‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 112 sur 136 · LES MERCENAIRES GRECS · texte numérisé non relu

LES MERCENAIRES GRECS

était dépecée en une douzaine de principautés rivales.

Psammétik de Sais défit les autres dodécarques à Momemphis avec l'aide des « hommes de bronze sortis de la mer », c'est-à-dire des pirates cariens et ioniens que le roitelet égyptien avait prisa son service. Devenu pharaon, le fondateur de la XXVI*" dynastie chercha à attirer et à retenir les étrangers dans un pays qui, pour se rajeunir, avait besoin d'un ferment nouveau. Il donna des terres à ses mercenaires sur la branche pélusiaque du Nil et permit aux Milésiens d'avoir un comptoir sur la branche canopique. Il fît apprendre le grec à de jeunes Égyptiens, qui serviraient d'interprètes entre les deux races.

Les Égyptiens, pour qui le Grec était un être particulièrement impur, trouvèrent que le roi plaçait mal ses faveurs. Hérodote et Diodore assurent que, jaloux des mercenaires royaux, les guerriers égyptiens désertèrent en masse et passèrent en Ethiopie. Cependant le successeur de Psammétik, Néko II, jugea qu'il y avait plus de danger pour la dynastie à céder aux préjugés nationaux qu'à outrer le philhellénisme de son père. Ses ingénieurs, ses marins, les explorateurs qui firent sur son ordre le tour de l'Afrique, étaient les unsgrecs, les autres phéniciens. Les Égyptiens, il les accablait de corvées et les employait à creuser le canal du Nil à la mer Rouge, canal qui, sans être achevé, coûta, diton, la vie à 120000 fellahs. C'est ce Néko qui, au grand scandale des patriotes, après avoir vaincu les Juifs à Mageddo, consacra son armure au dieu de ses mercenaires grecs et de ses amis les Milésiens, à l'Apollon des Branchides.

Sous Psammétik II, ce fut encore l'épée des merce-

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naires étrangers qui assura la victoire au roi d'Egypte sur son rival le roi d'Ethiopie. On peut lire encorej aujourd'hui sur les jambes de deux des colosses dej Ramsès II, adossésà la façade de l'hypogée d'Ipsamboulj ou Abou-Simbel, les inscriptions gravées au couteau] par ces aventuriers, Psammatichos, fils de Théoclès,^ Téléphos de lalysos et autres. On n'est pas porté à'f l'indulgence pour les touristes qui laissent leurs noms sur les monuments, et on les traite volontiers de sots dans toutes les langues, mais les archéologues regretteraient fort que ces soudards du vi® siècle eussent été plus discrets. Nous leur devons, en effet, les plus antiques spécimens connus de l'alphabet ionien alors usité en Asie Mineure.

Le belliqueux Ouhabra (Apriès) n'eut garde de se priver des services des Grecs au moment où il méditait de reprendre au roi de Babylone la côte de Syrie. Sa flotte, équipée pardes Grecs, battit la flotte phénicienne et cypriote au service de Nabuchodohosor. Mais on vit bientôt qu'il pouvait y avoir parfois inconvénient à braver l'antipathie de l'Égyptien pour l'étranger. Ayant eu à protéger des Libyens contre les Cyrénéens et ne voulant pas opposer ses mercenaires grecs aux Grecs de Cyrène, il avait envoyé en Libye une armée composée exclusivement d'Égyptiens. Mis en déroute, ceux-ci prétendirent que Pharaon avait voulu se débarrasser d'eux, se révoltèrent et proclamèrent roi Ahmès ou Amasis. Ce fut le signal d'une défection générale. Tous les Égyptiens renièrent le pharaon qui leur préférait les étrangers. Malgré leur vaillance, les 30000 mercenaires cariens et ioniens d'Ouhabra furent écrasés parle nombre à Momemphis. Ouhabra>

AMASIS LE PHILHELLÈNË. 293

captif, paya cher son imprudence ; il fut étranglé par la populace de Sais (569).

La leçon ne fut pas perdue sans doute pour son vainqueur, mais Ahmès l'interpréta à sa manière. Il comprit que, simple parvenu et traité d'abord avec assez d'irrévérence par ceux qui lui avaient mis sans plus de façon le pschent sur la tête, il ne pouvait guère attendre des Égyptiens une fidélité qu'ils n'avaient pas gardée à leur souverain légitime. Il n'avait, du reste, nul goûtpour le métier d'idole vivante, « d'homme vénérable assis sur un trône vénérable », qui, au dire de ses courtisans, lui ramènerait l'opinion publique. Il aimait les joyeuses ripailles et les mots spirituels : il lui était même arrivé autrefois, au dire d'Hérodote, de pousser la plaisanterie jusqu'à détrousser les passants pour regarnir son escarcelle, sauf à nier effrontément ensuite et à rire aux dépens de ses victimes d'abord, puis des oracles qui ne savaient pas reconnaître en lui le voleur. Roi, il devint plus grave, sans doute, mais d'une gravité tempérée et souvent détendue. Il formulait lui-même sa règle de conduite en un aphorisme souvent répété depuis par les moralistes; il disait que l'arc, sous peine de se briser, ne doit pas être constamment tendu. Il écrivit aussi à son ami Polycrate de Samos qu'il ne faut pas être constamment heureux, de peur de recevoir en bloc la somme de malheur qu'on n'a pas eu en détail. Bref, si Hérodote nous a fait de lui un portrait fidèle, ce Pharaon ressemblait singulièrement aux sept Sages de la Grèce ses contemporains, et il aurait môme prêté quelque chose à leur sagesse, si réellement — mais la chronologie s'y oppose ! — Solon lui avait

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emprunté la loi qui obligeait tout Athénien à justifier de ses moyens d'existence.

C'est assez dire qu'Amasis, bien loin de fermer rÉgypte aux Grecs, leur en ouvrit les portes toutes grandes. Il fut le pharaon philhellène par excellence. Ceux des Hellènes qui voulurent continuer à vivre sous le régime des lois grecques résidèrent à Naucratis, sur la rive gauche de la branche canopique. Les fouilles entreprises dans ces dernières années à Tell Nebireh par les explorateurs anglais (Flinders Pétrie et Gardner) nous ont fourni quelques renseignements nouveaux sur cette petite république, qui avait son Prytanée et ses magistrats électifs, ses temples et ses fêtes religieuses de rite grec, fêtes de Dionysos, d'ApoJlon Comaios, d'Hestia, etc., sans oublier les banquets et régals aux frais du Trésor public. C'était comme un morceau de terre grecque transporté sur le sol de l'Egypte. Les trafiquants qui préféraient chercher fortune ailleurs purent aller et venir, s'établir et commercer où bon leur semblerait, avec le droit d'installer des factoreries et même d'élever des temples aux dieux de leur patrie. C'est ainsi que les Éginètes bâtirent dans le Delta un temple à Zeus, les Samiens à Hêra, les Milésiens à Apollon; que neuf villes d'Asie Mineure édifièrent à frais communs l'Hellénion, un temple qui leur servait de banque et de dépôt, la sécurité en étant garantie par la sainteté du lieu. Les grands ports de commerce envoyèrent même jusque dans la Haute-Egypte et dans les sables du désert des agents postés sur la route des caravanes qui venaient de l'intérieur de l'Afrique. Il est question de Milésiens qui auraient fondé Abydos d'Egypte, et,

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