LB TBIOMPHI
fut par lui cooGée à ]*Egli8e : TËglise ne cessera plus durant de longs siècles de soigner ce roya> malade , de panser ses blessures, de soutenir ses faiblesses, de lui nminte&ir et de lui affermir la vie.
Cette ceuvre de l'Eglise au quatrième siècle wms resterait trop inap^ciée si nous ne jetions tout d*abord un regard sur les irrémédiables détresses où la société cirile était descendue. Après il nous deviendra facile d'admirer comme ils le méritent les effets combinés du Christianisme et du premier des empereurs chétiens.
!• Le fond de la société antique est rinbamanité. L'homme ayant perdu le sentiment de sa noblesse en perdant la connaissance de son origine, de sa nature et de sa destinée, l'homme s'étant, suivant le mot du Psalmiste, « mis au niveau des bêtes sans raison , » subit dans une mesure vraiment effroyable la conséquence de celte dégradation. Partout où la force matérielle ne le protégeait plus la société antique l'écrasait sans pitié. Tous les êtres faibles y étaient foulés aux pieds, dépouillés de tous droits, voués à toutes les ignominies et toutes les tortures. — Cet écrasement des faibles et des vaincus par les puissants et les maîtres, se manifestait dans l'Empire romain , outre les formes ordinaires, par une perception impitoyable et sanglante des impôts et un mépris absolu de la propriété. — La question de Tesclavage était, on le sait, dans la socité antique, la question la plus universelle, la plus difficile à résoudre, et celle néanmoins qu'il importait le plus de terminer à l'honneur de l'humanité. — Depuis que les césars, en se faisant dieux s'étaient entourés de faste et de magnificence, une cour formée d'odieux et rapaces favoris, s'était ajoutée comme une tyrannie nouvelle aux tyrannies déjà si lourdes des empereurs. — Enfin plus que tout le reste , plus que I» cruauté des lois , plus que les iniquités de l'oppression iffi-
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l'emmbs chiétien. 381
léyki désordre et la licence, suites inévitables de la ce, de l'ébranlement et de la mine qui menaçaient le m<mide romain de toutes parts; étaient aux peuples plus ÎDSttpportable torture. Le faible, que les lois enaient impuissantes à protéger, se voyait la victime du lier veno, et on lui faisait payer les calamités publiques où la choie suprême de TEmpire s'annonçait déjà. — soBune Ta situation de la société romaine, au moment où Cbristkuiisnao en entreprend la restauratioo et le sahit , une situation désespérée, remplie de crimes, souillée de ttung, vouée à d'intolérables douleurs.
a^ Dès avant Constantin, en pleine époque des persécutions, le Christianisme avait inauguré son œuvre de régéaiératioa (i). Nous ne reviendrons pas sur les idées chrétiennes dont les écrits du Pciganisme sont empreints dès le •troisième siècle. Les lois s'imprégnaient des mêmes idées. Qaade déclare iy>res les esclaves malades que leurs maîtres jibandonnaient. Sous Hadrien une loi iaterditaux maîtres Jfeleur dofinep k mort. Antonin le pieux va jusqu'à res- [tnâûdre le. droit de correction. Le supplice de la torture est ^uci, et le jugement capital de l'esclave passe du père de f famille au préfet de Rome. Bientôt même on lui permettra ' ie posséder.
r L'enfance, autre faiblesse, ressentit elle aussi l'influence : de l'Evangile de ce Dieu fait homme « qui bénissait les petits enfants. » Alexandre Sévère remplaça le droit de mort ! et de vente que le père avait sur son enfant en un simple ^it de correction. Le nouveau-né lui-même commença à
(i) Consulter le savant ouvrage de M. Troplong^ De l'influence du ChriS' ^^nismesur le droit civil des Romains. — Un autre de M. Duboys, Hist, du ^roil criminel des peuples anciens. — Voir aussi M. Vlllemain, ^ouv . mé- ^^^> U 11.
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jouir de quelque prolecUon. — La femme, que nous verrons bientôt si noble et si grande, vit à son tour se détendre la chaîne meurtrière qui Tétreignait. Dès avant Constantin elle avait été affranchie de la nécessité d'une tutelle permanente.
