‹ Leçons d'histoire ecclésiastiqueChapitre 34 sur 47 · L EMPIRE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

L EMPIRE CHRÉTIEN

^ III. Théodose. !• Avec Théodose le Grand, un nouveau j^ est tenté par la politique impériale en faveur du Chrisïfhmisme. Les princes, malgré la ténacité du Paganisme officiel, tendent à faire de la religion chrétienne une religion i#État. Leur coup d'œil sûr avait pénétré cette grande et L^Bndamentale vérité que l'unité de la croyance dans un emyire est la plus infaillible garantie de l'unité politique et de ■h force des nations. Nos hommes d'Ëtat modernes ne se tiont pas aperçu des fatales suites qu*ont leur indifféren- Msme et la liberté des cultes qu'ils se font si naïvement une ''Ivoire de proclamer. En 380 Théodose, au nom des trois l ittapereurs , affirme dans la loi Cunctos populos la nécessité i 4t l'unité de la foi dans l'Empire , et c'est désormais cette i nécessité que la politique impériale aura en vue dans tous ; ses actes.

i Deux adversaires de l'unité religieuse, l'hérésie et le Pa- I ganisme, se dressent insolemment devant elle : ils seront

■ vigoureusement et coup sur coup réprimés. Les hérétiques

■ fie peuvent plus tenir ces assemblées , où le vice s'alliait si I continuellement à l'extravagance , et où les principes les

plus subversifs de la morale et de l'ordre s'étalaient avec f me si hideuse effronterie. De nos jours nous trouvons bien l sage et bien noble de laisser la révolution , qui est la dernière hérésie, organiser dans l'ombre ses sanglants coups de main et préparer les poisons dont se meurent nos sociétés contemporaines : c'est le progrès moderne , la gloire de notre immortel 891 Théodose, pour frapper l'hérésie à la racine, défendit les ordinations hérétiques, et, afin de faire cesser les tumultes, il imposa silence aux disputes publiques sur la religion. Les manichéens, plus dangereux que tous les autres hérétiques » furent aussi , dans la législation théodosienne, frappés plus durement. Parfois la rigueur se fit si impitoyable, comme sous l'empereur Maxime, que l'Église dut intervenir et rappeler à la puissance séculière

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que la miséricorde ne doit jamais cesser de tempérer la justice.

Le.Paganisme ne fut pas plus épargné que Thérésie. Gratien avait fait enlever du sénat Tautel de la Victoire , il avait conûsqué les revenus affectés au culte païen et supprimé des prêtres et des vestales. Le Paganisme blessé à mort par ces mesures ne pouvait manquer d'élever la voix. Il le fit auprès de Gratien et de Valentinien, plus tard auprès de Théodose (389) par Torgane de ses plus illustres chefs ; mais les grands docteurs catholiques, saint Ambroise à leur tète, élevaient une voix plus puissante et mieux écoutée , et la victoire leur restait. Seul Tusurpatéur Eugène , après le meurtre de Valentinien II par Arbogast, fléchit devant les supplications et les menaces du Paganisme et rétablit les idoles; mais Eugène fut défait par Théodose et le mouvement chrétien continua. Les apostats, race plus vile que celle des païens et des hérétiques, perdirent successivement le droit de tester, de succéder, de témoigner. Quelle force a le témoignage d*un traître? Des édits les chassèrent aussi de toute dignité (38:2-391). Précédemment déjà de nombreuses lois avaient frappé la divination. Théodose et les empereurs de son époque s*en servirent pour porter un dernier coup aux sacrifices idolâtriques, où les pratiques de divination se trouvaient toujours mêlées. — Le zèle impérial pour la destruction du Paganisme ne se contentait pas d'édicter des lois contre lui, il profitait habilement pour le frapper de toutes les occasions que les tumultes et les révoltes populaires lui fournissaient. La populace se livrait-elle à quelque manifestation séditieuse en faveur d*un temple ou d'une idole , le temple était fermé et Tidole était détruite. Enfin vers 391 furent portées les dernières interdictions : celles d'entrer dans les temples païens; d'offrir aucune victime, aucune oblation aux idoles, d'ériger, même au milieu des champs, des simulacres idolâtriques.

