LE DÉCRET DE MEMPHIS
Memphis « pour accomplir les cérémonies légales prévues pour la prise de possession de la royauté » ; et, en raison de ses bienfaits comme de ses exploits énumérés tout au long, ils lui décernent des honneurs qui enchérissent encore sur les dispositions liturgiques décrétées à Ganope au bénéfice d'Évergète, car ils comportent des fêtes annuelles, des fêtes mensuelles et un office quotidien, trois fois le jour, auprès de l'image du dieu Épiphane, le tout avec mention et commémoration des ancêtres, les dieux Philopators, les dieux Évergètes, les dieux Adelphes et les dieux Soters.
Ainsi, le culte grec des ancêtres s'est définitivement combiné avec le culte égyptien des rois vivants, et les deux ensemble, associés au culte des dieux indigènes, titulaires des temples, forment une assise inébranlable à la dynastie étrangère, produit hybride de deux civilisations, qui s'est installée là-bas sur les bords de la Méditerranée. Les Pharaons d'autrefois n'avaient pas exploité au même degré les complaisances sacerdotales. Ils étaient bien dieux de leur vivant, mais ils devaient pourvoir eux-mêmes à la perpétuité de leur culte après leur mort, heureux quand ils n'étaient pas dépossédés de leurs bâtisses, de leurs inscriptions, de leurs tombeaux même, par des successeurs peu scrupuleux. Maintenant, les Ptolémées, en mesure d'entretenir à leur gré une piété intéressée, emploient celle-ci à affirmer leur solidarité mutuelle et à assurer la cohésion du bloc dynastique.
Je m'arrête ici, Messieurs : la suite de l'histoire des Lagides n'ajouterait que des noms à la liste des apothéoses, mais aucune idée théologique ou politique au' canevas que j'ai déroulé sous vos yeux. Elle montre-
rait seulement que ces institutions, greffées sur de plus anciennes à peine différentes, ont traversé les siècles et faisaient partie de l'héritage transmis par les Ptolémées aux Césars. Gomme leurs prédécesseurs, les Césars sont représentés sur les monuments égyptiens la tête coiffée du pschent, tournant leur profil planté sur de larges épaules et leurs yeux en amande vers les dieux dont ils sont les fils en même temps que les adorateurs, affirmant ainsi du même coup leur divinité et leur quafité de chefs de la religion. Et cette fois, on peut dire que la théologie monarchique, issue de rÉgypte ou vivifiée par l'infusion de traditions égyptiennes, déborde sur le monde gréco-romain. Le culte des empereurs romains, borné officiellement, pour les citoyens romains, à l'apothéose ou canonisation par le Sénat des empereurs défunts, fut étendu par le peuple, qui se souciait peu des Césars disparus, à l'empereur vivant, au maître et dieu visible qui régente le monde civilisé. Si on ne le dit pas, comme en Egypte, fils du Soleil, image de Horus, toujours vivant, objet de la tendresse d'Isis, de Hathor ou de Hekt, on le croit animé par le Génie, toujours vivant aussi, de l'Empire, éternel époux de la déesse Rome. C'est la théologie égyptienne, pharaonique, qui reparaît, spontanément et obscurément régénérée dans des cerveaux que déprime l'habitude de la résignation.
Et qui pourrait affirmer qu'il ne reste rien de ces vieilles idées dans des cerveaux modernes, disons même contemporains, qui ne paraissent pas cependant avoir pris l'habitude de la résignation? On fera toutes les distinctions qu'on voudra entre le culte monarchique d'autrefois et la foi monarchique d'aujourd'hui ; la