Que ces réformes soient dues aux premières influences du Christianisme naissant, c'est là un fait hors de discussioD, pour qui jette un seul regard sur Thistoire. D'où, part ce double mouvement d'équité et d'humanité? Des philosophes, des jurisconsultes, des empereurs chez lesquels se voient les traces les plus reconnaissables de l'influence chrétienne : Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle, Alexandre Sévère. Mais nous voici à Constantin, et le fait devient éclatant comme le soleil, hors de tout doute , de toute discussion possible. Le Christianisme seul a créé le monde nouveau. « En vain affecte-t-on de détourner la vue ou de considérer froidement comme une phase naturelle de l'humanité le plus étonnant changement qui se soit accompli en ce bas monde. C'est une époque à jamais incomparable.... La révolution si soudaine, si pacifique, si féconde, qui a si profondément renouvelé Tintelligence et le cœur de l'homme, en lui révélant la sublimité où il doit aspirer, n'est pas une œuvre humaine. Ce fait toujours présent par sa perpétuité sera toujours le désespoir et la confusion des incrédules : tous leurs efforts à le contredire n'ont pu les persuader eux-mêmes. » Après avoir vaincu dans Constantin la puissance impériale toute entière, le Christianisme transfigura le vieux monde de concert avec cette puissance. — La plaie la plus hideuse du vieux monde était son idolâtrie, d'où découlait comme d'une source maudite tous ses autres maux : nous avons vu plus haut les efforts de Constantin pour en diminuer la profondeur et l'étendue. Restait son inhumanité efl'royable qui lai faisait fouler aux pieds tous les êtres faibles : Constantin ne cessa pas de la combattre en lui opposant l'infranchissable
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l'bMPIRB GHRÉTIBN. 383
barrière des lois où la charité évangélique coule à pleins bords.
Le réseau des ordonnauces et des lois ConstaDtiDieones enveloppe la société entière avec ses vices multiples et ses ionombrables misères,- et Ton demeure stupéfait devant cette prodigieuse révolution si subitement opérée dans le pouvoir impérial , par ce fait qu'il se laisse emporter au souffle de la charité chrétienne et de la foi. L*enfant, la femme, Tesclave, le pauvre, le prévenu, le condamné, le rainé, le malheureux, tous ceux qu'opprime une tyrannie quelle qu'elle soit et que viole une injustice de quelque sommet qu'elle parle, trouvent, dans la législation de Constantin, une protection et des adoucissements, dont le vieux inonde n'avait pas eu même le pressentiment sous ses meil* leurs princes.
Non-seuleiment Constantin renouvelle les lois protectrices de l'enfance que l'idée chrétienne avait insinuées aux empereurs précédents , mais il impose aux gouverneurs de subvenir, au dépens du fisc , à la détresse des enfants abandonnés. Beaucoup d'ordonnances ont pour objet de soustraire l'enfant aux abus de l'autorité paternelle. Pour la première fois le meurtre d'un fils ou d'une fille est assimilé au parricide et puni comme tel. Plus tard , sous Valentinien, l'idée chrétienne faisant un progrès encore, tout meurtre d'enfant fut puni comme homicide.
Une autre victime , hideusement torturée par la société antique , magnifiquement ennoblie par le Christianisme , c'est la femme. Sans pouvoir abolir de suite le divorce , la loi régénérée par le Christianisme le restreignit au moins autant qu'elle le put. Le lien conjugal connut quelque dignité, et bientôt la bénédiction du prêtre fut exigée par la loi civile (Nov. 89). Quand les mésalliances furent permises, la distinction entre le mariage légal et le concubinat disparut, et l'unité du mariage fut naturellement et puissamment
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384 LE TRIOMPHC.
maînlenue. Ce qtri rendait facile cette émancipation et cette réhabilitation de la femme, c'était la gloire et le prestige dont elle s'était entourée elle-même par ses vertus , c*était cetle padenr dont la virginité chrétienne lui avait fait une auréole, c'était la pourpre dont le martyre avait sacré cette virginité. La femme était prête pour les affranchisseoieîits et les honneurs dont )a législation Constantinienne vint ensuite la doter. A côté de la vierge qu'il fallut respecter, se plaça la mère dont on comprit la dignité et demi on reconnut les droits. Assimilée dans la société antique à ses propres enfants , exclue comme étrangère de la succession de ses fils , elle rentra dans ses droits à la faveur de l'idée chrétienne. Constantin prépara raffranchissemea! de la femme , ou plutôt en posa les bases inébranlables en )a sauvant de la luxure de Thomme et de ses propres passions. Il interdit le concubinage aux hommes mariés. En même temps il décréta la peine de mort contre la femme libre qui se livrait à un esclave , pour l'esclave coupable la peine du feu , pour les enfants nés de ce commerce honteux incapacité d'hériter et de parvenir aux emplois publics. Des lois très sévères frappèrent le rapt. A tout prix Constantin voulait que, par ses vertus, la femme fût digne du trône que le Christianisme lui préparait. Et vraiment la femme le méritait déjà magnifiquement. Elle l'avait hérité de la Vierge « pleine de grâces, » « bénie entre toutes les femmes, » elle l'avait conquis sous la hache des licteurs par son intrépide martyre, elle le dressait humblement mais avec une irrésistible puissance au sein de la famille par ses vertus domestiques. Dans la famille impériale, sous la pourpre, elle jetait un immense éclat, et le vieux monde contemplait dans 1^ palais de ses princes, si longtemps déshonoré par les débordements des Messaline, le ravissant spectacle de princesses et d'impératrices chrétiennes vouées à tous les héroïsmes de la vertu. Chaque prince et chaque empereur a dé-
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L'EMPia£ CHRÂTIKN. 385
dis dans une fille, une épouse, une sœur, une mère, ange tutélaire et souvent un conseiller, un guide et un tien. Auprès de Constantin apparaît sainte Hélène, Flacauprès de Théodose I , Pulchérie auprès de Théodose jeune, Placidie auprès de Valentinien II. Ainsi dès le iv" ^ le V* siècles les impératrices préparent les reioes chréifiennes du moyen âge.