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i précipitant les faits, en groupant les ant ces mesures dans uq formidable endette transformation politique et sociale e dureté, presque de tyrannie : c'est une ï laquelle expose tout tableau rapide et ril importe de relever. Sans doute les s depuis Constaotin jusqu'à Théodose ne lâches compromis et les défaillances dé- B indifférentisme moderne; ils voulaient Église, pour TEmpire et pour eux-mêmes lissante de la foi , ils avaient à cœur de BS diversités de croyance, la plus efficace ►lution sociale; mais la prudence, la lonirance sage et une temporisation habile t défaut. Du reste, là ou le zèle devenait urs se faisaient abusives, l'Église agisagi toujours, elle arrêtait Teffusion du «ang, eue proiegeait les coupables, et fût-on un Théodose le Grand , on trouvait un Ambroise intrépidement armé de s objurgations et de ses anathèmes. Déjà nous l'avons vu, til est inutile de le redire, l'aristocratie de l'Empire était depuis longtemps entamée par le Christianisme. Sous Théodose elle se convertit en masse , l'enceinte presque toute ."païenne encore du sénat entend retentir de vigoureux appels à la foi du Christ, et ces appels sont compris. L'idolâtrie ! déserte Rome et les grandes villes pour se réfugier dans les campagnes, les pagi, et y recevoir avec les hommages d'une population inculte et ignorante son nom de Paganisme qui - lui est resté.

2. Le mouvement religieux entraînait dans un même élan le mouvement social; les édits qui tuaient le Paganisme, achevaient de tuer l'inhumanité de la législation antique, TEmpire en devenant chrétien réclamait une législation, des

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habitudes, des mœurs, des iustitutioDs chrétiennes. Ayee^ Théodose cette transformation s*accentue toujours davsE^' tage. Le dimanche est de plus en plus respecté, le droil.d'asile passe des statues des empereurs aux sanctuaires de» églises. Toutes les faiblesses, tons les délaissements, touiea les misères , reçoivent de nouvelles et plus puissantes pro* tections. Prisonniers, accusés, enfants sans parents et am asile, prévenus, condamnés, jeunes fîUes poursuivies {Mur une luxure opulente, comédiennes converties et retenues à$ force au théâtre, tous les êtres sans défense deviennent les protégés et les favoris de la loi. Quel changement! Un demisiècle auparavant cette multitude était flétrie, repoussée, torturée : la voilà maintenant splendidement à l'abri sous la manteau impérial; le manteau lui-même, en abritant 1^ faibles, cessait peu à peu de couvrir le despotisme sans limite et sans frein. Parfois encore ce despotisme, vieux de tant de siècles, faisait brusquement irruption au travers des qualités les plus belles et des vertus chrétiennes les plus éminentes, le grand Théodose vengeait encore une injure personnelle dans des flots de sang, mais il faisait pénitence et s'humiliait devant la majesté sereine et intrépide des pontifes. La monarchie chrétienne était créée , et rois et peuples trouvaient désormais dans TEglise , les uns la douceur du gouvernement et le respect des petits et des faibles, les autres la vénération , le dévouement et l'amour pour uu pouvoir que l'huile sainte allait consacrer et dont Tenseigoôment divin faisait l'éducation et réprimait les abus.

IV. Les successeurs de Théodose. Nous n'avons plus ; qu'un mot à ajouter sur cette œuvre de régénération religieuse et sociale, inaugurée par l'Église seule au miliea , de la sanglante tempête des grandes persécutions, soutenue , développée et puissamment conduite par Constantio

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M» Grand j couronnée magnifiquement sous Théodose. Elle nevèt sous les successeurs de Théodose un nouvel aspect, f t/Église, déQnitivement maîtresse de TEmpire, soutient fEmpire, en fortifie les bases chancelantes, en répare autant .^'il est en elle les désastres et les ruines. L'heure est ve- Btie où l'Église sera en Europe la seule survivante des splendeurs romaines. Un monde nouveau déjà s*annonce, des Jieuples vigoureux accourent à l'appel de Dieu, moins encore pour détruire que pour édifier, moins pour renverser que pour construire. Mais avant de vaincre et de fusionner les Barbares , l'Église s'efforce d'atténuer le choc épouvantable de leurs masses contre le vieil édifice romain et de sauver de leur férocité d'innombrables victimes. Désormais, et durant plusieurs siècles, l'histoire de l'Église en Occident sera l'histoire de cette nouvelle merveille de puissance et de salut.

