‹ Leçons d'histoire ecclésiastiqueChapitre 7 sur 47 · DB L*H1ST01RB ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

DB L*H1ST01RB ECCLÉSIASTIQUE

suite et le mensoDge : bien des plumes catholiques n'oiï plus fait que tracer faiblement et timidement des essais di réhabilitation , ou même plaidé sans chal eur ni convictio f les circontances atténuantes. 11 fallait le courage, les caffii liques n*ont montré trop souvent que pusillanimité et fat blesse.

Du reste, s*il faut à l'histoire ecclésiastique le couragt de défendre , il lui faut aussi celui d'accuser et de flétrir. Que gagnerait-el\e à taire ou à pallier la vérité? Dès qui est bien compris que l'Église, divine dans son âme , est c& pendant unie à la terre par son corps, qu'elle vit au milieu du monde, qu'elle se compose d'hommes mortels et déchus, que ses ûls sont peccables, que sa fécondité même l'exposa aux souillures de ses propres enfants : pourquoi reculer de: vaut des aveux pénibles? quel besoin de trahir la vérité? En quoi l'exception détruit-elle la règle , l'abus de détail ^, perfection de l'ensemble, les vices des hommes la sainte et immaculée œuvre de Dieu?

IV. Sources. Peut-être nous sommes-nous trop étendu sur ces remarques préliminaires : mais elles nous ont semblé importantes , et trop rarement produites. Il ne nous reste plus qu'à indiquer sommairement les principales sources où rhistorien peut puiser. — Il en est d'orthodoxes et de pures. — Il en est que nous irons chercher en pleine hérésie el dont nous signalerons à la fois les erreurs et les restes (f« justice et de vérité.

1 . Des auteurs qui ont écrit sur l'histoire ecclésiastique, les uns appartiennent à l'Église grecque, les autres àl'^ glise latine.

Parmi les premiers , nous devons à peine signaler Hég(^ sippe, non pas que son travail ait été sans valeur : saint J^-

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^me en parle avec éloge, Eusèbe y a fait des emprunts, mais 1 ne nous en reste qu'une assez faible partie (i). Le véritable résor pour Thistoire des premiers siècles de TÉglise, de Téablissement du Christianisme à Tan 324, est l'Hist oire eccléliastigue d*Eîisèbe . L'auteur s'y étend sur la diffusion de 'Evangile, les premières luttes de l'Église, l'ère des persécuions ; il nous donne sur Tes premières hérésies les plus prédeux détails, et nous fait connaître les savants qui illustrèrent cette société primitive. L'organisation ecclésiastique, réaction des sièges épiscopaux, la physionomie chrétienne des leux premiers siècles trouvent en lui un narrateur exact, in critique judicieux. Sa position à la cour de Constantin, en lui livrant toutes les sources, l'avait mis à même d'acîuérir une vaste érudition , à travers laquelle la rectitude le son jugement l'empêcha de s'égarer. Eusèbe fut continué Bt imité , mais non pas égalé. Trois noms ont survécu : Sofrate, Sozomène, Théodoret (2). Les deux premiers, avocats àConstantinople, ont donné une continuation de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe qui n'est pas sans mérite , mais qui est loin de valoir le travail historique de l'évêque de Cyr en Syrie, Théodoret. Théodoret se montre judicieux, exact, il écrit avec une netteté remarquable, et ne surcharge pas ses récits de détails inutiles, parfois peu sûrs, comme ses deux contemporains. Au sixième siècle , le lecteur Théodore composa une Histoire ecclésiastique destinée à faire suite aux précédentes; elle jouit d'un grand crédit chez les contemporains, mais ne nous est parvenue que par fragments. Du septième siècle nous avons le travail, assez précieux par l'abondance des détails d'un scoliaste nommé Evagre.

L'Eglise latine nous offre à enregistrer les noms et les travaux suivants. Nous devons au prêtre d'Aquilée, Enfin,

(1) Voir Gallandi , II.

