l'apparition de l'Évangile, ou si seulement nous réfléchissons aux caractères propres de ce que nous nommons l'esprit public, ses fureurs contre la vérité catholique nous sembleront naturelles Leçons d'histoire. — Tome I. 20
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et en un sens nécessaires. Dans le vieux monde Vidée était le patrimoine exclusif d'une aristocratie brillante et révérée. Les hommes seuls de la science et de la pensée agitaie&i les problèmes et imposaient la solution, et toute intelligeocd s'inclinait devant leurs sentences. L'Evangile venu, la lumière se répand indistinctement partout, un mot inouï se fait entendre : «... Pèrel je vous rends grâces de ce que vous avez révélé toutes ces choses aux petits. » A ce mot tout change, tout est bouleversé dans le royaume de la pensée , les sages sont réduits au silence , la plèbe , hier dans Tabjection et le silence, philosophe aujourd'hui avec plus de sublimité et de profondeur que jamais ne le firent Aristote et Platon. Paul voyant ce miracle s'écriait triomphalement : n Où sont donc les sages? où sont les savants? que sont devenus les chercheurs de sagesse humaine?» Ces chercheurs se sentaient vaincus, mais, réunissant toutes leurs forces eontre la Vérité universelle, qui jetait bas l'enceinte réservée et inviolable de leurs spéculations , ils s'apprêtaient à lui faire payer cher sa lumière irrésistible et son universel triomphe. Les lettrés sont mordiis, on le sent, d'une envie mortelle, en voyant comment l'Évangile les confond avecla foule dans une égale lumière et une égale sujétion (1). Écoutons l'un d'eux : « Quelle religion! Ce sont des cardeursde laine, des cordonniers et des foulons, les plus ignorants, les plus grossiers des hommes qui s'en font les hérauts! Ce sont des enfants et des femmes qui en fournissent le premier contingent! (2) » Celse mentait, carie Christianisme, nous l'avons vu , s'était propagé concurremment dans Taristocralie
(1) Tacite avait commencé : incapable de raisonner il insulte; ignorant (le tous ces dogmes sublimes il a recours à un facile mépris. Annales, 1. XV. — Les écrivains païens de son époque le suivent dans cette ignorance et ce déni de justice.
(2) Celse, dans la Héfut. iTOrigène, III, n. 10. — W-, VI , n. 14. — Ik I, n. 27. — Voir aussi saint Cyrille, 1. vu. — Origène, l. nr, n. 7.
dans le peuple, mais il avait besoin du mensonge pour Ffthaler son dépit. — Irrité de sa confusion au milieu de la >ibule, l'esprit public le fut encore de la soumission exigée • de lui à un symbole tout fait. « Ils cherchent la sagesse , » l'i^servait saint Paul , et « sans y parvenir jamais ils la cheri€hent toujours. » C'est là l'irrésistible tentation de l'Esprit '•bamain et ce qui le fait se trouver mal à Taise même dans ■'les immensités d'un enseignement divin. — N'ayons garde d'oublier une autre cause d'opposition et de guerre. I-a Vé- . rite catholique pouvait être splendide, elle l'était, les sages ■Je voyaient, Sénéque tirait de TÉcriture ses plus sublimes passages, Épictète y puisait presque tous ses enseignements moraux. Marc-Aurèle le persécuteur y faisait de larges emprunts : mais TÉvangile c'était la croix , c'était le martyre , et, comme le disait saint Paul, « à ceux qui périssent le mot de croix est folie. » Servir un Dieu crucifié, appartenir à une Église née sur un Calvaire, reconnaître pour Dieu Celui que PoDce-Pilate avait condamné en Judée, et non seulement le reconnaître , mais se livrer par amour pour lui aux crucifiements du décalogue , aux fouets sanglants du rire et finalement aux horreurs d'une mort de supplicié : voilà de quoi les délicats rationalistes ne seront jamais capables. Jésus-Christ pouvait bien conquérir le monde , il ne pouvait pas vaincre l'orgueilleuse sensualité des beaux esprits (1). — Ajoutons pour compléter cette situation que les savants et les lettrés de l'époque impériale étaient comme les autres étreints par le césarisme, et Tacite ne fait pas difficulté d'avouer que durant tant de règnes tyranniques des césars la pensée mourait étouffée dans les âmes en même temps que la parole expirait sur les lèvres et que la plume s'arrê-
(1) Cette horreur des païens pour la croix , cette pitié orgueilleuse pour les chrétiens apparaissaient d*une façon saisissante dans les Actet des Martyrs, — Saint Cyprien, à Démétrius. — TerluU.» Apol., ch. i et xxvii. — Voy. les Actes des martyrs Scilitains,
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tait dans la main. Celte fière pléiade d'écrivains était com le reste du monde traînée captive au char des emperei Les empereurs persécutaient l'Église, les lettrés preni d'eux le mot d'ordre poursuivaient de leurs sarcasmes et leurs accusations lâches ceux que César faisait mourir, ff semblait étrange à Pline le Jeune d'envoyer au supplice drf hommes dont tout le crime était de n'en commettre aucuft; mais Trajan consulté répondait qu'une fois dénoncé un chrétien devait mourir : l'homme de lettres acceptait le plus naturellement du monde cette atrocité. Ainsi, soit raisdfl intime, soit pression du dehors, le Philosophisme païen se tourna contre l'Église avec plus d'opiniâtreté encore et éè fureur que le Césarisme lui-même : nous avons tu les effi* pereurs remettre au fourreau leur épée fatiguée et décoara* gée, jamais le Philosophisme ne connaîtra cette lassitude ni n'accordera cette paix. Voltaire reproduira Celse trait poar trait, et nos rationalistes actuels auront la physionomie des sophistes Alexandrins.