1 • Sous les successeurs immédiats de Théodose, Arcadius et Honorius, l'Orient sépare définitivement d'avec l'Occident ses destinées et son histoire. L'Orient est à la caducité honteuse de la vieillesse, ou plutôt aux impuissances el à la dissolution d'un tombeau prématuré ; l'Occident frémit tout entier sous l'étreinte des Barbares , mais dans cette étreinte il trouvera bientôt une nouvelle et puissante vie. — Tout croule en Orient de la force et de la majesté de l'Empire. En même temps que les eunuques déshonorent le palais, les Barbares envahissent l'armée et l'enlèvent à la domination des impuissants césars de Byzance. Stilicon, Aétius, Alaric, chefs barbares , chrétiens équivoques , font chèrement payer leurs services et déchirent souvent comme une proie ce fragile Empire qu'ils ont mission de garder.

Dieu promène les Barbares pour purifier, punir, régénérer le monde romain. En Grèce une expédition d' Alaric porte un coup mortel à l'école néoplatonicienne ; cette école n'aura plus qu'une vie mourante jusqu'à Justinien qui la suppri-

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niera tout à fait. La Rome païenne» la Babylone obstinée, qui essaye d' « enivrer encore le monde du vin de sa prostitution, » qui sacriHce encore aux idoles en plein sénat, Rome se voit coup sur coup saccagée par les Barbares. La reine des nations violée ainsi aux yeux de Tunivers stupéfait perd pour toujours son séculaire prestige ; la croix seule dominera désormais des ruines amoncelées, et c*est dans les sanctuaires chrétiens, à Tombre des autels, protégé derrière rhéroïsme des évêques et des papes, que le peuple trouvera son salut. — L'époque des grandes invasions n'est pas uniquement une époque de désastres. Les derniers restes du Paganisme s'effacent, le Christianisme se fortifie, les héros chrétiens apparaissent et brillent dans la magistrature comme dans l'armée. L'aristocratie convertie en masse à la foi sous Théodose laisse admirer au milieu de la tourmente sa plus exquise floraison. L'austère saint Jérôme dirige à Rome les plus suaves et les plus délicates fleurs de la sainteté. Un préfet de Rome, Pinien, et sa femme sainte Mélanie, distribuent aux pauvres leurs immenses richesses et aff'ranchissent huit mille esclaves. Si le monde romain se remplit de larmes et de sang, on y entrevoit déjà la régénération sous la ruine , on y contemple la vie qui germe déjà sur un tombeau.

Sous Théodose le jeune, fils d'Acardius, toutes les lois édictées depuis Constantin sont réunies dans un seul code qui porte le nom de code Théodosien. Publié d'abord en Orient, puis adopté en Occident, ce code achève de réprimer les dernières tentatives du Paganisme qui expire, et de protéger les chrétiens contre ses dernières agressions. — Mais un spectacle plus grandiose et plus saisissant détourne désormais nos regards de dessus les libéralités et les œuvres impériales pour les reporter sur l'Église, ses évêques, ses papes, ses moines, véritables sauveurs du peuple, soutiens uniques des faibles et des vaincus.

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V2* Durant la catastrophe ou le monde romain s*abîmc, le de rÉglise est double. Pendant qu'elle achève de livrer vices du vieux monde, surtout au despotisme fastueux t les empereurs de Byzance ne peuvent , ce semble , se 'dépouiller, de continuels et difficiles combats, elle s'oppose :jn^c une magnanime audace aux envahissements des Bar- ^iMÈres et à leurs implacables revendications. — A Constanti- -Baple un homme, un saint, que son éloquence faisait appe- "îer to bouche d'or, auquel sa charité méritait le surnom tout Mssi bien justifié de « cœur d'or » et son intrépidité celui fE d'âme de fer ou de diamant , » l'illustre archevêque Jean Chrysostôme, l'homme du peuple et des petits, les défendait contre les tyrannies et plus encore contre les scandales de la cour. Auparavant, à Antioche, il avait sauvé la population, coupable d'insulte à la majesté impériale, des horreurs du sac, du pillage et de la destruction. Quel magnifique spectacle nous offrent partout ces héros de la foi, engageant une lutte désespérée contre tous les adversaires à la fois, contre les erreurs, les vices, les calamités, la décadence, la tyrannie d'un Bas-Empire, les sauvages agressions des Baii)ares , s'ofTrant pour le salut des peuples au choc de toutes les haines, se précipitant dans tous les dangers, subissant toutes les tortures, et finissant, comme saint Jean Chrysostôme, par mourir de mauvais Iraitements et de douleurs I D'autres fois, comme à Alexandrie, sous le patriarche saint Cyrille, l'Église plus victorieuse fait sentir un pouvoir plus incontesté. Saint Cyrille prend et fait exécuter les plus énergiques mesures pour assurer l'unité de la foi, la prospérité de la religion et le bonheur du peuple. — Le plus souvent ce qui s'offre à nos regards c'est le clergé catholique, les évoques, les moines, les saints, aux prises avec les Barbares , dont les flots brisent désormais toutes les barrières et envahissent tout l'Empire à la fois : ils les arrêtent, ils les font reculer, ils leur arrachent des proies déjà

