‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 104 sur 136 · CONNAISSANCES GÉOGRAPHIQUES DES GRECS · texte numérisé non relu

CONNAISSANCES GÉOGRAPHIQUES DES GRECS

sud, à l'est, nul ne savait où finissaient les sables de la Libye et les terrasses qui s'étageaient en montant du côté du soleil levant. Homère plaçait sur tout ce contour (ou du moins aux deux extrémités) des Éthiopiens que le soleil brûlait de ses feux quand, à son lever et à son coucher, il était à proximité de la surface terrestre. Les Grecs connaissaient bien les côtes de l'Asie Mineure, leur véritable patrie ; s'ils hésitaient à se lancer à travers le Pont-Euxin, qui leur paraissait fuir à l'infini dans les brumes du nord, ils en avaient atteint l'angle oriental. C'était là le pays d'JEa, gouverné par iEétès, fils du Soleil, le pays où les valeureux Argonautes étaient venus chercher la Toison d'or. De là à l'étang resplendissant où le Soleil baignait chaque matin ses chevaux avant de les atteler, il ne pouvait plus y avoir bien loin. L'espace inconnu était occupé par les Amazones, les Arimes et les Éthiopiens. On le disait du moins, et l'on ne songeait guère à vérifier le fait, car les Grecs étaient avant tout un peuple de marins, et le massif compact du continent asiatique restait pour eux impénétrable.

L'Hellène qui vivait du x^ au viii^ siècle avant notre ère s'était donc fait de l'univers, et du monde terrestre en particulier, une conception plausible, raisonnable même, assez étroite pour qu'il pût l'embrasser d'un coup d'œil et que ses dieux à figure humaine n'y fussent pas ridiculement petits. l\ croyait occuper dans l'ensemble des choses une fort belle place, la première, et il ne se serait guère trompé s'il s'était contenté de s'estimer supérieur aux Barbares. Bref, il avait l'esprit en repos, sans songer que ce bel ordre pût être dérangé à son détriment.

272 l'orient sous les séleucides.

Les riverains de la mer Egée ne prévoyaient pas qu'ils allaient être surpris dans leur sécurité par des commotions parties du fond de cette Asie qu'ils ne connaissaient pas. Le bruit des empires qui s'écroulaient de ce côté finit par arriver jusqu'à eux, et ils se trouvèrent bientôt assaillis dans leurs industrieuses cités par les remous d'une sorte de marée humaine qu'agitaient des forces inconnues. Il leur fallut lutter pour l'indépendance, d'abord contre les Lydiens qui venaient de secouer le joug de l'Assyrie, contre les Cimmériens nomades, ennemis de tous les peuples civilisés, puis contre les Mèdes et les Perses qui avaient abattu successivement l'empire assyrien et les royaumes de Lydie et de Chaldée. Courageux à l'occasion, héroïques parfois, désunis toujours, les Grecs d'Asie durent se soumettre au nombre. Au milieu du vi° siècle avant notre ère, ils étaient sujets du grand roi Cyrus et gouvernés par un satrape perse.

Qu'était-ce donc que ce vaste empire dans lequel ils venaient de s'absorber? D'où venaient leurs maîtres et ces myriades d'hommes qu'ils traînaient après eux? Les Grecs, qui savaient tirer parti même de la mauvaise fortune, tournèrent alors toute leur attention du côté de l'Orient. Ils voulaient connaître autrement que par ouï-dire ces pays d'où les Grands-Rois tiraient leurs prodigieuses richesses. L'or surtout les attirait, cet or avec lequel Crésus achetait déjà les consciences et dont on disait qu'étaient remplis les palais de Suse et d'Ecbatane. Le bruit courait que, plus loin encore, dans un pays appelé l'Inde, la poudre d'or était à fleur de terre et que des fourmis grosses comme des renards le ramenaient à la surface du sol. Il est vrai que ces

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