Il est possible de distinguer des phases diverses dans la longue et implacable guerre que l'esprit humain livra à l'Église, de Néron à Constantin. Trois phases nous paraissent caractérisées par une triple attitude et une triple tactique dont usèrent les savants et les lettrés en face de It Vérité catholique. — D'abord ils dédaignent et ils rient de pitié. — Bientôt, comme la Vérité catholique se^montre pins forte que le dédain, qu'elle arrête par sa majestueuse grandeur l'éclat du rire et qu'elle fait malgré le monde subir au monde le prestige de sa doctrine comme l'influence de ses vertus , le Philosophisme capitule , il entre en composition , il s'efforce d'atténuer les misères et les hontes du Paganisme et il se pare de certains dehors empruntés à la nouvelle et divine religion. — EnQn, de même que dansU troisième période de la lutte sanglante l'Empire idolâtre re-
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dille et cooceotre toutes ses forces dans un eiïroyable cornde même Tesprit humain réunit toutes ses ressour-
dans une suprême et vaste entreprise, qui, sous le nom \ néo-platonisme a pour but de construire un seul corps de
fances, une religion unique, dont le Rationalisme fera it le fond, dont, en effet Textravagance devint le stigmate, flétrissure et la mort.
1. Les hommes instruits du Paganisme témoignent de Dx manières de leur profond mépris pour la religion noulie : ils en témoignent par leurs paroles , ils en témoilent plus énergiquement encore par leur silence. Ils part du Christianisme d*une manière toujours méprisante, :-elils en parlent peu. « Sortie de la Palestine TEglise leur jmraissait une secte Juive qu'ils enveloppaient dans le mé- ■pris général professé pour un peuple haï de tous. Partant de cette idée ils voyaient dans le culte nouveau une de ces mille superstitions populaires qui affluaient à Rome de tous les points du globe et dont il ne valait pas la peine de s'occuper. Sénèque en particulier pouvait fort bien goûter la partie Dttorale de la religion chrétienne et profiter des lumières qu'elle répandait autour d'elle sans voir dans ses croyances et dans ses pratiques autre chose qu'une superstition (1). » Que si l'on s'étonne de cette attitude dédaigneuse de l'aristocratie intellectuelle de Rome et de l'Empire en face d'une religion dont les dogmes étaient aussi beaux et aussi sublimes que la morale était sainte, qu'on veuille bien réfléchir à un phénomène bien autrement prodigieux du même esprit humain. Après dix-huit siècles de gloire, de conquêtes et de génie, qu'obtient l'Eglise catholique des beaux esprits qui régnent dans notre littérature, nos collèges, nos chaires publiques et nos académies? qu'obtient-elle que le silence
(l) Mk' Frcppel.
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dédaigneux ou la mention ironique? le même orgueil et II, même faiblesse de l'esprit humain commandent, dans tôt», les siècles, la même attitude. Nos savants se taisent comm$ se taisaient Sénèque et Marc-Aurèle, ils font en passant quc^ ques allusions méprisantes comme Tacite et Suétone, Vol taire a ri comme riaient Celseet Lucien.
Derrière les lettrés il y a la tourbe des esprits infimaï» qui, incapables de penser par eux-mêmes reçoivent de« maîtres des pensées toute faites , à charge eux-mêmes de déverser sur le peuple qui est au-dessous d'eux leurs opinions, leur incrédulité et leurs sarcasmes. Les choses se passèrent à Rome et dans l'Empire il y a dix-huit siècles comme elles se passent à toutes les époques et dans toutes les sociétés. Les écrivains, les littérateurs, les philosophes les plus en renom , les célébrités scientifiques les plus influente rendaient contre le christianisme le verdict de leur dédain (1) et parfois de leur haine implacable. Tacite avait décidé que la superstition judaïque était détestable, que cette peste venue de Judée et abattue sur Rome devait être comprimée sans merci, il avait donné son jugement sur ce Christ, ce Juif, mélange de folie et de perversité qu'avait condamné et fait exécuter Ponce-Pilate : les émules de l'illustre annaliste donnèrent la même sentence et prononcèrent la même condamnation. Ce fut bientôt l'opinion générale; l'esprit public s'arma partout contre le Christianisme de ces jugements, où l'on ne sait qu'admirer le plus leur légèreté incroyable ou leur incroyable injustice.
Pour le peuple qui ne sait pas raisonner mais qui sait rire, et auprès duquel la moquerie incisive tient lieu de preuves, il se trouva en foule des caricaturistes et des moqueurs. Ce point est généralement trop laissé dans l'ombre dans les des-
(1) Voy. Celse dans Orig., 1. i, n. 26. — S. Jérôme, in Psal 91. -Arnobe, 1. I. —Lact.,. V, c. 2. — Origène, 1. m, n. 44. — Minutius Félii.