(2) Migue, Pairolog. grxc, tom. LXYII; — W., tom. LXXXII.

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une excelleDte traduction de THistoire ecclésiastique \ sèbe , RuOn Tabrège et lui donne une continuation ji| la mort de Théodose le Grand. Sulpice Sévère compoi double histoire de FAncien Testament et de TÉglise j tienne, poursuivie jusqu'à son époque, fin du quai siècle. Éclat de la diction, beauté du récit, exactitudal tante, déparée à peine çà et là par quelques erreurâj recommande cet historien. Outre son « Historia sa Sulpice Sévère nous a laissé des relations de voyage Vie de saint Martin de Tours , son maître et son ami^ Orose composa une Histoire générale de l'Église , ginedu monde à Tan il6. Saint Jérôme dans son « illustribns, » œuvre d'une beauté remarquable, révi Paganisme les gloires scientifiques de l'Église que l'oE sait volontiers d'ignorance et de faiblesse. Au sein des invasions, au début du sixième siècle, ^uré^ Cassi^ homme d'État distingué puis religieux écrivit un des histoires de Socrate, Sozomène et Théodoret, qui fut en constant usage durant tout le cours du m4 âge. Denys le Petit, moine Scythe, abbé d'un monaslcj Rome , fit de sérieux travaux sur la chronologie , et \ posa la collection des canons de l'Église et des décrâ des papes, du pape Sirice au pape Anastase II. En avançant dans le moyen-âge , le premier nom qui s'o|| nous est celui du jçnérable Bède, Le plus savant des i Saxons, il écrivit, au début du huitième siècle, toire universelle intitulée : « Les six âges du monde. » cet important travail , le vénérable Bède composa une I toire d'Angleterre, précieuse pour les détails qu'elle! ferme sur l'introduction, les progrès, le règne de parmi les Anglo-Saxons. Paul Vamefried, secrétair roi Didier et que nous trouvons plus tard à la cour de i lemagne, nous a laissé une Histoire des Lombards. mon écrivit pour sa nation un. résumé des anciens

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iens ecclésiastiques grecs. Flodoard trouva dans sa vie si tgitée le loisir d'écrire une Histoire de Reiqas justement atimée. L*évéque Adam de Brème nous ouvre dans son iistoire universelle les seules sources sérieuses que nous lyofis pour l'Histoire ecclésiastique du Danemarck, de la 5uède, de la Saxe. Le bibliothécaire Anastase écrivit à îlome une compilation des histoires ecclésiastiques grecques, et Dous l^ssa un travail sur les papes. Vers Tan H42, le moine Orderic Vital consacra sa verte et intrépide neiUesse à composer une histoire universelle que Ton consulte encore avec fruit. A ces noms et à ces travaux nous pourrions , si nous ne voulions trop charger cette nomenclature, ajouter les nombreuses chroniques Italiennes, Françaises et Allemandes. Mais nous passons d'emblée à on grand talent et à un grand nom. Dans les dernières années du moyen-âge, l'illustre Vincent de Beauvais, qui apporta dans l'étude de l'histoire son vaste esprit de synthèse, nous a laissé dans son « Spéculum historiale » un monument d'une haute valeur.

Le Protestantisme obligea, par ses accusations, ses mensonges , ses obscurités calculées , les écrivains et les polénaistes à creuser avec un courage invincible les champs de rhistoire ecclésiastique. Aux Centwriaieurs de Uagdebourg , qui avaient entrepris une histoire ecclésiastique générale, tou t^entière c omposée en vue de l'erreur protestante et se pliant aux aîïîrmations dogmatiques de l'hérésie, d'infatigables champions de la vérité opposèrent les plus vastes et les plus profonds travaux. En tête Baronitis dans ses ILéS^aies^ » se distingue par la sûreté de ses "recherches , la multitu9e de ses trouvailles historiques, l'inébranlable force de son érudition. Par lui les erreurs commises par les Centuriateurs de Magdebourg furent mises à nu, leurs méninges dévoilés, et leur autorité détruite pour toujours. Baronius dont les « Annales » vont jusqu'en 1198, eut pour