: Le pauvre a une large part dans Taffranchissement comilun des êtres faibles. Rien de touchant comme la solli- '«itnde dont Constantin entoure sa détresse et son dénuement. Nous n'en dirons qu'un mot ici puisque plus tard ^Bous devons consacrer au rôle de la charité dans TÉglisc "Baissante une étude spéciale. Dès 331 il soulagea le peuple îen lui remettant un quart des contributions, et en répaatdant dans tout son empire les plus royales largesses. « Il : évitait souvent aux nécessiteux rembarras de solliciter, rei levant d'une détresse honnête des familles avec des emplois, "de l'argent ou des terres, prenant un soin paternel des
■ veuves et des orphelins, dotant des jeunes filles élevées dans une condition distinguée , mais demeurées sans parents et
■ sans biens, en les mariant à des hommes riches choisis parmi î ses favoris (i). » 11 consacrait d'immenses aumônes au soulagement des nécessiteux , au soin des eafants abandonnés , à la subsistance des mendiants. Cette sollicitude s'étendait au-delà de leur vie et les suivait jusque dans la mort. Il avait établi à Constantinople une corporation de neuf cent cinquante lecticaires chargés de l'inhumation des pauvres. Bientôt des hôpitaux , des asiles de toute sorte et de tout nom surgirent partout au souffle de la charité catholique. C'était la coQséquence rigoureuse de l'éclat que l'Évangile avait répandu sur les haillons du pauvre.
Nous ne pouvons parler du paupérisme, plaie hideuse,
(1) Ed. Dumont , La Papauté, p. 95.
Leçons d'histoire. — Tome I. 22
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chancre déTorant de la société aatique ^ sans noiis oeeu^ de sa cause ]a plus universelle et la plus efficace dans VÊmpire : la Oscalité. Sous la Rome impériale la perception dea impôts était devenue intolérable dans sa rapacité et ses excès. La fiscalité» c'était le pillage organisé, non pas \mi au profit du trésor public que de l'opulence scandaleuse des percepteurs ; c'était la ruiné des familles que la tyraniOA forçait à répondre pour tous ; c'était surtout la dévastation do la propriété et la complète stérilité du soL La fiscalité romaine tuait la propriété de tous au profit d'uA petit nombre d'exacteurs : l'Église vint au secours de ta propriété aux abois. <c Le possesseur dépouillé, le coloa mis en fuite, le cultivateur ruiné par l'impôt, le décurion ruiné à son tour par l'écrasante responsabilité de l'impôt, trouvèrent un avocai. dans L'évêque, depuis le premier jpuc où l'évêque put parler à l'empereur, jusqu'au jour où il n'y eut
plus d'empereur Nul prince plus énergiquement qoa
Constantin ne lutta contre cett& fiscalité dévorante (1). »
Les excès de la fiscalité elle-même avaient leur racioe dans un autre abus de l'Empire. Depuis que l'orgueR et le faste avaient envahi la dignité impériale;, d^uis que l'empereur se faisait entourer, servir et adorw comnïe un Dte», il lui fallut tout un cortège de favoris^et do courtisans, eacenseurs de ses vices , et voleurs aud,acieux de la fortune publique. La cour impériale est hideuse à étudier sous les derniers empereurs. En 325 parut un éditdaté de NaïssttS par lequel Constantin se déclarait prêt à recovoir toutes les plaintes avec les preuves contre les n^tlversations et les vexations des plus hauts dignitaires. Il se aK)atra constaior ment fidèle aux promesses de cet édit. La scandaleuse pmssance des favoris était frappée à mort.
Une autre réforme, urgente entre toutes, mais entre
(1) Franz de Champagny.
