PHYSIONOMIE DE L'ÉGLISE DANS LES PREMIERS SIÈCLES
Jésus-Christ créa son Eglise dans sa forme parfaite et complète; « tout est de lui, par lui, en lui, » comme dit TApôtre, mais il suivit pour elle la règle universelle de 1* création; comme on a dit de lui on a pu dire de TEglise soQ image, qu'elle croissaity qu'elle augmentait, qu'elle se développait. Des institutions naissaient en elle dont le germe avait été déposé en elle par son Fondateur, elle agrandissait certaines parties d'elle-même dont l'œil avait à peine aperçu tout d'abord le frêle commencement; en même temps que le dogme, la discipline se précisait sous l'empire de circonstances et de besoins nouveaux.
Nous avons vu l'Eglise à sa première naissance (1) , nous allons la considérer ici dans ses premiers développements. — Nous étudierons successivement en elle : 1° le clergé; 2*» les fidèles ; 3** le culte ; 4** la charité.
(1) Leçon troisième, page 148.
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Le Clergé.
1 • La tête de l'Eglise c'est la Papauté : c'est de la Palpante que partent toutes les influences vitales qui , par des ^aux divers, se répandent ensuite dans le corps entier et Jusque dans les plus lointaines et les plus infimes parties. — Cle sont ces canaux , cette hiérarchie de pouvoirs que nous ^ons parcourir.
Le monde catholique était partagé entre cinq grands siè-
» : Rome, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Constantinofie (1 ). En Occident nous voyons les métropoles et les primaties s'organiser rapidement; l'Eglise d* Arles dans la Gaule exerce une suprématie que lui dispute parfois l'Eglise de Vienne. Au lieu d'exarques nous trouvons en Occident des primats dont le Saint-Siège fait ses délégués , par exemple les primats de Thessalonique, de Carthage, de 'Saragosse, d'Arles, de Reims, etc. — Les titulaires de tous ces grands sièges avaient droit et charge d'inspection sur plusieurs provinces. Ils ordonnaient les métropolitains, pré- I aidaient les conciles et les synodes patriarcaux; ils recevaient les appels en première instance , sauf dans les questions de foi qui étaient réservées au pape; ils n'étaient jugés que par le pape.
Quant à l'origine et à l'étendue des grands sièges patriarcaux, nous avons eu plusieurs fois occasion d'en parler. Saint Pierre fonda lui-même, avant d'établir à Rome le Siège suprême, le patriarcat d'Antioche. Par son disciple
(1) Ce serait ici le lieu de signaler une institution assez éphémère et qui n'apas marqué dans l'Eglise, Vexarchat, dont Thomassin a dit : « Ils commencèrent tard, finirent tôt et ne remplirent qu'un siècle. »
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Marc il fonda le troisième grand siège, celai d'Alexandrie. Dans la période du iv* au vu* siècle, deux autres sièges pa* triarcaux s'ajoutèrent aux trois précédents de fondatios apostolique , ce sont les sièges de Jérusalem et de Constan* tinople. — Le patriarcat d'Antioche comprenait d*abord ce que Ton appelait YOrienty plus tard sa juridiction s'étendit sur les vastes contrées de l'Asie jusqu'au Gange, mais par contre il fût à plusieurs reprises fortement entamé par les patriarcats de Jérusalem et de Constantinople. Le siège d'Alexandrie renfermait l'Egypte et la Libye. Rome s'était réservée une juridiction immédiate sur toutes les Eglises d'Occident. N'oublions pas d'ailleurs que pour l'Orient, quelle que fut la splendeur de ces grands sièges , Rome les domina toujours et conserva sur eux tous une primauté, non pas d'honneur seulement, mais de pouvoir. On peat dire que l'histoire de l'Orient est remplie des témoignages de la suprématie du souverain Pontife sur les plus grands sièges comme sur les plus humbles. Alexandrie et Anlioche ne cessèrent de regarder Rome comme leur maîtresse et leur mère, Jérusalem et Constantinople demandèrent à Rome l'honneur du patriarcat qu'elles disaient être un rayon de primauté apostolique. L'érection et la juridiction du siège patriarcal de Constantinople ne sont pas sans nuages: l'ambition et l'orgueil les obtinrent, et les refus de Rome flétrirent souvent ces prétentions que la justice n'animait pas et dont l'obstination abusa toujours. Bref, Constantinople obtint son rang patriarcal et ses pouvoirs de juridiction plutôt par tolérance que directement et par une bonne volonté positive. — Les titulaires des cinq grands sièges patriarcaux jouissaient d'un privilège important : ils étaient élus, consacrés et installés avant que Rome en fût informée. Ce n'est qu'après qu'ils écrivaient au pape pour en obtenir des lettres de communion et de confirmation. Les lettres terminaient le provisoire et établissaient définitivement
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patriarches dans leur dignité et leur juridiction. Pouri cette marche? Apparemment pour parer aux désastres auraient causés les longueurs d'une vacance dans des 'ges si vitales et si vastes. D'ailleurs, ainsi que le fait arquer Innocent III, cette prise de possession parproviétait fondée sur une dispense expresse des papes. )rès les patriarches et les exarques venaient les métroins dont Tautorité ne s'étendait que sur une province, ^ordonnaient les évêques, présidaient les conciles provin- X, aplanissaient les différends qui étaient de leur ressort, talent des peines canoniques, et veillaient à Tobservation décrets des conciles.