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coDtiQuateurs Bu>viu8 et Sponde. Uo autre savant Oi Baynald poussa cet admirable œuvre d'érudition jusqu'i milieu du seizième siècle. Il domine tous les autres par tact historique et son talent d'exposition, — Les Frao ne restèrent pas en arrière. Les trois congrégations gieuses de Saint-Maur, de TOratoire , des Jésuites , travi lèrent avec un zèle infatigable à préparer, fouiller, dis] les grandes sources de l'histoire ecclésiastique, rectifier erreurs de toutes sortes que la négligence des siècles,!*^ nadvertance des copistes , et plus encore la perOdie hérétique avaient partout accumulées. Les éditions des Pères «( le texte des Conciles étaient à revoir, la chronologie, k géographie ecclésiastique devaient subir d'importantes reo* tifications : Dieu suscita pour cette œuvre une véritable armée de travailleurs et de savants, telle en est la lisl^i qu'elle défie jusqu'à l'énumération que jious voudrions faire de leurs noms. Le Franciscain Antoine Pagi accumula dansses quatre in-folio des richesses d'érudition de tout genre, et, même après Baronius, est neuf dans une foule de points échappés à l'illustre cardinal. L'ordre des Bénédi ctins s'illustra plus que tous les autres dans ces travaux sïïrTantiqui té ecclésiastique. Citer des noms tels que Mabillon et Montfaucon , c'est en faire suffisamment l'éloge; d'autres ne les suivent pas de loin : Martène, Durand^ d'Achéry, Constant, L'ordre des Jésuites se fit l'émule de la Congrégation Saint-Maur, Sirmond et Petau joignirent leurs savantes œnvres à celles des Bénédictins et des Oratori ens. Parmi ces derniers Thomassin est le plus illustre. Un archevêque de Paris , de Mmxa, luttait avec ces grands noms d'érudition et de savoir. L'ordre de Saint-Dominique donnait le P. ffoêl Alexandre y que ses travaux sur l'histoire recommandent mieux encore peut-être que ses écrits théologiques. N'oublions pas cependant qu'un gallicanisme outré dépare ies œuvres de ce savant. Plus agréable beaucoup dans son ex-

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position , Fleury s'attira de très graves reproches par ses partialités choquantes, son gallicanism e , peut être même par son manque de bonne foi. Sa volumineuse histoire , longtemps en vogue, tomba victime de ses défauts. Tillemnt, sans composer une histoire proprement dite, nous a laissé de savants mémoires sur les six premiers siècles de l'Église, plus une Histoire des empereurs, fruits de quarante années de travaux. On ne pourrait faire à Tillemont lu'un reproche, celui de ses tendances jansénistes et de sa trop grande hésitation. Voici Tapp ellation même du géni e : Bossuet, Da ns son histoire universelle Bossuet s'élève à une iantSW de vue où ii'ont atteint aucuns des auteurs précités. Dans ce magniOque ouvrage il embrasse avec plénitude le plan providentiel de Dieu dans la formation et le règne de l'Église à travers les âges. Ferons-nous apparaître une ombre m milieu de cette gloire? Plusieurs de ces grands hommes Qe se dépouillèrent pas de l'erreur gallicane, et ne se montrèrent pas assez au-dessus des préjugés étroits de leur siècle. Partant de cette idée erronée que l'Église devait rester toujours ce que la montrent les six premiers siècles, ils furent presque tous pour les siècles du moyen-âge d'une îévérité injuste, ils en parlent peu et souvent ils se trompent ïuand ils en parlent.

