DIVINITÉ DES PHARAONS
des dieux mortels. L'apothéose nous paraît une simagrée, et nous pensons que, s'il se trouvait des pauvres d'esprit pour y croire, à coup sûr ceux qui en avaient le bénéfice n'y croyaient pas. Sans garantir la sincérité de tous les rois et prêtres d'Egypte à toutes les époques, je ferai observer que l'hypocrisie n'est jamais qu'une imitation d'une réalité antérieure, dont elle présuppose l'existence; que le propre de la foi est de n'avoir ni besoin de démonstration, ni souci des objections ; enfin, que, en plein christianisme, le roi Très-Chrétien Louis XIV croyait valoir à lui seul plus que la nation entière, ce qui équivaut bien à se hausser à la taille des dieux d'autrefois.
Les Pharaons égyptiens n'auraient pu ni atteindre à celte dignité surhumaine ni s'y maintenir s'ils n^avaient été en même temps les chefs de la religion. « Homme par le corps, dieu par l'âme et par les attributs », dit encore M. Maspero, « Pharaon doit à sa double nature de servir d'intermédiaire constant entre le ciel et la terre. Il a seul qualité pour transmettre les prières de l'humanité à ses pères et à ses frères les dieux. De même que le chef de la famille est, dans sa famille, le prêtre par excellence auprès des dieux de la famille, de même... Pharaon est le prêtre par excellence auprès des dieux de l'Egypte entière, qui sont ses dieux à lui.... Les particuliers recourent à son intercession quand ils implorent une grâce d'en haut ; cependant, comme tous les sacrifices ne peuvent passer réellement par ses mains, le célébrant proclame au début de chaque cérémonie que c'est le roi qui donne l'ofîrande — Soutni di hotpou — lui et nul autre, à Osiris, à Phtah, à Râ-IIarmakhis, pour qu'ils accordent au fidèle qui
les supplie l'objet de ses vœux, et, la déclaration tenant lieu du fait, c'est bien le roi qui officie chaque fois pour son sujet* ».
Vous le voyez, Messieurs, en aucun pays du monde l'association du trône et de l'autel n'a été plus intime : ce n'est même plusuneassociation, mais une confusion de deux pouvoirs qui depuis se sont séparés et n'ont jamais reformé leur accord qu'au détriment de la liberté. Et les Pharaons avaient si bien conscience de la valeur de cet instrument de règne, qu'on les voit revendiquer leur office de prêtres auprès de leur propre divinité. Plus d'un monument les représente recevant comme dieux les hommages qu'ils offrent euxmêmes comme prêtres.
Voilà le régime que Cambyze et, plus tard, Alexandre trouvèrent installé en Egypte. Le pays n'en connaissait, n'en souhaitait pas d'autre, et les conquérants n'eurent qu'à endosser ce que j'appelais tout à l'heure, un peu irrévérencieusement peut-être, la défroque des Pharaons. Les rois de Perse, déjà atteints de l'intolérance propre aux religions cosmopolites et d'ailleurs, autant que nous en pouvons juger, peu intelligents, ne comprirent pas qu'ils ne pouvaient régner en Egypte que comme rois et grands prêtres d'Egypte. Cambyze ruina ou souilla les temples, molesta les prêtres, tua le bœuf Apis, et fit de l'Egypte une simple satrapie. Aussi le pays fut-il en révolte perpétuelle pendant les deux siècles que dura la domination persane. Alexandre s'y prit autrement: il se fit le libérateur et le ro national des Égyptiens. Son voyage à l'oasis d'Ammon