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{Kîptîons que Ton fait des luttes que le Christianisme eut tout Sabord à soutenir (1). Nier la puissance du rire, ce serait iKéconnaître la nature humaine par Tun de ses plus saillants ifttés. Qui ignore qu'avec le rire on tue les plus puissantes «omme les plus saintes choses? On organisa donc dans les premiers siècles de TEglise la même conjuration du rire, dont te siècle de Voltaire nous a donné si près de nous la formi- «îfeble reproduction. En même temps que les chrétiens passaient par les ongles de fer, les chevalets et les fouets aux pointes aiguës et meurtrières, ils passaient par les ironies plus meurtrières et plus déchirantes encore ; en même temps -que la férocité impériale les jetait dans les flammes des bû- ^ers, le bel esprit les brûlait plus douloureusement encore dans le feu du sarcasme et des pétillements du rire. Les chrétiens se trouvaient comme enveloppés, comme engloutis dans la dérision. Ils étaient devenus, grâce aux caricatures, aux sarcasmes , aux contes absurdes que Ton faisait partout circuler contre eux, des êtres plus ridicules encore que malfaisants, plus risibles qu'odieux. Et pour en arriver là, les ïnoyens les plus multiples , les efforts les plus persévérants furent employés. La peinture commença dès le second siècle à populariser les plus odieuses accusations elles plus abominables calomnies , la caricature était promenée dans les rues Gt les places publiques et un interprète se chargeait d'en amuser la populace. L'une de ces caricatures se voyait à Carthage : sous des emblèmes ridicules, des figures grotesques, entre autres une tête d*âne,on désignait le Dieu qu'adoraient les chrétiens. Cette tête d'âne a dû jouer un rôle relativement iniportant dans cette vaste guerre de la moquerie et du rire
(1) Voy. sur les noms injurieux et les calomnies prodigués aux chré- ^'ens, Légat, n. 3. Oclav., 8. — Tatien, Ad grxc. — Lucien, De mort. Peregr. — Suétone, mro, XVI. — Tacite, Annal., XV, 44. — Porphyre, ap.Eusèbe, HUt., VI, 19. — Tertull., XLII. -^ Id. L. — Mamachie, I, p. ^S.-^Tertuli., ^po/., VII.
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que l*espril public conduisait avec acharnemeat coatre lu Christianisme. On retrouva à Rome l'une de ces caricatures^ où l'âne est présenté comme le Dieu des chrétiens. Sur une croix est dressé un âne, au bas un adorateur avec cette inscription : Aleximène adore son Dieu (1). Le théâtre offrait une trop belle ressource à la satire pour que l'esprit public la négligeât. Les mystères chrétiens y étaient parodiés avec force grossièretés et force indécences. La touchante histoire d'un comédien subitement converti sur la scène au moment où il parodiait le baptême nous a conservé le souvenir de ces charges impies et obscènes que les empereurs faisaient jouer devant eux , et qui jetaient à flots le ridicule et l'odieux sur les parties les plus divines des croyances et des rites chrétiens. Et comme l'on riait partout, on riait de tout ce qui touchait les fidèles : on travestissait leurs vertus les plus sublimes; leur vie inoffengive, leur charité infatigable, leurs magnanimes pardons faisaient d'eux , dans les caricatures et les satires, des imbéciles et des idiots. On faisait d'atroces plaisanteries sur les tortures où ils périssaient; le rire, un rire féroce et dénaturé , les poursuivait jusque dans leur agonie. Hélas I la populace abusée et délirante est donc la même partout et toujours ? on chantait en 93 contre les victimes que moissonnait l'échafaud, et dans notre dernière Commune les bandits qui versaient le sang le plus pur de la France lançaient à leurs nobles victimes d'ignobles lazzis 1 — De tous ceux qui à Rome torturèrent le plus cruellement par le rire les premiers chrétiens , l'histoire nomme le poëte Lucien (135). Sans doute Lucien riait de tout, des extravagances du Polythéisme comme des dogmes les plus élevés de l'Evangile, mais son rire contre le Christianisme n'en était que mieux exercé et plus puissant. Comme on savait
(1) Octav. 83. — Au Musée Kircher se trouve une caricature de môme sens. D'après Terlullien {ApoL, XVI), Tacite {Hist., 1. v) aurait le premier donné lieu à cette grossière et absurde calomnie.
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TBOISIÈMB LUTTE CONTRE LE PHILOSOPHISMB PAÏBiN. 357
pi'il ne versait sa verve que sur les ridicules de son temps, mal ce (pi'il affublait de ses sarcasmes était désigné au rire W voué à d'universelles moqueries. Lucien connaissait assez â fond le Christianisme pour en ridiculariser les différentes Jftffties. Dans ses ouvrages, le Pseudamaniis, rAleihès histofia , surtout dans sa Mort de Pérégrin , il tourne en dérision kvie et les vertus chrétiennes, rit des dogmes, déchire de fa plus mordante ironie jusqu'aux idées chrétiennes les plus amgnifiques. Il préludait à notre triste Voltaire qui sans rien approfondir riait de tout : moyen le plus efûcace peut-être, f&ais à coup sûr le plus déloyal et le plus méprisable (i).