En Italie nous recueillons les noms suivants : Mamachi, MvaggiOy Pellicia auxquels nous devons des controverses 5ur les antiquités ecclésiastiques. Assémani qui travailla surtout sur la liturgie, Mansi sur les collections des concites, le cardinal Noris sur l'hérésie du Pélagianisme. Au âélestable écrivain Paul Sarpi qui fit sur le Concile de Trente une œuvre de haine et de mauvaise foi , le cardinal Pallaviww opposa une histoire du saint Concile, aussi remarquable îîe sincérité et de science que par l'exquise élégance du style. Le cardinal Orsi ne put poursuivre que jusqu'au sixième siècle une volumineuse et savante histoire; l'orato-

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rien Saccarelliy dans la sienne , compile avec une lucidité remarquable d'innombrables sources. Son œuvre, quoique interrompue comme celle d'Orsi, compte parmi les plus précieuses à consulter.

L'Allemagne fournit, elle aussi, un précieux continrent. L'Allemagne d'abord pleine des sanglants tumultes de la guerre de Trente- Ans, puis endormie du fatal sommeil d'indifférence qui signale la un du dix-huitième siècle, l'Allemagne reste durant bien des années stérile pour les travaux sérieux. L'heure est à la légèreté et à l'incroyance, le boa mot et le sarcasme remplacent la profondeur des vues comme la loyauté de la science, le matérialisme étouffe.les âmes et éteint les courages. Longtemps on en reste aux mauvaises œuvres de Hontheim^ Wolf, Gmeiyier et de beaucoup d'autres dont le nom ne vaut pas même la simple mention. Avec le comte de Stolberg l'Allemagne historique se réveille; l'Histoire de l'Église du comte de Stolberg comptera toujours parmi les meilleures pour le fond , et ne sera égalée que par bien peu d'autres pour les beautés grandioses et les suavités dont elle est remplie. C'est une grande âme mise au service d'un grand savoir. Son continuateur, Kere%, écrivain estimable, lui reste bien inférieur. Le mérite de Katerkamp est dans la profondeur de ses vues , la puissance de sa synthèse, et le coloris saisissant de ses portraits. Son histoire s'arrête malheureusement au temps de saint Bernard. Voici d'autres noms médiocres : Locheter, Hortig, etc. Les travaux du professeur Dœllinger lui avaient acquis une renommée que sa triste défection n'a que trop détruite : grande érudition, peut-être, mais à coup sûr peu de tête et peu de cœur.

2. Pour être complet nous devons dire un mot des travaux enfantés par l'hérésie. Dans les premiers siècles nous rencontrons l'hérétique eunomienPAz/o5for^6 qui se fit, dans une Histoire de l'Église l'apologiste de l'Arianisme. Séparée

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<ie l'Église latine, TËglise grecque se meurt étouffée dans les vilenies du Bas-Empire , n'attendons plus d'elle aucune CBUvre sérieuse. Sous le nom collectif de Byzantins, nous désignons de nombreux ouvrages Grecs, ouvrages sans élévation, ni sincérité, ni science.

Arrivons de suite à la Réforme. Après les Centunateurs de Magdebourçy qui falsifient l'histoire au proût de leur hérésie, nous trouvons d'autres auteurs, savants parfois, muis d'une partialité révoltante toujours : Arnold , Sentier ^ Shrœckhy Henke^ SpitUer, Ce n'est plus l'histoire, c'est la diatribe; ce n'est plus la science, c'est la négation , c'est le désordre, c'est le néant. L'audace germanique fait bon marché du sens commun , et prétend étouffer sous des haines de sectaires la foi des siècles, les témoignages du passé, les monuments les plus inébranlables de la vérité. Sous la plume de Mander l'histoire se relève un peu , et heureusement nous pouvons terminer cette liste trop courte et peu élogieuse par un nom illustre et vénérable, celui de Hurler qui, sans écrire une histoire de l'Église, s'est acquis par sa monographie de Innocent lll une renommée de science et de bonne foi. Â ce nom nous pouvons en ajouter deux autres , ceux de Voigt et de Rancke,

