‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 11 sur 136 · CONJURATIONS MAGIQUES · texte numérisé non relu

CONJURATIONS MAGIQUES

révéler à rhorame les moyens d'attirer, de captiver et enfin d'utiliser à son profit les esprits dont il était entouré. La recette, plusieurs fois essayée, passait pour infaillible, pourvu que rien ne fût changé aux conditions de l'expérience. Entre le culte proprement dit et les opérations magiques, il n'y a pas de différence essentielle, mais une nuance : c'est que, dans le culte, l'homme propose aux dieux une transaction ; par la magie, il les obhge à l'accepter. Encore cette nuance devient-elle indécise là où il se trouve une caste sacerdotale pour confisquer à son profit et convertir en arcanes les pratiques du culte. Il faut tenir grand compte, dans l'histoire des religions, de l'intervention du prêtre. Son action discipline ou arrête le libre élan de la foi populaire ; il tend à faire de la religion son bien propre et se constitue auprès des dieux l'homme d'affaires, l'intermédiaire obligé de la communauté. Aucune religion n'a été inventée parles prêtres, comme on s'est plu de tout temps à le répéter ; mais aucune n'a échappé à leur influence. Là où le prêtre a réussi à faire du culte, du sacrifice et de la prière, une série d'opérations délicates qui, impossibles sans lui, réussissent infailliblement avec lui, on peut dire que le culte est tout entier magique. C'est ainsi qu'à Rome, toutes les formules de prières employées dans le culte public étaient des carmina, des incantations dont les prêtres connaissaient seuls la teneur exacte.

Du reste, le nom de magie n'est autre que le nom du plus puissant sacerdoce de l'Orient. Si les mages de l'Iran n'avaient été pour les Grecs et les Romains des étrangers, le mot magie fût devenu pour eux — et peutêtre pour nous — synonyme de science sacerdotale.

cachée au vulgaire. Mais quand les rêveries et jongleries orientales firent irruption en Occident, les Grecs, oubliant que les poèmes d'Homère sont pleins de prodiges magiques, crurent la chose aussi nouvelle que le nom. La magie leur parut, et elle était réellement alors, ennemie de la religion telle qu'ils l'entendaient : les Romains en firent un crime d'Etat, et la magie, bien qu'issue directement des principes communs à toutes les religions naturalistes, se perpétua comme une força hostile à la religion, avec la mauvaise renommée et ' aussi le prestige des proscrits.

Je n'ai pas à rechercher si la magie, obstinément cultivée par les prêtres orientaux et les sorciers sans caractère sacerdotal, n'a pas fini par s'éloigner, en effet, de son point de départ ; si, au cours de leurs bizarres expériences, les magiciens n'ont pas fait çà et là quelques découvertes dont la physique et la chimie ont donné depuis la démonstration. Ceci est en dehors de mon sujet. Il me suffit de montrer que l'élément magique du culte n'y est point un élément hétérogène, qu'il n'y est point entré du dehors pour en modifier le caractère, mais qu'il en est plutôt sorti pour vivre de sa vie propre, de la vie aventureuse et mal famée à laquelle se condamnent toutes les doctrines soustraites au grand jour et châtiées par la réprobation de la j conscience populaire.

Il nous a suffi, pour expliquer la genèse des religions, pour retrouver le sens des plus vieilles croyances et le but des pratiques communes à tous les cultes, de

Page 1