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l'bmpire chrétien. 387
ites ardue et difficile était raffranchissement des esclaves. nt nombre, leurs fonctions, leur insolence et leurs vices ^.jpfândaient impossible un affranchissement complet et instan- 14»é. L'Église «t Constantin firent apparaître dans cette ^•iéMcate question une merveilleuse prudence. L'Église com- ^Mmça par donner à Tesclave le désir de son affranchissement ^ les vertus qui seules le pouvaient rendre possible, sans ^^fesastre pour lui-même, pour ses maîtres, pour la société. ;tes maître© eux-mêmes elle les façonna à la miséricorde fA au respect de Tbomme, elle leur rendit leurs esclaves l^ose sacrée et divine, objet d'amour et de vénération, l'^and ce double travail fut accompli, la loi civile put agir. Voici comment elle s'y prit. Sous l'influence des idées chrétiennes les princes païens avaient déjà interdit le meurtre de l'esclave, mais la correction, souvent si sanglante, parfois si atroce , subsistait toujours. Constantin rend le maître qui pttnit responsable de la vie de l'esclave ; il protège l'esclave contre la justice domestique et restreint même les droits de la fustice publique à torturer l'esclave pour en obtenir la vérité. Jusqu'à Constantin les esclaves étaient tellement des , bftes de somme, que comme la bête ils pouvaient s'accoupler BMâs ils n'avaient pas de familles : ce prince leur en rendit ime. — Restait le pas suprême à faire qui était de les affranchir : l'affranchissement en masse était impraticable, il se iit partiellement et dans une proportion toujours croissante. Quant à la masse elle-même, en attendant un affran- ^ thissement complet, la loi lui donna une existence moyenne ; «ûtre l'ancien esclavage et l'absolue liberté. L'esclave était ; libéré à cojidition , ou de cultiver, ou de travailler à telle industrie qui lui était indiquée. L'agriculture et l'industrie, désastreusement désertées dans les derniers temps de l'Emf pire, furent sauvées par le travail obligé de ces demi-esclaî ves. « Le laboureur, le boulanger, Tarmurier, le tisserand, ■ les entrepreneurs des bains publics , les navigateurs , furent
388 LE TBIOMPHB.
débiteurs envers la loi de leur travail, comme le soldat Test de ses fatigues et de son sang : de là le nom de milice donné à ces corporations de métiers. »
Tout mauvais traitement fait à un être sans défense ezaspétait Constantin et provoquait les représailles terribles de sa justice. S*il ne put pas abolir les combats des gladiateurs, ce ne fut pas sans Tavoir courageusement tenté. Au moins défendit-il de marquer au front les malheureux condamnés aux jeux du cirque, et arracha-t-ii.à Tamphithéâtre chrétiens et soldats. Les anathémes de TÉglise , les répugnances des empereurs chrétiens et leur hostilité visible pour ces horreurs chères à la foule, les firent, quoique lentement et avec peine , tomber en désuétude.
3. Tel fut le mouvement chrétien dans l'empire : mouvement prodigieux dans son étendue comme dans sa force et dans ses résultats. Reste à voir Tun des plus puissants rouages d'où il recevait le plus efficacement sa règle en même temps que son impulsion. Constantin, en mêlant les évêques à Tadministration civile, inaugurait pour eux cette vaste et puissante mission qu'ils continueront durant toute la catastrophe où va s'abîmer le monde romain , durant l'époque effroyable des grandes invasions , durant les siècles où naîtra et se formera l'Europe chrétienne. Le grand empereur comprenait d'instinct qu'au sein de la décadence universelle, la force du clergé était la seule à pouvoir soutenir des murs ébranlés et chancelants, et relever des ruines gisantes. Constantin autorisa la justice épiscopale sans appel. Elle l'était alors même que le procès avait lieu avec des pû'ens. « Le besoin chaque jour plus grand de l'action chrétienne dans la société, la décadence des institutions romaines, Taffaiblissement ou l'hostilité de ceux qui en sont les dépositaires, chaque jour davantage font de l'évêque le nécessaire appui de la cité qui s'ébranle , le seul protecteur sûr de tous les
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l'eMPIBS CHaÉTIEN. 389
I întérêls, le seul ministre sur lequel puisse compter Tempefireup. L*Église entre dans le gouvernement de la vie civile, con parce qu'elle s*y introduit, mais parce qu'on Vy appelle (1). »
4, Pour être complet, nous devrions entrer dans les
î^détails de la belle et féconde vie de Constantin le Grand : le
^lemps nous presse et les limites se resserrent : nous n'en di-
* tons qu'un dernier mot. Quelques ombres passèrent sur cette
i' noble et glorieuse existence, et de grandes douleurs la rava-
I gèrent un instant. Constantin, dont le règne presque entier
f "St trouva si tristement mêlé aux intrigues de l'hérésie , ne
' sut pas toujours préserver sa droiture des pièges qui lui fu-
I rent tendus par les Ariens. Ces pièges et ces intrigues, nous
[ les étudierons en détail dans une leçon suivante. — Le jeune
* Crispus, son fils, né d'une première femme nommée Miner-
î vine , ayant été accusé d'un crime infâme par sa belle-mère,
f l'impératrice Fausta, Constantin crut trop sur parole cette
I. indigne femme , et condamna à mort le jeune prince. Fausta,
(surprise en adultère, suivit de près sa victime dans le dernier supplice, et Constantin ne vécut plus qu'une vie douloureuse et empoisonnée (2). — Constantin le Grand tomba
(1) Franz de Champagny. — Voici la glorieuse et touchante liste de ces interventions épiscopales dans Tadministration civile. «L'évéque, disent les empereurs , veillera à Tinterdiction des cérémonies païennes , à la rîpression des exactions commises par les agents impériaux, il veillera aux intérêts des pupilles , à Thonneur des femmes sans défense que Ton voudrait déshonorer, à la liberté de celles que Ton voudrait faire monter malgré elles sur les théâtres, à la défense des enfants trouvés, dont on voudrait faire des esclaves. Il fera la visite des prisons et s*enquérera des causes des différentes détentions. » — « Les empereurs cherchaient la force où ils la tiouvaient. Bon gré mal gré ils firent de Tévêque un magistrat. » Franz de Champagny.