L'Eglise réformée donne peu de noms, môme médiocrement célèbres. Le Protestantisme desséchait le génie et étouffait la loyauté, les deux sources de la science historique se trouvaient taries. VHistoire de la Papauté de Mornay est un pamphlet dont la violence n'est égalée que par sa médiocrité. Les Anglicans s'attachèrent, sans aborder l'histoire générale, à élucider certains points de détails; plusieurs montrèrent de la science sans guère montrer de droiture et de loyauté. En France les réformés traitèrent quelques parties détachées de l'histoire, Basnage hasarda une histoire complète et n'a rencontré que l'oubli.

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Telles sont les sources» ou mieux une partie des sources auxquelles l'historien de TEglise doit avoir recours. Mûi n'ayons garde d'oublier les monuments. Mieux que les m^ teurs les plus érudits, les monuments nous servent souvetf à reconstituer une époque, élucider un point obscur, dirimer une controverse , établir solidement une affirmation. Il iïBporte grandement, surtout pour l'étude des premiers sièclea de l'Eglise, de se rendre familière l'étude des monumeaU. Et tels sont les progrès qu'a faits la science des monumeats antiques, et les révélations inattendues que nous lui devons, qu'il nous serait impardonnable de négliger des sources d'une semblable richesse. Fréquemment donc nous recourrons à Greppo, Le Blant, De' Rossi. Ces illustrations ne doivent pas nous faire perdre de vue les savants plus anciens : Du Gange, Scaliger^ Casaubon. Citons encore les Garî'UC(^i Bosio, Boldettiy Marchi, Raoul Rochette, Perret (1).

Division de l'histoire ecclésiastique dans ses premiers siècles.

Ces premiers siècles comprennent la première des trois phases de la vie de l'Eglise catholique.

Nous l'avons vu plus haut, l'histoire de l'Eglise de Jésus- Christ jusqu'à nos jours , se divise naturellement en trois

(1) Ouvrages à consulter, — Blanc, Introduction. — Saint Auguslio» Cité de Dieu, — P. Petau, Thoraassin.

Tout récemment une volumineuse et remarquable Histoire de l'Eglise & été composée par Rohrbacher; une autre par l'abbé Darras, que la mort de l'auteur a laissée incomplète et qui vient d'être continuée et achevée.

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vastes périodes. Dans la première , TEglise placée en face du monde païen le subjugue et le transforme. Et ce que son action ne pouvait faire : redonner à la pourriture romaine la vigueur et la vie, les grandes invasions s*en chargent. — La seconde période se caractérise par un nouveau travail, aussi gigantesque, aussi surhumain que le premier. De ce monde barbare , qui fait irruption sur l'ancien monde romain et menace de Tengloutir, TEglise fait une création merveilleuse de force et de grandeur. Elle fait TEurope chrétienne, et y jouit durant des siècles d*un règne aussi salutaire qu'il est incontesté. Mais le règne absolu du bien n'est plus l'état normal de l'humanité déchue, le bien finit par se fatiguer de ses œuvres et par s'aflaisser sous son propre poids. La royauté de l'Eglise irrite les pouvoirs, des volontés d'émancipation se font jour, les sociétés se sentent prises d'idées vagues de sécularisation. Les idées, qui naissent vers la fin de la seconde période se développent dans la troisième jusqu'à pouvoir devenir son signe le plus caractéristique. — Nous l'avons vu encore, et nous le redisons pour en mieux fixer la notion, la Révolution fait le fond de l'histoire moderne , de la Réforme à nos jours , et nos annales contemporaines si tourmentées et parfois si sanglantes ne font que consigner les résultats logiques et implacables de la révolution religieuse du seizième siècle.

Telle est la division générale de l'histoire ecclésiastique , celle qui, sans tenir compte d'aucun détail , n'envisage que les plus grandes lignes et les plus hauts sommets.

