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LA CONQUÊTE PERSANE

pélusiaque du Nil, l'armée de Cambyze, qui arrivait par l'Arabie. Le choc fut terrible, et les défenseurs les plus acharnés de l'Egypte furent encore les auxiliaires grecs et cariens. Ceux-là se conduisirent en forcenés. Ils égorgèrent, dit-on, à la vue des deux armées les enfants de leur compatriote, le traître Phanès, burent le sang mêlé à du vin, et se ruèrent ainsi dans une lutte que leur forfait avait rendue sans merci. Il est douteux que cet accès de loyalisme sauvage ait relevé le courage de l'armée égyptienne. Celle-ci lâcha pied, et, réfugiée dans Memphis, déshonora sa défaite même en écartelant les parlementaires mityléniens envoyés par le roi de Perse.

La domination des Perses apprit aUx Égyptiens, et à leurs dépens, ce qu'auraient pu aussi bien leur enseigner les Grecs, le prix de la tolérance religieuse. Sectateurs de Zarathustra, adeptes d'une religion qui ne connaissait que des dieux et des génies invisibles, les Perses prenaient en pitié le fétichisme égyptien. Cambyze frappa de son glaive le bœuf Apis, en se moquant des dieux de chair et de sang, fit fustiger les prêtres et défendit sous peine de mort de célébrer la fête de cette ridicule divinité. Il éclata d'un rire non moins irrévérencieux devant la statue de Phtali et fit brûler un certain nombre d'idoles qu'il trouvait par trop grotesques. On mit plus tard ces vexations sur le compte de la folie de Cambyze, et Hérodote démontre, avec un aimable scepticisme, qu'il faut être fou pour s'attaquer à la religion d'autrui, attendu que chaque peuple juge la sienne excellente ; mais c'était bien le zèle religieux, avec ses dédains et ses brutalités, qui, chez un homme de premier mouvement, devançait

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les réflexions du politique et du chef d'État. Heureusement, les statues et les temples de l'Egypte étaient de taille à faire hésiter même un Cambyze. Le fou furieux ne régna pas longtemps, et son successeur Darius savait comme on gouverne un assemblage de nations hétérogènes. Le premier soin de Darius, quand il vint à Memphis punir l'orgueilleux satrape Aryandès, fut de faire montre d'une grande révérence pour la religion du lieu. Les Égyptiens portant alors le deuil d'un Apis décédé, Darius promit de donner 100 talents d'or à qui lui amènerait la nouvelle incarnation du dieu. Il ne pouvait trouver meilleure occasion de réprouver et de réparer les actes d'intolérance commis naguère sous ses yeux par Cambyze.

Darius s'abstint de molester et de pressurer TÉgypte. Le tribut qu'elle lui payait, et dont Hérodote nous donne le chiffre exact, était raisonnable. Mais quand on sut en Egypte que les Perses avaient été battus à Marathon, le satrape Mentuhotep se révolta. Il fallut que Xerxès soumît à nouveau l'Egypte. Xerxès eut soin d'enrôler les milices égyptiennes dans les équipages de sa flotte, de manière que l'Egypte désarmée ne put profiter des défaites subies coup sur coup par les Perses à Salamine, à Artémision, à Platée, àMycale, aux bouches de l'Eurymédon, à Cypre. Enfin, les troubles prolongés qui marquèrent le début du règne d'Artaxerxès Longuemain off'rirent à l'Egypte une nouvelle occasion de s'affranchir du joug des Perses. Un descendant des Psammétik, le prince libyen Inaros, se mit à la tête du mouvement. Connaissant la lâcheté des Égyptiens, il fit aussitôt appel aux vainqueurs du jour, aux Athéniens, qui étaient alors

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