2. L'Ëglise, qui désespérera jusqu'à la Gq des siècles toutes les forces qui l'attaquent , désespéra le rire et le fit expirer sur des lèvres où il n'en imposait plus. Force fut alors au Philosophisme païen de cesser de plaisanter pour paraître approfondir. C'est la seconde phase de la guerre de l'esprit humain contre le Christianisme. Dans la première , tant qu'on ne trouvait contre elle que le sarcasme et l'échafaud, elle ne s'était défendue que par la majesté de sa patience; quand on voulut raisonner, elle se protégea contre des arguments infirmes par la victorieuse force de ses arguments. Elle ne laissa aucune accusation sans réponse, aucune objection sans lumière, aucun doute sans la claire et irréfutable affirmation de la vérité.
Le Philosophisme païen s'y prit de deux manières pour venir scientifiquement à bout de son adversaire. Il essaya d'd>ord de démontrer la fausseté et l'inauthenticité du Christianisme : puis il s'efforça de lui substituer une sorte de religion rationaliste, mélange informe composé de toutes les erreurs régnantes et de quelques vérités volées à l'Evaogile.
(1) Suidas, Lexic., t. II. — Gregororius, Geschichte des Kaisers Iladrian. — Plank, Ludan und das Ckristentum. — Keliner, Philopatr.
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Celse et Poiyhyre furent les deux chefs principaux.de la première de ces deux tentatives. — Celse dont nous connaissons très peu Thistoire, vivait probablement au commencement de la seconde moitié du deuxième siècle (1). Son ouvrage, le Discours véritable, nous a été conservé par Origène qui le réfute. Le livre de Tépicurien Celse, dififuset incohérent, rempli de raisonnements faux, de conclusions boiteuses, de flagrantes contradictions, n'en est pas moins Tarsenal où Tincrédulité puisa depuis toutes ses attaques. Voltaire, avec lequel Celse n'est pas sans ressemblance, l'a copié sans l'atteindre. Celse suit pas à pas nos dogmes et nos croyances, tantôt pour les contredire, plus souvent pour s'en moquer. Il inaugure le système qu'exploitera plus tard si perse véram ment le patriarche de Fernay : « Mentez, mentez toujours ! » Celse ment toujours. Voulant à la fois détruire l'Eglise mosaïque et l'Eglise chrétienne, il jette sur les Saints de l'ancienne loi les plus gratuites accusations, et, mentant effrontément à la plus invincible évidence, il représente Jésus-Christ et les Apôtres comme des hommes vicieux et criminels. Les miracles de Jésus-Christ et des Apôtres l'embarrassent visiblement. Les nier lui semble impossible tant leur éclat pénètre le monde : il s'en tire en les attribuant à la magie. Il nie l'incarnation sur cette raison profonde : « Que Dieu savait bien ce qui se passait sur la terre sans avoir besoin d'y descendre I » Il fait une plaisanterie et il croit le dogme renversé. La résurrection est le continuel objectif de ses attaques, tant il comprend la force qu'elle prête à la prédication de la foi. Mais la foi elle-même trouve chez lui moins grâce que tout le reste. Il répète à satiété ce que rediront les incrédules de tous les siècles : que la foi est l'anéantissement de la raison humaine, une
(1) Voy. les Pères Apost. de M8' Freppel. — Gregororius, Plutarch. und Lucian., p. 258-270. — Baur, I, 368. — Pressensé, imb, Allêqves contre le Chritt., IV, p. 67. — Mosheim, Orig, conire Cels., 1. vin.
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TROISIÈME LUTT£ CONTRE LE PUILOSOPHISMB PAÏEN. 359
liblesse, une crédulité déraisonnable, etc. Il n'avait pas vu /fie la foi est en Thomme Tépanouissement le plus complet J^^le plus divin de la vérité. Celse aimerait à persuader que |ee que les livres des chrétiens renferment de bon sont autant |& plagiats faits à la philosophie païenne, il voudrait que p^latonfût le maître de Jésus-Christ! — Porphyre, phéni- |«ien d'origine, prétendait aussi renverser scientifiquement ^fc Christianisme. Versé dans la connaissance de l'Ecriture, i il paraît s'être attaché surtout à ébranler son autorité et à rsaper par la base les plus fermes colonnes de la révélation.
• Ses premiers efforts portent sur les prophéties de l'Ancien (Testament qu'il prétend avoir été fabriquées après Tévénel ïûent. Dans la période apostolique il essaye de mettre en .contradiction l'enseignement des Apôtres, il invente une ; prétendue rivalité entre Pierre et Paul, on le croirait allel mand rationaliste ou professeur au collège de France! Re- ^Ma ne sait pas faire mieux. Comme Celse, Porphyre s'atta- ^ <iue aux principaux dogmes révélés, et cherche dans chacun ^ d'eux matière à objection et à controverse.