Dans ce volume et le début du suivant nous embrassons la première des trois époques pour en esquisser la physionomie propre et en donner les grandes divisions. Que fait l'Eglise dans cette première période qui embrasse les pre-

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miers siècles ? Elle se fonde et s'étend : elle se rencontre de suite et nécessairement avec le vaste et séculaire empire da mal, c*est la lutte, une lutte multiple autant que terrible d désespérée : TEglise triomphe d*ijin triomphe aussi multiple qu'a été cette lutte; le vieux monde idolâtre est vaincu, il 8*efface de plus en plus et de plus en plus TEglise paraît, vit, domine. Telles sont donc les trois phases qui remplissent la première époque de la vie de l'Eglise : Etablissement et diffusion : — Lutte : — Triomphe,

I. L'Etablissement et la Diffusion. Avant de suivre l'Eglise catholique dans les merveilles de son établissement et à la trace de ses conquêtes , il est logique d'étudier ce qu'elle est, comment Jésus-Christ la fonde et la constitue. — Il est nécessaire encore de se rendre compte de la mission dont Dieu la charge en ce monde, des intérêts qu'il lui confie, de l'œuvre qu'il lui commande de faire à travers, les siècles. — Après, il ne saurait être superflu de jeter un regard sur la vie de cette Eglise , les vicissitudes étranges de cette vie, la succession merveilleuse de persécutions et de triomphes, de tempêtes et d'apaisements, de mort et de résurrection par où Dieu la fait perpétuellement passer.

Ces notions préliminaires mais essentielles terminées, nous entrons dans le récit même de l'histoire. A peine née l'Eglise inonde sur le monde; elle monte comme l'océan, elle envahit tout de ses eaux divines. L'Orient est déjà parcouru et il se couvre de florissantes Eglises, l'Occident reçoit presqu'au même moment ses premiers Apôtres et subit les premières conquêtes de l'Evangile. Les trois grands sièges se fondent, Rome, Alexandrie, Antioche; mais déjà Rome , la Rome de Pierre, devient la reine incontestée des Eglises qui se partagent le monde. — Ce ne sont pas les pays civilisés qui tombent seuls sous le joug du Christ, les

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Apôtres déclarent « qu'ils se doivent aux Barbares aussi bien qu'aux Grecs ; » tandis que Pierre et Paul subjuguent le monde Grec et Romain , les autres Apôtres avec la multitude de leurs disciples pénètrent dans les régions les plus lointaines et font des conquêtes que les armes romaines ne connurent point. En moins d'un siècle Paul , rendant compte aux Romains du grand miracle de cette diffusion de l'Eglise, peut dire « Votre Evangile est annoncé à l'univers tout entier. »

n. La Lutte. Mais la conquête supposait la lutte, le vieux monde ne se rendit pas à discrétion sans engager auparavant contre l'Eglise le plus effroyable des combats. — L'immense empire du mal se rue tout entier contre l'Eglise. Or cet empire comprend trois grandes forces.

La première , la force matérielle, en trie en lice escortée de la puissance romaine, c'est un colossal empire qui tout d'abord se dresse contre l'Eglise naissante et prétend l'étouffer dans le sang. C'est une lutte épouvantable de trois siècles, où coulent des flots de sang, où se montrent de prodigieux héroïsmes, où Rome fatiguée de frapper s'affaisse, quand l'Eglise de plus en plus vigoureuse l'envahit de plus en plus.

Après la force matérielle personnifiée dans l'empire romain, c'est au tour de l'hérésie à se mesurer avec la doctrine de Jésus-Christ. En même temps que le glaive romain déchire les corps, les premières hérésies déchirent le Credo catholique.

Enfin les savants , les beaux esprits de la Grèce et de Rome, les sages, les philosophes s'efforcent de ruiner sous leurs sarcasmes et leur science la doctrine qui leur ravit le sceptre des idées. Des réminiscences païennes, des systèmes de philosophie, des rêveries judaïques naît un vaste système

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