Au-dessous des métropolitains venaient les évêques qui ministraient une Eglise avec son territoire. Il était d'usage ordonner un évêque dans la d^^ou ville plus importante, X cet évêque exerçait ses pouvoirs épiscopaux sur les bourdes et les villages qui en dépendaient. Quand les empe- ;reurs devenus chrétiens appelèrent les évêques dans l'adtninistration civile et les chargèrent de soins multiples et de missions absorbantes, force leur fut de recourir à des •auxiliaires : les chorévêgues , les archiprêtres , les archidiacres apparurent. Les chorévêques, placés dans une position inférieure et fausse, méprisés parfois des paysans au milieu desquels ils exerçaient leurs pouvoirs, tendirent rapidement à disparaître. Dès le concile de Sardique et celui de Laodicée, on songe à les supprimer tout à fait. Dès le quatrième siècle, nous trouvons , tant en Occident qu'en Orient, des archiprêtres et des archidiacres.
Au-dessous du diocèse est la paroisse , que desservent des - archiprêtres ou des prêtres. Selon Thomassin cette division ; du diocèse en paroisses aurait commencé en Italie vers la fin , du IV® siècle. A Alexandrie, il en existait depuis le temps de \ Constantin; en Espagne, dès le m" siècle, le nom même de I paroisse, parochia, se retrouve dans une lettre du pape Ur-
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bain I. La paroisse ne fut d'abord desservie que par des pré» très de passage que Tévêque y envoyait et en rappelait, sans rien de fixe ni de régulier. Plus tard, des curés en titre etè poste fixe les gouvernèrent. Du reste, le nombre des paroisses et le plus ou moins de stabilité de leurs titulaires ne suivi* rent point d'abord de règles uniformes.
2. L'élection des évêques subit dans le cours des siècles quelques modifications. Les apôtres choisissaient seuls leurs coopérateurs et les envoyaient aux Eglises (1). Après eux on commença à consulter les fidèles. Plus tard encore , et duraal cinq siècles environ , les prélats voisins de l'Eglise vacante choisissaient un évêque de concert avec le clergé et le peuple de cette Eglise. Du vi* au xi* siècle, surtout en France, nous voyons le pouvoir royal déjà quelque peu mêlé à celle élection. Au xiii« siècle, on rencontre des chapitres qui ont le privilège de choisir seuls leur évêque. Actuellement, dans les différents Etats catholiques de l'Europe, les électkiûs épiscopales sont soumises aux dispositions des différente concordats.
Tel était le choix qui , dans aucun cas , n'était soustrait à la surveillance du Siège Apostolique. Quant à rinstitutioQ canonique, elle ne pouvait venir que du pape, source uni^p^ de l'autorité dans l'Eglise. Sans doute , la manière dont l'institution canonique émanait du Saint-Siège variait ^^ était, selon des tolérances et des faveurs particulières, p^^^ ou moins directes , mais elle en émanait toujours. « Pierre seul, dit saint Grégoire de Nysse, aie droit de créer de nouveaux apôtres. »
3. L'éducation du clergé suivit un peu le sort et les di^' férentes situations de l'Eglise. Tout d'abord le clergé se (or-
(1) Act. des Apôtres; — Epîtrc à Tile et àTimothée.
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