Comme Celse, Porphyre trouva la vérité catholique puisi. samment armée pour repousser ses accusations, illuminer
* ses doutes, renverser tout l'échafaudage de ses négations. '^ I^e même que l'hérésie valait à la foi catholique ses plus 1 éclatantes professions, le Philosophisme par ses attaques
<Ioana. naissance à cette grandiose et robuste apologétique chrétienne, oii l'on ne sait qu'admirer le plus, la magnifi- . cence, l'élévation ou la force, et qui dans tout le cours des siècles a trouvé pour la soutenir et la grandir les plus admirables génies. Le Philosophisme païen comme notre incrédulité contemporaine donnait d'ailleurs trop de prise à la réfutation pour n'être pas rapidement vaincu et désarmé, l^ronton, Celse, Porphyre et tous les autres combattaient sur ^^ terrain impossible. En niant la foi ils arrivaient à cette conclusion absurde que Dieu, intelligence suprême, ne peut
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pas éclairer surnalurellenaent ses créatures raisonnables ; ou bien que, Dieu éclairant notre raison de sa transcendante lumière, cette raison est tyrannisée ou humiliée par lui; ou bien que, Dieu imposant le magnifique fardeau des vérités révélées, l'homme est libre de le secouer à son gré. En raisonnant humainement sur des œuvres et les volontés divines j en appliquant aux immensités et aux profondeurs du surnaturel le seul et trop faible regard de la raison et de la science naturelles, le Philosophisme commettait l'impardonnable bévue de vouloir renfermer l'Océan dans le creux de la main. Enfin, en prononçant si hardiment l'impossibilité des mystères, il ne s'apercevait pas qu'il avait la folie de prescrire des bornes à Vin/inie puissance de Dieu. La logique puissante de nos docteurs terrassait vite ces adversaires. Mais tout en s'attaquant à la religion chrétienne le Philosophisme la copiait. C'est la seconde tentative (1). « Le Christianisme faisait sentir son influence sur toutes les classes de la société. Sa vertu divine pénétrait partout d'une manière inaperçue et involontaire etexerçait la plus grande influence sur le choix des armes de ceux qui le combattaient. Il est visible surtout que les doctrines morales du Christianisme étaient employées par les auteurs païens de ce temps sous les formes les plus diverses. À ce point de vue la lutte que les sages de la Gentilité ont engagée contre le Christianisme n'est devenue possible que par le Christianisme même. » (Mœlher.) Ne pouvant renverser son adversaire le Philosophisme essaya de le tourner. Ici nous entrons dans un vaste essai de contrefaçon de la religion chrétienne. — Il était nécessaire tout d'abord d'atténuer les crudités révoltantes de la Mythologie; il fallait refaire l'Olympe sur un modèle plus acceptable à une société déjà tout imprégnée
(i) Ce travail est déjà très reconnaissable dans Plutarque. Voyez surtout les deux ouvrages : De oracul. interil. et De Isid. et Osid, — Maxime de Tyr, DisMurg pUitûnitims. — Apulée de Madaoae.
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TROISIÈMS LUTTE GONTRS LE FHILOSOPHISME PAÏEN. 361
i ies SHblimités chrétiennes. On se mit à l'œuvre. On ne donna fins des anciens dieux qae des explicaifous allégoriques, on en fît de simples emblèmes , des images destinées à représenter sensiblement les, divers côtés et les plus saillants ifiystères de la divinité. Porphyre faisait les plus impossibles efforts pour transformer Jupiter, Isis, Apis, en autant de manifestations de Fîdée divine. Plotin travailla même à dégager Vénus de Tinfamie qui Tenveloppait. — Le Christianisme confondait trop ces habiles par sa sublimité et le prestige qu'il exerçait déjà de toutes parts, pour qu'ils Ressayassent pas de le contrefaire. Ils commencèrent, nous «vons eu déjà plusieurs fois lieu de le voir, par le piller. Ils firent disparaître les monstruosités de la morale païenne, ils épurèrent Platon , Aristote et Pylhagore , ils les habillèrent à la chrétienne , leur prêtèrent à profusion les sublimités de la révélation : puis, par une évolution qui n'a d'égal à son audace que son ridicule, ils donnèrent les philosophes anciens comme les maîtres qu'avait consultés Jésus-Christ et la philosophie païenne comme la source d'où le Christianisme avait découlé. Celse mit au jour le premier cette prétention absurde , non-seulement d'assimiler les dogmes catholiques aux nuageuses et chancelantes théories de Platon, mais de faire de celles-ci la source de celles-là. Il ^îla jusqu'à voir dans la philosophie ancienne, tout ce que ^'Eglise enseignait sur Dieu , l'âme , la destinée , le monde , ^c jugement futur, etc. Mais alors répondait justement Origène, si le Christianisme n'est que le plagiaire pâle et impuissant du Philosophisme païen, comment expliquer que le Christianisme bouleverse, transfigure, subjugue le monde, quand Platon n'a fait autour de lui que le silence et n'a laissé <iue la mort? Une autre réponse que faisaient les docteurs était plus simple et plus péremptoire encore. Comme Her- ^ias dans son livre des Philosophes moqués, ils mettaient en regard des vérités immaculées et sublimes de la morale de Leçons d'histoire. — Tome L 21
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l'Evangile les extravagances et les turpitudes de la philosQ^^ phie ancienne. Ce parallèle tranchait invinciblement la qi^ lion, ou plutôt la question se renversait toute entière. Lai| quelques points de contact signalés entre la philosophie et ]ft= révélation devaient s'expliquer, non pas d'emprunts faiâi; par la révélation à la philosophie, mais au contraire de plf> giats nombreux faits parcelle-ci à la révélation. Platon avail largement puisé dans les livres de l'Ancien Testament, le( néo-platoniciens puisaient plus largement encore dans c&jst du Nouveau (i).