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assurées, des victimes déjà meurtries. Plus puissamment que les autres contrées du vieux monde , la Gaule fut couverte de cette mystérieuse protection. A Paris une jeune bergère , sainte Geneviève, suffisait à détourner un immense orage. Saint Loup sauvait Troyes, saint Aignaa délivrait Orléans. En Italie l'effroyable invasion d'Attila et des Huns venait briser contre la majesté du pontife Léon ses flots furieux et dévastateurs. Ces flots étaient à peine conjurés que d'autres aussi vastes et aussi frémissants , Genséric et les Vandales, après avoir roulé sur l'Afrique en la ravageant, fondaient sur Rome pour n'en faire qu'une sanglante ruine. Rome trouvait encore une fois dans son pontife Léon un sauveur. L'Église sauvait de même les populations de la Grande-Bretagne contre les fureurs des Pietés. Tous les genres de secours étaient prodigués à la fois par l'Église aux dernières convulsions du vieux monde qui mourait en sV bandonnant lui-même lâchement. Tout tombe, tout dépérit, tout meurt, les empereurs romains se succèdent en passant comme des ombres, malfaisantes souvent, insignifiantes toujours. Le dernier, Romulus Augustule, ne semble porter deux noms illustres que par une amère dérision. Sous lui Odoacre, roi des Hérules, envahit l'Italie, met fin à l'Empire, et, prenant pour lui-même le simple titre de roi d'Italie, n'en laisse même plus subsister le nom (476).

Extension lointaine de FÉglise.

Deux grandes forces chrétiennes se déployaient durant te période que nous venons de parcourir. Tune intime qui transformait le vieux monde romain, l'autre extérieure, qui»

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[ichissant les limites de TEmpire, allait chercher au loin

f amener au bercail du Christ les brebis les plus égarées et

\ moins connues. Avant de poursuivre Tœuvre de l'Église

le monde romain, devenu déjà pour une large part le

Dnde des Barbares, nous devons un coup d*œil à Tévangé-

Ktion des peuples plus ignorés et à l'extension plus loin*

:ie de TÉglise. La conversion des empereurs romains au

ristianisme influa diversement sur la propagation de la

chez les peuples les plus lointains : parfois l'influence

le était précieuse , parfois aussi elle fut préjudiciable,

md les nations étrangères ne voyant plus dans le Chris-

lisme qu'une religion d'État, le persécutait en haine de

Smpire. Cet eff'et funeste se manifesta surtout dans la Perse.

!• L'introduction du Christianisme dans la Perse était de 'date antérieure, et quand les empereurs chrétiens, Constan- ^fci le Grand à leur tête, s'occupèrent de protéger le Chris- 'tianisme dans cette contrée , ils ne semblent avoir obtenu qu'un résultat tout contraire. Sous Sapor I" une vaste et 'sanglante persécution dévasta cette Église déjà florissante, ^ l'inonda du sang d'innombrables martyrs. L'intervention de saint Maruthas, l'ami de saint Jean Chrysostôme, au cinquième siècle , parvient un instant à en arrêter la violence, mais cette violence reprend de nouveau à la suite d'un acte de zèle indiscret d'Abdas, évêque de Suse, qui renverse un

f autel païen consacré au culte du feu. Barham V continue et active cette longue et cruelle persécution , et ne l'arrête que par l'impuissance où le réduisent les armes de Théodose IL Les siècles suivants virent surgir en Perse d'autres persécuteurs , entre autres ce Çhosroès, vainqueur et oppresseur de la Palestine, qui ravit aux chrétiens la vraie croix, et ne leur rendit cette relique insigne et précieuse entre toutes que quand l'empereur Héràclius l'eut défait dans de victorieux combats (621-628).

