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CONNAISSANCES GÉOGRAPHIQUES DES GRECS

Ce qui ne me semble pas avoir été assez remarqué dans les conquêtes d'Alexandre, c'est que la curiosité y eut probablement autant de part que l'ambition. Alexandre est un explorateur armé, que l'inconnu attire et qui veut faire une trouée jusqu'aux extrémités du monde. Quand il est arrêté sur les bords de THyphase par les protestations de ses soldats, il est au désespoir de ne pouvoir vérifier si le Gange se jette dans le grand Océan, sur lequel il rêvait de s'embarquer pour revenir au point de départ en faisant le tour de la terre. On assure qu'au cours de ses expéditions il se préoccupait de renseigner Aristote sur les produits naturels des pays qu'il traversait. Je ne pousserai pas ce raisonnement jusqu'au paradoxe et n'irai pas soutenir qu'Alexandre n'eût pas conquis l'Asie s'il n'avait pas eu à la découvrir ; il me suffît de constater que l'entreprise d'Alexandre s'annonce dès le début comme une œuvre de civilisation et de progrès scientifique.

Il n'est pas sans intérêt, pour nous expliquer cette ardeur de découverte qui entraînait Alexandre, de nous rendre compte des notions que pouvaient avoir sur le continent asiatique les Hellènes de son temps.

Les contemporains d'Homère se représentaient la Terre sous la forme d'un disque circulaire placé à distance égale entre la voûte du Ciel et celle du Tartare. Autour de ce disque coulait sans fin le grand fleuve Océan, source de tous les cours d'eau douce qui, convergeant vers le centre, venaient se déverser dans

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la mer Méditerranée et s'y mêler à la sueur salée de la Terre. Le mont Olympe, séjour des dieux, marquait le centre exact du monde. Plus tard, l'oracle de Delphes se substitua à l'Olympe comme centre ou « nombril » de la terre. Tous les peuples ont traversé une période d'enfance où ils se croyaient de bonne foi au centre de l'univers et l'unique objet des préoccupations de toutes les puissances cosmiques. Le Jéhovah d'Ezéchiel dit aussi : « Voici cette Jérusalem; je l'ai placée au milieu des nations, et j'ai déroulé les terres dans son pourtour ». C'est une illusion dont toutes les religions gardent la trace et qui, transportée dans le monde moral, se perpétue en chacun de nous par l'égoïsme individuel.

Les Grecs, en compagnie d'abord, puis en dépit des Phéniciens, eurent bientôt parcouru la Méditerranée d'un bout à l'autre. Vers 640 avant notre ère, le hasard poussa le navire du Samien Colœos au delà des colonnes d'Hercule jusqu'à Tartessos en Ibérie, ce pays de l'or que les Phéniciens exploitaient depuis des siècles et dont ils se gardaient bien d'enseigner le chemin à leurs disciples devenus leurs rivaux. Là, au bord de l'Océan, on était sur le contour du disque terrestre. Si ce disque avait bien la forme circulaire et l'Olympe pour centre, on ne pouvait manquer d'en conclure que la terre s'étendait à une distance égale du côté du nord, du midi et de l'orient. Qu'y avait-il au nord ? Les Phéniciens le savaient peut-être, eux qui rapportaient de ces régions l'étain et l'ambre; les Grecs l'ignoraient. En attendant, leurs poètes y logeaient une sorte de paradis terrestre, le pays des Hyperboréens, dont il paraît qu'Hésiode racontait déjà des merveilles. Au

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