‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 121 sur 136 · L AUTORITÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

L AUTORITÉ RELIGIEUSE

sacerdotal — corporation ou caste, peu importe — gardant le dépôt et les bénéfices de la tradition. Et, à vrai dire, il est difficile de concevoir autrement, d'une manière générale, l'origine de l'autorité, dès <}u'elle se distingue delà force brutale : si difficile qu'aujourd'hui encore le problème n'est pas résolu ou ne l'est que par des solutions alambiquées, inintelligibles au vulgaire. On n'a pas réfuté toutes les objections quand on a dit qu'il faut se soumettre à la volonté du plus grand nom- ' bre. Se soumettre sans la conviction intime que la majorité a toujours raison s'appelle se résigner, et le nombre, dans ce cas, ressemble singulièrement à la force. L'oracle de Delphes eut un jour une idée bien ingénieuse, lorsqu'il conseilla aux démocrates mégariens de faire entrer dans ce nombre souverain tous leurs ancêtres, de telle façon que la génération vivante se considérât toujours comme la minorité. C'est à peu près la pensée si souvent citée d'Auguste Comte : « L'humanité est composée de plus de morts que de vivants, et l'empire des morts sur les vivants croît de siècle en siècle : sainte et touchante influence qui se fait sentir de plus en plus au cœur à mesure qu'elle subjugue l'esprit ». Quand on sait que l'Humanité est le Dieu d'Auguste Comte, on se retrouve tout de suite sur le terrain religieux ; on y arriverait encore^ par un plus long circuit, en interrogeant ces générations antérieures et en constatant que, plus on remonte vers le passé, plus le respect de l'autorité se confond avec la notion du divin. Il ne faut pas compter parmi les nouveautés préchéespar saint Paul l'aphorisme : non estpotestas nisi a Deo. C'étaitl'opinion des Romains, qui dérivaient l'autorité du droit d'auspices, et même des Grecs,

qui prétendaient n'avoir jamais obéi qu'à des dynasties issues des dieux ou à des lois suggérées par inspiration divine. Seulement, ces deux grands peuples, les véritables éducateurs de l'humanité et auteurs de notre civilisation, n'ont pas laissé s'interposer entre eux et la divinité une classe d'hommes qui se chargeât de penser pour eux et leur imposât le joug de la révélation après en avoir confisqué la source à son profit. Ils gardèrent ainsi la pleine possession d'eux-mêmes et purent, sans avoir à braver des prohibitions divines signifiées par des prêtres, accommoder les principes aux circonstances, conservera l'autorité son caractère religieux et choisir librement ceux qui en étaient revêtus.

C'est peut-être un cercle vicieux que de dire que la supériorité intellectuelle des Grecs et des Romains tient à l'absence de domination sacerdotale, car ce fut sans doute une supériorité native, une certaine virilité d'intelligence, qui empêcha celle-ci de s'établir chez eux ; mais on est en droit de penser que l'énergie de la cause première s'accrut par ses propres effets. En tout cas, rien de semblable en Egypte. Si j'avais le goût des symboles, je dirais que l'Égyptien était fait pour entasser sur son intelhgence comme sur son sol des blocs énormes et indestructibles. Il a porté, durant des milliers d'années, avec une résignation devenue naturelle et héréditaire, le joug d'un pouvoir absolu qui prétendait être non seulement d'origine divine, mais exercé par des êtres divins. La pierre angulaire du régime monarchique en Egypte est le dogme de la divinité du Roi.

Les travaux des égyptologues — parmi lesquels, soit dit en passant, nos compatriotes, de Ghampollion

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