(2) Remarquons qu*Eusèbe et Evagre ne disent pas un mot de ces faits, et que la narration de ceux qui les rapportent n'est pas sans incohérence et sans contradictions.
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LI TaiOMPBS.
daogereusement malade au temps de la fête de Pâques 337 et mourut quelque temps après, laissant à ses fils d'admi rables traditions» aux princes de tous les siècles de noble! et précieux exemples , à Thistoire un grand nom de plus,
Son règne qui suffisait à sa propre gloire fut en outre illustré par des écrivains de grand mérite, et salua avec Aiha nase Taurore du grand siècle des Pères de TÉglise. Noi avons déjà parlé d'Arnobe et de Lactance : Eusèbe méril mieux encore une mention, malgré la flétrissure que hésitations en face de Torthodoxie et ses complaisances poui les Ariens ont attachée à son nom. Outre un grand nombi d'ouvrages perdus , Eusèbe , évêque de Césarée en Palestin( et Tun des plus savants hommes de son siècle, composa soi vaste traité de la Préparation et de la Démonstration évan géliques. Dans la « Préparation, » Eusèbe détruit de fond ei comble tout Tédifice du Paganisme, dans la « Démonstra^ tion » il donne de la vérité et de la divinité du Christianismi les preuves les plus nombreuses et les plus solides. Son^i^^ toirede V Église, où il déploie une science et une éruditioa très remarquables et dont il fait le monument historique 1( plus précieux de toute Tantiquité chrétienne, lui a fait jus-t tement décerner le titre de « Père de Thistoire. » Nous pos^ sédons encore de lui une Vie de Constantin y une Chronique des Opuscules y des Commentaires sur les Psaumes et Isaïe} plus un Onomasticon ou recueil des noms de villes et de pays mentionnés dans la Sainte Écriture.
vGoode
L*EMP1RK GHBÉTIBN. 391
Sglise sous les successeurs de Constantin.
lous continuons à détacher toute Tétude sur les grandes gsies et les grands docteurs que ces hérésies suscitent, * ne nous occuper que de cette belle et fondamentale ques- Tenvahissement de l'idée chrétienne dans le vieux ^e, le règne souvent entravé, jalousé toujours, du Chrislisme dans cette société en décadence et déjà marquée Ir la ruine et la mort.
Cette histoire, sous les successeurs de Constantin, trase les phases les plus diverses , représentées par les noms, i vers comme elle , de Julien TApostat et Théodose le Graod.
I. Les fils de Constantin. !• Constantin, dans le partage u'il avait fait de l'Empire entre ses trois fils , avait donné Occident à Constantin et à Constant, l'Orient à Constance, ne rivalité éclata entre Constantin et Constant, à qui posderait seul l'Occident : la mort de Constantin en 340 y mit [fin en comblant l'ambition de Constant. L'Église trouva dans e prince un fils soumis tandis qu'elle subissait dans Consun dominateur fantasque et entêté, aussi chancelant de croyance et faible de volonté , qu'il était violent dans ses .mesures et brutal dans ses procédés. Arien fougueux il désola l'orthodoxie catholique et prépara l'Orient aux hontes si prochaines de son bas-empire. Chose étrange et qui à elle I seule montrerait la stérilité de l'hérésie : l'arien Constance prit contre le Paganisme des mesures plus rigoureuses et plus f radicales que Constantin le Grand , et sous son règne, grâce \. à ses manies théologiques et son fanatisme d'hérésie^le Chris*
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392 LE TBIOMPHB.
tianisme fît peu de progrès dans TEmpire. La foi ardente, le saint et noble élan , le divin enthousiasme s'étouffait dans des tracasseries misérables et de mesquines persécutions. Ea 345 Constance fit fermer les temples des païens et interdit tear culte , en 356 Tidolâtrie fut proscrite sous peine de mort, les temples païens furent renversés ou aliénés, leurs trésors «confisqués devinrent la proie d'avides courtisans, £n 35^ Constance était seul maître de l'Empire et avait essayé d'imposer à l'Occident les lois sévères faites en Orient : elles furent en Occident appliquées avec moins de rigueur, mais là 'encore la malédiction de l'hérésie en arrêta et en dissipa près- «que tout le fruit.
