‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 15 sur 136 · LES CULTES DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

LES CULTES DOMESTIQUES

lequel ne saurait être .assimilé à un ancêtre défunt. A Rome, nous rencontrons les Pénates jumeaux, ayant au milieu d'eux le Lare familier. Le Lare — demandez-le à celui qui débite le prologue de VAuliilaire — n'est certainement pas le premier père de la famille : c'est la divinité qui la rend féconde, le Genius Natalîs qui l'aide à se perpétuer. Les Pénates sont, au sens propre du mot, les dieux qui pourvoient au gardemanger [pemis)^ les intendants qui alimentent et enrichissent la petite communauté. On a affirmé sans preuves que Pénates et Lares étaient des âmes d'ancêtres, sous prétexte que ce sont des Génies et que les Mânes sont aussi dans la classe des Génies. Encore une identification fondée sur la communauté d'un titre banal. Mais, dans cette hypothèse, pourquoi deux Pénates seulement? Pourquoi le nombre des mânes promus au rang de Pénates ne s'accroît-il pas à mesure que la mort multiplie les apothéoses au sein de la famille et que de nouvelles âmes pourraient prétendre aux honneurs du foyer ? Pourquoi celles-ci sont-elles forcées de se contenter des hommages plus rares qu'on leur rend, à certains jours de l'année, sur leurs tombeaux? Pourquoi les expulse-t-on de la maison, si l'on suppose qu'elles y veulent rentrer, comme on le faisait à Rome dans les nuits du 11 et du 13 mai?

Non, Messieurs, le culte des morts ne s'est jamais confondu, que je sache, avec le culte des dieux ; il s'y est associé, précisément parce que la religion proprement dite, ne pouvant ni le supprimer ni l'absorber, a mieux aimé lui faire sa part. A Rome, où tout prend une forme arrêtée, nous savons quelles étaient les conditions de l'accord passé entre les cultes domestiques

-^Ti DES RELIGIONS *ANTIQUES.

et la religion de la ëociélé. Ces cultes [sacra privata) ont une existence légale; l'État s'engage à en favoriser de toutes manières la perpétuité, en attachant, par exemple, le devoir d'y A^aquer au droit de succession: son respect va jusqu'à dispenser momentanément du service militaire les citoyens dont la présence à la maison est réclamée par des funérailles ou des anniversaires ; les tombeaux sont déclarés lieux « religieux », et le collège pontifical est chargé de veiller sur les « droits des Mânes ». En revanche, les cultes privés sont rigoureusement enfermés dans leur domaine propre; leur contact avec le culte public est considéré comme une profanation de celui-ci ; la vue d'un cadavre souille le regard des prêtres ; la rencontre d'un convoi funèbre vicie les auspices d'un magistrat ; aucun lieu public ne peut être affecté aux sépultures," ' et l'État, sous prétexte que le sol de la ville tout entière est un temple inauguré, a prohibé l'ancienne coutume d'inhumer les morts autour ou même — s'il . en faut croire Servius — dans l'intérieur des maisons. ' Vous le voyez, la confusion n'est pas possible entre les dévotions particulières et la religion de tous. Ces : deux modes d'expression du sentiment religieux ontelles été à l'origine aussi distinctes qu'elles l'étaient -, à l'époque historique? Je le pense et je crois l'avoir démontré, dans la mesure où les analyses psychologiques comportent la démonstration. D'autre part, on ne saurait trop le répéter, si elles sont distinctes, on les trouve toujours associées, et j'ajoute que cette association a grandement profité à la morale.

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