Mais le Christianisme n'avait pas que la pureté et la ssfj blimité de sa morale pour subjuguer les âmes et les reteni|| ses miracles jouaient un rôle immense dans la conversi€| du monde. Les miracles de Jésus-Christ avaient laiss^ de telles empreintes, ceux des Apôtres étaient si vivan^ dans tous les souvenirs, ceux qui s'accomplissaient tooa les jours encore étaient si innombrables et si impossibles à nier que le Paganisme, sans oser jamais les révoquera doute, s'efforçait seulement de les attribuer à la magier C'était la seule manière dontCelse avait cru pouvoir s'( débarrasser. Mais comme le Philosophisme sentait lui-mém* la faiblesse de cette réponse, il comprit qu'il lui fallaï des miracles à opposer aux miracles continuels dont VE^ glise chrétienne donnait le spectacle tout divin. Le Philo^ sophisme fut assez ridiculement téméraire pour en tenter W semblant. C'est ici que nous apparaissent un livre et an Jiéros dont l'insignifiance n'est relevée que par le grotesque, nous voulons parler du roman de Philostrate et de soû thaumaturge Apollonius de Thyane. L'intention de l'auteur
(1) CeUe audacieuse affirmation des néo-platonicieûs , Çelse» Porphyre, Jamblique, Plotin, etc., a été de nos jours soutenue avec la même légèreté et la môme inconsidération par MM. Cousin , Leclerc , Leroux , etc. — Voyez Villemin, Nouv. Mélang, p. 273. — Ritter, Hisl. de philosopha MC., l.xi, c. 5.
Digi
TBOISIÈMB LOTTB CONTBB LE PHILOSOPHISMB PATBN. 363
visible, et elle seule importe ici. Son héros, son Apollo-
est un personnage parfaitement inconnu et qui n*a
é nulle part l'empreinte de sa doctrine et de ses œuvres.
ta l'intention de Philoslrale et d'Hiéroclès elle est visi-
le Néo-Platonisme veut avoir son Christ comme le Chris-
jme a le sien. Pour en composer la physionomie, Tau-
du roman emprunte aux Evangiles, notamment à celui
saint Luc, des traits nombreux. En somme cette mystifi-
âon, qui a pu arrêter l'attention de nos rationalistes , n'im-
Bressionna pas un instant la société du troisième siècle , et
iérite de nous à peine une rapide mention. — Mais ce n'é-
il pas seulement la vie d'un miraculeux fondateur qu'il
îlait au Néo-Platonisme : il lui importait aussi d'opposer
kx saints qui illustraient l'Eglise, d'autres types non moins
ftUanls et non moins merveilleux. Ce besoin fut le point de
épart d'une série de biographies, où les philosophes se
écemaient mutuellement la gloire de toutes les vertus pra-
tquées et de tous les hauts faits accomplis. Alors parurent
deux vies de Pythagore composées par Porphyre et Jam-
que, celle de Plotin que le même Porphyre transQgure
véritable théophanie. On leur rendait la pareille et les
r^égyristes étaient célébrés à leur tour. Jamblique était
^nonisé par Eunape, Proclus par Marin. Un but misérable
w contrefaçon était servi par des essais plus misérables
tocore : le tout périt dans le dédain et l'oubli.
J* ^. Le Philosophisme païen avait cru avoir raison du i Christianisme en le couvrant seulement de son silence et iQeson mépris : le Christianisme était resplendissant, et ; ^ sagesse des sages était muette. Le Philosophisme avait y«ors changé de tactique et de moyens, il avait pour se ^bslituerà lui, contrefait l'Évangile : la religion de fa- *^ïiqu6 humaine fut bientôt exténuée et mourante, tandis 1 î^e la foi chrétienne grandissait et se fortifiait tous les
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jours. — Le Néo^PiaUnUsnu tenta alors un snprême effotfc^ ce fut,.8aDS plus lacérer FEvaiigile ni febriquer âesth—^ maturges , de remplacer kt Réyélation par le RaiioDaiisaw^ c'est-à-dire que seize siècles ayimC nos rationalistes: acta^ les Néo- Platoniciens TOtriurent tuer la fot par Ba raison» 1| Sagesse divine par la sagesse homaine, 1» religion ré par la religion naturelle. Devant ce jeu d'enfant les sièal ont passé en sifftaot, et le Néo-PlaloiiisB»e> est devenu peine un objet de curiosité pour les antiquaires. — <Dcc»s pons-nous à ce seul titre et un instant de Ptfftm et à& \ école (i).
Une première œuvre aussi impossible qu'elle étsâl va^\ dévora toute l'activité et épuisa , en labeurs stériles , les eflbrls des néo-platoniciens. Il s'agissait avaoi Umi mettre quelque ordre dans le chaos des système» philos^it phiques, de fkire disparaître leurs contradictions innombot* blés, leurs inconciliables oppositions, ou du moiss, donnant le change, de foire croire que ces oppositions n'existaient pas, que ces contradictions n'étaient qvL'wpfm* rentes, et qu'en réalité la philosophie païenne n'offraJÉi dans ses mille sectes opposées et ses miUe systèmes eo9* traires, qu'un vaste dogme solidement uni et lié. Commeirit ces hommes purent-ils concevoir un si extravagant pn^il et nourrir une si chimérique espérance? Voilà qui restem toujours l'un des plus étranges problèmes de l'histoitew « Porphyre , Jamblique et les autres Alexandrins n'ont travaillé toute leur vie qu'à rapprocher tout ce qui était dis-
(1) Voy. Kelloer, Hellm, md Christ.
