‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 113 sur 136 · AMASIS LE PHILHELLÈNE · texte numérisé non relu

AMASIS LE PHILHELLÈNE

plus loin encore, de Samiens de la tribu ^schrionie établis dans la grande Oasis.

Ahmès ne se contentait pas d'accueillir les Grecs ; il se fit, autant qu'il le put, leur compatriote, épousant une femme grecque de Cyrène et comblant de présents, comme son contemporain Grésus, les principaux sanctuaires de la Grèce. Hérodote énumère avec complaisance ces hommages rendus à l'hellénisme. « Amasis », dit-il, « consacra aussi des offrandes en Grèce, à savoir : dans Gyrène, à Athêna, son portrait peint et une statue dorée ; d'autre part, dans Lindos, à Athêna, deux statues de pierre et une cuirasse de lin digne d'être remarquée ; d'autre part encore, dans Samos, à Hêra, deux images de sa personne, en bois, qui, de mon temps, étaient dans le grand temple, derrière la porte. Il fit ces dons : à Samos, à cause de son amitié pour Polycrate ; à Lindos, parce que, dit-on, le temple d'Athêna y a été bâti par les filles de Danaos, qui s'y étaient arrêtées lorsqu'elles fuyaient les fils d'iEgyptos ». Ge n'est pas tout ; le temple de Delphes ayant brûlé et des quêtes étant faites dans les villes et colonies grecques pour le reconstruire, Amasis donna mille talents d'alun, tandis que les Grecs domiciliés en Egypte souscrivaient vingt mines d'argent.

Le philhellénisme d'Amasis n'était pas le moins du monde une fantaisie de rêveur inoccupé. 11 en tirait de beaux et bons bénéfices. La population étrangère qu'il avait introduite jusque dans la ville sainte de Memphis tenait en respect la vieille capitale ; sa flotte lui conquit l'île de Gypre, et l'essor imprimé au commerce enrichit l'Egypte, u On dit que sous le règne

296 l'Egypte avant les lagides.

d'Amasis », raconte encore Hérodote, « la prospérité de rÉgypte fut extrême ; le fleuve prodigua les biens à la contrée et la contrée aux hommes ; le nombre des villes habitées s'éleva jusqu'à 20 000 ». Il faut croire que cette prospérité ferma la bouche aux détracteurs du nouveau régime, car les prêtres qui fournirent plus tard ces renseignements à Hérodote ne paraissent pas avoir gardé rancune à Amasis, et l'historien affirme à plusieurs reprises que le roi avait fini par gagner l'affection des Égyptiens. « Affection » est beaucoup dire; je ne répondrais même pas que le pharaon, qui était trop spirituel pour être toujours aimable, n'ait pas froissé parfois jusqu'à ses chers amis d'outre-mer. Hérodote rapporte que, lorsque Cambyze envahit l'Egypte, il avait pour guide de ses opérations un Grec d'Halicarnasse, Phanès, « homme de bon conseil et guerrier valeureux », qui avait été auparavant quelque chose comme un préfet du prétoire auprès d'Amasis, et qui s'était enfui de l'Egypte parce qu'il avait à se plaindre du roi.

Cambyze! ce nom formidable annonce la fin de l'Egypte pharaonique. Les Égyptiens et les Grecs d'Asie Mineure allaient se trouver rapprochés par des liens inattendus, comme étant au môme titre les vassaux du Grand-Roi. Ahmès, heureux jusqu'au bout, pressentit sans doute, mais ne vit pas l'invasion des hordes orientales, menée par un conquérant épileptique, battre comme un flot les remparts de Memphis, remonter jusqu'à Thèbes et s'engouffrer de là dans le désert. Il mourut six mois avant la catastrophe, laissant son trône menacé à son fils Psammétik III ou Psamménit. Celui-ci attendit, campé sur la branche

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