IL Julien l'Apostat. Nous arrivons à un noai odieux et un règne que Thistoire n'enregistre qu'avec dégoût. JtiMen i' Apostat (1) était fils du frère de Constantin le Grand. Les cruautés de Constance, en dévastant sa famille, avaient ul- «céré ce cœur déjà si enclin à la violence et à la haine, et cette haine Julien ne tarda pas à l'étendre de Constance jusqu'au Christianisme que Constance professait. Une éducation toute païenne, confiée dans Athènes aux païens Maxime, Tibère, Libanius, acheva de développer en lui le futur persécuteur. Des qualités brillantes , des talents réels , étaient gâtés par l'imagination la plus dévergondée et Une profonde hypocrisie. Deux de nos plus beaux génies chrétiens , Grégoire et Basile, avaient prophétisé son règne et entrevu dans l'écolier d'Athènes le fléau de l'Empire et le persécuteur de la foi. «t Quelle vipère l'Empire nourrit dans son sein 1 » Sa -vie publique débuta par des succès militaires qui achevèrent 4'enfler son orgueil. Les légions de Gaule qu'il avait plu-
(1) On pourra consulter Jondot, HisL de Julien. — Abel Desjardins, Eiuii ^sur l'emper. Julien. — La Bletterie, Vie de l'emper, Julien, 1746. — D« -JBroglie, U HI et IV.
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L*EMP1RB CHRÉTIEN. 393
^rs fois conduiles à la victoire contre les Germains le promèrent Auguste en 361, et Constance mourut à temps pour I pas se voir forcé dans Constantinople et immolé aux ven- Htnces comme à Tambition de l'Apostat.
Maître de TEmpire, Julien TApostat n'eut plus qu'une iûsée et ne poursuivit plus qu'un but : la destruction du lu-istianisme qui seul relovait et sauvait le monde , la réirrection du Paganisme qui le perdait honteusement. Avec plien nous n'avons plus le massacre en masse, la tuerie ftiverselle : ces horreurs étaient devenues impossibles : àlien, qui sans doute ne reculera pas devant l'effusion du ig, qui sera même fatalement amené à le répandre, pro* e avec astuce et médite de ruiner le Christianisme len- [tement et sûrement. Sa persécution est un modèle de fourrie et d'hypocrisie perverse, que semble avoir étudiées à nd nos révolutionnaires contemporains. — Julien com- ^âience par décréter la liberté absolue des sectes et compte |bien triompher en divisant. Le budget des cultes attire tout d'abord aussi son attention; prendre la religion chrétienne par la faim lui paraît un excellent moyen d'en venir à bout : toates les immunités, les secours, les largesses des précédents t empereurs sont supprimés, les Eglises sont forcées de rendre tous leurs subsides. Allant plus avant dans cette odieuse voie, il reprend bientôt les temples eux-mêmes et fait fermer les sanctuaires. — Mais les temples matériels malgré leurs splendeurs ne jetaient que le moindre éclat dans le Christianisme. Les plus beaux génies , les orateurs, les littérateurs, les poètes, les historiens et les philosophes affluaient dans l'Eglise , toute la jeunesse recevait de maîtres fameux une éducation chrétienne : c'est là qu'il fallait frapper. Julien l'Apostat, comme nos révolutionnaires modernes, s'acharna à tuer le génie chrétien et l'éducation par l'Eglise. Non-seulement il fit fermer les écoles chrétiennes et poussa les foules aux écoles païennes de VEtat, mais, outrant l'op-
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pression jusqu'à uBe sorte de sauvagerie, il prétendit int^ dire aux chrétiens Tétude des beaux modèles de r^otiqaité il les voulait ignorants pour les rendre incapables de se ti fendre. petitesse de la force humaine contre TËglisd L*époque où la puissance impériale tenta d'asservir TintelS fence chrétienne fut l'époque de son plus splendide épi nouissement. — Le plan de Julien TApostat de faire dei dirétiens un peuple d'Ilotes et de parias fut durant tout ^ règne poursuivi avec pwsévérance, et donna lieu à une s< d'odieuses tracasseries. Les chrétiens furent écartés de toa les emplois publics, en noéme temps que ks faveurs iispé' riales étaient largement dispensées aux idolâtres et aol apostats. La curée des hautes places, des fonctions Incrali' ves se ût alors comme «lie se fait de nos jours : il fallut haâ l'Eglise et trahir la foi chrétienne pour parvenir. Quatft aï menu peuple, il ne fut pas oublié dans cette guerre de peti' tosses et de mesquines tyrannies. Julien s'abcûssa jusqu'à entraver pour les chrétiens les transactions •commerciale» et à leur rendre impossible l'abord des marchés pdîlics. Il leur fut interdit de plaider et de se défendre ea JQ^ tice. De temps à autre le noble empereur faisait verser