‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 111 sur 136 · LES GRECS EN EGYPTE · texte numérisé non relu

LES GRECS EN EGYPTE

Je ne viens pas disserter aujourd'hui sur les causes de celte disette de renseignements et dresser l'inventaire des matériaux dont nous disposons. J'ai cru plus urgent de déblayer, pour ainsi dire, les abords du sujet et vous munir des prolégomènes nécessaires, en suivant à la trace les rapports noués entre les Grecs et les Égyptiens avant la conquête d'Alexandre. Cette conquête et l'implantation de l'hellénisme sur les rives du Nil vous apparaîtront alors comme le couronnement d'une série de tentatives antérieures au cours desquelles les deux races et les deux civilisations avaient pris, pour ainsi dire, la mesure l'une de l'autre.

L'Egypte était déjà bien vieille et sa puissance commençait à déchoir lorsque les ancêtres des futurs Hellènes, appelés par les documents égyptiens Danauna ou Danaëns, Aqaiousha ou Achécns, Uinim ou Ioniens, associés aux Cariensetaux Phéniciens, prirent l'habitude de hanter, en quête de butin et d'aventures, les bouches du Nil. C'étaient, pour la plupart, d'audacieux forbans, gens à tout faire, prêts à piller pour leur compte ou à batailler pour le compte de qui savait mettre le prix à leurs services. Comme les Normands au moyen âge, ils accouraient des mers du nord^ remontaient les bras du fleuve et disparaissaient avec le fruit de leurs rapines. Les pirates ne se contentaient pas toujours de déprédations isolées. On les voit, sous le règne de Ménephtah, de la XIX® dynastie, embrigadés dans une coalition de peuples libyens et pélasgiques,

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ravager le Delta et menacer Memphis. « Ces Barbares », dit une inscription de Karnak, « pillent les frontières; ces impies les violent chaque jour, ils volent. ... Ils pillent les ports, ils envahissent les champs de l'Egypte en venant par le fleuve. Ils se sont installés ; les jours et les mois s'écoulent et ils restent à demeure». Rapprochez ce texte du passage de V Odyssée où Ulysse déguisé se donne pour un flibustier crétois qui, « arrêtant ses navires dans les ondes du beau fleuve ^Egyptos, ravage les champs magnifiques des Égyptiens, entraînant les femmes, les tendres enfants et massacrant les guerriers», et vous verrez que les voleurs sont ici d'accord avec les volés.

Nous retrouverions encore des aventuriers de race grecque mêlés aux bandes qui envahirent de nouveau le Delta sous la XX^ dynastie et furent balayées par Ramsès III, comme en témoignent les inscriptions de Médinet-Abou. Repoussés, les oiseaux de proie revenaient toujours. L'Egypte était pour les Grecs le pays de l'or. Qui n'avait entendu parler des richesses proverbiales de la Thèbes aux cent portes, vantées dans V Iliade, et de tout l'or qu'en avait rapporté Ménélas, comblé de cadeaux par les nababs débonnaires de ce merveilleux pays? Plus l'Egypte se fermait aux étrangers, plus s'exaltaient la cupidité et la curiosité des écumeurs de mer qui rôdaient le long de ses côtes. Peut-être, après tout, valait-il mieux les accueillir en alliés et tirer parti d'une énergie qui contrastait avec la résignation servile de l'Égyptien. C'est l'idée qui vint à un ambitieux d'origine libyenne eu un temps où l'Egypte, vaincue et désorganisée par les Éthiopiens, puis par les Assyriens,

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