LE NÉOPLATONISME
rentes à la chair et qui n'ont rien à faire si on les sépare du corps ? Platon ne le dit pas, et ces idées sont en parfaite contradiction avec le spiritualisme dédaigneux qu'il professe. Les historiens de la philosophie sortiront peut-être un jour d'embarras en reconnaissant dans cette singulière théorie un fragment de croyances égyptiennes incrusté dans la mosaïque que l'on appelle la philosophie et que l'on devrait appeler la théologie ou théosophie platonicienne.
Mais qu'ai-je besoin d'accumuler des vraisemblances toutes discutables et discutées ? Il y a un fait certain et qui décèle bien, ce me semble, quelque affinité entre le platonisme et les habitudes d'esprit, je ne dirai plus de l'Egypte pharaonique, mais de l'Egypte hellénisée, ou, pour parler plus exactement encore, de l'hellénisme égyptien, de cette civilisation mixte qui va commencer avec la fondation d'Alexandrie et l'installation des Lagides. Ce fait, c'est que Alexandrie fut le terrain d'élection où se conserva, comme un ferment mys- \que, la philosophie de Platon entée sur celle de Pythagore; qu'elle s'y mêla en toutes proportions, dès le temps des Lagides, avec les religions orientales et plus tard s'y infusa tout entière dans le christianisme; enfin qu'elle y refleurit sous le nom de néoplatonisme, cultivée par des Égyptiens et des Syriens hellénisants. Si le proverbe « qui se ressemble s'assemble » vous paraît trop trivial, disons que l'inspiration platonicienne, visiblement guidée dès le début par l'influence occulte des idées orientales, remontait ici vers sa source.
314 l'Egypte avant les lagides.
Avec Platon, qui mourut en 347, treize ans à peine avant le commencement de l'expédition d'Alexandre, j'ai de nouveau rejoint l'époque des Lagides et préparé la voie où nous ne devons pas entrer aujourd'hui.
Je ne vous promets pas que l'histoire des Lagides sera toujours et partout d'un intérêt palpitant. lime faudra, guidé par des textes insuffisants, faire défiler devant vous une quinzaine de Ptolémées qui se ressemblent par trop, et se ressemblent surtout par leurs vices : mais je me propose de suivre parallèlement et de mettre au premier plan l'histoire des idées. Or celle-ci ne peut paraître indifférente qu'à ceux qui n'y ont jamais réfléchi. Il n'y a peut-être jamais eu d'usine intellectuelle plus active qu'Alexandrie. Comme dans un fourneau où s'opèrent à haute température les réactions chimiques les plus intenses, les circonstances y ont amené trois races antipathiques l'une à l'autre, les Gréco-Macédoniens, les Juifs, les Égyptiens, dont le tempérament s'aigrit et s'exalte dans une cohabitation forcée. L'ébullition se manifeste de temps à autre d'une façon matérielle p^r des émeutes terribles ; elle poursuit toujours son travail dans les esprits. Chacun étudie l'adversaire pour le mieux combattre, et il se produit ainsi dans les cerveaux un mélange d'idées de toutes provenances. Les Juifs, pour menacer ces Grecs qui les humilient, fabriquent des oracles sibyllins qui prédisent tantôt la conversion, tantôt et plus souvent Textermination finale des Gentils. Après avoir traduit