‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 10 sur 136 · LE SACRIFICE ET LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE ET LA PRIÈRE

religions ce qui change le moins, parce qu'il est destiné en tout temps à satisfaire les mêmes besoins. Indifférent — ou peu s'en faut — aux vicissitudes du dogme, il garde sa logique propre, et il nous permet de remonter, par une interprétation rationnelle de ses coutumes, aux âges lointains où il était en parfaite harmonie avec ridée que l'homme se faisait de la divinité.

Il ressort de l'étude sommaire à laquelle nous nous sommes livrés que la notion du divin s'offre à l'esprit à la suite du raisonnement le plus simple que l'homme puisse faire en présence de la Nature ; que les religions primitives sont toutes naturalistes, et par conséquent polythéistes, Tinfinie diversité des forces naturelles ne se laissant ramener à l'unité que par un effort dont elles sont incapables ; enfin, que le culte, expression spontanée des croyances antiques, garde en tout temps, même au prix d'inconséquences bizarres, la marque de ses premières origines.

J'ai éliminé jusqu'ici du débat, par souci de la clarté, une observation accessoire dont nous pouvons maintenant apprécier la portée : c'est que le culte primitif comporte partout des rites magiques, c'est-à-dire des procédés au moyen desquels l'homme peut s'emparer de certaines forces de la Nature et en user à son gré, mettre la main sur certains êtres divins et leur donner des ordres iu lieu d'en recevoir d'eux. On a écrit sur la magie de gros livres : c'est assez dire qu'on a fait d'une question assez simple en soi une énigme indé-

là DES RELIGIONS ANTIQUES.

chiffrable. Les uns voient dans la magie la perversion du sentiment religieux, et comme une caricature impie de la religion ; les autres y découvrent une sagesse profonde, un trésor d'expériences, le pressentiment et ; l'ébauche de la science moderne. ] i

Je ne crois pas, pour ma part, — j'aurai vingt occa- , sions de le redire, — à la sagesse profonde des âges reculés où nous avons cherché l'origine des religions. C'est là une hypothèse qui a entravé depuis des siècles l'histoire des mythologies et dont il faut enfin se défaire. Sous le masque d'érudition dont elle se couvre, elle n'est autre chose qu'une assertion gratuite, suggérée par la concordance du récit biblique et des traditions de l'âge d'or, qui placent la perfection de notre espèce à son point de départ. Mais je ne trouve pas davantage que la magie soit une perversion du sentiment religieux : c'est tout simplement une façon de comprendre, dans des cas déterminés et sans sortir des règles applicables au culte en général, les rapports de l'homme avec les divinités de la Nature. Rappelonsnous ce qu'étaient ces dieux et quelle idée on se faisait de leur caractère. Dans le nombre, il en est de puissants et aussi d'infimes, de bienfaisants et de destructeurs; cette diversité de tempérament les met en conflit les uns avec les autres ; ce que les raisonneurs appelleront plus tard la lumière, les ténèbres, le froid, le chaud, le sec, l'humide, se combattent et se pourchassent réciproquement. L'homme, spectateur et victime de leurs luttes, eut d'instinct l'idée de s'appuyer sur les uns pour se garantir des autres. Convenablement invoqué, un dieu supérieur pouvait paralyser l'action d'un dieu inférieur ; il pouvait aussi

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