‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 12 sur 136 · LE CULTE DES MORTS · texte numérisé non relu

LE CULTE DES MORTS

placer l'homme en face de la Nature. Il manque encore unirait au tableau, le culte des morts. J'ai refusé tout à l'heure, en rejetant une théorie fort en crédit aujourd'hui, de considérer la tombe comme le berceau de ridée religieuse, d'en faire sortir la notion de l'immatériel, de l'invisible, en un mot, du divin ; je reconnais seulement que le culte des morts s'est soudé d'une façon plus ou moins intime à toutes les religions, qu'il s'est organisé à côté d'elles en vertu des mêmes principes, de telle sorte q^ue, à n'y pas regarder de trop près, il semble en être non pas une annexe, mais une partie essentielle. « Avant de concevoir Indra ou Zeus », dit M. Fustel de Coulanges, — de qui je ne me sépare pas sans regret, — « l'homme adora les morts ; il eut peur d'eux, il leur adressa des prières. Il, semble que le sentiment religieux ait commencé parla. C'est peut-être à la vue de la mort que l'homme a eu pour la première fois l'idée du surnaturel et qu'il a voulu espérer au delà de ce qu'il voyait. La mort fut le premier mystère ; elle mit l'homme sur la voie des autres mystères. Elle éleva sa pensée du visible à l'invisible, du passager à l'éternel, de l'humain au divin ». Je sais bien que le savant auteur de la Cité antique n'entend parler ici que de la race aryenne, et plus particulièrement des Grecs et des Romains. Mais, en matière de religion surtout, rien ne ressemble à un homme comme un autre homme, et, si cette conjecture était établie pour les Aryas, elle serait bien près d'être démontrée pour les autres races. La mort inspire à tous les hommes le même effroi, et ce sentiment universel a dû provoquer partout des réflexions et des pratiques analogues.

Il faut aborder le problème avec précaution, et d'abord le dégager des équivoques qui Tencombrent. On dit communément le culte des morts, et on en conclut tout de suite que les morts étaient « adorés » comme des dieux. Mais le culte des morts, entendu "^ dans le sens de respect de la dépouille humaine et de la tombe où elle est déposée, subsiste encore aujourd'hui, accepté par des religions monothéistes qui ne souffriraient aucune assimilation des âmes avec la divinité. Il y a plus ; ce respect des morts semble grandir à mesure que s'affaiblit la foi religieuse ; il n'est aucunement atteint par les doctrines qui révoquent en doute l'immortalité de l'âme, car celles-ci font valoir la solidarité intime des générations qui, selon la belle expression du poète, semblables aux coureurs du cirque, se sont transmis de l'une à l'autre le flambeau de la vie. Les positivistes contemporains se chargeraient au besoin de faire avec le culte des morts, ou, comme ils disent, de l'Humanité, une religion nouvelle.

Le culte des morts est donc séparable des religions proprement dites; il peut subsister sans elles, et, de même, elles pourraient vivre sans lui. Il est, dans les religions monothéistes, une superfétation, j'allais dire un embarras. Le christianisme ne l'a pas accepté sans défiance, car il craignait de voir le polythéisme rentrer -j par cette porte. Les plus habiles parmi les polémistes ' chrétiens ont affecté, en effet, de tenir pour démontrée la doctrine d'Evhémère, à savoir que les dieux du paganisme étaient des morts divinisés, et ils ont tourné en ~ ridicule une dévotion assez absurde pour attacher à la pourriture et au néant les attributs de la divinité. Une

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