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2. L* Arménie visitée par TÉvangile dès les premiers temps du Christianisme, ne semble Tavoir pleinement et puissamment reçu qu'à Tépoque où nous sommes parvenus. Elle avait eu déjà des rois chrétiens, témoin ce Tiridate converti par saint Grégoire Tllluminateur ; mais au commencement du V* siècle un élan plus généreux la porta vers la confession et la pratique de la foi, grâce au zèle du patriarche Sahag et de son ardent auxiliaire Mesrop, Lorsqu'on 429, TArménie vaincue par la Perse fut mise en face de l'apostasie ou du martyre , elle résista héroïquement et parvint à arracher à ses maîtres une liberté religieuse que rien au monde ne fut capable de lui faire abandonner.

3. Sous le règne de Constantin l'Évangile poussa ses conquêtes vers le Caucase , dans la Géorgie , gagna peu à peu les Ibériens , les Albanais et d'autres tribus limitrophes. C'est probablement aussi vers l'époque de Constantin le Grand que la Colchide et le pays des Abases furent évangélises. — Constance envoya une ambassade vers les peuples de l'Arabie pour les convertir à la foi chrétienne. Un roi embrassa la foi, et des Églises furent bâties dans Tapharao, Aden et Ormoulz. — Des moines, tels que saint Hilarion, évangélisèrent les tribus nomades; Euthyme convertit ou chef des Sarrasins, d'autres ouvriers évangéliques répandirent dans ces contrées orientales la bonne semence, dont les Juifs et les Arabes entravèrent souvent la puissante floraison. Un fléau plus mortel passa sur ces Eglises en les dévastant pour de longs siècles : c'est l'hérésie nestorienne dont toute cette partie de l'Orient resta infestée. Avec l'hérésiela somnolence , l'immobilité et la mort s'appesantirent sur ces pays comme sur le reste de l'Orient , et ils devinrent une proie facile aux fanatiques conquérants d'Islam.

4. Au quatrième siècle des prêtres persans fondèrent dans rinde des communautés chrétiennes qui tombèrent

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■ plus tard dans l'hérésie nestorienne. — Vers Tan 636 quelques prêtres nestoriens apportèrent le Christianisme en Chine (1) et y conquirent, jusque dans la cour de Tempereur, une assez grande influence.

5. Deux jeunes apôtres, Frumence et ^Edésius, firent pénétrer le Christianisme dans TAbyssinie. Terrible retour des choses humaines! Cette Église d'Afrique, si belle, si florissante, si forte, tomba dans une décadence profonde, fut ravagée par les Barbares affreusement , devint la proie des Infidèles et, depuis de trop longs siècles, n'offre plus a nos regards que des ruines sans nom et presque sans souvenir.

6. Les contrées du Nord n'étaient pas plus délaissées que les brûlantes zones de l'Orient. Saint Victrice, évêque de Rouen , convertissait les Morins et les peuples de la Gaule- Belgiqae. Vers le commencement du v® siècle, saint Pallade, envoyé par le pape saint Célestin , évangélisait le pays des Scots; après lui, l'illustre saint Patrice amenait, à la foi et à la sainteté l'Irlande , où il fondait le siège d'Armagh.

(l) Ce point d^hisloire a été éclairci et fixé par la fameuse Inscription de Si-ngan-fou, dont plusieurs savants viennent enfin de reconnaître et d établir Tauthenticité {De la réalité et de Vauthenticité de l'inscription nestorienne de Si-ngan-fou, relative à l'introduct. de la relig, chrét. en Chine dès le F//« siècle), par G. Pauthier.

D*après ce document des prêtres Syriens , envoyés par le patriarche nestorien Hanan-Jésus , auraient évangélisé la Chine au vii« siècle. Le Christianisme, favorisé par plusieurs empereurs chinois, surtout par Thai-tsoung, Kao-lsoung, Sou-tsoung, prit un grand essor et paraît avoir conquis une partie considérable de TEmpirc.

Mais les Nestoriens étaient hérétiques et ne pouvaient donner une vie chréUenne dont eux-mêmes avaient perdu la divine sève. L'Église chrétienne chinoise ne survécut pas aux persécutions qui Tassaillirent vers 877. — Consulter sur cette question , outre les savants travaux de Pauthier, Annales de philosoph. chrét., t. XLV, p. 152. — - Lequien, Oriens Christian., t. II, col. 1127; Annales de philosoph. chrét., t. LV, p. 131.

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