de l'eau lustrale dans les fontaines pi^iques pour en éca^ ter les fidèles et les priver de Teau commune. Les soldats ne pouvaient toucher leur solde qu'après avoir jeté de l'encens sur un brasier environné d'idoles. Otte dernière vilenie donna lieu à quelques apostasies, mais à bien plus de confessions illustres et de magnanimes exils, et Julien s'exposa plus d'une fois à des affronts sanglants, — L'Empire renfermait trop de beaux esprits , l'empereur était lui-même trop enclin à la plaisanterie indécente pour ne pas iienou^Ierla persécution du rire si largement essayé sous les empereurs païens. On fut inondé de pamphlets facétieux, de pièces bouffonnes, de satires mordantes contre le fils du ckaiTfentier, «es grossiers apôtres, le rustre Matthieu et le « bonhomme
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l'eMPIBK CHaÉTlEN. 3%
» L'Ecriture eût pu lui apprendre qu' « on ne se moque
de D^u, » que Dieu a son tour et accable ses naoqueurs
Téclati de son « rire » effroyable : Dofmnm indebit eos,
titendafit, TËgUse, elle aussi se riait du facétieux césar.
vivait noalgré ses plans de destruction et ses embûches,
résistait à ses oppressions, elle triomphait de sa tyran*
et ses grands homones accablaient sous la puissance de
voix tonnante' ses maigres et impertinents sifQets. Quand
tre Chrysostôme écrasait sous son éloquence ce pauvre
itrioa couronné, » il ne faisait que redire en une seule
ssion les milles satires mordantes, dont Julien ne cessa,
t tout son règne, de se voir accablé. — Un rire devenu
eureux s'irrite et peut devenir féroce r tel fut celui de
Après s'être moqué des chrétiens ils les fit périr. Sur
points très nombreux de l'Empire la persécution eut une
de violence^ ouvrit le ciel à une multitude de courageux
fesseurs,. ei épouvanta la terre par une atrocité de sup-
îs que les Néron et les Dioclétien n'avaient point con-
ie(l).
Julien l'Apostat éprouva, comme les persécuteurs de tôt»
ï siècle», que s^'il est impossible de détruire le Christia-
*^e, il est plus impossible encore de le remplacer. A»
Ntrièrae siècle ce négateur du Christ Fils de Dieu j»
jwHivait pour remplacer sa religion divine que les facéties
jjBWtesques d'un paganisme de commande qui n'obtenait
l^us même les adhésions d'un peuple abusé : au dix-hui-
.«éme, les bourreaux de 9î3, quand ils voulurent remplir les
feniples où l'exil du Dieu Vivant laissait un vide d ou loureu;i
.^tiûûni, n'y purent introduire que les infamies de la déesse
' Raison et les fêtes de VBtre suprême, dont le ridicule tuait
*a pompe avant même qu'elles fussent organisées. Julien
'. i\) Dans la Phénicie et la Palestine, on ouvrait le ventre des martyrs, on l^ femplîssaii d'orge et oq y faisait manger des pourceaux.
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TAposlat» grand pontife de son néo-paganisme , succomba sous le rire, lui et le culte burlesque qu'il s'efforçait d'intro duire. « La postérité, écrivait moins de vingt ans après saini Jean Chrysostôme, refusera de croire aux extravagances de cet histrion. » Il organisait souvent des cortèges sacrés composés de magiciens, d'augures, de charlatans et de sor ciers, lui-même précédait ces bandes, burlesquement costumé, et se faisait suivre du cheval impérial , de la garde prétorienne qui éclatait de rire et proférait au milieu de prêtresses de Vénus d'ignobles propos. — Quant au dognae dont ce culte obscène et bouffon était l'enveloppe, il pouvait se résumer dans les rêveries néo-platoniciennes unies aux plus grossières extravagances du Polythéisme, mais ce qui dominait tout le reste chez l'Apostat, c'était la pratique perpétuelle et furibonde de la théurgie. Il passait des jours entiers enfermé avec des aruspices, occupé à rechercher dans les entrailles des animaux et parfois des enfants le secret des destins et- les révélations de l'avenir.
C'est un premier triomphe de la vérité quand elle force l'erreur à la contrefaire : ce triomphe Julien l'Apostat comme tous les autres dut le subir. Il faisait à ses prêtres et à ses prêtresses des recommandations fréquentes d'imiter les évêques, les prêtres et les vierges chrétiennes dans leur vie de mortification, de zèle et de charité. Mais ces ordres n'amenaient qu'une chose : la preuve irréfutable de l'impuissance de l'erreur à produire la sainteté. Luther était vicieux par cela seul qu'il était la révolte de l'erreur. L'erreur dans tous les siècles, née de la pourriture, ne croît que sur un fumier, et, comme elle n'a qu'une vie honteuse, elle finit par une mort maudite autant que prématurée.