Toute celte étude sur le Néo-Platonisme a été faussée à plaisir par nos rationalistes français, J. Simon, llist, de l'École d'Alex., t. I, p. 497. Vè^ cberot , Hisl. critiq. de l'École d'Alex., p. 45S.
S'il est un fait absolument démontré en histoire,, o'est le plagiat fait au. Christianisme par les philosophes Alexandrins. Plotin fut le disciple d*Ammonius Saccas.
te, a «inir ce qui était coatraire, en cherchant touà persoader que les systèmes les plus divers n*étaient opposés q<ianl au fond, et que la contradidion n^exiSh tqn'en af^^rence (1). »
É seconde partie de TcBuvre de Plotin et des Alexanleur tenait sans doute beaucoup plus à cœur que la ière ; c'était de faire prévaloir leur philosophisme , de Qner aux intelligences comme un symbole « au monde Itome une religion. Eux aussi , avec une naïveté qu'ils ont Inssée comme patrimoine à nos penseurs modernes , s'imapièpeat <fa'«iiie religicm, même fausse, peut se fabriquer yec la philosophie 1 Plotin aspira donc à enlever le Chrispteûsme du ittonde et à lui substituer son philosophisme p^. Ce ne fut là pas même « le rêve d'une ombre , » et B nous suffirait, pour mémoire, de signaler cette folie, xeurtant donnons un regard au système philosophico-relifieux de Plotin et du Néo-Platonisme alexandrin.
Se confondre" avec Dieu, voir tout en Dieu, telle est pour Ptetïn la seule perfection de l'homme ici-bas. Et Plotin n'a î*s fait trois pas sur ce chemin qu'il tombe en plein Pan- ^*^^*sme. De I'Un absolu , de l'Être unique , universel , qui Comprend tout en soi, émane d'abord Vintelligenee , le vouç. Du vouç procède Vâme qui ne fait qu'un avec Tintelligence /*MBBae l'intelligence ne fait qu'un avec V Un absolu, La seule Aôsebien claire qui ressort de ce pathos, c'est le Panthéisme ^iUé de lambeaux chrétiens. Les trois principes : l'Un, l*inteUigence , l'âme, se confondent pour ne former à eux trois qu'un seul tout Vâme en contemplant Vintelligenee produit d'anidres âmes. Or ces âmes, douées de deux forces contraires, l'une qui les élève en haut, l'autre qui les incline en bas vers les ténèbres , se forment des corps dans *®s basses «t ténébreuses régions vers lesquelles elles sont
(1) Riambourg,
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entraînées. — En somme une seule âme universelle existe ^ et celte âme universelle n'est elle-même que le concept d« rintelligence de TUn absolu. C'est le pur Panthéisme, c'est le Grand Tout, c'est l'univers devenu le seul et unique Dieu (1). Quant aux questions multiples, aux problèmes
(1) Après dix-sept siècles, la môme révolte coQlre la foi a produit kft mêmes aberrations et les mômes ténèbres. Nos éclectiques contemporaiaa, pour tenter la môme conciliation impossible entre leurs rêves phUo«>^ pbiques et le dogme révélé, tombèrent à la fois dans le double abîme dhtt Panlbéisme à peine adouci, puis bientôt d*un Scepticisme découragé. Ib commencèrent par vouloir comprendre et expliquer hufnamement nos mja* tères , et ils finirent , comme les Alexandrins , leurs ancêtres , par la plo$ complète extinction de la lumière et du raisonnement. Toujours le mot d» saint Paul : « Ils s'évanouirent dans leurs pensées. » Écoutons Cousin : « La raison est le médiateurnécessaire entre Dieu et Tbomme, ce Ao-p;de Pythagore et de Platon , ce Verbe fait chair qui sert d'interprète à Diea et de précepteur à Thomme, homme à la fois et Dieu tout ensemble » (Préface des Fragments philosophiques). Et encore, en glissant davantage dans le Panthéisme : «Cette raison qui, en elle-même, est universelle et absolue et par conséquent infaillible , tombée qu'elle est dans l'homme , et par là en rapport avec les sens et avec les passions et l'imagination , d'infaillible qu'elle était en soi, devient faillible. » N'est-ce pas là, en des for- . mules à peine modifiées, ïdme universelle, l'unité absolue de Plotin ? D'ailleurs le même Cousin enlève tous les doutes s'il pouvait y en avoir : e La raison éternelle, universelle, absolue, infaillible..., cette intelligence dont la nôtre, ou plutôt celle qui fait son apparition en nous, n'est qu'un fragment... » Voici le Panthéisme dans son entière crudité : c< Dieu tire le monde, non du néant qui n'est pas, mais de lui qui est l'existence absolue » (Cousin, Introduction à l'Hist, de la philosophie , leç. V). — Cet enseignement du maître les disciples le comprirent dans son vrai sens et sa véritable force , et le rendirent ensuite avec un mérite plus grand de clarté. « La substance a sa racine en Dieu , est une avec la substance de Diea par la limite qui la circonscrit dans l'espace. » « Puisqu'on créant Diea donne l'être , cet être qu'il donne , il le tire de soi , puisqu'il ne peut évidemment exister aucune portion d'être qui n'ait pas sa source dans l'être infini» (Lamennais, Esquisse dC une philosophie). Dans une prière impie, le même malheureux Lamennais formule plus nettement encore son Panthéisme plotinien ; « Dieu, oui, tout est de vous, et n'est pas de vous uniquement comme l'effet, le produit de votre opération toute-puissante, mais comme un écoulement de votre être. » Nous avons, dans ces révélations, le secret des fastueux panégyriques que notre école éclectique moderne ne cesse de prodiguer aux sophistes alexandrins. Des fils bien nés ne doivent pas moins faire pour des ancêtres dont ils ont si richement hérité I
