LA DÉESSE PHILADELPHE
« déesse Philadelphe ». Enfin, et c'est ici que nous voyons apparaître l'idée de derrière la tête, la déesse fut introduite, comme parèdre ou égale des autres dieux, dans tous les temples égyptiens. Philadelphe, qui avait des goûts fastueux, n'entendait pas qu'on lésinât sur les frais du nouveau culte. Pour plus de sûreté, il se chargea d'y pourvoir lui-même, mais avec les revenus du clergé. En d'autres termes, sans avouer, je suppose, qu'il dépossédait effectivement les prêtres, il s'empara de l'administration de leurs biens, de sorte que les sommes allouées pour les frais du culte et l'entretien des prêtres et des temples prirent le caractère de subventions octroyées par la Couronne.
Ce roi devait être un fort habile homme ou un très redouté seigneur, car on ne trouve nulle trace de résistance de la part du clergé. En fait de protestations, on ne lit sur les stèles de Mendès et de Pithom que des actions de grâces pour les libéralités du roi et sa piété envers les dieux du pays. On donne même des chiffres. Il est question, dans des comptes de l'an XXI du règne, d'un don exceptionnel de 740000 outens d'argent^ qui pourrait bien, en effet, avoir été une gratification royale. Supposons, pour établir un lien hypothétique entre des faits isolément peu intelligibles, que cette gratification avait été allouée au concile sacerdotal convoqué l'année précédente à Sais, dans le temple de Neith, probablement pour décréter les canonisations nécessaires et ratifier le nouveau régime administratif. Là figuraient « les épistates gouverneurs des temples, les prophètes, les Pères divins de l'Egypte du Sud et de l'Egypte du Nord ». La présence des épistaies ou curateurs des temples me paraît bien indiquer
que les prêtres étaient déjà dessaisis de l'administration de leurs biens et qu'on ne leur demandait plus que de s'en déclarer satisfaits. Une grosse subvention in-' tervenant à propos, ceux-ci crurent sans doute ou firent semblant de croire que la main ferme des intendants royaux ferait mieux rentrer les dîmes et que le Trésor royal y ajouterait au besoin des suppléments.
Je n'entre pas plus en avant — aujourd'hui tout au moins — dans ces questions encore pendantes, débattues à grand renfort de conjectures. Reprenons pied sur un terrain solide en abordant le décret de Ganope, ^ daté de l'an IX du règne de Ptolémée III Évergète (238 avant J.-C). C'est un décret sacerdotal bilingue ou trilingue, écrit en égyptien hiéroglyphique, en démotique et en grec, dont le premier exemplaire a été découvert en 1866, à San (l'ancienne Tanis), durant les travaux de percement de l'isthme de Suez. Il est fort long, — le texte n'a pas moins de soixante-seize \ lignes, — aussi ne ferai-je qu'en extraire quelques j passages caractéristiques.
Ce verbeux document, rédigé par l'assemblée des « grands prêtres et prophètes, ptérophores, hiérogrammates et autres prêtres des temples du pays », réunis « à Canope, dans le temple des dieux Évergètes », pour l'anniversaire de la naissance du roi, nous montre déjà institué dans les temples nationaux le culte rendu « au roi Ptolémée et à la reine Bérénice, dieux Évergètes, et à leurs pères, dieux Adelphes, et à leurs ancêtres, dieux Soters ». Ce culte, les prêtres, reconnaissants des largesses faites aux temples et à toute la population récemment affamée par la sécheresse, ont décidé de l'augmenter (au^etv) au bénéfice du