Deux réponses de mort furent faites à la tentative impie de Julien l'Apostat : l'une de la terre , l'autre du ciel , l'une des hommes, l'autre de Dieu. Les hommes tuèrent l'œuvre de l'Apostat sous leur indifférence. Dieu sous l'éclat
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de SQS îbudres. — « Tant d'efforts, dit Mœlher en ||î|rknt du premier de ces châtiments, n'amenèrent que de ■pbles résultats et ouvrirent les yeux d'un grand nombre ^îî païens. Le monde comprenait que la dernière heure du S^nisme était venue, et, tandis que Julien l'Apostat p^ouait dans toutes ses tentatives, le Christianisme deve- Jpait de jour en jour plus florissant. » — Dieu aussi donna sa SjfipoDse, et cette réponse fut tour à tour pleine d'éclat et neine de terreur. Lorsque pour faire mentir la prophétie 11^ Jésus-Christ sur la désolation étemelle et l'irréparable Jjmine de Jérusalem et de son temple, Julien entreprit de les pelever et de les faire de nouveau resplendir, un prodige , ^testé par tous les écrivains sacrés et profanes , païens et 'dirétiens indistinctement, vint révéler au monde, avec la ■ gloire du Christ, la honte de son contradicteur. Des flammes mystérieuses sortaient des fondations, s'attachaient aux pas des travailleurs épouvantés et les dévoraient (1). Le travail qui devait faire mentir la prophétie divine acheva, en I complétant les démolitions et en « ne laissant plus pierre sur pierre, » d'en établir la parfaite vérité. Auparavant Dieu avait frappé le comte Julien, oncle de l'empereur, et le gouverneur Félix , au moment où ils volaient et profanaient les vases sacrés des églises d'Antioche. Bientôt ce fut le tour de l'Apostat. Parti en 363 pour une expédition contre les Perses, il fut battu et enveloppé par l'armée ennemie. Percé d'une flèche au milieu d'une suprême déroute, des historiens du temps racontent que , furieux et blasphémateur jusqu'au bout, il recueillit avec la main le sang de sa.
(1) Tous les historiens du temps rapportent ce fait : Rufin , Socrate, Sozomène, Théodoret, Zonoras, Epiphane, Nicéphore Cal liste, Hiilostorge, le juif David Ganzi, le rabbin Gedalian, enfin Ammien-Marcellin , arai intime de Julien TApostat. — Avait été témoin oculaire : saint Cyrille de Jérusalem .
Lbçoxs d'histoire. — Tome L 23
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blessure el le lança contre le ciel en criant : GalUéen, tu a$ vaincu!
De Julien à Théodose, nous passons par l'excellent emp«» reur Jovien, fervent catholique, qui s'efforça de répara,, durant son règne de quelques mois, les ruines qu'avait amoncelées Julien, rendit au Christianisme ses faveurs, seâ immunités et ses biens, et fit reparaître sur le trône impé^ rial les vertus et le zèle de Constantin. Jovien accorda la li^ berté de religion et ne ferma point les temples païens; « ces temples, remarque Sozomène, se fermaient d'eux-mêmes devant la marche envahissante du Christianisme. »
Après un règne si court, Jovien mourut en laissant l'Empire à Valentinien qui suivit en tout la conduite de soa prédécesseur. Les lois contraires au Christianisme qui res^ taient à abroger, le furent par lui, mais nous ne voyons pas qu'il en ait publié aucune contre les païens. — Telle fut la puissance impériale en Occident. L'Orient, que Valentiniea avait donné à son frère Valens , était moins heureux. Valens, arien, persécuta les catholiques, mais en 378 tué par les Goths il laissa le trône à Gratien , qui , s'associant Théo* dose, reprit l'œuvre de défense et de propagation du Christianisme dans l'Orient. — Sous les princes, qui, au travers de péripéties politiques diverses, nous mènent à Théodoie auquel Thistoire a décerné l'épithète de grand, le Christianisme gagne de plus en plus à la faveur de lois protectrices et de. royales munificences. Ces quelques princes sont fe^ mes et fervents catholiques, et s'ils sont réduits encore à ne proclamer que la liberté des cultes, on voit à leurs efforts, et on comprend par toute leur conduite que la seule religion véritable, la seule que devrait embrasser et servir l'État, est la religion chrétienne. Gomme nous le disions plus haut, leur politique d'équilibre n'est nullement Vindlfférentisme moderne , mais une nécessité qu'ils subissent en attendant mieux.
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