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damentaux dont nous avoos vu la goose et le Maniéisme donner tant de solutions extravagautes , Plotio y pond tout aussi follement. La présence du corps , son don avec Tâme, la corruption de celle-ci, sa destinée Étnre , sa purification et son expiation sont autant de ques- ODS où le Christianisme versait à flots la plus pure lulière, et où Plotin comme les rationalistes de tous les des n'a jeté que la nuit. Dans le chaos du système otinien se trouvent fondus ensemble le panthéisme indien, polythéisme grec, le dualisme persan, Tunité et la trichrétienne, y compris Pythagore et sa mélempsy-
Ces extravagances faisaient le fond de renseignement de Fécole néo-platonicienne d'Alexandrie. Qui fonda cette école? Or désigne parfois un eertain Potamon, nom supposé peutêtre et en tout cas personnage très obscur. Le vrai créateur tle Vécole néo- platonicienne d'Alexandrie est Ammonius, auquel son ancienne profession de portefaix fit donner le Burnom de Saccaa. Ammonius commença par être chrétien. Apostasia-t-il dans la suite? La question est restée indécise, Bttais en tous cas, ce disciple de Clément et ce maître d'Origène se sépara de l'enseignement catholique pour fonder un enseignement rationaliste et éclectique en dehors des données révélées. Il créa son école d'Alexandrie pour en faire la réunion hybride de toutes les opinions et de tous les partis, il rêvait un vaste système d'éclectisme qui pût donner satisfaction aux disciples de toutes les philosophies , sans trop effaroucher le Christianisme. C'est-à-dire qu'aux premiers Siècles, Ammonius Saccas fit la même vaine tentative que nos rationalistes , Cousin en tête, viennent de renouveler
80U8 nos yeux. Après Ammonius, trois hommes se succédè- ^Dt qui firent prendre à l'école d'Alexandrie et au Néo-Pla- ^ûisme une direction plus opposée encore au Christianisme : Plotin , Porphyre , Jamblique. — Après un éclat passager,
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récole néo-platoaicienne , fiait rapidement par dépérir et s'éteindre dans Timpuissance et l'onbli.
A côté de récole néo-platonicienne, l'Église avait à Alexandrie même son école, qui s'illustra à la fois par la multitude des disciples qu'elle réunit et la profonde science des maîtres qui en prirent tour à tour la direction. Le premier but de cet enseignement était certainement la conversion et l'illumination chrétienne des âmes, il fallut néanmoins pour attirer et retenir ces âmes leur fournir la carrière complète du savoir. Aux leçons de la foi, aux commentaires de l'Écriture, aux expositions de la divine théologie, s'ajoutait l'étude de la rhétorique, de la dialectique, de la philosophie, de la géométrie, de l'astronomie. Ainsi que nous l'avons vu, Técole chrétienne d'Alexandrie s'appliqua surtout à faire ressortir l'accord de la raison avec la foi. Les principaux docteurs qui en eurent successivement la direction sont : Athénagore, Panthène, Clément d'Alexandrie, Origène, Héraclas , Denys te Grand , Pierus , Pierre le martyr.
L'école d'Alexandrie ne fut pas la seule; d'autres très florissantes aussi quoique moins célèbres, se fondèrent à Césarée, à Antioche, à Rome. L'école romaine eut pour fondateur saiot Justin, et compta le malheureux Tatien parmi ses maîtres. Quoique nous n'ayons plus de détails très précis sur ces anciennes écoles chrétiennes , il nous est facile déjuger de leur importance par l'éclat qu'elles jetèrent et surtout par la valeur des hommes qui y furent formés. Le Philosophisme païen avait voulu vaincre l'Église sur le j terrain de la science, sur ce terrain r%lise l'eut bien vite vaincu. Le mot de saint Paul se réalisait pleinement : a Où sont-ils donc ces sages? oii sont-ils ces savants? Que sont- j ils devenus ces chercheurs de sagesse humaine? » Us avaient I élevé un instant une voix fastueuse : Dieu les réduisit au silence pour toujours.
Les trois premiers combats sont terminés : l'Église y « j
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trois fois victorieuse. La force malérielle représentée par immense Empire idolâtre a voulu Técraser sous sa masse, ^pire a croulé, et VÉglise debout, immense, inébranlable, iesi emparé du monde romain et a vécu des siècles que KKne ne connut pas. — L^hérésie a fait mille efforts pour térer son symbole, Thérésie n'est plus pour nous qu*un tvenir sans réalité et sans vie, TÉglise enseigne, subgœ les âmes, leur^mpose toujours encore un symbole que S^reur n'a pu entamer. — Le Philosophisme païen a tenté se substituer à l'enseignement révélé : « Ces sages, où^
it-ils? » L'Église continue à travers les siècles son
Qmuable enseignement, eux n'ont plus même dans aucune iteîligence élevée et sérieuse un dernier écho.
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